Dreadlocks

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Dreadlocks d'un rasta.

Les dreadlocks (littéralement mèches de la peur, cf. infra paragraphe Rastafari) ou cadenettes, appelées parfois tout simplement dreads ou locks ou encore rastas (à tort), sont des mèches de cheveux emmêlées naturellement. Les dreadlocks ont un caractère universel à travers les âges, car des peuples de cultures différentes en ont porté.

Principe[modifier | modifier le code]

Les dreadlocks se forment seules si les cheveux sont laissés à pousser naturellement (ou bien après avoir été tressés), sans l'utilisation de brosses, peignes, rasoirs, ni ciseaux.

Le même phénomène peut aussi se produire de façon naturelle chez les animaux à poil long non toilettés.

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Histoire[modifier | modifier le code]

Le premier exemple de dreadlocks connu date de l'Égypte antique, où les membres de la famille royale égyptienne et les députés portaient des coiffures dreadlockées. Des perruques apparaissaient aussi sur des bas-reliefs, des statuaires et autres objets. Des restes momifiés d'anciens Égyptiens portant des dreadlocks, ainsi que des perruques dreadlockées ont aussi été trouvés sur des sites archéologiques.

Les dreadlocks sont portées par différents peuples d'Afrique, homme comme femme, parfois selon le groupe social: les Akans, Masaïs, Bantous, peuples nilotiques, Peuls, Soninkés, etc. La chevelure crépue de ces peuples rend plus facile la réalisation de locks qui se forment parfois de manière naturelle, ou bien par manipulation. Les hommes Masaïs commencent souvent leurs locks à partir de tresses, comme la plupart des peuples africains. La technique dite des vanilles, twist en anglais, consiste à tresser les cheveux à partir de deux mèches et non trois, et de ne plus défaire les tresses. Après plusieurs mois, les tresses deviennent dreadlocks.

Des Écritures saintes du védisme fournissent des preuves écrites des dreadlocks les plus anciennes. La date exacte de leur origine n'est toujours pas connue, allant de 2500 à 1500 av. J.-C. Le dieu Shiva et ses disciples furent décrits dans les Écritures comme des jaTaa, signifiant « portant des nœuds de cheveux emmêlés », qui a probablement dérivé du mot dravidien caTai, signifiant tortiller ou envelopper.

Les dreadlocks ont aussi fait partie de la culture mexicaine. Dans une description d'un rituel aztèque, l'historien William Hickling Prescott se référa aux prêtres de la civilisation aztèque, un peuple mésoaméricain du centre du Mexique, aux XIVe, XVe et XVIe siècles, qui portait des dreadlocks.

«  Sur le sommet il fut reçu par six prêtres, à qui les boucles longues et emmêlées flottaient sans ordre par-dessus leurs robes faites de poils de martre, couvertes de hiéroglyphes d'importation mystique. Ils l'ont mené à la pierre du sacrifice, un immense bloc de jaspe, sa surface supérieure étant quelque peu convexe.  »

(William H. Prescott, Histoire de la conquête du Mexique)

Au Sénégal, le Baye Fall (les disciples du mouridisme, une confrérie de l'islam indigène au pays qui fut fondée en 1887 par Ahmadou Bamba), est connu pour le port de dreadlocks et de toges multicolores. Chez les Wolofs, les coiffures en locks étaient autrefois portées par les rois et la classe guerrière des Tiedos.

En Jamaïque, le terme dreadlocks fut enregistré pour la première fois dans les années 1950 comme un terme désobligeant lorsque le Young Black Faith, un premier mouvement rastafari prit naissance auprès des pauvres marginalisés de la Jamaïque pendant les années 1930. Ils cessèrent de copier la coiffure particulière de Hailé Sélassié Ier et commencèrent à porter des dreadlocks à la place. Il fut dit qu'ils avaient l'air « effrayants » avec leurs locks, ce qui donna plus tard le nom moderne de dreadlocks pour cet ancien style. Différentes théories existent autour de l'origine des dreadlocks chez les rastafari. Quelques sources retracent les dreadlocks rasta au temps où les Indiens arrivèrent en Jamaïque pour travailler comme ouvriers à la fin du XIXe siècle, dont certains faisaient partie des premiers disciples de Leonard Percival Howell. D'autres pensent que les premières dreadlocks rasta furent dérivées des locks des Mau Mau, un groupe de rebelles s'opposant contre le colonialisme britannique au Kenya pendant les années 1940.

Cependant, la plupart des rastafari expliquent que leurs dreadlocks proviennent d'un des trois vœux de Nazarite, dans le Livre des Nombres, le quatrième des livres du Pentateuque.

« Pendant tout le temps de son naziréat, le rasoir ne passera point sur sa tête ; jusqu'à l'accomplissement des jours pour lesquels il s'est consacré à l'Éternel, il sera saint, il laissera croître librement ses cheveux. » (Nombres 6:5)

Les Nazarites qui portèrent des dreadlocks et qui furent mentionnés dans la Bible incluent les Nazarites Samuel, Jean le Baptiste, et probablement la figure biblique la plus connue avec des cheveux emmêlés, Samson, qui, d'après les Saintes Écritures, eut sept locks et perdit sa grande force lorsqu'elles furent coupées.

Connotations religieuses ou spirituelles[modifier | modifier le code]

Il y a un grand nombre de raisons parmi diverses cultures pour le port de dreadlocks. Celles-ci peuvent être l'expression profonde d'une conviction religieuse ou spirituelle, une manifestation d'une fierté ethnique, un rapport politique, ou être tout simplement une préférence de mode. En réponse à l'histoire du terme dreadlocks, des noms alternatifs pour désigner le style incluent locks et African Locks (Locks africaines. Il est aussi discuté que le juste terme pour désigner le processus de créer ce style est locking (en français locker) plutôt que dreading (en français dreader).

Asie de l'Est[modifier | modifier le code]

Dans les pays de l'Asie de l'Est, tel que la Chine, les dreadlocks et les variations des locks, la koltun, furent traités initialement comme une amulette, supposée apporter une bonne santé, et furent souvent portés en même temps que des ongles (de la main) très longs. Ces modes furent réservés pour les membres de la société noble et les ascètes, qui désirèrent exprimer leur liberté de domestiques et leur attachement à la terre.

Sénégal[modifier | modifier le code]

Les Baye Fall (Sénégal) portent des dreadlocks appelées « ndiange » (autrement dit « cheveux costaux ») afin d'imiter Ibrahima Fall.

Inde[modifier | modifier le code]

Parmi les sâdhu et les sadhvis, hommes et femmes indiens pratiquant l'ascèse, les dreadlocks sont sacrés. Leurs cheveux forment un rituel religieux et une expression de leur négligence envers la vanité et une manifestation d'un acquis spirituel où les apparences physiques n'ont point d'importance. Le dieu Shiva capture et contrôle le Gange, à qui les descendants auraient provoqué un déluge dans le monde, avec ses locks. Alors qu'il exécute une danse, ses longs cheveux, souvent empilés en forme de pyramide, se détendent et percutent les corps célestes, ce qui les détruit éternellement. En Inde, les dreadlocks sont (presque) exclusivement réservées aux personnes de foi, et aux chamans de nombreux groupes ethniques avec ces pratiques. Conformément à l'Hymne du sage aux cheveux longs, dans l'ancien Vedas, est un voyageur immortel entre deux mondes et le maître du feu :

« Celui aux cheveux longs endure le feu, celui aux cheveux longs endure le poison, celui aux cheveux longs endure les deux mondes. Celui aux cheveux longs est dit de contempler entièrement le paradis, celui aux cheveux longs et dit être cette lumière... De nous, vous les mortels, n'apercevez que notre corps... Pour lui le Seigneur de la vie bâtit et pilla ce qui ne peut être plié, lorsque celui aux cheveux longs, en compagnie de Rudra, bu de la tasse de poison. » (10.136).

Des ascètes indiens, les Shaiva Nagas, portent leurs jatas (leurs cheveux longs) en un nœud enroulé ou en ballot sur le haut de leur tête et les laissent flotter seulement pour une occasion spéciale ou un rituel. Les mèches sont ensuite frottées avec des cendres et des bouses de vaches, qui sont toutes les deux considérées comme des éléments sacrifiés et purifiants. Les cheveux sont finalement ornés et parfumés de fleurs.

Rastafari[modifier | modifier le code]

Dans un but similaire, les rastafari portent des locks comme expression de leur spiritualité intérieure. Pour eux, le mot dread se réfère à une « crainte du Seigneur », exprimée en partie comme une aliénation de la décadence perçue et autres maux de la société contemporaine et un retour à l'Alliance avec le Tout-Puissant, Jah Rastafari.

Une autre interprétation parmi les rastafari est que dread se réfère aux militants dreadlockés craint Mau Mau, inspirés parmi les Anglais coloniaux.

Si bien que l'Empereur Hailé Selassié Ier ne portait pas de locks, les dreadlocks que porte un rasta représentent le lion de Juda qui figurait au centre du drapeau éthiopien, jusqu'à l'abolition de la royauté en 1975. Les rastafari affirment que Sélassié est un descendant direct de la Tribu de Juda à travers la lignée des rois d'Israël David et Salomon, et qu'il est aussi le lion de Juda mentionné dans le Livre de la révélation.

Après le baptême de Bob Marley, en novembre 1980[1], par l'archevêque éthiopien Abuna Yeshaq, certaines personnes crurent que les motivations religieuses ou spirituelles du port des dreadlocks pouvaient être liées à l'Église orthodoxe éthiopienne. Toutefois, les représentants de l'Église copte égyptienne et de l'Église orthodoxe d'Éthiopie nient tout rapport avec le mouvement rastafari, précisant que l'archevêque Abuna Yeshaq a été excommunié  :

« Ayant demandé au révérend Connor d'expliquer la différence entre les Rastafari et les Églises orthodoxes, il répondit que contrairement aux Rastas, qui croient que l'Empereur éthiopien Hailé Sélassié est un dieu, nous ne croyons pas que Sa Majesté Impériale soit un dieu. Nous croyons au Seigneur Jésus-Christ. Dans l'Église orthodoxe éthiopienne, les hommes n'ont pas le droit de porter des dreadlocks, ni des cheveux longs. L'Orthodoxe égyptien n'inclut pas la marijuana, alors que les Rastafari le font. Il ne consomme pas non plus d'alcool ni de tabac. Le révérend Connor dit qu'aux Bermudes et aux Caraïbes, les gens ne connaissent pas la différence entre les Rastafari et les Églises orthodoxes. Il dit qu'un ancien archevêque éthiopien, Abuna Yeshaq, qui pardonnait de mauvaises pratiques et des croyances fausses, tel que des aspects du mouvement rastafari, fut en partie à blâmer. L'archevêque a depuis été excommunié, précise-t-il. »

[réf. nécessaire](Bermuda Sun)

Les Rastafari maori, des indigènes néo-Zélandais, mélangent l'enseignement rasta aux enseignements de Te Kooti Arikirangi Te Turuki, un chef māori fondateur de la religion Ringatu.

Motivations politiques pour le port des dreadlocks[modifier | modifier le code]

La hausse de la popularité du reggae pendant les années 1980 et la célébrité mondiale du chanteur et auteur-compositeur Bob Marley, renforça l'intérêt des dreads dans le monde entier. La philosophie rasta, qui apparait fortement dans le milieu du reggae, avait une résonance particulière pour la jeunesse, de toutes apparences ethniques - surtout et principalement parmi les Afro-Américains et autres noirs, mais aussi parmi les différentes cultures blanches.

Comme la coiffure Afro, les dreadlocks peuvent aussi avoir des implications sociales et politiques. Pour certains peuples de descendance africaine, les locks sont une façon de représenter une gloire raciale ou ethnique. D'autres les voient comme un reniement à des valeurs eurocentriques représentées par les cheveux droits. Pour certains, le rejet des idées et des valeurs étrangères au peuple africain peuvent quelquefois signifier une dimension spirituelle. De la même façon, d'autres portent des locks pour manifester leur croyances politiques nationalistes ou panafricains noirs et voient les locks comme un symbole d'unité et de magie noire, et un refus de l'oppression raciste, et de l'impérialisme. Alors que la plupart des groupes rastas accueillent les personnes de toutes appartenances ethniques, et que l'histoire des dreadlocks attribue la coiffure à presque tous les groupes ethniques et raciaux ; certains Noirs, qui attribuent aux locks une forte signification raciale , désapprouvent le port des dreadlocks par des personnes non noires, voyant une telle pratique comme une forme d'appropriation culturelle.

Dans les pays occidentaux, les dreads sont devenues très populaires parmi certains groupes sociaux, tels que le mouvement alter-mondialiste ou les activistes écologistes.

Don Letts, un disc jockey et un metteur en scène rastafari, expliqua que l'unité des punk-dreads émergea au Royaume-Uni au début des années 1970, afin de partager un même sens de rébellion contre les normes et l'établissement des normes.

« La chose reggae et la chose punk... c'est la même putain de chose. C'est juste la version noire et la version blanche. Les gosses chantent le changement, ils veulent se débarrasser des classes dirigeantes... Notre Babylone est votre constitution, la même chose. Si nous la combattons, alors vous la combattez, et vice versa... Comme avec mes cheveux, le rouge, le jaune et le vert. Une fois que tu as mis le chapeau sur ta tête, tu parles de tout un tas de merde, tu vois ce que je veux dire ? Pareil que pour le punk, d'accord, un punk porte ses habits. Il fait un signe qu'il se rebelle. »

[2]

En dehors des raisons spirituelles et politiques comme le combat contre les classes dirigeantes, des peuples blancs manifestent leurs raisons de porter des dreadlocks pour honorer et chérir l'identité celte ou viking. Néanmoins, il ne semble pas exister de preuves historiques de l'utilisation des dreadlocks par ces cultures.

Parmi d'autres cultures secondaires de la jeunesse, les dreadlocks peuvent être un moyen de libre expression créatrice, un symbole d'individualisme et une forme de rébellion contre les limitations traditionnelles. Par exemple, les membres du mouvement européen Cybergoth, tentent de choquer à l'aide de coiffures excentriques tel que des perruques de dreadlocks colorées.

Dans la culture populaire occidentale[modifier | modifier le code]

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Femme portant de faux dreadlocks colorés.

Lorsque le reggae se popularisa dans les années 1970, les locks, devinrent une mode et furent portés par des acteurs, des athlètes, des rappeurs, et furent montrés et dépeints en tant qu'élément de gang dans quelques films, tel que Désigné pour mourir.

Les dreads sont aussi devenus très populaires dans le milieu hip-hop du sud des États-Unis. Des artistes tels que Lil Wayne, Dem Franchise Boys, et Wyclef Jean sont connus pour porter des dreadlocks. Dans le milieu du metal « urbain » aussi avec entre autres des membres de groupes comme Korn, Slipknot, Ministry, P.O.D., Soulfly, Ill Niño et beaucoup d'autres dont principalement des groupes de fusion ou hispaniques.

Avec le « style rasta », la mode et les industries de beauté ont profité de la tendance. Il existe désormais de nombreux produits et services pour le soin des cheveux, offrant toutes sortes d'articles pour les « têtes lockées » tels que la cire, le shampooing, et les bijoux. Les capilliculteurs ont créé une grande variété de dreadlocks modifiés, y compris des prolongements synthétiques et des produits chimiques pour traiter les cheveux.

De nombreux salons de coiffure dans les communautés afro-américaines offrent des modèles africains « naturels » en attachant des locks faits de faux cheveux.

Des mannequins « dreadlockés » ont fait leur apparition aux expositions de mode, et des habits rasta avec un style reggae-jamaïcain ont été vendus [3].

Des marques telles que Dior ont créé une collection rasta, portée par des mannequins avec une variété de coiffures de dreadlocks[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Documentation et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joachim Yogi, Le Guide des dreadlocks. Historique et conseils pratiques. Édition laboutiquedesartistes, 2009 (ISBN 978-29530397-1-9)