Ievgueni Zamiatine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Ievgueni Zamiatine

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Ievgueni Zamiatine par Boris Koustodiev, 1923.

Nom de naissance Ievgueni Ivanovitch Zamiatine
Activités romancier, dramaturge, librettiste, scénariste, acteur, médecin
Naissance 1er février 1884
Lebedian, Oblast de Lipetsk,
Drapeau de la Russie Russie
Décès 10 mars 1937 (à 53 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture russe
Genres science-fiction, satire, fantastique, roman historique, théâtre, livret d'opéra

Œuvres principales

Nous autres

Ievgueni Ivanovitch Zamiatine (russe : Евгений Иванович Замятин), né le 1er février 1884 à Lebedian, oblast de Lipetsk (Russie), mort le 10 mars 1937 à Paris, (France), parfois appelé en français Eugène Zamiatine ou Evgueni Zamiatine, est un écrivain russe, également ingénieur naval et professeur.

Ievgueni Zamiatine connaissait bien les œuvres de H. G. Wells. Son œuvre est constamment animée par une volonté hérétique qui lui vaudra les foudres de la censure des gouvernements tsariste, puis communiste.

Son roman le plus connu, Nous autres, exprime sa déception à l'égard de la révolution d'Octobre. Ce roman de science-fiction est une « dystopie », ou contre-utopie ; il est souvent présenté comme la source d'inspiration du Meilleur des mondes (1932) d'Aldous Huxley, de 1984 (1949) de George Orwell et d’Un bonheur insoutenable (1970) d'Ira Levin[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Tombe d'Ievgueni Zamiatine

Zamiatine est né le le 20 janvier 1884 (selon le calendrier julien alors en usage dans l'Empire russe) ce qui correspond au 1er février 1884 du calendrier grégorien. Son père est prêtre orthodoxe, maître d'école et sa mère, musicienne. Il fait ses études au lycée de Voronej, puis étudie la construction navale à l’Institut polytechnique de Saint-Pétersbourg de 1902 à 1908 et rejoint rapidement les Bolcheviks.

Il participe à la révolution de 1905, pendant laquelle il rencontre Lioudmila Oussova, une étudiante en médecine, avec laquelle il se marie en 1908, mais il est arrêté, puis assigné à résidence à Lebedian[2]. Il tente de rentrer clandestinement à Saint-Pétersbourg, mais doit se réfugier en Finlande. Ses écrits et actions politiques lui valent un nouvel exil en 1911. Ces épisodes d'éloignement lui inspirent Province. À peine rentré à Saint-Pétersbourg après l'amnistie de 1913, la publication d'Au Diable vauvert lui vaut les foudres de la censure tsariste et un nouvel exil, en Carélie cette fois[2].

Muni de son diplôme d'ingénieur naval, il est en Angleterre en 1916 pour superviser la construction de navires brise-glace pour l'Empire russe[2].

Après la Révolution de février, il rentre d'Angleterre en septembre 1917 et participe avec enthousiasme au foisonnement littéraire, se réclamant du néo-réalisme. Il participe à de nombreuses revues et publie des classiques étrangers. Professeur de littérature à la « Maison des Arts » de Petrograd aux côtés de Iouri Tynianov et Korneï Tchoukovski, il inspire les « Frères Sérapion », un groupe de jeunes écrivains. Il est alors une personnalité importante de la scène littéraire soviétique[2].

D'abord bolchevique, Zamiatine quitte le parti en 1917. Il critique aussi les écrivains prolétariens trop proches du pouvoir politique[2].

En 1920 paraît La Caverne, un recueil de nouvelles. Son roman Nous autres, écrit en 1920-1921 et publié quatre ans plus tard en langue anglaise[1], lui apporte la notoriété, même s'il est interdit en URSS. Ce roman et le scandale politico-littéraire qu'il engendre occultent le reste de sa production littéraire[2]. Nous Autres inspira à George Orwell le contexte de son roman 1984.

Pour éviter les problèmes de censure, Zamiatine écrit des pièces de théâtre[2].

Inquiété par le Guépéou à partir de 1922, son nom figure la même année sur une liste d'intellectuels que le gouvernement se prépare à expulser. Des amis étant intervenus contre son gré, il est obligé de rester en Russie. Interdit de publication en 1924, accusé d'antisoviétisme lors d'une violente campagne de presse après la parution de Nous autres à l'étranger[3], il écrit en 1931, comme Mikhaïl Boulgakov, à Staline, mais uniquement pour obtenir l'autorisation de quitter l'URSS (au contraire de son ami, qui finit par accepter un emploi au Théâtre d'art de Moscou). Requête acceptée grâce à l'appui de Maxime Gorki[2].

Il quitte l'URSS en 1931 et s'installe à Paris. Zamiatine écrit quelques nouvelles ainsi que le scénario de l'adaptation cinématographique des Bas-fonds de Gorki par Jean Renoir. Il meurt le 10 mars 1937 d'un angine de poitrine. Il est enterré au cimetière de Thiais[2].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, Zamiatine écrit de nombreuses pièces de théâtre qui lui paraissent moins risquées.

  • La Société des honorables sonneurs (1925)
  • La Puce
  • Les Feux de la Saint-Dominique

Opéra[modifier | modifier le code]

Zamiatine contribue au livret de l'opéra Le Nez de Dimitri Chostakovitch d'après Nicolas Gogol (créé en 1930).

Scénario[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

  • 1927 : La Maison dans la neige (Дом в сугробах), film russe réalisé par Friedrich Ermler, adaptation de la nouvelle La Cave de Zamiatine (1922)
  • 1994 : L'Inondation (Navodneniye), film franco-russe réalisé par Igor Minaiev, adaptation de la nouvelle éponyme, avec Isabelle Huppert

À la télévision[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

Dans Nous Autres 1920, « Le monde se développe uniquement en fonction des hérésies, en fonction de ce qui rejette le présent, apparemment inébranlable et infaillible. Seuls les hérétiques découvrent des éléments nouveaux dans les sciences, l'art, la vie sociale. Seuls les hérétiques sont l'éternel ferment de la vie. »

Dans son article J'ai peur de 1921, il dit ceci : « J'ai peur qu'il n'y ait pas en Russie de véritable littérature, tant que l'on continuera d'y considérer le demos russe comme un enfant dont il faut préserver l'innocence... Mais si cette maladie s'avère incurable, j'ai peur que la littérature russe n'ait qu'un seul avenir : son passé! »

Dans sa lettre à Staline, « Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité d’écrire équivaut à une condamnation à mort. Les choses ont atteint un point où il m’est devenu impossible d’exercer ma profession, car l’activité de création est impensable si l’on est obligé de travailler dans une atmosphère de persécution systématique qui s’aggrave chaque année. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Paskine Sagnes, Laurent viala, « Nous autres d'Eugène Zamiatine ou la pensée critique d'un humanisme technique », in Michel Prat, Alain Sebbah, Eidôlon, no 73 : Fictions d'anticipation politique, novembre 2006, Presses universitaires de Bordeaux, 2006, 362 pages, p. 95-114 (ISBN 978-2-903440-73-2).
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Jean-Baptiste Godon, préface à Au diable vauvert, éditions Verdier (ISBN 286432458X)
  3. Luba Jurgenson, « Zamiatine », in Jean-Claude Polet (dir.), Auteurs européens du premier XXe siècle : De la drôle de paix à la drôle de guerre, 1923-1939, De Boeck Université, 2003, 868 pages, p. 660-661 (ISBN 978-2-8041-3580-5).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Leonid Heller (éd.), Autour de Zamiatine, actes du colloque, université de Lausanne, juin 1987. Suivi de Écrits oubliés, faculté de lettres de l'université de Lausanne, Âge d'homme, 1989, 210 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :