Alamut

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Alamut
Ruines de la forteresse d'Alamut
Ruines de la forteresse d'Alamut
Localisation
Pays Drapeau de l’Iran Iran
Province Qazvin
Coordonnées 36° 26′ 40″ N 50° 35′ 08″ E / 36.444563, 50.585631 ()36° 26′ 40″ Nord 50° 35′ 08″ Est / 36.444563, 50.585631 ()  

Géolocalisation sur la carte : Iran

(Voir situation sur carte : Iran)
Alamut
Alamut
Échafaudages mis en place par l'Iran's Cultural Heritage Organization.

Alamut est le nom d’une vallée du massif de l'Alborz au sud de la mer Caspienne, près de la ville de Qazvin, à 100 kilomètres de l'actuelle Téhéran, dans le nord-ouest de l'Iran actuel. La forteresse d’Alamut, souvent appelée simplement Alamut, réputée inexpugnable, se dressait autrefois à une altitude de 2 100 mètres, au-dessus du village actuellement nommé Gâzor Khân[1].

Cette forteresse a été construite vers 840. Le site archéologique est complètement à l’état de ruines surtout depuis le tremblement de terre de 2004. Il y a 23 autres forteresses de la même période en ruines dans la région.

Le mot Alamut, en persan alamōt, الموت, signifierait « Nid de l'aigle » ou « Leçon de l'aigle[2] » dans le dialecte local. En persan on dit la « forteresse d’Alamut »[3] pour nommer le site archéologique.

La forteresse a été prise en 1090 par Hassan ibn al-Sabbah surnommé le « Vieux de la Montagne », (Chaykh al-Jabal [4]) pour servir de base à la secte chiite ismaélienne des Nizârites, aussi appelés Assassins. Ce surnom est réputé signifier consommateurs de haschich[5]. Cette interprétation est contestée. Le mot proviendrait du substantif arabe et/ou persan assâs (fondement[6]) ou de l'adjectif assâssi (fondamental[7]). Assas signifiant également gardien dans des dialectes locaux d'Afrique du Nord, et par gardien il était sous entendu qu'ils étaient les gardiens de la terre sainte. Les Nizârites se voulaient des fondamentalistes, et Hassan aimait appeler ses adeptes « Assassiyoun », ceux qui sont fidèles au « fondement » de la foi. C'est ce mot, mal compris des voyageurs étrangers, qui a semblé avoir des relents de haschich. Méfiants envers ces derniers compte tenu de leurs croyances hétérodoxes, les contemporains les appelaient parfois Batiniyya, ou Batini[8].

En 1256, la forteresse d’Alamut se rendit sans combat à l'armée mongole d'Houlagou Khan qui déferlait sur l'Iran. Elle fut entièrement rasée.

Liste des chefs des Nizârites à Alamut[modifier | modifier le code]

Cette liste ne concerne que les imams ayant régné dans la forteresse. Pour la liste complète, lire les Imams nizârites du XIe au XIIe siècle.

La légende de la Forteresse d'Alamut[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Marco Polo rapporta la légende en ayant affirmé avoir visité Alamut, ce qui est peu probable compte tenu du fait qu'à l'année de sa venue sur place la place forte avait déjà cessé d'être employée depuis plusieurs décennies après l'année 1256, qui vit son démantèlement.

Selon sa description, la forteresse coiffée sur la montagne comportait un magnifique jardin secret imitant l'aspect des jardins du Paradis. Le but était de convaincre les futurs assassins de la secte — drogués notamment au haschich — qu'ils venaient de faire un bref tour au Paradis afin de les fanatiser avant qu'ils ne partent accomplir leur mission mortelle.

Le reste est manifestement édulcoré par l'imaginaire des personnes ayant assuré les transmissions postérieures de ce récit de voyage.

Récit légendaire[modifier | modifier le code]

La véracité de cette légende n'a pas été prouvée mais ce qui rendit Alamut un lieu qui réussit à faire trembler maints dirigeants et personnalités de l'époque fut le degré de manipulation utilisé par Hassan ibn al-Sabbah pour fanatiser ses assassins.

Tout d'abord Hassan (ou plutôt ses esclaves) soignait un jardin secret, lieu interdit à tous les occupants, les initiés de la citadelle. C'était un jardin luxuriant, magnifique. Il y avait également dans le jardin, de très belles femmes, des vierges pour la plupart.

Les initiés suivaient des cours dans la journée. Ils apprenaient à se battre avec plusieurs types d'armes mais apprenaient aussi les langues, les sciences et les mathématiques. En plus de cela, ils suivaient des cours religieux, pour qu'ils adhèrent fortement à leur religion.

En outre, Hassan ibn al-Sabbah se faisait passer pour un prophète et donc l'unique détenteur terrestre des clefs du paradis.

En tant que détenteur de cette voie d'accès privilégiée aux félicités éternelles, il pouvait donc envoyer qui il voulait dans le paradis, lieu décrit par la légende comme magnifique, beau, et plein de houris, ces fameuses vierges du paradis musulman. Les deux meilleurs des jeunes initiés de chaque promotion étaient donc choisis et convoqués par le maître (Hassan). Celui-ci, après leur avoir parlé, leur disait que, pour les récompenser de leur bons résultats, il allait les envoyer au paradis et les ramener ensuite dans ce bas monde.

Hassan promettait donc de leur donner un avant goût de ce que la « vie éternelle » réservait aux croyants. Il les aurait drogués au haschisch[9], peut-être sous forme de dragées, ce qui altérait leurs sensations, puis leur administrait un puissant somnifère. Une fois inconscients, ils étaient transportés dans le jardin secret de la forteresse et se réveillaient au milieu de plats cuisinés, de plantes luxuriantes, et de très nombreuses houris. Ils passaient alors un très bon moment, se croyant au paradis, puis ils étaient de nouveau drogués et ramenés dans leur chambre.

Ils se levaient donc le matin incrédules et rendus seulement à leur terne quotidien. Hassan leur disait alors que s'ils mouraient pour la bonne cause, il les renverrait immédiatement au paradis. Les deux fedais étaient intimement convaincus qu'ils étaient déjà allés au paradis et tout cela contribuait à éliminer chez eux la peur de la mort ; connaître cette dernière était attendu par la promesse d'une seconde vie dans un lieu idyllique, arrière-monde promis[10].

Les adeptes de Hassan n'avaient donc plus peur de rien de leur vivant et étaient soumis corps et âme au maître. Ils faisaient ainsi de parfaits tueurs agissant tels des commando-suicide.

En effet, ils partaient (seuls ou en petits groupes) armés d'un poignard et lorsque la cible sortait de chez elle ou cheminait tranquillement dans la rue, l'assassin surgissait de la foule et frappait la cible. Ils la tuaient généralement en plein jour et devant témoins, pour ébranler les esprits.

L'efficacité de cette méthode venait du fait que, n'ayant aucune peur de la mort, l'assassin frappait puis attendait les coups et acceptait de mourir car il croyait ainsi rejoindre les houris du paradis. Ces assassins savaient également parfaitement manier plusieurs armes et étaient physiquement entraînés. Se défendre contre de tels opposants nécessitait d'âpres engagements tant ils étaient coriaces.

On raconte qu'une ambassade croisée fut envoyée à Alamut, le repaire des nizârites de l'époque. Lorsque l'ambassadeur arriva, il voulut savoir ce qui faisait de ces assassins de si terribles personnages qu'ils terrorisaient les politiciens et les élites locaux. Le maître appela donc deux fedais. Il demanda à l'un de courir vers l'un des murs fortifiés surplombant un ravin et de sauter dans le vide. Alors que ce dernier courait, il demanda au deuxième de sortir son poignard et de se poignarder. Le premier arriva au sommet et sauta, sans un cri. Le second s'enfonça le couteau dans le ventre avec un sourire béat sur la face. L'ambassadeur fut franchement impressionné par le degré de manipulation qu'exerçait le maître sur ses sbires, à côté duquel les menaces les plus horribles du clergé chrétien seraient restées sans effet.

Hassan aurait bénéficié alors d'une grande influence dans la région ; d'où vraisemblablement la diffusion de cette légende.

C'est donc dans la vallée de Alamut que naquit une grande secte, et Hassan accomplit son but : faire trembler les bases même du pouvoir séculier qui l'entourait.

Références fantastiques[modifier | modifier le code]

La forteresse d'Alamut a servi de cadre ou est citée dans de nombreux univers fantastiques.

Citons à titre d'exemples le jeu de figurines Helldorado où Alamut est un portail d'entrée vers les enfers à partir duquel les Sarrasins entament leur conquête de l'enfer, ou l'univers du jeu de rôle Vampire : la Mascarade où Alamut sert de refuge à la secte vampire des Assamites, ou encore l'adaptation cinématographique de Prince of Persia où Alamut est la ville gardienne de la Dague du Temps. Citons aussi le fait que la secte d'Assassin de la série Assassin's Creed provient d'Alamut.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. persan : gāzor ḫān, گازرخان, mot à mot : L’auberge (caravansérail) du laveur
  2. Ismaili History The fortress of Alamut
  3. persan : qalʿéh-é alamōt, قلعه الموت, ou dèj-é alamōt, دژ الموت, château d'Alamût
  4. L'arabe Chaykh al-Jabal (šayx al-jabal, شيخ الجبل) peut se traduire « Vieux de la montagne » mais aussi le « Sage de la Montagne » ou encore le « Chef de la Montagne » selon le sens qu’on donne au mot « chaykh ».
  5. arabe : ḥaššāšūn, حشّاشون
  6. arabe et persan : asās, اساس, base ; fondement ; fondation ; racine
  7. arabe et persan : asāsi, اساسى, fondamental ; essentiel
  8. Usâma ibn Munqidh (1095-1188), Les enseignements de la vie, souvenirs d'un gentilhomme syrien, Traduction d'André Miquel, Éd Imprimerie Nationale, (ISBN 2-11-080785-7), p. 277 note no 18
  9. On a d'ailleurs pu penser que le surnom de hashischins (d'où vient le mot « assassin ») venait du nom de cette drogue ; mais selon d'autres hypothèses, le terme d'« assassin » viendrait plus probablement du mot assassiyoun ou encore de assass (« gardien de la foi ») ; voir l'article Nizârites.
  10. lire immanence et transcendance pour cette thématique.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie des romans reprenant la légende[modifier | modifier le code]

Les enfants du Graal (tome 3) La Couronne du Monde de Peter Berling.