Bernard Lugan

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Bernard Lugan

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Bernard Lugan en 2010.

Naissance 10 mai 1946 (68 ans)
Meknès (Maroc)
Nationalité Drapeau : France Française
Pays de résidence France
Diplôme
Profession Historien (africaniste)
Distinctions
Prix M. et Mme Louis Marin
Prix Raymond Poincaré de l'Union nationale des officiers de réserve

Bernard Lugan, né le 10 mai 1946 à Meknès (Maroc), est un historien français spécialiste de l'Afrique. De 1972 à 1983, il enseigne à l'Université nationale du Rwanda, pays dans lequel il mène également des fouilles archéologiques. De 1984 à 2009, il est maître de conférences à l'université de Lyon III, où il assure différents cours autour de l'histoire de l'Afrique et de la francophonie. Il dispense également pendant cette période des conférences à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ainsi qu'à l'École de guerre au sein du module « Histoire et géostratégie de la francophonie ». En 2009, il publie une histoire universelle de l'Afrique sous le titre Histoire de l'Afrique, des origines à nos jours.

Membre de l'Action française dans sa jeunesse, il se retire du militantisme politique au début des années 1970 pour se consacrer à sa carrière de chercheur. Il reste néanmoins contributeur régulier de plusieurs titres réputés proches de la droite ou de l'extrême droite dans les années 1980, via notamment des entretiens sur la situation africaine, et continue à se dire de tendance monarchiste[1]. Il crée et anime également pendant 12 ans, de 1993 à 2005, la revue L'Afrique réelle, qu'il décide de relancer en 2010. Il reçoit en 1988 le prix M. et Mme Louis Marin de l'Académie française pour son livre Huguenots et Français, ils ont fait l'Afrique du Sud[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un officier de marine installé au Maroc après la Seconde Guerre mondiale, Bernard Lugan effectue sa scolarité chez les oratoriens à Meknès. Il quitte le Maroc en 1959 pour Paris où son père a ouvert un cabinet d'avocat. Il poursuit ses études secondaires au lycée Claude Bernard puis au lycée de Saint-Cloud avant d'entamer des études de droit à l'Université Paris II et de s'orienter vers des études d'histoire à l'université de Paris X-Nanterre[3]. En 1968, il est membre de l'Action française (Restauration nationale), chargé des « commissaires d'AF », service d'ordre qui mène des opérations contre les groupes-commando d'extrême gauche. Cette activité s'est poursuive après 1968[4], mais il met un terme à ses activités de militantisme politique au début des années 1970 en quittant la France pour le Rwanda.

Parcours universitaire[modifier | modifier le code]

En 1969, Bernard Lugan est licencié d'histoire et de géographie à Paris X - Nanterre. Après avoir soutenu un mémoire de maîtrise sur l'histoire militaire coloniale sous la direction de Frédéric Mauro, il entame une thèse sur le soldat colonial au 18e siècle sous la direction d'André Corvisier, thèse qu'il abandonne deux ans plus tard pour partir comme coopérant au Rwanda[3].

En 1971, sous la direction du professeur Frédéric Mauro, il soutient une maîtrise dont le titre est « La présence militaire française dans la vallée du Mississippi et dans le Centre-Ouest américain de 1699 à 1760 ». Éditée en 1994 sous une forme augmentée sous le titre Histoire de la Louisiane française (1682-1804) aux éditions Perrin.

De 1972 à 1982, il est coopérant au Rwanda, assistant d'histoire et de géographie à l'Université Nationale puis à celle de Butare dans l'équipe de Pierre Sirven et enfin à celle de Ruhengeri. En 1976, il obtient son doctorat de troisième cycle avec une thèse intitulée L'Économie d'échange au Rwanda de 1850 à 1914. En 1977, le CNU (Conseil national des universités) l'inscrit sur la Lafma (Liste d'aptitude à la fonction de maître-assistant).

En 1982, il est recruté à l'Université Jean-Moulin - Lyon-III, et passe l'année suivante sa thèse d'État Entre les servitudes de la houe et les sortilèges de la vache : le monde rural dans l'ancien Rwanda, sous la direction de Jean-Louis Miège (voir plus bas l'évaluation de sa thèse).

En 1985, il est maître-assistant à Lyon-III (promu maître de conférences de 1re classe en 1990). Il entre au Conseil national des universités deux années plus tard.

En 1986, Bernard Lugan publie son premier ouvrage, consacré à l'Afrique du Sud.

En 1990, dans le quotidien Présent, il publie un Manifeste pour les libertés universitaires après que Bernard Notin a publié un article révisionniste[5] :

« À Lyon, l'une des Universités a été sommée de se prononcer sur les thèses exprimées par l'un des siens dans une revue connue et de bonne tenue scientifique. […] Injonctions et pressions ont contraint le Président de l'Université à saisir la commission disciplinaire, dont la compétence est en l'occurrence douteuse. Nous appelons nos collègues […] à défendre les libertés universitaires contre l'insupportable police de la pensée. »

Le 10 octobre 1997, le Conseil d'État condamne l'État à verser à Bernard Lugan 10 000 francs de dommages et intérêts, et annule le recrutement de professeur d'histoire pour lequel sa candidature avait été indûment exclue (arrêt du Conseil d'État n°170341, rapporteur Valérie Pécresse)[6].

En mars 2001, Bernard Lugan est promu « maître de conférences hors classe » sur le contingent de l'Université. Selon le rapport Rousso : « La décision provoque la colère des associations et même […] une pétition signée par plus de cinquante africanistes français dont certains sont assez connus[7]. » Ils affirment dans la pétition : « Nous nous élevons avec vigueur contre cette distinction qui est susceptible de jeter le discrédit sur l'ensemble des études africanistes en France. En effet, qu'il s'agisse de l'Afrique du Sud, du Maroc ou de l'Afrique des Grands Lacs, les travaux de Bernard Lugan ne sont pas considérés comme scientifiques par la plus grande partie de la communauté universitaire. En revanche, à travers des articles élogieux et des interviews complaisantes, parus dans Minute, Présent et National Hebdo, ces travaux ont servi de support à des thèses défendant l'apartheid en Afrique du Sud, les fondements racialistes de l'histoire africaine et faisant l'apologie de la colonisation. Nous nous élevons donc contre cette promotion et demandons aux autorités compétentes de suspendre son application[7]. »

Ces universitaires, qualifiés d'« africanistes tiers-mondistes » par Lugan, dénoncent une « vision racialiste » de l'histoire (ses livres sur le Rwanda, le Maroc et l'Afrique du Sud sont visés). Bernard Lugan a proposé un débat public et contradictoire aux signataires de la pétition[8], sans obtenir de réponse. Il a réitéré cette offre sur les ondes de Radio Courtoisie. Gilles Guyot, président de l'université Lyon III dénoncera une « querelle d'africanistes jaloux », « parisiens », reconnaîtra que Lugan « a beaucoup d'ennemis dans la profession » et soutiendra la promotion approuvée par 13 voix sur 19 au nom de la liberté de pensée universitaire (interview à M Lyon de novembre 2001). Lugan commente : « En France, la compétence n'est pas reconnue, il faut être pédé, franc-maçon, ou syndicaliste de gauche pour progresser[9]. »

En 2001, Bernard Lugan est promu au dernier grade de la grille de « maître de conférences » sur le contingent de l'Université Jean-Moulin de Lyon.

Entre 1990 et 2002, Bernard Lugan a intenté et gagné plusieurs procès pour diffamation à l'encontre de diverses publications et personnalités qui l'avaient qualifié notamment de « révisionniste » ou de « négationniste »[10]. Il a déclaré à ce sujet : « J’ai fait condamner Ivan Levaï qui ne s’en est jamais vanté, et ce fut le premier de la longue série de mes procès gagnés. La presse lyonnaise a largement fait écho à ces attaques en ne tenant jamais compte de mes explications, de mes démentis, des jugements rendus et qui m’étaient tous favorables. J’ai eu affaire non à des journalistes, mais à des inquisiteurs, à des militants politiques. À cette occasion, France Info Lyon s'est particulièrement distinguée. Les plus malhonnêtes furent cependant les journalistes du Figaro Lyon, les moins malhonnêtes, ceux de Libération Lyon. J’ai d’ailleurs intenté des procès au premier et pas au second. Je ne me suis pas laissé faire : j'ai engagé dix-sept procès, que j'ai tous gagnés. Ça m'a permis de refaire une partie de la toiture de la superbe maison que j'avais en Bourbonnais. Le Canard enchaîné et L’Événement du jeudi m'ont, quant à eux, payé la réfection d'une très belle cheminée du XVIe siècle… Depuis que je n'ai plus de procès, mon train de vie a baissé[11]… »

Le premier procès fut en effet celui intenté à Ivan Levaï, qui avait interdit, comme directeur de France Inter, la rediffusion d'un entretien de Bernard Lugan avec un journaliste de cette radio, en octobre 1989, et s'était justifié en ces termes sur La Cinq : « Si vous soutenez cette position, cela signifie que vous acceptez qu'un Faurisson s'exprime sur les antennes de service public plusieurs fois par jour ». Le 10 janvier 1990, Bernard Lugnan assigna Ivan Levaï au civil, et obtint, le 23 mai 1990, un franc symbolique de dommages et intérêts et six mille francs au titre des frais de justice[12]. De même, par jugement du 8 juillet 1992, la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a condamné Alain Guédé et Roger Fressoz (directeur du Canard enchaîné) à dix mille francs d'amende chacun, à verser solidairement cinquante mille francs de dommages et intérêts ainsi que huit mille francs au titre des frais de justice, aux dépens et à consigner 75 000 francs pour la publication du jugement dans trois journaux. Alain Guédé avait publié, dans Le Canard enchaîné du 8 janvier 1992, un article affirmant : « Lyon-III est une plaque tournante où se rencontrent enseignants lepénistes et révisionnistes. Parmi eux, Bruno Gollnisch, ex-député du Front [national], Pierre Vial, une des têtes pensantes du GRECE, Bernard Notin, connu pour ses écrits révisionnistes et membre du conseil scientifique du Front national, Bernard Lugan, autre révisionniste célèbre, etc. ». La 17e chambre a jugé que l'auteur a échoué dans son offre de preuve, que l'article n'était pas fondé sur une enquête sérieuse, et que le terme révisionniste, dans le contexte de l'article, désignait forcément la négation de l'existence des chambres à gaz, une imputation diffamatoire[13].

Bernard Lugan a aussi fait condamner Lyon Mag pour diffamation, après que cet hebdomadaire l'eut présenté comme un partisan de l'Apartheid[14].

Tribunal pénal international pour le Rwanda[modifier | modifier le code]

En novembre 2003, Bernard Lugan témoigne en tant qu'expert appelé par les avocats de la défense des génocidaires présumés au Tribunal pénal international pour le Rwanda siégeant à Arusha (Tanzanie)[15]. Il est cité par la défense de plusieurs accusés Hutus : le colonel Théoneste Bagosora (ex-directeur de cabinet au ministère de la Défense et considéré par l'accusation comme le cerveau du génocide), le colonel Tharcisse Renzaho (ex-préfet de Kigali) ou encore Emmanuel Ndindabahizi (ex-ministre des finances).

Sensibilité politique et influence[modifier | modifier le code]

Bernard Lugan se dit de sensibilité monarchiste mais a appartenu brièvement au Parti républicain, ancêtre de Démocratie libérale. Devant le TPIR, accusé par le procureur d'être un anarchiste de droite, il a admis cette qualification en y ajoutant une « tendance mousquetaire »[16].

Bernard Lugan est président de l'Association pour le rétablissement du duel en matière de presse comme alternative aux procès en diffamation qui comptait parmi ses membres Vladimir Volkoff.

Des auteurs se sont inspirés des ouvrages de Bernard Lugan : Jean Sévillia dans son livre à succès Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique (2003)[17], Pierre Péan pour son enquête sur le génocide rwandais[18], ou encore l'ancien ministre de la Coopération Bernard Debré[19].

Activité universitaire[modifier | modifier le code]

Bernard Lugan est spécialiste de l'Afrique, et particulièrement du Rwanda, pays dans lequel il a mené des recherches archéologiques et auquel il a consacré ses deux thèses.

Ses travaux archéologiques ont donné lieu à trois publications :

  • « Rapport de fouille de la grotte de Ndama », en collaboration avec Pierre Sirven et Pierre Vérin[20] ;
  • « Rapport de fouille de la grotte de Mucucu », en collaboration avec Pierre Sirven et Pierre Vérin[21] ;
  • « Le Rwanda oriental » in Van Noten F, Histoire archéologique du Rwanda, Musée Royal de l'Afrique Centrale[22].

Il a soutenu et obtenu sa thèse d'État en 1983, Entre les servitudes de la houe et les sortilèges de la vache : le monde rural dans l'ancien Rwanda, sous la direction de Jean-Louis Miège, université d'Aix-en-Provence. La thèse a obtenu la mention « Très bien » à l'unanimité du jury.

Ses recherches principales sont axées sur les problèmes ethniques en Afrique noire, notamment sur l'origine des populations du Rwanda. Plusieurs de ses livres sur l'Afrique ont reçu des prix dont celui de la Société de géographie économique (pour l'Histoire de l'Afrique du Sud en 1995)[23]. Il a également publié des articles sur les famines au Rwanda[24] ainsi que sur l'histoire économique de ce pays[25].

Opposé à toute forme de repentance historique, mais également critique à l'égard de l'impérialisme, Bernard Lugan considère que la colonisation n'a été qu'une parenthèse dans l'histoire du continent africain bien qu'elle ait bouleversée la vie de ses habitants. Il note notamment que « la période coloniale, qui débute véritablement après la conférence de Berlin, organisée par Bismarck, et s'achève dans les années 1960, représente la durée de vie d'un homme » et que de ce fait, ne représente qu'un bref instant de l'histoire africaine et récuse par conséquent d'en faire l'origine de tous les malheurs de ce continent. Dans son argumentation, il distingue notamment les colonisations du Maroc et de l'Algérie. Selon Bernard Lugan, le protectorat mis en place par Lyautey au Maroc fut le modèle d'une relation réussie entre Européens et colonisés, parce qu'il était respectueux des traditions de ce pays. La colonisation de l'Algérie représente pour lui un antimodèle pour avoir été fondé sur le mépris de la population et « l'utopie de l'assimilation ». Selon Lugan, l'idée de vouloir que l'Afrique ressemble au monde occidental au nom d'un universalisme est absurde. Dénonçant la colonisation pour avoir voulu modifier le socle social et familial de ce continent, il explique ainsi sa fascination pour l'Afrique du fait qu'elle est « autre », irréductible et foisonnante depuis toujours[26].

D'autres de ses recherches concernent l'œuvre de la colonisation européenne en Afrique (dont il défend les aspects positifs) et le génocide au Rwanda (où il défend la thèse minoritaire[27] d'un génocide non prémédité).

Certains de ses collègues de Lyon 3 ont mentionné son « charisme d'enseignant, son goût de la provocation » et « pour ses propos critiquables sans être pour autant condamnables[28] ».

Bernard Lugan a annoncé son retrait anticipé de l'Université en avril 2009[29].

L'Afrique réelle[modifier | modifier le code]

En septembre 1993, Bernard Lugan crée l'EURL Afrique réelle éditant la revue éponyme. Celle-ci sera éditée pendant une douzaine d'années, et vendue uniquement sur abonnement. Le 18 mai 2005, Bernard Lugan dissout la société de publication Afrique réelle, à la suite d'un contentieux fiscal (ce dont il s'explique dans l'émission qu'il anime sur Radio Courtoisie).

Il a créé et dirigé la revue L'Afrique réelle de 1993 à 2005. Sonia et Alexandre Poussin[30], affirmèrent sur Radio Courtoisie qu'ils sont tombés amoureux du « continent noir » et de sa beauté grâce à la revue L'Afrique réelle de Bernard Lugan.

Depuis 2010 Bernard Lugan a relancé sa revue L'Afrique réelle. Elle est maintenant distribuée, sur abonnement, par courrier électronique.

Activité d'enseignement dans les centres d'études de l'armée[modifier | modifier le code]

Directeur du séminaire sur l'Afrique au Collège interarmées de défense (CID, ex-École de guerre), il est également conférencier à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et au Centre des hautes études militaires (CHEM) où il assure un module en « histoire et géostratégie de la francophonie ». Il a été invité par le Council of Foreign Relations de New-York, à participer à une conférence sur le Sahara occidental.

Activités médiatiques[modifier | modifier le code]

Depuis le début des années 1980, Bernard Lugan a participé à diverses publications généralement classées à droite telles que : Le Figaro, Le Spectacle du monde, Paris Match, Minute, Présent, et participe, en 1990 aux Cahiers de Chiré. Il a animé en 1990 un débat sur l'Afrique à la demande de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain. Au printemps 1994, Bernard Lugan participe à un numéro du Crapouillot à l'occasion de deux contributions sur les nationalismes zoulou et afrikaner à l'occasion des premières élections multiraciales en Afrique du Sud.

Il a animé une émission mensuelle sur Radio Courtoisie jusqu'en 2005, avec Dominique Venner et Philippe Conrad. En 2001, au cours de la « fête de la langue française » de Radio Courtoisie, Bernard Lugan s'est vu décerner le Prix Daudet (devenu depuis prix Jean Ferré).

L'historien fut invité par Robert Ménard en tant que spécialiste de l'Afrique du Sud dans l'émission Ménard sans interdit sur la chaine ITélé le 11 juin 2010[31]. Il est invité dans la même émission le 5 janvier 2011 au sujet de la crise électorale en Côte d'Ivoire.

Bernard Lugan contribue également en tant que spécialiste de l'Afrique au site de géopolitique Realpolitik.tv où il analyse l'actualité et les conflits africains[32]. Il est en outre un contributeur régulier de L'Eco austral. Il est également contributeur au site d'information Boulevard Voltaire[33] lancé par Robert Ménard et Dominique Jamet en octobre 2012.

Critiques à l'égard de Bernard Lugan[modifier | modifier le code]

Travaux controversés[modifier | modifier le code]

Les travaux de Bernard Lugan ont fait l'objet de critiques de la part de plusieurs universitaires[34],[35]. Ces critiques sont de plusieurs ordres :

  • Elles affirment que de nombreuses et importantes erreurs factuelles seraient présentes dans ses travaux[36]. Ainsi dans son compte rendu de l'ouvrage Le safari du Kaiser (écrit en collaboration avec Arnaud de Lagrange), René Pélissier parle de plusieurs dates fausses, d'une « méconnaissance de la situation locale » et décrit un livre au « parti hybride mi-romancé, mi-historique » marqué par la « nostalgie d'une « mystique teutonique »[37] ». Il souligne cependant également le caractère unique des scènes ayant comme théâtre le Congo belge. Toutefois cet ouvrage n'a jamais été présenté par Bernard Lugan comme un travail scientifique universitaire mais comme une fresque historique romancée.
  • D'après Sophie Pontzeele institutrice, membre de Lutte ouvrière[38], et ayant soutenu une thèse en sociologie, Bernard Lugan ne choisirait que les sources favorables à sa conception des choses, utilisant essentiellement les sources coloniales pour décrire les sociétés africaines, et en particulier rwandaise[39]. Pourtant les thèses de Bernard Lugan se sont justement appuyées sur plusieurs centaines de témoins locaux en mettant en relief l'importance de la tradition orale dans ces sociétés[40]. Toujours pour Sophie Pontzeele, il n’est pas « un spécialiste du Rwanda reconnu par ses pairs » et ses thèses sont disqualifiées « auprès des chercheurs spécialistes de la région des Grands lacs africains » [41].
  • Les critiques portent sur l'usage du concept de « race » pour distinguer certaines populations africaines, tout particulièrement les Hutu et Tutsi. Ainsi Marcel Kabanda, chercheur en histoire africaine affirme que l'interprétation de Bernard Lugan sur le conflit Hutu-Tutsi repose sur le postulat d'une « domination raciale »[42] reposant sur « un ensemble de présupposés qui mériteraient d'être documentés, vérifiés, explicités, expliqués » et ne répondant pas aux connaissances de la « génétique actuelle »[43]. Bernard Lugan répond à ses détracteurs qu'il s'appuie sur des travaux anthropologiques[44].
  • Pour Jean-Pierre Chrétien, le travail de Bernard Lugan est « excessif et marginal ». Il s'oppose à l'idée, qu'il prête à Bernard Lugan, d'une Afrique anhistorique marquée par « un ordre naturel africain » caractérisé par « la domination de certains et par la soumission des autres », par « une perception du temps radicalement différente », par « des rites et des danses[46] ». Pour sa part, Bernard Lugan a critiqué les travaux et la méthodologie de Jean-Pierre Chrétien et de « l'École historique » qu'il anime. Celle-ci lui semble largement insuffisante pour généraliser à échelle du continent africain une création coloniale des réalités ethniques africaines[47].
  • Lors d'une invitation sur la chaîne télévisée Itélé, le journaliste Robert Menard a critiqué les propos de Bernard Lugan de « moralement insupportable » pour ses idées sur le plan de partage territoriale racialiste de l'Afrique du Sud et il rajoute et qualifie les dires de l'historien de « monstrueux » pour ce qu'il prétend d'un Nelson Mandela « ayant tout raté » et « n'ayant rien fait du tout »[31].
  • Selon Nicolas Bancel, historien marqué à gauche[48], maître de conférences à l'Université Paris XI et vice-président de l'ACHAC (Association pour la Connaissance de l'Histoire de l'Afrique Contemporaine)[49]) : « Bernard Lugan, rejeté par la quasi-totalité des africanistes, représente le courant le plus radical de la pensée racialiste. C'est le prêt-à-penser raciste, qui doit expliquer tous les conflits interafricains actuels par le déterminisme de la race. Inutile de dire que des chercheurs ont, depuis longtemps, fait litière de cette explication. L'essentialisation des différences ethniques est un processus politique, dont la genèse est coloniale[50] ».

Le 5 décembre 1981, le président de l'Université nationale du Rwanda, Emmanuel Ntezimana, pour défendre les travaux de Bernard Lugan, écrit : « Je soussigné Emmanuel Ntezimana, doyen de la Faculté des Lettres de l'Université nationale du Rwanda certifie que Monsieur Bernard Lugan, chef du département d'histoire de 1977 à 1981, responsable des coopérants français en 1981 [...] mène des travaux de recherche originaux qui lui permettent d'assurer un enseignement spécifique au niveau de la licence et d'enrichir la connaissance du passé du Rwanda par ses nombreuses publications qui font autorité. Sa disponibilité tant à l'égard des étudiants rwandais que de ses collègues, ses scrupules d'universitaire, son inlassable dévouement au service de la faculté, son attachement au Rwanda, la qualité de ses travaux, le niveau de son enseignement, sa ponctualité, sa bonne humeur et son sens de la réserve en font un coopérant de toute première valeur. L'Université nationale du Rwanda désire que cet enseignant-chercheur d'élite continue à faire partie de son corps enseignant[51]. »

En août 2001, lors de la conférence de Durban sur le racisme, Bernard Lugan est pris à parti dans un discours par le président sénégalais Abdoulaye Wade auquel il s'était opposé quelques années plus tôt dans un débat sur le colonialisme[52] et le post-colonialisme, et qui reproche à Bernard Lugan de n'accorder « aux Africains qu'une place dérisoire dans l'histoire[53] ».

Dans un droit de réponse publié le 29 décembre 2001 sur Internet[54], Bernard Lugan s'estime victime d'un « procès en sorcellerie », lui « l'homme à abattre » dont « [les] analyses et [les] démonstrations dérangent. Elles sont en effet à contre-courant de l'histoire officielle marxisto-tiers-mondiste et des dogmes de l'afro-centrisme.  ».

Contributions controversées[modifier | modifier le code]

En 1992, il contribue au recueil Rencontres avec Saint-Loup édité en hommage à l'écrivain, ancien sympathisant du Front populaire, qui passera plus tard à la LVF, puis à la Division SS Charlemagne. Dans sa contribution il critique la vision romantique que St Loup donne des Bœrs. Dans un communiqué de presse en date du 3 octobre 2003 Bernard Lugan écrivait : « Comme spécialiste de l'Afrique du Sud, j'ai donné un article à un livre consacré à l'écrivain Saint-Loup et intitulé Rencontres avec Saint-Loup. Cet auteur a en effet écrit une histoire militaire des Bœr sous le titre Le Bœr attaque. Commandos Sud-Africains au combat, 1881-1978, publiée par les Presses de la Cité. Qu'il ait été Waffen SS ne m'interdit pas d'avoir une opinion sur ce qu'il a pu écrire dans mon domaine de recherche qui est l'Afrique du Sud. Mon propre article qui a pour titre « Une tribu blanche d'Afrique du Sud » est un examen critique des analyses de Saint-Loup, mais encore faut-il prendre la peine de le lire. Je démontre en effet qu'il s'est trompé quand il parlait des Bœrs car sa vision païenne lui a fait occulter la dimension chrétienne héritée de l'Ancien Testament qui explique tout leur comportement. »

Reprenant les prospectives qu'il avait expliquées dans son livre, et alors que l'Afrique du Sud est en pleine transition constitutionnelle, il se déclare partisan d'un « État afrikaner » au sein d'une confédération ou d'un État décentralisé, seul susceptible de garantir la « survie de l'identité blanche » et d'éviter le sort des anciens colons de Rhodésie. Dans ce cadre, il soutient le rapprochement des conservateurs Afrikaners avec les conservateurs zoulous de l'Inkhata (ces derniers, instruits par la situation des Ndebeles au Zimbabwe (ex-Rhodésie), réclament la création d'un État zoulou dans la province du Natal) dans l'Alliance des libertés afin de contrer la conquête du pouvoir par le Congrès national africain, contrôlé par l'ethnie Xhosa et partisan d'une centralisation des pouvoirs.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages historiques[modifier | modifier le code]

Sauf mention spéciale, Bernard Lugan est seul auteur des ouvrages listés ci-dessous.

Romans historiques[modifier | modifier le code]

Chant[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Utilisée pour la rédaction de l'article[modifier | modifier le code]

Complémentaire[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rousso 2004, ch. 3 « Le noyau d'extrême droite », p. 72/263 : « Bernard Lugan est en effet proche des milieux de l’extrême droite, mais il est de tendance monarchiste […]. Il participe également, de manière régulière, à des journaux comme Minute-La France, National-Hebdo, Présent, apparaissant de plus en plus comme le spécialiste de l’Afrique et développant des thèses violemment hostiles au tiers-mondisme et à l’anticolonialisme. »
  2. « Prix M. et Mme Louis Marin », sur Académie française (consulté le 7 décembre 2013).
  3. a et b NRH 2009.
  4. Rousso 2004, p. 72 : « C'est un ancien membre de l'Action française : il a eu en charge les « commissaires d'AF », sorte de service d'ordre, qui mène des opérations de commando contre les groupes d'extrême gauche, en 1968 et après, alors que cette mouvance est en plein déclin. » Le rapport cite également à ce sujet l'interview de Bernard Lugan à National Hebdo en 1995. Gautier 2002, p. 319 mentionne qu'à la Restauration nationale, il dirigeait un « service d'ordre. »
  5. Arrêt du Conseil d'État n°159236 du 28 septembre 1998 sur Legifrance
  6. Arrêt du Conseil d'État du 10 octobre 1997 sur le site de la Banque de données juridiques Inter Fonctions Publiques.
  7. a et b Rousso 2004, p. 219.
  8. communiqués de presse en date du 12 octobre et du 20 octobre 2001
  9. Le Monde, 7-8 octobre 2001, p. 11.
  10. Lugan Afrique réelle 2002.
  11. Emmanuelle Duverger et Robert Ménard, « Bernard Lugan : pour le rétablissement des duels en matière de presse », La Revue-Médias, no 32, printemps 2012. Le rédacteur en chef de la revue Médias est Robert Ménard, cf. mentions légales sur le site de cette revue.
  12. Lugan Afrique réelle 2002, chapitre I.
  13. Lugan Afrique réelle 2002, chapitre II.
  14. Arrêt de la Cour de cassation, 30 septembre 2003. Dans son droit de réponse paru dans Le Monde daté 16 octobre 2001, Bernard Lugan précise, de même : « Je n'ai jamais défendu l'apartheid. »
  15. Attestation de comparution en qualité de témoin expert au TPIR
  16. Compte rendu d'audience, agence Hirondelle, Arusha, 5 septembre 2007 (FH-TPIR/Renzaho)
  17. Historiquement correct, Tempus, 2003, p. 401-402.
  18. Noires fureurs, blancs menteurs (Mille Et Une Nuits, 2005), qui cite plusieurs fois l'étude de Bernard Lugan : François Mitterrand, l'armée française et le Rwanda.
  19. Le Retour du Mwami (éd. Ramsay, 1998), qui est dédié « à Bernard Lugan, professeur d'histoire à l'université de Lyon et professeur pendant onze ans à l'université du Rwanda, [qui l]'a aidé à comprendre ce pays ».
  20. Études Rwandaises, vol X, novembre 1978.
  21. Études Rwandaises, vol XIII, octobre 1979.
  22. Tervuren, pp 130-136 et planches 82-91, 1983
  23. Rousso 2004, ch. 3 « Le noyau d'extrême droite », p. 72/263.
  24. « Causes et effets de la famine “Rumanura” au Rwanda, 1916-18 », Canadian Journal of African Studies / Revue Canadienne des Études Africaines, vol. 10, no 2, 1976, p. 347-356 ; « Famines et disettes au Rwanda », Cahiers d'outre-mer, vol. 38, no 150, 1985, p. 151-174.
  25. « « Les Pôles commerciaux du lac Kivu à la fin du XIXe siècle », Revue française d'histoire d'outre-mer, vol. 64, no 235, p. 176-202 ; « Les activités commerciales du sud Kivu au XIXe siècle à travers l'exemple de Kinyaga (Rwanda) », Cahiers d'outre-mer, vol. 36, no 141, 1983, p. 19-48.
  26. François Paoli, « Il était une fois l'Afrique », Le Figaro, 29 janvier 2009.
  27. Voir notamment Le génocide rwandais : comment il a été préparé.
  28. Témoignages sur l'enseignement de Bernard Lugan recueillis auprès de collègues par la Commission sur le négationnisme et le racisme à l'Université Lyon 3 : Rousso 2004, ch. 3 « Le noyau d'extrême droite », p. 72/263.
  29. Radio Courtoisie - Le Libre Journal des Historiens - 30/04/2009
  30. voyageurs passionnés de l'Afrique et auteurs de Africa Trek : 14 000 kilomètres dans les pas de l'Homme
  31. a et b Bernard Lugan sur ITélé, 11 juin 2010
  32. Articles de Lugan pour realpolitik.tv
  33. Ecrits de Bernard Lugan, Boulevard Voltaire.
  34. voir la pétition citée plus haut
  35. Une partie de ces critiques a été exposée dans un dossier de la revue Afrique et Histoire, n° 3, 2005cairn.be
  36. Chrétien 2005, p. 196-198.
  37. R. Pélissier, compte rendu dans Politique étrangère, 1988, 53, 3, pp. 787-788 persee.fr
  38. [1]
  39. Sophie Pontzeele, Burundi1972/Rwanda1994 : l'efficacité dramatique d'une reconstruction idéologique du passé par la presse, thèse Lille 1er juin 2004, p. 70 : « Dans l'ensemble de son ouvrage, il [B. Lugan] fonde la plupart de ses affirmations sur des citations et des références à des auteurs sans évoquer la nature des enquêtes, des recherches ou des observations qui ont permis à ces derniers de construire leurs analyses. Les observateurs du Rwanda qu'il cite le plus souvent à l'appui de ses thèses ont écrit durant la période coloniale » cf document intégral
  40. Tome 5 de la thèse de Bernard Lugan p.842-859. Enquêtes orales sur 278 témoins et anciens locaux. Préfecture de Boutare (37), Byumba (21), Cyangugu (31), Gisenyi (43), Gitama (21), Kibungo (63), Kibuye (28), Kigali (27), Ruhengeri (24) et Gikongoro (2).
  41. « Quant à Bernard Lugan, il défend la thèse d’une origine raciale différente pour les deux principales composantes de la population rwandaise. Cet universitaire français, connu pour ses liens avec l’extrême droite et sa nostalgie du colonialisme, ne peut guère être considéré comme un spécialiste du Rwanda reconnu par ses pairs. Toutefois, la disqualification de ses thèses auprès des chercheurs spécialistes de la région des Grands lacs africains ne l’empêche pas de jouir d’autres sources de légitimité. Sur le plan éditorial, la diffusion de ses ouvrages sur le génocide au Rwanda lui assure une certaine notoriété. Sa nomination en qualité d’expert auprès du Tribunal pénal international sur le Rwanda lui confère également une reconnaissance institutionnelle. Enfin, nous le mentionnons parce qu’il fut le seul universitaire à signer une tribune dans les colonnes du Figaro, pendant le génocide, en tant qu’« expert » de l’Afrique. Ceci illustre bien le fait que la légitimation médiatique de l’« expert » et sa consécration dans le champ académique sont loin d’aller de pair. en l’occurrence, il semble que l’autorité reconnue par Le Figaro au discours de Bernard Lugan doive beaucoup à sa proximité idéologique avec les analyses « historiques » du journal. » Sophie Pontzeele, « Le schème de la « guerre ethnique » dans la médiatisation des crises africaines : Burundi 1972 et Rwanda 1994 », Les Cahiers du journalisme, 18, 2008, p. 173-174
  42. Il renvoie notamment au texte « Une domination raciale » dans B. Lugan, Histoire du Rwanda, Paris, Bartillat, 1997, p. 115-116.
  43. Marcel Kabanda, in Afrique et Histoire, 3, 2005, pp. 200-201.
  44. Rwanda : le génocide, l'Église et la démocratie, éd. du Rocher, 2004, pp. 213-222.
  45. Catherine Coquery-Vidrovitch, « Études africaines en France : une histoire à revisiter » dans Pensée sociale critique pour le XXIe siècle. Mélanges en l'honneur de Samir Amin, L'Harmattan, 2003, p. 58.
  46. Chrétien 2005, p. 188 qui cite ici Lugan 2003.
  47. Club de l'Horloge, prix Lyssenko
  48. La question post-coloniale: Une analyse géopolitique, Yves Lacoste, Librairie Arthème Fayard, 2010
  49. Groupe de recherche Achac : Colonisation, immigration, post-colonialisme
  50. « Les médias français face au Rwanda. De l'intervention française de 1990 au génocide », Africultures, 1er septembre 2000.
  51. lettre du doyen de la faculté des Lettres de l'Université Nationale du Rwanda (Emmanuel Ntezimana) datée du 5 décembre 1981
  52. Le Quotidien de Paris du 26 février 1990
  53. résumé des interventions à la conférence
  54. Réponse de Bernard Lugan, www.afrik.com, 29 décembre 2001
  55. Bernard Lugan, « Guerres d'Afrique reçoit le prix Raymond Poincaré », sur Blog de Bernard Lugan,‎ 12 janvier 2014 (consulté le 14 janvier 2014).