Qumrân

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Qumrân
La grotte n°4 à droite. Au fond, Wadi Qumrân
La grotte n°4 à droite. Au fond, Wadi Qumrân
Localisation
Pays Drapeau de la Palestine Palestine
Coordonnées 31° 44′ 27″ N 35° 27′ 31″ E / 31.740833, 35.458611 ()31° 44′ 27″ Nord 35° 27′ 31″ Est / 31.740833, 35.458611 ()  

Géolocalisation sur la carte : Palestine (administrative)

(Voir situation sur carte : Palestine (administrative))
Qumrân
Qumrân

Qumrân est un site archéologique en Palestine en surplomb de la rive ouest de la mer Morte en Cisjordanie, sur la terre historique du royaume de Judée. Il est constitué de vestiges de bâtiments occupés approximativement entre -100 et +70, de 11 grottes dans lesquelles on a retrouvé, entre 1947 et 1956, les plus anciens manuscrits hébraïques actuellement répertoriés, connus sous le nom de manuscrits de la mer Morte, et d'un cimetière d'environ 1200 tombes. L'établissement est construit sur les ruines d'un fortin israélite de l'âge du Fer. Les chercheurs considèrent généralement qu'au cours de son histoire, le site a pu être occupé par un groupe sectaire appartenant à la mouvance du mouvement essénien décrit par Flavius Josèphe et Pline l'Ancien.

Certains manuscrits retrouvés dans les grottes sont des copies de l'Écrit de Damas, retrouvé à la fin du XIXe siècle dans la gueniza de la Synagogue Ben Ezra du Caire. Les manuscrits de la mer Morte ont été publiés entre 1950 et 2008 dans la collection Discoveries in the Judaean Desert.

Le site est visité dès le XIXe siècle par des explorateurs et est alors parfois identifié à la Gomorrhe biblique. En 1947, la découverte de manuscrits anciens par des bédouins, dans des grottes situées à proximité, relance l'intérêt pour le site. Qumrân est le nom du site en arabe moderne. Certains historiens pensent que le nom ancien du site était Sokoka ou Ir hammelah, l'une des villes du désert mentionnée dans le livre de Josué (15,61)[1].

Les archéologues ont d'abord pensé que le site était une forteresse hasmonéenne. Cependant la découverte des rouleaux a amené Roland de Vaux à l'interpréter comme la résidence d'une secte essénienne. Les archéologues reviennent peu à peu à l'idée d'une résidence hasmonéenne, celle-ci n’empêchant pas une occupation plus tardive par des esséniens et que ses occupants sont probablement les propriétaires d'une partie des manuscrits de la mer Morte[2]. Pourtant cette théorie ne fait pas l'unanimité : pour certains chercheurs[3], les manuscrits, malgré leur proximité géographique avec le site, n'auraient pas de lien avec lui et proviendraient en fait de bibliothèques privées de Jérusalem ou de celle du Temple.

Selon André Paul[4], de nombreux chercheurs s'affranchissent aujourd'hui de la thèse essénienne et « on commence à découvrir que ces précieux documents sont aussi des sources du judaïsme rabbinique ou classique [...dont] on perçoit sans mal les prémices dans la bibliothèque de Qumran : les modèles de la communauté idéale eux-mêmes supposent une existence loin du Sanctuaire central. Certains écrits font la théorie de l'éloignement du Temple centralisateur, voire de l'absence de celui-ci, cherchant même à instaurer des supplétifs symboliques ou sublimés. D'où l'importance particulière attribuée à la Loi [...]. Sans le savoir, ne préparait-on pas également à Qumran l'heure où il n'y aurait plus de Temple, celle du régime du tout-Torah ».

Selon André Lemaire, la bibliothèque de Qumran doit être interprétée comme une « beth midrash » (salle d'études) d'une école talmudique essénienne[5].

Les manuscrits de la mer Morte[modifier | modifier le code]

Localisation de Qumrân, d'Engaddi, de Massada, du Nahal Hever (grottes), de Murabba'at (grotte), de Jéricho, où des manuscrits de la même époque ont été trouvés, parfois dans des grottes.
Article détaillé : Manuscrits de la mer Morte.

En 1948, avant même la découverte des premières grottes à manuscrits, le professeur Eleazar Sukenik a été le premier à proposer d'identifier les auteurs des sept premiers rouleaux (achetés à des bédouins) avec les Esséniens mentionnés dans la littérature ancienne[6]. Après la découverte aux alentours de Khirbet Qumran des cinq premières grottes (sur 11), le père Roland de Vaux attribua en 1952 ces écrits aux habitants du site, qu'il voyait comme une communauté retirée, avec un scriptorium où auraient été édités les manuscrits de la mer Morte[7].

« Roland de Vaux et d'autres avec lui s'efforcèrent de montrer que l'établissement de Qumrân abritait une « communauté » d'ascètes qui s'adonnaient à des bains rituels fréquents, à la prière et aux repas en commun, à l'étude des livres saints et à l'écriture. En bon religieux, il identifia même un scriptorium — ce qui relève de l'équipement monastique médiéval[8]. »

Cette vision, relayée avec brio et érudition par André Dupont-Sommer, a eu un immense succès et n'a commencé à être sérieusement contestée que dans les années 1990, lorsque diverses actions des spécialistes du sujet leur ont enfin permis d'accéder aux textes de l'ensemble des manuscrits. Depuis, aucun lien n'a pu être établi entre le site de Qumrân et les manuscrits. Aujourd'hui, la majeure partie des chercheurs s'interrogent sur la nature de ce lien, voire sur son existence, à part la proximité de certaines grottes[9].

Avec la découverte des Manuscrits de la mer Morte en 1947-1956 dans onze grottes situées aux alentours des ruines, près de 900 manuscrits ont été reconstitués à partir de plusieurs dizaines de milliers de fragments. La plupart ont été écrits sur parchemin et une centaine sur papyrus[10]. Un peu moins de 15 % sont écrits en araméen, la langue courante du pays depuis l'occupation perse[10]. L'immense majorité est en hébreu, la langue littéraire et doctrinale que l'on disait « sainte »[11]. Certains des manuscrits sont en grec, l'idiome de la diaspora hellénique. Certains des textes hébraïques ont une écriture cryptée[10] qui a été décodée[12],[13]. À l'exception d'une douzaine, les 900 rouleaux (ou fragments de rouleaux) ont été copiés par des scribes différents[14].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans le désert: Beth ha-Araba, Middïn, Sekhakha
  2. J.-B. Humbert et E. Villeneuve, L'affaire Qumran. Les découvertes de la mer Morte, Découvertes-Gallimard 498, 2007 ; Robert R. Cargill, The Fortress at Qumran: A History of Interpretation, 2009
  3. Bioul, Qumrân et les manuscrits de la mer Morte. Les hypothèses. Le débat, Éditions François-Xavier de Guibert,‎ 2004 (ISBN 978-2-86839-938-0) pages 107-112
  4. Héricher, Michaël Langlois et Estelle Villeneuve 2010, p. 152-156
  5. André Lemaire, Le monde de la Bible, Editions des Arènes,‎ 1999 (ISBN 270282725X), p. 107
  6. André Paul, Qumrân et les esseniens - L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf, 2008, pp. 13-15.
  7. Norman Golb, Qui a écrit les manuscrits de la Mer morte? : enquête sur les rouleaux du désert de Juda et sur leur interprétation contemporaine, Paris, Plon,‎ 1998 (ISBN 9782259183888), p. 5.
  8. André Paul, Qumrân et les esseniens - L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf, 2008, p. 20.
  9. « Le lien entre le site de Qumrân et l'origine des rouleaux devient désormais problématique. La connaissance large et approfondie de l'ensemble des écrits invite à contester le bien-fondé de la thèse essénienne, « sectaire » ou « communautaire », de l'origine des manuscrits. De leur côté et récemment, les archéologues « de la nouvelle vague » sont intervenus pour eux-mêmes désenclaver, décommunautariser et désacraliser le fameux site. On ne sait trop en définitive d'où viennent les manuscrits, qui les a écrits ou pour le moins collectés. » André Paul, Qumrân et les esséniens - L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf, 2008, pp. 165-166.
  10. a, b et c André Paul, Qumrân et les esseniens - L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf, 2008, p. 26.
  11. C'est ce qui est exprimé dans le Livre des Jubilés dès le IIe siècle av. J.-C. et que l'on trouve aussi dans un des manuscrit de la mer Morte, quasi contemporain et retrouvé dans la grotte no 4 (4QExposition sur les Patriarches ou 4Q464). cf. André Paul, op. cit., p. 26.
  12. Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, éd. Perrin, 2003, p. 21-22.
  13. « Trois formes différentes d'écritures cryptiques ou secrètes ont été retrouvées ». Il s'agissait en fait « d'un simple code de substitution, chaque symbole de l'alphabet secret correspondant à un symbole de l'alphabet hébraïque courant. » « La principale d'entre elles a été baptisée cryptographie A. Environ quinze manuscrits l'utilisent soit entièrement, soit pour des notes marginales. » cf. Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, op. cit., p. 21-22
  14. Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, éd. Perrin, 2003, pp. 34-35.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Héricher, Michaël Langlois et Estelle Villeneuve, Qumrân. les secrets des manuscrits de la mer Morte, Bibliothèque nationale de France,‎ 2010 (ISBN 978-2-7177-2452-3)
  • L'affaire Qumran. Les découvertes de la mer Morte, J.-B. Humbert et E. Villeneuve, Découvertes-Gallimard 498, Paris, 2007
  • Qumrân et les manuscrits de la mer Morte. Les hypothèses. Le débat, Bruno Bioul, F-X. De Guibert, 2004 (ISBN 978-2-86839-938-0)
  • Que sait-on de Qumrân ?, Jodi Magness, Bayard, 2003 (ISBN 978-2-227-47206-8) (titre original : The Archaeology of Qumran and the Dead Sea Scrolls)
  • Ernest-Marie Laperrousaz, Qoumrân : L'établissement essénien des bords de la mer Morte, Histoire et archéologie du site, Picard, 1976
  • Ernest-Marie Laperrousaz, Les Esséniens selon leur témoignage direct, Desclée 1982
  • Ernest-Marie Laperrousaz, Qoumrân et ses manuscrits de la mer Morte, Non Lieu, 2006
  • André Paul, Jésus Christ, la rupture : Chap 1 p24 à p73 consacré à Qumrân, Bayard 2001
  • (it)La Biblioteca di Qumran primo volume, Torah-Genesi, edizione italiana a cura di Giovanni Ibba, EDB, 2013