Histoire philatélique et postale de la Belgique

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L'histoire philatélique et postale de la Belgique est particulièrement riche car elle témoigne des nombreuses influences d'un pays dont les frontières ont été souvent bousculées[1].

Les départements français[modifier | modifier le code]

Lettre de 1803 avec marque postale linéaire 94 Bruxelles.

La Belgique a été occupée par la France peu après la Révolution. L'administration postale a donc mis en place des marques postales linéaires sur le même modèle que celui de la France[2].

Ainsi Bruxelles était le chef-lieu du département de la Dyle et avait comme numéro de département 94. Voici une table des émissions de telles marques.

Numéro Département Chef-lieu Autres villes ayant émis des marques postales
86 Jemmapes Mons Ath, Beaumont, Binche, Boussu, Braine-le-Comte, Charleroi, Chimay, Enghien, Quievrain, Soignies, Tournai.
91 Lys Bruges Courtrai (également orthographié Courtray), Furnes, Gistel (orthographié Ghistelles), Menin, Nieuport, Ostende, Warneton, Ypres.
92 Escaut Gand Alost, Audenarde, Beveren, Deinze, Eeklo, Flessingue[3], Grammont, Lokeren, Ninove, Saint Nicolas, Termonde, Waasmunster.
93 Deux-Nèthes Anvers Berg-op-Zoom, Bréda, Mont-Sainte-Gertrude (ou Gertruydemberg), Hoogstraten (orthographié Hoochstraeten), Kontich (orthographié Contigh), Lierre (également orthographié Lier), Malines, Oudenburg (orthographié Oudenbosch), Rosendael (aussi orthographié Rosendaal), Steenbergen (orthographié Stenbergen), Turnhout, Zevenbergen.
94 Dyle Bruxelles Asse (orthographié Assche), Diest, Genappe, Hal, Louvain, Nivelles, Tirlemont, Tubize (sous l'orthographe Tubise), Vilvorde, Waterloo, Wavre
95 Meuse-Inférieure Maastricht (orthographié Maëstricht) Hamont (orthographié Hammont), Hasselt (orthographié Hasset), Maaseik (orthographié Maëseyck, Maseyck ou Maaseyck), Rekkem (orthographié Reckem), Ruremonde, Saint-Trond (orthographié St Tron), Tongres, Venlo (également orthographié Venloo).
96 Ourthe Liège Battice, Eupen, Herve, Huy, Spa, Verviers
97 Sambre-et-Meuse Namur Dinant, Grinchamp, Marche, Sombreffe (orthographié SOMBREF), Saint-Hubert, Tellin

Un autre département (Forêts avec pour code 98) recouvrait essentiellement le Grand-Duché du Luxembourg. De même, deux départements (Escaut et Deux Néthes) étaient à cheval par rapport aux frontières actuelles de la Belgique et des Pays-Bas.

Il existe une marque « 97 Paliseux » qui résulte d'une erreur de cachet (la marque correcte est « 98 Paliseux » dans le département Forêts[4]).

Escaut[modifier | modifier le code]

Le département de l'Escaut a été sous administration française du 1er octobre 1795 au 1er mars 1814. Son numéro de département était le 92.

Ville Marque
port dû
Marque
port payé
Marque
déboursé
Date remarques
Gand
Alost
Audenarde
Beveren
Deinze 92 DEYNSE
1796
Eeklo 92 ECLOO
1796
Flessingue 92 FLESSINGUE 1808 Ville actuellement rattachée aux Pays-Bas
Grammont
Lokeren
Ninove
Saint Nicolas
Termonde
Waasmunster

Jemmapes[modifier | modifier le code]

Le département du Jemappes (ou Jemmapes) a été sous administration française du 1er octobre 1795 (après un premier épisode en 1793) au 1er mars 1814. Son numéro de département était le 86.

La table ci-dessous énumère les différents bureaux de poste avec des exemples de marques postales utilisées. Les marques de type « P 85 P » étaient utilisées pour les envois en port payé. Les marques dites de déboursé correspondent à des problèmes d'acheminement. La plupart des marques ont donné lieu à plusieurs tampons de formats différents (dimensions). Plusieurs couleurs d'encre ont également été employées. Pour les collectionneurs, les cotations sont naturellement très différentes entre ces diverses variétés.

Ville Marque (exemple) Date Cotation[5] remarques
Mons 86 MONS 1796
Ath 86 ATH 1796
Beaumont 86 BEAUMONT 1799
Binche 86 BINCH 1796
Boussu BOUSSU 1797
Braine-le-Comte 86 BRAISNE-LE-COMTE 1796
86 BRAINE-LE-COMTE 1803
Charleroi 86 CHARLEROY 1796
Chimay 86 CHIMAY 1796
Enghien 86 ENGHIEN 1793
Quievrain QUIEVRAING 1800
Soignies 86 SOIGNIES 1796
Tournai 86 TOURNAY 1796

Lys[modifier | modifier le code]

Ourthe[modifier | modifier le code]

Lettre de 1801 avec marque postale linéaire 96 Herve.

Le département de l'Ourthe a été sous administration française du 1er octobre 1795 au 1er mars 1814. Son numéro de département était le 96.

On rencontre deux types de marques officielles :

  • Dépt de l'ourthe
  • Préfet Dépt de l'ourthe
Ville Marque
port dû
Marque
port payé
Marque
déboursé
Date remarques
Liège DE LIEGE RECOMMANDÉE
DE LIEGE
1794
96 LIÈGE P 96 P
LIEGE
Deb 96 LIEGE 1796
Battice 96 BATTICE  ?  ?  ?
Eupen 96 NEAU P 96 P
NEAU
1797 Neau est le nom révolutionnaire d'Eupen
96 EUPEN P 96 P
EUPEN
1803 empreinte en noir et rouge
Herve 96 HERVE P 96 P
HERVE
manuscrit 1796
Huy 96 HUY P 96 P
HUY
manuscrit 1797
Spa 96 SPA P 96 P
SPA
D 96 B
SPA
1802
Verviers 96 VERVIERS P 96 P
VERVIERS
D 96 B
VERVIERS
1796

Sambre-et-Meuse[modifier | modifier le code]

Les premières émissions de timbres belges[modifier | modifier le code]

Léopold Ier[modifier | modifier le code]

L'Epaulette à 10 centimes

La première émission de timbres-poste belges a eu lieu en 1849. Elle a été appelée Épaulettes car les timbres représentent le roi Léopold Ier en uniforme militaire, avec les épaulettes bien apparentes.

Article détaillé : Épaulettes (timbre).

Elle a été rapidement suivie (octobre 1849) d'autres émissions avec le même type d'effigie mais encadrée dans un médaillon. Les timbres étaient également non dentelés.

Le 11 avril 1863, ce type a été dentelé et a donné lieu à une émission de 4 valeurs : 1 centime vert-jaune, 10 centimes brun foncé, 20 centimes bleu et 40 centimes carmin rose.

Cette émission a coïncidé avec l'apparition des cachets oblitérants par losange de chiffres.

Les oblitérations par losange de points avec chiffres[modifier | modifier le code]

Lettre de 1870 oblitérée avec un losange de points 61

La Belgique a utilisé un mécanisme d'oblitérations par losange de points analogue à celui de la France. Une lettre est alors oblitérée par 2 cachets :

  • un cachet à date, lisible, sur l'enveloppe ;
  • un losange de points, avec un numéro de bureau, pour oblitérer le timbre (le rendre inutilisable).

Il existe 455 numéros de bureau différents[6].

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Timbre allemand d'occupation de la Belgique, oblitéré à Anvers en 1915.

La Première Guerre mondiale voit l'émission des premiers timbres à surtaxe au profit de la Croix-Rouge représentant le « monument de Mérode » émis le 3 octobre 1914, ainsi que l'effigie du roi Albert Ier en deux séries émises le 3 octobre 1914 et le 1er janvier 1915[7].

Le succès du plan Schlieffen d'attaque de la France par l'invasion de la Belgique contraint le gouvernement belge à l'exil en France. À Sainte-Adresse, près du Havre, un bureau de poste belge fonctionne en utilisant des timbres de Belgique à l'effigie du roi ou avec des vues de Belgique et une du Congo belge. Ces timbres apparaissent en Belgique au fur et à mesure de la libération[8].

Dans le royaume occupé, la Reichspost gère le service postal du Gouvernement général de Belgique en employant les postiers belges[9]. Les timbres-poste utilisés sont des timbres d'Allemagne, principalement au type Germania surchargés de la mention en allemand « Belgien » et d'une valeur en francs belges[10].

Près du front, dans la « zone des opérations » et dans les quatre zones d'étape, le service postal dépend entièrement de la Feldpost, la poste de l'armée allemande, et de ses soldats, d'abord avec les mêmes timbres surchargés que dans le Gouvernement général de Belgique. Le 1er décembre 1916, des timbres sans la surcharge « Belgien » sont émis pour répondre aux attentes des vaguemestres de ne plus transporter du courrier civil dont l'affranchissement donne un revenu à la Reichspost et pas à leurs agences. Les recettes totales de ces nouveaux timbres sont ensuite redistribuées entre les agences[11]. Cependant, le vaguemestre de la Marine impériale utilise encore les timbres d'Allemagne sans surcharge pour conserver le fruit de sa recette, et celui de la 6e Armée bavaroise emploie parfois uniquement des timbres de Bavière[9]. Les télégrammes sont un cas particulier : forcément affranchis de timbres d'Allemagne, leurs formulaires sont détruits une fois lus[9].

Après l'armistice signé le 11 novembre 1918, l'armée belge participe en 1919 à l'occupation de la Rhénanie avec ses alliés, puis de la région industrielle de la Ruhr avec l'armée française au début des années 1920. La poste de campagne utilise des timbres de Belgique surchargés en français et néerlandais « ALLEMAGNE » et « DUITSCHLAND »[12].

Par l'article 34 du traité de Versailles, les cantons rédimés sont incorporés à la Belgique le 1er janvier 1920. L'intégration postale est progressive. De janvier à mars, sept timbres belges sont surchargés « EUPEN & MALMEDY » et de valeurs en monnaie allemande[13]. Le 20 mars 1920, chaque cercle postal défini par l'ordonnance no 3[14] du 21 janvier 1920 reçoit ses propres timbres-poste et timbres-taxe belges surchargés « Eupen » ou « Malmédy »[15]. En août 1921, les timbres de Belgique ont droit de cité dans les deux cercles postaux. Le 1er mai 1931, les timbres d'Eupen, de Malmédy et de l'occupation militaire belge en Allemagne sont démonétisés[16]

La construction européenne[modifier | modifier le code]

En 1954, la Belgique émet un timbre à l'occasion de la cinquième conférence européenne d'Ostende. En 1956, elle participe à la première émission des timbres Europa avec 5 autres pays : l'Allemagne, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Article détaillé : Émission Europa.

Émissions modernes (depuis 1980)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Oiseaux de Buzin.

Particularités philatéliques belges[modifier | modifier le code]

Timbres préoblitérés[modifier | modifier le code]

La Belgique a émis des timbres préoblitérés à partir de 1906[17]. Les cachets des timbres préoblitérés belges avaient initialement trois indications :

  • un nom de ville en français,
  • sa traduction en flamand,
  • et un millésime.

Ensuite, à partir de 1931, seule la mention de l'année a été conservée.

Enfin, actuellement, depuis 1967, les oblitérations n'ont plus d'indication de date et sont réduites à un cor dans un rectangle aux angles arrondis.

Acteurs belges de la philatélie et de la poste[modifier | modifier le code]

Musée de la Poste à Bruxelles[modifier | modifier le code]

Dès avant la Première Guerre mondiale avait surgi l'idée de créer un Musée des Postes belges mais ce n'est qu'en 1928 que fut établie par arrêté royal une commission chargée de classer, compléter et conserver la collection de timbres-poste belges et étrangers détenus par l'Administration des postes et de conserver les dessins originaux, coins et clichés des timbres.

Créé en 1931 par arrêté royal, le Musée postal ne fut inauguré que le 7 novembre 1936 dans l'immeuble sis 162 avenue Rogier, dont les dépendances abritaient déjà le bureau de poste de Bruxelles 3. En 1972, le musée s'est installé place du Grand Sablon, 40, au centre de Bruxelles, dans un immeuble qui fut l'hôtel particulier des Princes de Masmines, et qui était connu par les Bruxellois du XXe siècle comme l'hôtel du maître fourreur Mallien.

Le grand escalier d'honneur du Musée était orné des portraits des Grands Maitres de la famille de Tassis qui créèrent la première poste internationale, de 1489 à ±1815.

Le palier du premier étage, présentait deux immenses toiles murales du peintre J. Emmanuel Van Den Bussche (XIXe siècle) représentant Charlemagne instituant les postes de son empire d'une part, et Charles Quint recevant en 1520 le serment de Jean-Baptiste de Tassis d'autre part. À gauche du palier, la salle philatélique exposait les timbres-poste belges depuis 1849, et des précurseurs (« Penny Black », premières cartes postales, premières oblitérations). Vitrines ou présentoirs expliquaient les techniques de fabrication des vignettes philatéliques à l'Imprimerie du timbre à Malines et exposaient les outils du graveur du XIXe siècle, diverses épreuves de couleurs des timbres émis et des matrices ayant servi à la réalisation de valeurs postales. À droite du palier, la première salle historique proposait des documents anciens (Brevets de Maîtres des Postes, gravures, estampes, cornets) et une grande toile murale de Van Den Bussche immortalisant la création de l'Union postale universelle.

Au second étage, dans la deuxième salle historique, on découvrait un « diorama » illustrant l'évolution de la poste depuis la Grèce antique, des machines, une très belle collection de boîtes aux lettres, des maquettes de diligences, des bottes de postillon et la reconstitution d'un bureau de poste du XIXe siècle. Deux vitrines évoquaient aussi les ambulants "trains postaux " et l'organisation des postes au Congo belge. À côté de cette salle, une autre était consacrée aux télécommunications avec le premier télégraphe aérien de Claude Chappe (1793), les appareils de Samuel Morse et à clavier de David Edward Hughes, et une réplique du téléphone expérimental de A.G. Alexandre Graham Bell (1875).

Le musée postal de Bruxelles a été fermé en janvier 2003 et il est difficile aujourd'hui de retracer la dispersion des collections. La plupart des objets auraient été confiés aux Musées royaux d'Art et d'Histoire, ainsi que les documents y relatifs. Ils ne sont pour l'instant pas accessibles au public. Certains objets semblent également avoir été confiés à Belgacom, pour son centre de télécommunications de Lessive, lequel a également fermé depuis. Le reste des archives documentaires a été confié à l'asbl Pro-Post, qui les conserve à sa Maison de la philatélie, siège de la Fédération royale des cercles philatéliques de Belgique (www.frcpb.be)

Ne reste plus comme témoignage de la Poste en Belgique francophone que le Musée Postes restantes de Hermalle-sous-Huy.

Marchand et expert[modifier | modifier le code]

Graveurs[modifier | modifier le code]

Associations et institutions[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment l'article Histoire des frontières de la Belgique
  2. Voir E. H. de Beaufond
  3. Ville actuellement rattachée aux Pays-Bas.
  4. Information donnée dans l'ouvrage de E. H. de Beaufond, déjà cité)
  5. Indice logarithmique décrit dans Wikipédia:Cotation des objets de collection, pour une cotation plus précise voir E. H. de Beaufond 1957
  6. L'écho Philatélique Les oblitérations losanges de points sur timbres belges Bruxelles 1952
  7. Timbres-poste no 126 à 134, COB, 2005, pages 28-29.
  8. Timbres-poste no 135 à 149, COB, 2005, pages 29.
  9. a, b et c COB, 2005, pages 374.
  10. Timbres-poste no OC1 à OC25, COB, 2005, pages 373.
  11. Timbres-poste no OC26 à OC37, COB, 2005, pages 374.
  12. Timbres-poste no OC38 à OC54, COB, 2005, pages 374-375.
  13. Timbres-poste no OC55 à OC61, COB, 2005, pages 375.
  14. « L'O.S. no 3 du 21 janvier 1920... », évoquée dans COB, 2005, pages 375.
  15. Timbres-poste no OC62 à OC105, COB, 2005, pages 376-377.
  16. COB, 2005, pages 374 et 376.
  17. COB, 1997, page 328.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • E. H. de Beaufond, Les marques postales des départements conquis, Les éditions E. H. de Beaufond,‎ 1957
  • Catalogue officiel de timbres-poste Belgique (COB), éd. Chambre professionnelle belge des négociants en timbres-poste, Bruxelles, , 1997 ; 50e édition, 2005.
  • Mary, M., Histoire des postes belges. Des origines à la libéralisation, 2010, 201 p.
  • Wolff, W. H. Histoire de Belgique en timbres-poste. Bruxelles, Office de publicité, c1951. (Collections Lebègue et nationale, nouv. sér., no. 101). — 81 p.
  • Tolli, M. Monographie des Faux et Falsifications des Timbres-Poste de Belgique, 1943, 79 p.