Trébizonde

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la ville jusqu'au début des années 1920. Pour la ville actuelle, voir Trabzon.
Ancienne cathédrale grecque (en) Saint-Grégoire de Nysse de Trébizonde, détruite en 1930. Carte postale, vers 1900.

Trébizonde désigne la ville actuellement appelée Trabzon avant l'établissement de la République de Turquie et l'expulsion des minorités chrétiennes qui a eu lieu au début des années 1920.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom « Trébizonde » dérive du grec Τραπεζούντα / Trapezounta. La forme antique la plus courante est Τραπεζους / Trapezous, de trapeza, « la table ». Ce nom provient de la forme de la montagne qui surplombe la ville. Le nom en langue laze est თამთრა / Ťamťra.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Trébizonde a probablement été fondée vers 700 av. J.-C. par des colons originaires de Milet ou de Sinope. La cité n'était alors que l'un des nombreux comptoirs fondés par les Milésiens sur les côtes de la mer Noire, comme Sinope. Comme beaucoup de colonies grecques, la cité n'était qu'une petite enclave hellénique.

C'est aux environs de cette ville que Xénophon et ses Dix Mille aperçoivent la mer pour la première fois à la suite de leur retraite de l'empire perse.

La ville passa au main du roi du Pont Mithridate VI Eupator (132-63 av. J.-C.) et devint le port d'attache de la flotte pontique.

Lorsque le royaume fut annexé à la province romaine de Galatie en 64-65, la flotte devint la Classis Pontica. Trébizonde gagna en importance sous la domination romaine au Ier siècle grâce à sa position sur les routes conduisant à travers la passe de Zigana à la frontière arménienne ou dans la haute vallée de l'Euphrate. De nouvelles routes furent construites de la Perse et de Mésopotamie sous le règne de Vespasien, et Hadrien ordonna des modifications visant à doter la cité d'un port mieux structuré.

La cité fut pillée par les Goths en 258 et, malgré sa reconstruction, ne retrouva toute son importance qu'à l'époque byzantine.

Époque byzantine[modifier | modifier le code]

Entre le VIIIe siècle et le Xe siècle, la route commerciale que commandait Trébizonde reprit de l'importance : les auteurs musulmans du Xe siècle notent que la ville était fréquentée par les marchands musulmans, étant le principal point de transbordement de la soie byzantine destinée aux territoires musulmans plus à l'est[1]

La ville était alors la capitale du thème de Chaldée. À la suite de la défaite de Mantzikert en 1071, Trébizonde fut prise par la dynastie turque des Danichmendides qui la gouvernèrent brièvement entre 1080 et 1098. Reprise par les Byzantins, Constantin Gabras la gouverna de manière plus ou moins indépendante entre 1126 et 1140 et Nicétas Choniatès le qualifie de "tyran de Trébizonde"[2]. En 1140, Jean II Comnène (1118-1143) vint en Chaldée à la tête de l'armée byzantine pour mener campagne contre les Danichmendides, replaçant par la même occasion la région sous son autorité directe.

Après la prise de Constantinople par les Croisés en 1204, Alexis Comnène s'enfuit avec la famille impériale à Trébizonde et fonde une dynastie de princes qui règne pendant plus de deux siècles sur la ville et sa région. Trébizonde devient alors la capitale de l’Empire de Trébizonde.

Article détaillé : Empire de Trébizonde.

En 1461, David II Comnène, dernier empereur de Trébizonde, livra la ville à Mehmet II.

Époque ottomane[modifier | modifier le code]

La ville connut désormais la domination des Ottomans et vit naître le sultan Soliman le Magnifique.

La fin de l'Empire et des communautés chrétiennes[modifier | modifier le code]

Jusqu'au début de la Première Guerre mondiale, la ville est très majoritairement habitée par les Grecs. Entre 1894 et 1896, une partie des 30 000 Arméniens de la ville fut décimée durant les massacres hamidiens[3].

Au début du XXe siècle, la majorité des populations chrétiennes de la ville ont été déportées ou exterminées par le gouvernement Jeunes-Turcs. En 1915, débute sous ordre du ministre de l'Intérieur turc Talaat Pacha la politique d'extermination des Arméniens de l'Empire ottoman. Le génocide arménien fera plus d'un million de morts dans toute la Turquie et environ 10000 morts dans la ville de Trébizonde. Les maisons des chrétiens ont été ensuite saisies et vidées de leurs meubles, puis occupées par des familles musulmanes. Enfin, l'église Sainte-Sophie a été transformée en mosquée.

À la même époque, Enver Pacha, alors ministre de la défense, veut « résoudre le problème grec… de la même façon qu’il pensait avoir résolu le problème arménien[4] ». Entre 1916 et 1923, le génocide des Grecs du Pont fera entre 350 000 et 360 000 morts. Les survivants se réfugieront en Russie impériale et les rares Grecs restés sur place seront expulsés vers la Grèce à la suite de la signature du traité de Lausanne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. R.B. Serjeant, Islamic Textiles: material for a history up to the Mongol conquest, 1972, pp 63, 213, relevé par David Jacoby, « Silk Economics and Cross-Cultural Artistic Interaction: Byzantium, the Muslim World, and the Christian West », Dumbarton Oaks Papers 58 (2004:197-240) p. 219 note 112
  2. J. Harry, City of Byzantium: Annals of Niketas Choniates, Wayne State University Press, Détroit, 1984, ISBN 0-8143-1764-2
  3. Hundreds killed at Trebizond; Soldiers joined the mob in looting and in firing on Armenians, New York Times,
  4. Ferguson, Niall. The War of the World: Twentieth-Century Conflict and the Descent of the West. New York: Penguin Press, 2006, (ISBN 1-5942-0100-5) p. 180.

Voir aussi[modifier | modifier le code]