Hassan ibn al-Sabbah

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Hasan-i Sabbâh

Hasan-i Sabbâh (1036 ? - 1124), parfois surnommé « le Vieux de la Montagne », était le fondateur de l’État d’Alamût et l’initiateur d’une nouvelle prédication (al-da`wa al-jadîda), il était un Ismaélien qui a fréquenté le Dar al-Hikma (Maison de la sagesse) du Caire pour acquérir les connaissances religieuses sur le chiisme ismaélien.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Son nom est transcrit parfois Hasan-i Sabbâh (en persan : حسن صباح, Hasan Sabbāh), ) ou al-Hasan b. al-Sabbâh (arabe : al-ḥasan ben aṣ-ṣabbāḥ, الحسن بن الصباح). Hasan-i Sabbâh est né vers 1036 dans une famille chiite à Qom (en Perse). Son père, `Alî b. Muhammad b. Ja`far b. al-Husayn b. Muhammad b. al-Sabbâh al-Himyarî, était un érudit de Kûfa d'origine yéménite. Quand il était enfant, il a reçu une éducation conventionnelle de son père qui déménagea plus tard à Rayy, près de l’actuelle ville de Téhéran. C'était là que Hasan-i Sabbâh a poursuivi son éducation religieuse. L’historien Rachîd ad-Dîn Tabîb a écrit une biographie sur Hasan-i Sabbâh intitulée Sargudhasht-i Sayyidnâ (Les incidents dans la vie de notre Sayyid), dans laquelle il raconte que Hasan était duodécimain comme son père et que dès l'âge de sept ans, il était attiré par l'étude de diverses branches et souhaitait devenir un savant dans l’Islam.

Sa date de naissance est inconnue, mais il était encore un jeune homme quand il alla rendre visite au calife Fâtimide Al-Mustansir Billâh. Hasan-i Sabbâh était intelligent et compétent en géométrie et en astronomie. Vers l'âge de 17 ans, il rencontra pour la première fois un prédicateur (dâ`î) Fâtimide, Amîra Darrâb, qui l'a initié à la théosophie. Malgré tous ses efforts, il ne réussit pas à convaincre Hasan de la véracité de l'ismaélisme. Plus tard, il est allé visiter un dâ`î ismaélien pour avoir davantage de clarification sur cette gnose abstruse. Convaincu que l'ismaélisme est la voie à suivre, il devient un Ismaélien vers l'âge de 35 ans en 1071 et par la suite, il entre en contact avec le dâ`î `Abd al-Malik b. Attâsh à Isfahan.

Dans la biographie Rashîd raconte qu’en 464/1071 `Abd al-Malik b. Attâsh, le prédicateur (dâ`î) en Irak, était venu à Rayy. Grâce à son aide Hasan est devenu un dâ`î puis il est allé en Égypte pour parfaire ses connaissances et rendre visite à l’Imâm. Au début de son voyage en 469/1077, il est passé par Isfahan avant d’aller en Égypte. Il est finalement arrivé en Égypte en 471/1078 où il a eu la chance de rencontrer l’Imâm Al-Mustansir Billah. On rapporte qu'il est resté 18 mois au Caire, appréciant ce prestigieux centre religieux. Il a également suivi des cours au Dar al-Hikma qui était le plus grand centre d’étude de l'Islam du monde musulman. Hasan a beaucoup profité de son voyage en Égypte. Comme l’indiquait Laurence Lockhart[1], Hasan-i Sabbâh a été bien reçu au Caire, et a été traité avec beaucoup de faveur par le calife Fâtimide Mustansir Billâh. En retournant à Isfahân, il visita plusieurs villes où il a étudié les conditions économiques, sociales et religieuses. Il a atteint Ispahân en 473/1081 et a commencé à propager la foi ismaélienne dans la région de Yazd et de Kerman pendant quelque temps. Il a passé trois mois au Khûzistân avant d’aller à Dâmghân, où il est resté environ trois ans.

Le travail ne manquait pas pour aider le dâ`î `Abd al-Malik b. Attâsh qui s’occupait de diffuser l’ismaélisme en Perse. Vers 480/1088, Hasan-i Sabbâh choisit un château à Alamût dans le Daylam comme siège de la da`wa (convocation). Il a envoyé à Dâmghân, et plus tard, à Shahriyârkûh (Mâzandarân), des Ismaéliens qualifiés dans différents endroits autour de la vallée d'Alamût pour convertir les habitants locaux. Hasan a longtemps été le dâ`î principal du Daylam[2].

Entre temps, le vizir Nizâm al-Mulk (408-485/1018-1092), un ennemi implacable, avait demandé à Abû Muslim le gouverneur du Rayy d’arrêter Hasan. Ce dernier a réussi cependant à se cacher au Daylam. Par la suite il a pris possession de la forteresse d'Alamût en 483/1090 et a établi un État indépendant ismaélien nizârien.

Quand Hasan-i Sabbâh est revenu d'Égypte, la forteresse d'Alamût appartenait à un chef shî‘ite appelé Mahdî, qui l'avait eue comme fief du sultan Malikshâh. Mahdî était un descendant de Hasan b. `Alî al-Utrûsh (m. 304/916), un des chefs du Tabaristân, aussi appelé al-Nâsir li’l-Haqq, qui avait établi une communauté zaydite de Nâsiriyya sur les bords de la Mer Caspienne[3].

Hasan-i Sabbâh, le 4 septembre 483/1090, entre dans le château d'Alamût. Il y loge quelque temps en étranger sans s’identifier au chef zaydite Mahdî, mais après quelques jours, ce dernier remarque que l'autorité d'Hasan-i Sabbâh surpasse la sienne. La partie de la garnison d'Alamût et un grand nombre d'habitants ont embrassé l’ismaélisme, rendant Mahdî impuissant, et par la suite ce dernier quitte la forteresse. Ainsi, Alamût a été occupé sans massacre et devint Dar al-Hijra (endroit de refuge) pour les Ismaéliens. Hasan mourut de maladie en 1124 à Alamut[4].

Alamût[modifier | modifier le code]

`Atâ Malik Juvaynî (1226-1283) avait vu la forteresse d'Alamût quand elle avait été démolie en 654/1256. Il écrit dans Ta’rîkh-i jahân-gushây (traduit en anglais par John A. Boyle, 1958, p. 719) qu’« Alamût est une montagne qui ressemble à un chameau agenouillé avec son cou posé par terre. » Elle était située dans le Daylam à environ 35 kilomètres au nord-ouest de Qazwîn dans la région de Rudhbâr. C'était physiquement une grande colline très haute, avec les pentes raides de presque tous les côtés, mais avec une étendue considérable au-dessus où on pouvait s’établir. Alamût se trouve à environ 100 kilomètres au nord-ouest de Téhéran et est situé dans la crête élevée de la chaîne de montagnes d'Elburz. Les soucis immédiats de Hasan-i Sabbâh étaient d’approvisionner régulièrement le fort d’Alamût en nourriture et eau, ainsi les Ismaéliens construisirent des réservoirs d’eau afin d’irriguer les champs dans la vallée. Ils acquirent les châteaux adjacents et érigèrent des forts aux points stratégiques. Les Ismaéliens instituèrent des réformes économiques et sociales, et s’unissaient par des liens fraternels.

Comme l'aigle, il avait construit son nid à cet endroit. Selon « Sargudhasht-i Sayyidnâ », le terme « Alamût » est originaire de deux mots : « âluh » « âmût » c.-à-d., le nid de l'aigle. Ibn Athîr (m. 630/1234) relie la signification à une autre tradition dans son « Kâmil fî al-Ta’rîkh » (Beyrouth, 1975, tome 10, p. 110) selon laquelle l'aigle aurait enseigné et guidé Hasan à cet endroit qui était aussi appelé « ta`lim al-aqab » (La connaissance de l’aigle), dans le dialecte daylamî est « âluh âmût ». Le mot « âluh » signifie « aigle » alors que « âmût » dériverait de « âmûkht » signifiant « initiation ». Les historiens iraniens ont attiré l'attention sur le fait curieux que, si on donne à chaque lettre du mot composé de « Âluh Âmût », sa valeur numérique en arabe s’élève à 483, qui représente l'année où Hasan-i Sabbâh prit possession d'Alamût.

Les Ismaéliens nizarites d'Alamût[modifier | modifier le code]

Les Ismaéliens nizarites étaient des croyants d’origine persane[réf. nécessaire] qui ont donné allégeance à l’Imâm Nizâr dont Hasan-i Sabbâh était le grand supporter. L'histoire réelle des Ismaéliens à Alamût, comme celle d'autres sociétés secrètes, a été mélangée avec des éléments folkloriques et mythiques. La majeure partie du mythe occidental entourant Alamût vient des voyages de Marco Polo. Ces histoires fantastiques sur Alamût et l’ordre des assassins lui ont été racontées par des personnes interposées (voir article Nizârites pour plus de détail). Quand l’Imâm Nizâr a été emprisonné et supplanté par son plus jeune frère (Musta'lî), Hasan-i Sabbâh rompit[réf. nécessaire] avec Musta`lî et Badr Jamâlî (le vizir Fâtimide) et il donna allégeance au successeur légitime de Nizâr. Il créa à Alamût en 1090 une nouvelle da`wa où il établit une communauté à l’abri de la puissance politique sunnite.

La bibliothèque d'Alamût[modifier | modifier le code]

La bibliothèque d’Alamût contenait de nombreux livres sur divers sujets comme les sciences, la philosophie, la religion, etc. Quand les Mongols ont envahi Alamût, ils ont été surpris du nombre de livres et d'instruments scientifiques qu'ils ont trouvé. Shahrastânî et Nasir ad-Din at-Tusi ont fréquenté régulièrement cette bibliothèque. Tûsî a sauvegardé de nombreux livres scientifiques avant que les Mongols ne mettent le feu dans le bâtiment.

La légende des trois condisciples[modifier | modifier le code]

L’historien Rashîd al-Dîn al-Thabîb rapporte cette légende dans ses Sar Gudhasht-i Sayyidnâ. Hassan aurait fréquenté l'université de Nichapur avec Omar Khayyam, le poète-astronome perse, tous deux étaient dans un cercle d’astrologues à la cour princière, mais Hasan dut le quitter à cause d'un scandale commis par un rival jaloux. Un autre de ses camarades de classe fut Nizam al-Mulk qui devint premier ministre. Ces trois-là firent un pacte, selon l'autobiographie de Nizâm, si l'un d'eux, n'importe lequel, montait haut dans la hiérarchie, il aiderait les autres à y parvenir aussi. Plusieurs chercheurs ont des doutes sur l’authenticité de cette légende sur le pacte d’amitié et d’entraide de ces célèbres condisciples.

Ceci est très sûrement une légende, car Nizam al-Mulk, Omar Khayyam et Hassan Sabbah avaient des écarts d'âge conséquents : le vizir al-Mulk ayant environ 30 ans de plus que Khayyam et 40 de plus que Sabbah. De plus Nizam al-Mulk, grand vizir des sultans Seldjoukides, faisait en toute logique preuve d'une grande méfiance à l'égard des Ismaéliens, dont Sabbah sera très vite un très grand représentant.

Références littéraires[modifier | modifier le code]

Hassan ibn al-Sabbah est un personnage central du roman Alamut de Vladimir Bartol. Bien qu'il n'apparaisse jamais, c'est également l'un des personnages du Pendule de Foucault d'Umberto Eco. Hassan ibn al-Sabbah joue également un rôle central dans le roman Samarcande d'Amin Maalouf. Hassan ibn al-Sabbah et Alamut sont également longuement mentionnés dans Le Théorème du Perroquet de Denis Guedj.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurence Lockhart, Hasan-i Sabbah and the Assassins, BSOAS, tome V, 1928, p. 677
  2. Daftary, p. 338-339
  3. Daftary, p.339
  4. Daftary, p. 366

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1928 Laurence Lockhart. Hasan-i Sabbah and the Assassins BSOAS, tome V, 1928, p. 677
  • 1938 Wladimir Ivanow. Some Ismaili Strongholds in Persia Islamic Culture. Tome 12, p. 383-396.
  • 1938 Wladimir Ivanow. Tombs of some Persian Ismaili Imams, Journal of Bombay Branch of the Royal Asiatic Society, tome 14, p. 63-72.
  • 1955 Marshall G.S. Hodgson. The Order of Assassins, La Haye.
  • 1958 J.A. Boyle. The History of the World Conqueror by Ala-ad-Dîn Ata-malik Juvaini, Manchester, 2 tomes.
  • 1960 Wladimir Ivanow. Alamût and Lamasar. Téhéran, Association ismaélienne.
  • 1973 Jean-Claude Frere, L'ordre des Assassins, Paris, Celt
  • 1974 (1964) Henry Corbin, Histoire de la philosophie Islamique, Paris, Gallimard
  • 1984 : Bernard Lewis Les Assassins, Terrorisme et politique dans l'islam médiéval] (Éditions Complexe) (ISBN 2-87027-123-9)
  • 1986-1993 Gimaret, Daniel, Monnot, Guy et Jolivet, Jean, Livre des religions et des sectes. 2 tomes. Belgium (Peeters): UNESCO.
  • 1990 : Christian Jambet a écrit une étude complète La Grande Résurrection d'Alamût - Les formes de la liberté dans le Shî’isme ismaélien chez Lagrasse, Verdier.
  • 1990 Farhad Daftary. The Ismâ‘îlî: Their History and Doctrines. Cambridge University Press.
  • 1996 Nasîr al-dîn Tûsî. Rawdat al-taslîm, traduit par Christian Jambet dans La Convocation d’Alamût, Lagrasse, Verdier.
  • 2002 Diane Steigerwald. The Multiple Facets of Isma‘ilism. Sacred Web: A Journal of Tradition and Modernity. Tome 9, p. 77-87.
  • J.de Hammer environ 1850 :histoire de l'ordre des assassins ;traduit de l'allemand par J.Hellert et PA de La Nourais, publié pa Le Club français de livre en 1961