Boris Koustodiev

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Autoportrait devant le Monastère de la Trinité-Saint-Serge, 1912, Uffizi

Boris Mikhaïlovitch Koustodiev (en russe : Борис Михайлович Кустодиев) (7 mars 187828 mai 1927) est un peintre russe et décorateur de scènes de théâtre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Boris Koustodiev est né à Astrakhan. Son père est professeur de philosophie, d'histoire de la littérature et de logique au séminaire de théologie local. Son père meurt jeune ; les responsabilités financières et matérielles retombent donc sur sa mère et la famille Koustodiev loue une petite aile de la maison d'un riche commerçant. C'est là que le petit garçon conçoit ses premières impressions de la vie de la classe des riches marchands. Plus tard, l'artiste écrira « Toute la substance du riche et abondant mode de vie des marchands était là sous mon nez… C'était comme sorti d'une pièce d'Ostrovski. » Il retiendra ces observations de longues années, les recréant plus tard dans des peintures à l'huile et des aquarelles.

Entre 1893 et 1896, Koustodiev étudie dans un séminaire de théologie et prend des leçons d'art privées avec Pavel Vlassov, élève de Vassili Perov. Il est ensuite assistant à l'atelier d'Ilya Repine à l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg de 1896 à 1903. Il prend en même temps des cours de sculpture avec Dmitri Stelletski et d'eau-forte avec Vassili Mate. Il expose ses œuvres pour la première fois en 1896.

« J'ai beaucoup d'espoir pour Koustodiev. » écrira Repine. « C'est un artiste talentueux et un homme pensif et sérieux, avec un grand amour pour l'art ; il fait de soigneuses études de la nature... » Quand Repine fut chargé par le gouvernement russe d'exécuter son œuvre la plus grandiose, une toile de 400 × 877 cm représentant la Session protocolaire du Conseil d'État pour marquer son centenaire le 7 mai 1901, il demande à Koustodiev d'être son assistant. L'œuvre est extrêmement complexe et nécessita beaucoup de travail. Avec son maître, le jeune artiste compose des études de portraits pour la peinture, et ensuite exécute le côté droit de l'œuvre finale. À cette époque aussi, Koustodiev fait une série de portraits de contemporains qu'il estime comme ses camarades spirituels, entre autres : Ivan Bilibine (1901, Musée russe, Saint-Pétersbourg), Moldovtsev (1901, Musée régional de Krasnodar), et le graveur Mate (1902, Musée russe). Travailler sur ces portraits aide considérablement l'artiste, le forçant à faire des études profondes du monde complexe de l'âme humaine.

Il se marie avec Ioulia Protchineskaïa (1880-1942) en 1903. Ils ont une fille, Irina, dont Koustodiev fait un portrait pendant sa petite enfance, ainsi qu'un autre de sa femme.

Grâce à une bourse d'études de l'Académie impériale des arts, il visite la France et l'Espagne en 1904. La même année, il est assistant à l'atelier privé de René Ménard à Paris. Ensuite il visite l'Espagne, l'Italie, et en 1909 l'Autriche et l'Allemagne, puis la France et l'Italie encore. Pendant ces années, il peint beaucoup de portraits et d'autres œuvres. Pourtant, même s'il se trouve dans une Séville ensoleillée ou dans le jardin de Versailles, il ressent toujours le chant de sa patrie. Après cinq mois en France, il rentre en Russie. C'est avec joie qu'il écrit à son ami Mate, pour l'avertir de son retour « dans notre terre russe bénie ».

La Révolution russe de 1905 bouleverse les fondations de la société et suscite une réponse intense dans l'âme de l'artiste. Il contribue aux journaux satiriques Joupel’ (L'Épouvantail) et Adskaïa Potchta (La Poste de l'enfer). À cette époque, il rencontre pour la première fois les membres du Mir Iskousstva (Monde de l'art), un groupe d'artistes russes innovants. Il rejoint leur association en 1910 et participe à toutes leurs expositions.

En 1905, Koustodiev commence à s'intéresser à l'illustration de livres, un genre sur lequel il travaillera tout au long de sa vie. Il illustre ainsi beaucoup d'œuvres de la littérature russe classique, telles que Les Âmes mortes, Le Manteau et Le Carrosse de Gogol, Le chant du tsar Ivan Vassilievitch, du jeune opritchnik et du vaillant marchand Kalachnikov de Lermontov, et La Bougie et Comment le Diable a volé le pain du paysan de Tolstoï.

En 1909, il est élu à l'Académie impériale des beaux-arts. Il continue à travailler intensivement, mais une maladie grave — la tuberculose de la colonne vertébrale — requiert de l'attention urgente. Au conseil de ses docteurs, il passe une année en Suisse, y suivant un traitement dans une clinique privée. Sa patrie lui manque, et les thèmes russes continuent d'être à la base de toutes les œuvres qu'il exécute pendant l'année.

La femme du marchand (1918).

Il devient paraplégique en 1916. « Maintenant ma chambre est mon monde entier. » écrit-il. Sa capacité de rester joyeux et vif en dépit de sa paralysie est étonnante. Ses peintures pleines de couleurs joyeuses ne révèlent pas sa souffrance physique ; au contraire, elles donnent l'impression d'une vie heureuse et sans soucis. Son Mardi de Maslenitsa (Mardi gras) (1916) et Fontanka (1916) sont peints à partir de ses souvenirs. Il restaure méticuleusement son enfance dans la grande ville sur les rives de la Volga. En 1918, il termine La femme du marchand, vite devenue l'œuvre la plus connue de Koustodiev.

Dans les premières années après la Révolution russe de 1917, l'artiste travaille dans plusieurs disciplines avec beaucoup d'inspiration. Les thèmes contemporains deviennent la base de son travail, incarné en dessins pour calendriers et couvertures de livres, et en illustrations et esquisses de décorations de rue. Ses couvertures pour les revues Le Champ de blé rouge et Panorama rouge attirent l'attention due à l'éclat et à la finesse de leurs sujets. Koustodiev travaille aussi en lithographie, illustrant des œuvres de Nekrassov. Ses illustrations pour les contes de Leskov, Lady Macbeth de Mtsensk et Chtopal'chtchik (Le Raccommodeur), furent des œuvres phare dans l'histoire de l'illustration des livres en Russie, ils collent tellement bien aux images littéraires.

L'artiste éprouve aussi un grand intérêt pour la création de décors de théâtre. Il commence à travailler au théâtre en 1911, quand il crée les décors pour Cœur ardent d'Alexandre Ostrovski. Son succès est tel que d'autres commandes ont vite afflué. En 1913, il crée les décors et les costumes pour La Mort de Pazoukhine, au Théâtre d'art de Moscou. Son talent pour cette discipline est spécialement apparent pour les pièces d'Ostrovski : Tableau de famille, L'Orage, Loups et brebis et On n'évite ni le malheur ni le péché. Le milieu des pièces d'Ostrovski — la vie provinciale et le monde de la classe marchande — est en effet proche des peintures de Koustodiev, et il travaille aisément et rapidement sur les décors. En 1920, il peint Le Bolchevik (Galerie Tretiakov, Moscou), l'une des premières peintures symbolisant la révolution bolchevique. L'œuvre, une allégorie visionnaire, échappe encore aux canons esthétiques du réalisme socialiste. En 1921, il crée les décors et les costumes de l'opéra de Sierov, tiré de la pièce d'Ostrovski Vis non comme tu veux, mais comme Dieu le commande, et à cette occasion, il fait la connaissance de Fédor Chaliapine, dont il peint un portrait étonnant.

En 1923, Koustodiev rejoint l'Association des artistes de la Russie révolutionnaire. Il continue à peindre, graver, illustrer des livres et à créer des décors de théâtre, jusqu'au jour de sa mort, le 28 mai 1927, à Léningrad.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Tombe de Koustodiev au cimetière Tikhvine de Saint-Pétersbourg

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