Ismail du Maroc (1645-1727)

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Moulay Ismail
مولاي إسماعيل
Titre
Sultan du Maroc
14 avril 1672
Prédécesseur Moulay Rachid
Successeur Moulay Ahmed
Biographie
Dynastie alaouite
Nom de naissance Ismail ben Cherif Alaoui
Père Moulay Cherif
Monarques du Maroc
Moulay Ismail, illustration de John Windus tirée de Reise nach Mequinetz, der Residentz des heutigen Käysers von Fetz und Marocco, Hanovre 1726

Moulay Ismail du Maroc (en arabe: مولاي إسماعيل), ou Moulay Ismail ben Cherif, né en 1645 à Tafilalet et mort en 1727 à Meknès suite à une maladie à l'âge de 82 ans, est sultan du Maroc de 1672 à 1727. Il détient à ce jour le record de longévité en tant que monarque absolu, son règne dura pas moins de 55 années, sans régence préalable puisqu'il ne prit le pouvoir qu'à l'âge de 27 ans.

Le règne[modifier | modifier le code]

Moulay Ismail, sultan du Maroc de 1672 à 1727.

Le règne d'Ismail correspond à une période d’apogée de la puissance marocaine. Demi-frère des deux précédents sultans, Moulay Mohammed et de Moulay Rachid, jouissant de la confiance de son aîné Moulay Rachid, il reçut de ce dernier le commandement du nord du Maroc pendant qu'il combattait dans le sud. Gouverneur de Fès, il est proclamé sultan à son tour à l’annonce de la mort de Moulay Rachid d'une chute de cheval alors à Marrakech.

Dès son avènement, Moulay Ismail dut faire face à la révolte de son neveu Abou Al Abbas Ahmed ben Mehrez, fils de Murad Mehrez, fils de Moulay Cherif. Durant quatorze années, l'oncle et le neveu se combattirent. Moulay Ismail eut également à faire face au problème posé par certains groupes berbères et notamment celui des Sanhaja au sein duquel était née la zaouia de Dila.

Il lui faudra une vingtaine d’années pour consolider, contre les divers particularismes locaux ou religieux, l’unité du royaume, au prix de sanglantes répressions. Le sultan dote le Maroc d’une puissante armée, composée pour une bonne part d’esclaves noirs (Guich Al Boukhari) qui lui sont totalement dévoués, ce qui permet au pouvoir central d’être moins dépendant des tribus trop souvent rebelles. Elle atteint 150 000 hommes. Il constitue également une milice arabe (guich des Ouadaïs). À la tête de cette force militaire, bien équipée en artillerie, Ismail combat les Ottomans d'Alger et chasse les Européens (Espagnols, Anglais) des ports qu'ils occupent, comme Larache, Asilah, Maamora A-Mahdiya et Tanger. Faisant des milliers de prisonniers chrétiens et manque de peu de libérer Sebta (Ceuta).

Il maintient le contrôle sur la flotte de corsaire basé à Salé qui le fourni en esclaves chrétiens et en armement suite à leur razzia en Méditerranée et jusqu'à la mer du Nord. Ce qui ne l'empêche pas de nouer des relations diplomatiques conséquentes avec les puissances étrangères.

Comme ses prédécesseurs saadien, Le sultan garda également le contrôle sur les provinces saharienne surtout la province de Chengit dans l'actuelle Mauritanie.

En 1666, Roland Fréjus chargé par Louis XIV d'une mission sur les côtes africaines a mentionné dans son récit de voyage avoir eu « d'excellents rapports avec les Maures du Sultan du Maroc, voisins du Sénégal ».

Il entreprit même un voyage dans l'oasis du Touât dans cette province de Chenguit en 1678. Pendant son périple, il organisa le makhzen en nommant des caïds et pachas dans le grand sud. Les forts et ribats qu'il a construits au Sahara sont encore visibles aujourd'hui.

Une de ses quatre femmes officielles, Lalla Khenata était la fille du grand Cheikh Bakkar des M'ghafra de Chenguit. Belle, intelligente, lettrée, elle était l'une des rares personnes dont Moulay Ismail admettait remarques et conseils.

Jean-Baptiste Estelle, consul de France à Salé écrit en 1698 à son ministre, Mgr. Jean Frédéric et Maurepas, « que la vaste étendue de l'Empire Chérifien est d'un seul tenant, de la Méditerranée au fleuve du Sénégal. Y vivent, du Nord au Sud, les mêmes populations Maures qui paient la Gharama au sultan »[1].

La diplomatie[modifier | modifier le code]

Il reçoit des ambassadeurs, en particulier de la France, de l’Angleterre et de l’Espagne pour lier des relations commerciales. Celles-ci concernaient surtout la revente des marins chrétiens capturés sur mer et gardés dans l'immense prison souterraine que l'on peut visiter aujourd'hui sous la médina de Meknès.

En 1682, un traité d’amitié entre le Maroc et la France est signé à Saint-Germain-en-Laye, mais l’accès au trône d’Espagne du petit-fils de Louis XIV en 1700 condamne cette alliance.

Il choisit Meknès comme capitale de son empire en 1672. De par la frénésie de constructions qu'il déploya dans cette ville, il est souvent comparé à son contemporain Louis XIV.

Il fait édifier un réseau de 76 forteresses qui jalonnent les principales routes et entourent les montagnes. Meknès est protégée par vingt-cinq kilomètres de murailles.

La cour du roi[modifier | modifier le code]

Moulay Ismail entretient pas moins de 500 concubines, dont il a eu plusieurs centaines d'enfants. Un total de 867 enfants dont 525 fils et 343 filles est mentionné en 1703 et il aurait obtenu son 700ème fils en 1721 dépassant largement le millier d'enfant vers la fin de son règne (1042 exactement) [2].

Il commence la construction de son magnifique palais de Meknès avant de connaître les travaux de son contemporain Louis XIV à Versailles, selon les ambassadeurs occidentaux présent à Meknès à l'époque les remparts du palais seul faisait plus de 23 kilomètres de long.

Dar El Kbira le premier des palais à être fini après trois ans de construction était immense à lui seul et possédait des jardins suspendue à l'image de ceux de Babylone, sitôt fini il se mît à poser les fondations de Dar El Mekhzen qui devait relier une cinquantaine de palais les uns aux autres chacun comprenant ses propres thermes et sa propre mosquée pour ses multiples femmes et concubines et leur descendances, suivi ensuite par Madinat Er Riyad qui sera le lieu de résidence des vizirs entre autres... Ainsi de suite dans un perpétuel travail de construction acharné pendant tout le long de son règne de 55 ans[3].

Ainsi il vida le palais saadien Al Badii de Marrakech de la quasi-totalité de ses richesses pour les faire transporter à Meknès ainsi que tout le marbre et autres piliers trouvées encore utilisable dans la ville antique de Volubilis avoisinante.

Étant le seul monarque chrétien qu'il respectait de par son exercice du pouvoir absolu, il demande à Louis XIV la main d’une de ses filles naturelles, Mademoiselle de Blois. Mais ce dernier refusa comme cela ne fut pas d'usage.

L'homme[modifier | modifier le code]

Mausolée de Mouley Ismail à Meknès au Maroc

Les principaux traits de caractère de Moulay Ismail, sur lesquels insistent toutes les chroniques et toutes les légendes de l'époque, sont sa « tendance à l'ordre et à l'autorité, ainsi que sa volonté de fer ». « C'était un homme vigoureux, bien bâti, assez haut mais de taille fort déliée », selon Germain Moüette, captif français ayant vécu au Maroc jusqu'en 1682. Il a « le visage long, plutôt noir que blanc, c’est-à-dire fort mulâtre », selon Saint-Amans, ambassadeur de Louis XIV, ajoute « il est l'homme le plus fort et le plus vigoureux de ses Etats. » Cette couleur de la peau, il la tient certainement de sa mère qui, d'après le Bustan d'A. Zayani, était originaire des Mghafra.

Sa vigueur et sa force, il les mettait au service d'une volonté à toute épreuve: « Si Dieu m'a donné le royaume, personne ne peut me l'ôter », disait-il. Cette volonté allait toujours apparaître dans ses actions et décisions[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Busnot, Histoire du règne de Moulay Ismaïl, Mercure de France
  • Gilles Milton, Captifs en barbarie, Petite Bibliothèque Payot
  • Le Mémorial du Maroc, Encyclopédie en 8 Volumes, Laarbi Essakali, Henri Maurin
  • White Gold. The extraordinary Story of Thomas Pellow and North Africa's One Million European Slaves (Hodder & Stoughton, London, 2004)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Leçons d'histoire au secrétaire général des Affaires étrangères mauritanien, MarocHebdo : 09 - 04 - 1999
  2. (en) « Some magical Moroccan records », Guinness World Records, Guinness World Records Limited,‎ March 3, 2008 (consulté le 20 mars 2010)
  3. White Gold. The extraordinary Story of Thomas Pellow and North Africa's One Million European Slaves (Hodder & Stoughton, London, 2004)
  4. La Grande Encyclopédie du Maroc, Vol:H, C 121

La dynastie[modifier | modifier le code]

Précédé par Ismail du Maroc (1645-1727) Suivi par
Moulay Rachid
Icone-Islam.svg Dynastie Alaouite Transparent.gif
Moulay Ahmed