Guerre du Péloponnèse

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Les alliances de la guerre du Péloponnèse
Les alliances de la guerre du Péloponnèse
Informations générales
Date 431 - 404 av. J.-C.
Lieu Principalement en Grèce, en Anatolie et en Sicile
Issue Victoire de la Ligue du Péloponnèse
Dissolution de la Ligue de Délos
Belligérants
Ligue du Péloponnèse (dirigée par Sparte) Ligue de Délos (dirigée par Athènes)
Commandants
Archidamos II
Agis II
Brasidas
Lysandre
Gylippos
Périclès
Cléon
Nicias
Alcibiade
Démosthène
Guerre du Péloponnèse
Batailles
Sybota — Potidée — Chalcis — Patras — Naupacte — Mytilène — Tanagra — Étolie — Olpae — Idomene — Pylos — Sphactérie — Délion — Amphipolis — Mantinée — Hysiai — Mélos — Expédition de Sicile — Symi — Érétrie — Cynosséma — Abydos — Cyzique — Notion — Arginuses — Aigos Potamos
Cette boîte : voir • disc. • mod.

La guerre du Péloponnèse désigne le conflit qui oppose la Ligue de Délos, menée par Athènes, et la Ligue du Péloponnèse, sous l'hégémonie de Sparte.

Ce conflit met fin à la Pentecontaetie et s'étend de 431 à 404 en trois périodes généralement admises : la période archidamique de 431 à 421, la guerre indirecte de 421 à 412, et la guerre de Décélie de 412 à 404.

La guerre du Péloponnèse s'est terminée par la victoire de Sparte et l'effondrement de l'impérialisme athénien. Cette victoire lui coûte cependant la perte de sa puissance au IVe siècle av. J.-C..

Les causes du conflit[modifier | modifier le code]

Les causes profondes du conflit selon Thucydide[modifier | modifier le code]

L'historien athénien Thucydide dénombre plusieurs causes profondes ou athestate profundis[1] menant à la guerre du Péloponnèse. En effet pour lui la guerre est inévitable et ce en raison de la montée d'un impérialisme athénien dans le cadre de la Ligue de Délos. Cette dernière est fondée en 478 av. J.-C., dans le contexte des guerres médiques, et voit vite s'imposer l'hégémonie d'Athènes : les cités alliées, plutôt que de s'investir directement dans la défense de l'alliance préfèrent s'acquitter d'un tribut, le phoros, entretenant la puissance militaire de l'unique cité prenant en main toutes les opérations militaires de la confédération. La flotte athénienne devient donc bientôt la plus puissante du monde grec et l'on voit émerger ce que l'on nomme la thalassocratie athénienne, permettant une emprise de plus en plus grande sur les autres membres de la ligue ; d'alliés ces derniers deviennent des sujets, non plus placés sous une hégémonie, hegemonia, mais sous une archè, une autorité. Ainsi les cités cherchant à quitter la ligue voient leurs désirs réprimés par une flotte constituée à l'origine pour les défendre.

En plus de créer des dissensions internes à la confédération, cet impérialisme effraie les autres cités du monde grec, comme celles de la ligue du Péloponnèse, placées sous l'hégémonie de Sparte. Or Sparte doit faire la preuve auprès de ses alliées, au risque de voir son hégémonie s'effondrer, de sa capacité à les protéger de la menace que constitue l'impérialisme athénien. Ainsi une cité comme Corinthe, la plus peuplée de la péninsule après Athènes, menace de créer sa propre ligue si les Lacédémoniens ne s'opposent pas activement à leur rival. Sparte se voit donc contrainte, si elle ne veut pas être écartée du jeu politique, de s'opposer à une cité Athénienne au sommet de sa puissance en 431.

Ainsi Thucydide écrit : "La [cause du conflit] véritable, mais non avouée, en fut, à mon avis, la puissance à laquelle les Athéniens étaient parvenus et la crainte qu'ils inspiraient aux Lacédémoniens qui contraignirent ceux-ci à la guerre"[2]

Les causes directes[modifier | modifier le code]

Thucydide distingue trois affaires menant à l'éclatement du conflit :

  1. L'affaire d'Epidamne[3] : Épidamne est une cité du nord de l'Illyrie, colonie de Corcyre, île au large de l'Epire, elle-même fondée par Corinthe. Une guerre civile éclate en 435 à Épidamne menant à l'expulsion des oligarques de la cité. Elle en appelle pour rétablir la situation à Corcyre qui ne réagit pas puisqu'étant elle-même régie par un gouvernement oligarchique. Épidamne se retourne vers Corinthe qui envoie des colons et des troupes. Considérant qu'il y a une ingérence, Corcyre assiège Epidamne et bat dans un premier temps Corinthe en combat naval. Alors que Corinthe prépare une nouvelle attaque, Corcyre tente d'adhérer à la ligue de Délos : Athènes accepte alors une alliance défensive ou épimachie. Lorsque l'attaque a lieu, Athènes, craignant de soulever de trop grandes tensions, envoie des troupes en nombre peu conséquent et en retard : Corinthe l'emporte lors de la bataille navale de Sybota mais Athènes gagne avec Corcyre un nouvel appui en mer Ionienne après le port de Naupacte.
  2. L'affaire de Potidée : Potidée, autre colonie de Corinthe, est membre de la ligue de Délos. Écartelée par cette double appartenance, elle décide, en 432, de quitter la ligue, ce qu'Athènes n'accepte pas. Les troupes athéniennes font alors le siège de Potidée, qui résistera jusqu'en 429. Ce siège entraîne immédiatement les protestations de Corinthe.
  3. L'affaire de Mégare : Mégare, cité aux portes de l'Attique, se voit interdire l'accès à l'Attique et donc au Pirée où elle se ravitaillait. Athènes lui reproche en effet d'accueillir des esclaves fugitifs et de soutenir son adversaire Corinthe. Cette cité, membre de la Ligue du Péloponnèse, proteste elle aussi auprès de Sparte.

Une ambassade corinthienne se retrouve donc dans la cité Lacédémonienne où elle appelle, au cours d'un discours devant l'assemblée de Sparte, l'Ecclésia, à une guerre contre Athènes au nom de Mégare, tout en rappelant ses griefs quant au siège de Potidée et à la bataille navale de Sybota et en agitant la menace de la création d'une nouvelle ligue supplantant celle dominée par Sparte. Une délégation athénienne, alors présente à Sparte pour de toutes autres raisons, répond à ce discours en affirmant n'avoir pas violé la Paix de Trente Ans, qui interdisait de débaucher une cité de l'autre Ligue et être libre de faire ce que bon lui semble à l'intérieur de son empire. Suivent Archidamos II, roi de Sparte, et Sthénélaïdas, éphore, le premier hostile à la guerre, le second y appelant : Sparte se prononce finalement pour la guerre. Un ultimatum est dès lors lancé à Athènes et rejeté après l'intervention de Périclès, stratège.

Carte des forces en présence au début de la guerre du Péloponnèse

La période archidamique (431-421)[modifier | modifier le code]

La période archidamique est aussi nommée guerre d'Archidamos, du nom d'Archidamos II, roi de Sparte, ou guerre des Dix Ans.

L'opposition de deux stratégies[modifier | modifier le code]

En 431 Athènes possède donc la flotte la plus puissante du monde grec, environ 300 trières, quand Sparte n'en possède quasiment aucune[4]. De son côté Sparte est considérée, du fait de sa tactique hoplitique éprouvée au cours des Guerres de Messénie et de l'entraînement de ses soldats au sein de l'agôgé, l'éducation spartiate, comme la meilleure armée sur terre. En effet, au début du conflit on évalue les troupes de la Ligue du Péloponnèse aux alentours de 40 000 hoplites contre 13 000 pour la ligue de Délos, auxquels il faut ajouter 12 000 Athéniens mobilisables[4].

Périclès sait que Lacédémone et sa Ligue seraient supérieures sur une unique confrontation, ainsi dans le discours qu'il prononce, en 431, pour inviter les citoyens à rejeter l'ultimatum de Sparte, il affirme selon ce que nous rapporte Thucydide : " Les Péloponnésiens et leurs alliés sont en état de résister, en un seul combat, à tous les Grecs "[5]. Mais selon lui : " ils n'ont pas l'expérience des guerres qui se prolongent ou se poursuivent au-delà des mers "[5]. En effet les Lacédémoniens, peuple de cultivateurs, ne peuvent imposer à Athènes un long siège, ne possédant pas de ressources suffisantes pour s'implanter durablement hors de leurs bases. Ils vont donc procéder à une série d'incursions dans l'Attique, incursions limitées dans le temps. Périclès veut dès lors inviter les cultivateurs de la Chôra, la plaine bordant Athènes, à se réfugier derrière les Longs-Murs de la cité le temps de ces attaques pour réinvestir leurs terres une fois les troupes lacédémoniennes s'en retournant. C'est ce moment de la retraite que veut choisir Périclès pour lancer sa contre-attaque par la mer.

Comme Périclès l'avait prévu les Lacédémoniens vont se lancer dans une série d'invasions courtes des terres de l'Attique, et ce tout au long de la première partie de la période dite Archidamique (431-421), du nom d'Archidamos, roi et commandant des troupes spartiates au cours de ces incursions. Ainsi ce dernier pénètre la Chôra au printemps 430[6], durant 40 jours, puis aux printemps 428, 427 et 425. Mais l'arrivée, avec un navire égyptien, de ce que Thucydide nomme la peste, et qui est plus probablement une forme de typhus, va condamner le plan de Périclès : se propageant d'autant plus vite que le nombre d'Athéniens réfugiés derrière les murs grandit, elle décime, entre 430 et 425, un quart à un tiers de la population d'Athènes (l'équivalent de 4 400 hoplites et 300 cavaliers selon Thucydide[7]), dont Périclès lui-même en septembre 429. Ni lui ni ses successeurs ne pourront, jusqu'à la fin de l'épidémie, lancer les contre-attaques d'ampleur prévues initialement, se contentant de raids minimes.

Le début de la période archidamique de 431 à 425[modifier | modifier le code]

Cette période commence donc par une série d'incursions en Attique, seulement entrecoupée en 429 par la peur de la peste et en 426 par un tremblement de terre considéré comme un mauvais présage. Outre ces invasions répétées, la première partie de la « Guerre d'Archidamos » voit se produire plusieurs batailles.

Ainsi le coup de Platées[8], première confrontation armée de la Guerre du Péloponnèse : en 431 des oligarques platéens en appellent à Thèbes pour renverser leur démocratie, en bons termes avec Athènes. Une escouade est envoyée, les portes de la cité lui sont ouvertes par les comploteurs mais le peuple parvient à se saisir des Thèbains. Une seconde expédition est envoyée pour délivrer la première, des négociations ont lieu, il est dit que les combattants de la première escouade auront la vie sauve, les Thébains se retirent, les prisonniers sont exécutés. Dès lors cette cité, au statut réputé inviolable depuis la Bataille de Platées en 479, est surveillée par une garnison athénienne.

En 430 on a une victoire éclatante d'Athènes à la bataille de Naupacte, contredisant la tendance moribonde que connaît la cité, fortement diminuée par la peste. En effet la flotte du stratège Phormion, amoindrie par l'épidémie, se trouve dans le port de Naupacte. Pour couper toutes relations avec Corcyre une escadre de 47 ou 77 trières[9], assaille la vingtaine de navire de Phormion, à l'entrée du port. Ce dernier réussit à encercler la flotte lacédémonienne qui est intégralement détruite, démontrant la puissance de la thalassocratie athénienne, même lorsque celle-ci est mise en infériorité.

Enfin en 425, alors qu'Athènes est débarrassée de la peste, le général Démosthène, après avoir tenté en vain de s'introduire en Béotie depuis l'Acarnanie, s'attaque à l'île de Sphactérie, au large de la côte Ouest du Péloponnèse. Il prend l'île puis occupe Pylos, sur le littoral, qu'il fortifie. Les Lacédémoniens, craignant une révolte des hilotes de la Messénie toute proche, envoient des hoplites à Pylos. Ils sont vaincus, 300 d'entre eux sont retenus prisonniers, ce qui représente une part non négligeable du corps civique lacédémonien, composé de 1 500 à 2 000 membres[10]. Ces pertes poussent Sparte à proposer aux Athéniens un retour à la Paix de Trente Ans. Mais Athènes refuse cette main tendue, rapatrie les prisonniers spartiates en menaçant de les exécuter en cas de nouvelle incursion lacédémonienne. Cette décision de poursuite des combats, malgré la perspective d'une paix avantageuse, est prise sous l'influence d'un stratège se voulant le successeur de Périclès : Cléon.

Cléon et Brasidas et la fin de la période archidamique de 425 à 421[modifier | modifier le code]

La mort de Périclès, en 429, laisse le corps civique athénien orphelin. Deux partis vont dès lors s'opposer à Athènes :

  1. Celui mené par Nicias, démocrate modéré, partisan d'une guerre sans excès et ce au nom des grands propriétaires terriens, las de voir leurs terres décimées.
  2. Celui mené par Cléon, démagogue, lui-même commerçant et parlant au nom de l'Athènes urbaine ; il en appelle à une implication totale dans le conflit.

Cette lutte entraîne une politique parfois difficilement lisible comme le montre l'affaire de Mytilène en 428. En effet Mytilène, cité de l'île de Lesbos, exprime le souhait de quitter la ligue de Délos. Athènes refuse, lance un ultimatum que Mytilène repousse tout en appelant Sparte à son secours. Les Athéniens sont plus prompts, écrasent les troupes sécessionnistes une semaine avant l'arrivée de renforts lacédémoniens. Se pose alors la question du sort des Mytiléniens. La frange la plus radicale réclame la sévérité, un premier décret est pris par l'ecclesia : les hommes seront tués, les femmes et les enfants rendus à l'esclavage, la cité rasée. Un navire est envoyé pour exécuter la sentence. Mais sous l'action des modérés un second décret est pris, quelques heures plus tard : les murs seront simplement rasés et des clérouques envoyés. Un second navire rattrape le premier in extremis et sauve la population de Mytilène.

Cependant Cléon parvient à prendre le dessus sur Nicias quant à la poursuite de la guerre et ce malgré la proposition de Sparte. Les combats reprennent donc, prenant un tour de moins en moins favorable à Athènes. En effet, à Sparte, un autre général, tout aussi radical que Cléon, Brasidas, remporte de nombreuses batailles. Ainsi à l'hiver 424-423 il envahit la Thrace et prend Amphipolis protégée par les troupes du stratège et historien Thucydide, celui-là même qui, exilé à la suite de cet échec, nous racontera le conflit. C'est une défaite d'importance pour Athènes puisque c'est avec le bois de Thrace qu'elle bâtit ses trières. Cléon mène donc les troupes athéniennes pour une riposte, nouvelle bataille et nouvelle défaite, à Eion, en 422. Au cours du combat Cléon et Brasidas meurent, permettant aux modérés des deux cités de s'accorder sur un arrêt des combats : c'est la paix de Nicias de 421. Les partisans de la paix à Athènes peuvent d'autant plus se faire entendre que l'effort de guerre avait vidé le trésor d'Athènes.

La guerre indirecte (421-412)[modifier | modifier le code]

La paix consacrée par Nicias, respectée seulement en partie et ne réglant aucunement les griefs du début du conflit, entraîne une paix larvée de 9 ans, qui s'achèvera sur le désastre de l'expédition de Sicile.

La paix de Nicias (421)[modifier | modifier le code]

La paix de Nicias consacre le retour au statu quo ante. Elle comprend les clauses suivantes :

  • paix conclue pour 50 ans ;
  • restitution de toutes les places prises et prisonniers ;
  • les cités de Thrace sont évacuées par les Péloponnésiens ;
  • les querelles à venir sont réglées par arbitrage et négociations[11].

Elle comprend donc le rétablissement des deux cités dans leurs possessions de 431 et la libération des prisonniers : Athènes doit restituer Sphactérie et Pylos, rendre les 300 hoplites qu'elle détient, Sparte doit évacuer la Thrace. Cela consacre une victoire implicite d'Athènes puisque son empire, à l'origine du conflit, n'en ressort pas amoindri. Mais Athènes a beaucoup perdu et les rancunes de 431 n'en sont pas moins latentes. Athéniens et Spartiates manquent dans un premier temps à la restitution de la Thrace, de Pylos et des 300 prisonniers. Ces derniers seront finalement libérés, au prix d'une alliance défensive entre Sparte et Athènes permettant l'intervention des troupes athéniennes en cas de révolte des hilotes en Messénie.

Mais la paix de Nicias n'engage pratiquement que Sparte face à Athènes et à ses alliés. De leur côté, les Béotiens, les Corinthiens et les Mégariens, sous des prétextes divers, refusèrent de jurer la paix. C'était là une menace sérieuse pesant sur le respect de la paix.

L'affaire d'Argos[modifier | modifier le code]

Parmi les vieilles rancunes que la paix ne résout pas se trouve celles de Corinthe qui, s'estimant mal défendue par Sparte, désire voir une nouvelle confédération se former. Elle profite donc du terme prochain de la période de paix signée par Sparte et Argos en 451 et des négociations se rouvrant entre les deux cités pour inciter les démocrates d'Argolide à créer une nouvelle confédération. Le but de Corinthe est simple : isoler Sparte ou tout du moins, si l'opération échoue, l'inciter à revoir sa politique. Cette alliance est créée, voit Mantinée et Elis y adhérer, ainsi que quelques cités de Chalcidique, désireuses de quitter le giron athénien. Sparte accélère des négociations avec Corinthe, faisant planer sur Argos la menace d'une triple alliance Sparte-Athènes-Corinthe, laissant Argos esseulée. Les démocrates argiens se retournent donc vers Athènes, signant avec elle ainsi qu'Elis et Mantinée une alliance défensive pour 100 ans. Cette nouvelle alliance désagrège la ligue du Péloponnèse et fait ressurgir des tensions entre Athènes et Sparte.

En 419, Argos s'attaque à Épidaure, alliée de Sparte, s'ensuit un affrontement entre Argos et Sparte, près d'Épidaure. Athènes reste passive puisque son alliance avec Argos est uniquement défensive. Le roi Agis fait finalement, en 418, envahir l'Argolide[12] ; Athènes envoie de faibles renforts, de manière tardive. L'armistice est conclu entre Sparte et Agos, et Mantinée, poussée à se soulever contre Sparte par Athènes, est défaite. La défaite a pour conséquence d'accroître les tensions entre Sparte et Athènes mais aussi celles entre Nicias et Alcibiade, stratège tout aussi radical que Cléon.

L'affaire de Mélos (416)[modifier | modifier le code]

L'île de Mélos, neutre dans le conflit, est un port d'importance en mer Égée. Athènes décide alors que Mélos, dont la majorité des habitants est d'origine lacédémonienne, doit rentrer dans son empire et intervient militairement, sous l'influence d'Alcibiade. En 416, les Méliens, las des ravages opérés par les Athéniens, se rapprochèrent de Sparte. Athènes envoya alors une expédition qui prit pied dans l'île. Mélos est prise durant la bataille de Mélos, ses murs sont rasés, les hommes de la cité sont exécutés, les femmes et les enfants vendus, 500 clérouques sont envoyés. Thucydide y place un fameux dialogue où s'affirme la volonté impériale des Athéniens au mépris du droit des gens, impérialisme fondé sur «une loi de nature qui fait que, toujours, si l'on est le plus fort, on commande». Cette affaire noircit considérablement l'image d'Athènes et tend la situation interne, surtout entre les stratèges Nicias et Alcibiade.

L'expédition en Sicile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition de Sicile.

En 415, sous l'influence d'Alcibiade, Athènes se lance dans l'expédition de Sicile répondant ainsi à l'appel de Ségeste, attaquée par Sélinonte en 416. Syracuse est une alliée de Sélinonte dans cette affaire et impose son hégémonie sur l'île, hégémonie que contredirait et même s'approprierait Athènes si elle envoyait une flotte en Sicile. La possibilité de tenir une telle position en Méditerranée, la perspective de couper les ravitaillements des alliés de Sparte, autant que le désir d'Alcibiade de prouver par un coup d'éclat qu'il est le digne successeur de Périclès mènent au déclenchement de cette expédition, expédition s'engageant pourtant sur un terrain mal connu des Athéniens.

Qui plus est le contexte n'est pas propice à une telle opération. En effet l'affaire des Hermocopides, à laquelle les hétairies tentent de mêler Alcibiade, se déclenche quelques jours avant le départ. Alcibiade, Nicias ainsi que Lamachos partent cependant pour la Sicile, Nicias lui-même s'étant pourtant violemment opposé à cette expédition. Alors que la campagne peine à démarrer vraiment, la flotte des trois stratèges ne trouvant de port en Sicile où mouiller, une trière provenant d'Athènes est chargée d'y ramener Alcibiade pour qu'il y soit jugé. Il s'enfuit en Élide, puis à Argos, avant de se réfugier à Sparte où il divulgue nombre d'informations sur Athènes et sa stratégie. Au même moment les Athéniens s'attaquent à Syracuse, prennent le plateau des Epipoles et le grand-port, Lamachos y perdant la vie. Mais les renforts du Spartiate Gylippe, arrivé en octobre 414, obligent les Athéniens à reculer vers la rade, rade dans laquelle ils se retrouvent emprisonnés. L'arrivée de renforts par Démosthène, avec 73 trières[13], ne peut empêcher la défaite lors de la bataille des Épipoles, en août 413. Nicias et Démosthène y perdent la vie, la thalassocratie athénienne est réduite à néant, ses 200 navires étant détruits, et 40 000 hommes[13] meurent au cours de ses batailles, les 10 000 survivant disparaissant eux dans les carrières de pierres des Latomies où ils sont détenus prisonniers par Syracuse.

La guerre de Décélie (412-404)[modifier | modifier le code]

La guerre de Décélie doit son nom au fort de Décélie, en Attique, d'où sera organisé le blocus terrestre d'Athènes par les Lacédémoniens dès 412, sur le conseil d'Alcibiade.

Les conséquences du désastre[modifier | modifier le code]

L'impopularité d'Athènes au sein de sa ligue atteint son comble et la cité n'a plus de flotte pour maintenir son empire. De nombreuses cités font sécession, aidées par les Lacédémoniens et la nouvelle puissance entrée en jeu en 412 : les Perses. Ces derniers, par l'intermédiaire des Satrapes Pharnabaze et Tissapherne, veulent profiter de la défection des cités de la Ligue de Délos pour mettre la main sur les territoires d'Asie Mineure perdus durant les Guerres médiques. La défaite permet aussi aux oligarques athéniens de renverser le pouvoir en 411, instituant le régime des Cinq Mille puis des Quatre Cents. Ce sont les soldats athéniens de Samos, s'étant auto-proclamée ecclesia souveraine, qui opèrent la reconquête de la démocratie sous l'égide d'Alcibiade, nommé stratège en tant que « seul capable de rétablir la puissance que la cité possédait auparavant »[14]. Ce dernier avait en effet fui Sparte la même année alors qu'il venait d'être déchu de son poste de navarque, sa vie étant en danger dans la cité lacédémonienne.

Le retour d'Alcibiade et le triomphe de Lysandre[modifier | modifier le code]

Copie du décret honorifique de 405 par lequel Athènes remercie Samos de lui être restée fidèle. Le relief surmontant l'inscription représente les déesses tutélaires des deux cités, respectivement Athéna et Héra, se serrant la main. Musée de l'Acropole d'Athènes.

Athènes se relève alors sous la stratégie d'Alcibiade, remporte trois victoires navales majeures à Cynosséma et à Abydos en 411, puis à Cyzique en 410, démontrant une formidable capacité à reconstruire promptement sa flotte. Alors qu'en 411 Sparte avait refusé la proposition de paix des oligarques athéniens, les démocrates refusent en 410 une proposition de paix lacédémonienne. De même Byzance, tombée en 411, est reprise par Alcibiade en 408.

En 407 le navarque Lysandre fait son apparition sur le théâtre des opérations. S'étant assuré du soutien de Cyrus, fils du roi de Perse Darius II, il essaye, en sous-main, d'imposer des oligarchies en Asie Mineure et de débaucher les mercenaires athéniens. L'annalité des charges à Sparte le pousse cependant à se retirer pour un an (par la suite il ne respectera plus cette annalité) ; c'est Callicratidas qui bat, à Notion en 406, la moitié de l'armée d'Alcibiade laissée au jeune général Antiochos. La même année la flotte menée par Thrasylle et Thrasybule bat Callicratidas à la Bataille des Arginuses, archipel au sud de l'île de Lesbos, ce qui entraîne une nouvelle proposition de paix de Sparte rejetée par Athènes. Une tempête rend cependant impossible aux Athéniens le repêchage des naufragés et des corps, ce qui est contraire à la tradition religieuse. Quelques radicaux condamnent à mort et exécutent les généraux athéniens n'ayant pu accomplir leur devoir spirituel, radicaux qui sont eux-mêmes exécutés par l'ecclesia. C'est dans ce contexte de grave désordre à Athènes que Lysandre et sa flotte, financée par Cyrus, reprennent en 405 l'Hellespont, faisant tomber Lampsaque pour investir Byzance. Il écrase finalement les Athéniens et le stratège Conon durant la bataille d'Aigos Potamos et peut donc porter sa flotte jusqu'au Pirée : Athènes, encerclée sur terre et sur mer doit se soumettre à l'ennemi. L'année suivante, Archinos d'Athènes, un de ces citoyens qui avaient ramené le peuple fugitif et relevé la démocratie lors de la domination des Trente, homme politique modéré, met fin à la guerre du Péloponnèse (-404).

En -403, une fois à son poste de décideur, devenu archonte, Archinos fera voter une loi interdisant de « rappeler le passé » suite aux luttes politiques. Cette année-là, Archinos prend un arrêté qui fixe le sens de l'écriture de gauche à droite ; l'écriture boustrophédon est abandonnée peu à peu[15]. Thrasybule tente de faire accorder la citoyenneté aux métèques qui ont combattu contre Les Trente. Archinos lui intente une action pour illégalité et obtient gain de cause[16].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Alors que les Corinthiens voulaient voir Athènes détruite et ses habitants rendus à l'esclavage[17], le traité de paix est relativement clément, nous rapporte Xénophon :

« [...] les Lacédémoniens déclarèrent qu'ils ne réduiraient pas en servitude une ville grecque qui avait rendu un grand service à la Grèce, quand elle était menacée des plus grands dangers, et ils firent la paix à condition que les Athéniens abattraient les Longs Murs et les fortifications du Pirée, qu'ils livreraient leurs vaisseaux, sauf douze, rappelleraient les exilés, reconnaîtraient pour ennemis et pour amis ceux de Lacédémone et suivraient les Lacédémoniens sur terre et sur mer partout où ils les conduiraient[18]. »

La ligue de Délos est donc dissoute et Athènes entre dans celle du Péloponnèse. La démocratie est remplacée par la tyrannie des Trente suite à l'action de Lysandre jouant sur l'appartenance des cités de la ligue à la "patrios politeia" ou "régime des anciens" et exerçant sur le démos d'Athènes un chantage : il estime que la destruction des Longs Murs a trop tardé, que le traité en est rendu obsolète et peut être rédigé à nouveau et ce avec bien plus d'intransigeance si l'ecclesia ne vote pas la mise en place du régime des Trente[19]. Thrasybule parvient à reprendre la cité aux Trente en 403 grâce aux soutiens de riches métèques tel que le logographe Lysias, et y rétablit la démocratie. Athènes, si elle ne retrouvera plus sa position de 431, parvient tout de même à maintenir son statut de cité de poids dans le monde grec. Sparte se retrouvera, au IVe siècle, isolée dans le jeu des ligues perdant finalement, malgré cette victoire, la posture pour laquelle elle s'était battue.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. d’Athènes et Battistini 2002, I
  2. d’Athènes et Battistini 2002, p. I:22, 26
  3. d’Athènes et Battistini 2002, p. I:24–30
  4. a et b Orrieux et Schmitt‐Pantel 1995, p. 212.
  5. a et b d’Athènes et Battistini 2002, II:141
  6. d’Athènes et Battistini 2002, II:13
  7. d’Athènes et Battistini 2002, III:87
  8. d’Athènes et Battistini 2002, II:2–6
  9. d’Athènes et Battistini 2002, II.
  10. Orrieux et Schmitt‐Pantel 1995
  11. Orrieux et Schmitt‐Pantel 1995, p. 216
  12. d’Athènes et Battistini 2002, VI:7.
  13. a et b Orrieux et Schmitt‐Pantel 1995, p. 217
  14. Xénophon, I, IV, 20
  15. Il est question d'Archinos dans le Ménexène de Platon, où Socrate raille le vote en sous-entendant que si Archinos n'est pas élu, ce sera de toute façon un autre politicien populaire ou administrateur populiste bien en place.(234b)
  16. Stéphane Ratti, Antiquité et citoyenneté : actes du colloque international, tenu à Besançon les 3, 4 et 5 novembre 1999, Presses Univ. Franche-Comté,‎ 2002 (ISBN 9782846270762, présentation en ligne)
  17. Plutarque, p. XVIII
  18. Xénophon, II, 2, 20
  19. Lysias, p. 72–75