Māori (Nouvelle-Zélande)

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Un chef Māori du XIXe siècle : "Honiana Te Puni-kokopu"
Femme māorie de la tribu "Ngāti Mahuta"

Les Māoris (mi : māori ; API : /maːori/ ) sont des populations polynésiennes autochtones de Nouvelle-Zélande. Ils s'y seraient installés par vagues successives à partir du VIIIe siècle. Ils sont aujourd'hui plus de 670 000[1] (environ 15 % de la population néo-zélandaise), auxquels il faut ajouter une diaspora de plus de 100 000 personnes dont une grande majorité vit en Australie.

Dans les légendes et les traditions orales, le mot distingue les êtres humains mortels des dieux et des esprits [réf. nécessaire]. Le mot « maori » se retrouve dans les autres langues polynésiennes comme l’hawaïen ou le marquisien, (Maoli), le tahitien (Maohi) et le māori des îles Cook, avec un sens identique. Les premiers visiteurs européens des îles de Nouvelle-Zélande (les « Pakehas » arrivés au XVIIIe siècle), ont mentionné le peuple qu’ils ont trouvé par des termes variés comme « indiens », « aborigènes », « natifs » ou encore « Néo-Zélandais ». C'est au contact de ces étrangers que ces populations ont commencé à se désigner d'abord sous le terme de « tangata māori » (homme ordinaire, autochtone), pour finalement ne garder que « māori ». En 1947, le « Département des Affaires indigènes » a été renommé « Département des Affaires mmāories », consacrant ainsi la reconnaissance de ce terme. Dans la culture māorie, chaque tribu (« iwi »), chaque sous-tribu (« hapu »), chaque individu est doté d'un mana. Dans le mana, les valeurs de loyauté et de solidarité comptent davantage que les hiérarchies de rang ou de fortune.

La généalogie est la constante préoccupation des Māoris, capables de décliner la liste de leurs ancêtres jusqu'au premier d'entre eux, migrant de la lointaine et mythique Hawaiki, vingt ou trente générations plus tôt.

Les origines[modifier | modifier le code]

Immigration des Māori vers la Nouvelle-Zélande.

Arrivée en Nouvelle-Zélande[modifier | modifier le code]

À partir de 3000 avant J.-C., une région, qui part de l'archipel Bismarck à l'ouest, jusqu'aux îles Samoa à l'est, est occupée par la culture Lapita. Ces peuples sont les premiers à avoir habité les îles Fidji, les îles Samoa et les îles Tonga. De nombreuses autres civilisations ont aussi rayonné depuis cette base dans toutes les îles à proximité, par exemple en Nouvelle-Calédonie. Plus tard, ces peuples colonisent un triangle d'îles plus à l'est, formé par Hawaii au nord, l'île de Pâques à l'est et la Nouvelle-Zélande au sud[2].

Le siècle d'arrivée des premiers colons en Nouvelle-Zélande n'est pas connu avec certitude. Certains auteurs parlent d'une arrivée entre le milieu et la fin du premier millénaire après J.-C. La majorité des ethnologues penche désormais pour une installation entre 1000 et 1100 après J.-C. 1300 est une autre possibilité étudiée, mais cela suppose une arrivée massive de colons ou bien une augmentation rapide de la population pour expliquer l'étendue du développement de la civilisation en 1500[2],[3].

Les îles Chatham sont colonisées après la Nouvelle-Zélande, et cette population ne sera redécouverte par les explorateurs européens qu'en 1791[3].

Des preuves archéologiques et linguistiques (Sutton 1994) suggèrent qu’il y a eu probablement plusieurs vagues d’immigration de l’Est de la Polynésie vers la Nouvelle-Zélande.

Installation[modifier | modifier le code]

La Nouvelle-Zélande se révèle une terre très accueillante pour ses nouveaux habitants. À leur arrivée, les colons s'installent surtout près des littoraux, plutôt vers la côte Est, plus hospitalière. Les terres intérieurs ne sont qu'explorées et servent de réserves de pierre pour la construction et les outils. Ils introduisent deux espèces mammifères, le chien et le rat polynésien, et des espèces indigènes sont chassées, comme le phoque, beaucoup d'oiseaux et le poisson, qui fournissent les protéines essentielles aux repas. Le cas du moa est plus particulier, car ce grand oiseau inapte au vol est chassé à la fois pour sa nourriture, ses œufs, ses os et sans doute pour sa peau qui sert de vêtements. En à peine quelques siècles, l'espèce s'éteint[4].

Sont aussi introduites plusieurs plantes, comme le taro, le yam ou le mûrier à papier, uniquement dans la moitié nord de l'île, au climat plus chaud. L'adaptation de la patate douce, elle aussi rapportée lors de l'émigration, aux cycles climatiques tempérés annuels est un succès majeur, qui permet d'étendre les lieux d'établissement des Māoris[4].

Interactions avec les Européens avant 1840[modifier | modifier le code]

Première impression que les Européens ont eu des Māoris lors de leur débarquement à "Golden Bay"

L’installation des Européens en Nouvelle-Zélande est relativement récente. L’historien néo-zélandais Michael King décrit les Māoris comme étant « la dernière communauté humaine majeure de la terre qui n’ait pas été touchée ni affectée par le vaste monde »[5].

En 1642, la Compagnie hollandaise des Indes orientales envoie Abel Tasman qui aborde l'île du sud de la Nouvelle-Zélande. Il repart aussitôt face à l'hostilité des autochtones. Les premiers explorateurs européens y compris Abel Tasman et le capitaine James Cook (qui a visité la Nouvelle-Zélande pour la première fois en 1769) ont rapporté leur rencontre avec les Māoris[6].

Les premiers de ces rapports décrivent les Māoris comme une race de guerriers féroces et fiers. Des conflits inter-tribaux se produisaient fréquemment à cette période, les vainqueurs réduisaient en esclavage les vaincus et parfois les dévoraient.

Dès le début de l’année 1780, les Māoris ont eu des contacts avec les chasseurs de baleines et de phoques. Certains se sont même fait embaucher sur des navires étrangers. Un flot continu de prisonniers australiens en fuite et de déserteurs provenant des navires de passage a également exposé la population des autochtones néo-zélandais aux influences extérieures.

Pour l’année 1830, les estimations évaluent le nombre de Pakeha (Européens), vivant parmi les Māoris, à près de 2000. Le statut des nouveaux venus variait de celui d’esclave à celui de conseiller haut placé, et de celui de prisonnier à celui d’Européen « maorisé » qui a abandonné la culture européenne jusqu’à s’identifier à un Māori. De nombreux Māoris appréciaient les Pakehas pour leur capacité à décrire la culture et les techniques européennes et pour leur habileté à obtenir des articles en commerçant, en particulier des armes. Ces Européens, devenus des natifs, en sont venus à être connus sous le nom de « Pakeha Māoris ». Lorsque Pomare a pris la tête d’un soulèvement contre Titore en 1838, il comptait 132 mercenaires Pakeha parmi ses guerriers. Frederick Edward Maning, un des premiers colons, écrivit deux compte-rendus pittoresques sur la vie à cette époque qui sont devenus des classiques de la littérature néo-zélandaise : « Old New Zealand » (La vieille Nouvelle-Zélande) et « History of the War in the North of New Zealand against the Chief Heke » (L’histoire de la guerre dans le Nord de la Nouvelle-Zélande contre le chef Heke).

Durant cette période, l’acquisition de mousquets par les tribus qui étaient en contact étroit avec les visiteurs européens déstabilisa l’équilibre qui existait entre les tribus māories. Il en résulta une période de guerres inter-tribales sanglantes, connue sous le nom de « guerres des Mousquets » (The Musket Wars), dont les conséquences furent une véritable extermination de nombreuses tribus et la déportation d’autres hors de leur territoire traditionnel. Des épidémies apportées par les Européens ont également tué un nombre important quoique indéterminé de Māoris durant cette période. Les estimations varient entre dix et cinquante pour cent de morts.

Avec l’augmentation de l’activité des missionnaires européens, l’intensification de la colonisation dans les années 1830 ainsi que l’absence de lois pour règlementer la vie des nouveaux colons, la couronne britannique, en tant que première puissance mondiale, commença à subir des pressions pour intervenir et mettre de l’ordre dans la région.

Les relations avec les colons européens et leurs descendants n'ont pas toujours été pacifiques. Aujourd'hui encore, elles demeurent complexes, parfois même tendues.

De 1840 à 1890[modifier | modifier le code]

Finalement cette situation conduisit le Royaume-Uni à envoyer William Hobson avec l’ordre de prendre possession de la Nouvelle-Zélande. Avant qu’il n’arrive, la reine Victoria annexa la Nouvelle-Zélande par le biais d’une proclamation royale en janvier 1840. Lors de son arrivée en février, Hobson négocia le traité de Waitangi avec les chefs du Nord. De nombreux autres chefs māoris (bien qu’ils n’en comprissent pas toujours toute la signification) ont par la suite signé ce traité. Il fit des Māoris des sujets de la couronne britannique en échange de la garantie de l’intégrité de leur droit de propriété de leur terre et de la conservation de l’autonomie des tribus.

En dépit de quelques regrettables mais rares incidents, les deux parties ratifièrent ce traité basé sur la collaboration avec enthousiasme. Les Māoris constituaient une bonne affaire, car ils fournissaient de la nourriture et d’autres produits aux marchés locaux et étrangers. En réalité, il est probable que le gouvernement britannique signa ce traité pour contrecarrer l'influence des Français et des Américains dans la région. Il fait, encore de nos jours, l'objet de controverses et d'interprétations diverses.

Le gouverneur George Grey (1845 – 1855 et 1861 – 1868) fut un des premiers colons à apprendre le māori et il consigna une grande partie de la mythologie.

Dans les années 1860, des polémiques sur l’achat de terres controversées et la tentative des Māoris de la région du Waikato d’établir une monarchie concurrente (Kīngitanga) sur le modèle britannique conduisit aux guerres néo-zélandaises. Bien que celle-ci ne firent que relativement peu de morts, le gouvernement colonial confisqua de vastes parcelles de terre māories en représailles de ce qui fut considéré comme une rébellion, et ce alors même que l’action militaire était une initiative de la couronne britannique contre ses propres sujets. Dans certains cas ces confiscations arbitraires se sont faites sans chercher à savoir si la tribu en question était réellement impliquée ou non dans la participation à la guerre. En effet, certaines tribus ont lutté activement contre la couronne, mais d’autres (connues sous le nom de kupapa) ont lutté pour soutenir le gouvernement britannique.

Un mouvement de résistance passive s’est développé dans la colonie de Parihaka dans la région du Taranaki, mais les troupes britanniques ont dispersé les dissidents en 1881.

Avec la perte de la plupart de leurs terres, les Māoris sont entrés dans une période de déclin. Et vers la fin du XIXe siècle, la plupart des gens pensaient que les populations māories cesseraient bientôt d’exister en tant que race à part entière et qu’elles seraient rapidement assimilées par les populations européennes.

Renaissance[modifier | modifier le code]

Tame Iti, Tūhoe Māori contemporain avec un moko facial.

Le déclin annoncé des populations māories n’a pas eu lieu et elles ont même retrouvé leur vitalité. En dépit d’un grand nombre de mariages mixtes entre les populations māories et européennes, beaucoup de Māoris ont conservé leur identité culturelle.

Le gouvernement néo-zélandais décida d’exempter les Māoris de la conscription militaire qui s’appliquait aux autres citoyens durant la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins des volontaires māoris en grand nombre décidèrent de s’engager pour former le 28e bataillon ou Bataillon Māori, qui s’acquitta fidèlement de sa tâche notamment en Crète, en Afrique du Nord et en Italie. En tout, 17 000 Māoris prirent part à la guerre.

Depuis les années 1960, les Māoris vivent une renaissance culturelle. La reconnaissance gouvernementale de la croissance du pouvoir politique māori ainsi que l’activisme politique des Māoris a conduit à des restitutions et à des indemnisations, quoique encore limitées, en ce qui concerne la confiscation injuste de territoires et la violation des autres droits de propriété.

Le dernier conflit majeur concerne le littoral. Avec le développement des établissements balnéaires, de l'aquaculture et des forages pétroliers offshore, les Māoris ont vu leur espace maritime se réduire comme peau de chagrin. En 2003, ils ont exigé d'être consultés systématiquement sur ces projets et de recevoir des dividendes quand ils se concrétisent. Encore faudrait-il que les plaignants puissent fournir des preuves d'une occupation ininterrompue du littoral. Pas évident, au terme d'un siècle et demi de colonisation ponctuée d'épidémies et de guerres inter-tribales qui ont entraîné de nombreux déplacements de populations. L'affaire, instrumentalisée par le parti conservateur, fit craindre aux Néo-Zélandais qu'on leur interdise le libre accès aux plages. Des années de controverses s'ensuivirent, y compris au sein de la société māorie. La création, en 2004, du Māori Party en découle.

Son coleader actuel, Pita Sharples, également ministre des Affaires maories, estime que les grandes conquêtes des dernières années sont autant de raison d'espérer: « Nous avons créé des écoles en langue māorie et obtenu que la Nouvelle-Zélande signe enfin en 2010 la déclaration de l'ONU sur le droit des peuples autochtones, ce qui aura des répercussions profondes sur la nouvelle Constitution ».

Les avancées politiques sont réelles, mais les Māoris ne partagent pas tous le même engouement pour le retour à une culture ancestrale idéalisée. C'est le cas notamment, de l'écrivain Alan Duff, auteur de L'âme des guerriers, roman culte sur la déchéance māorie, qui connut un succès mondial à sa parution en 1990 et fut superbement adapté au cinéma quatre ans plus tard par Lee Tamahori. Alan Duff décrit une autre réalité, celle des Māoris des banlieues d'Auckland, en proie au chômage, à l'alcool et à la violence conjugale.

Un film plusieurs fois primé a été réalisé par Niki Caro en 2002, d'après un roman de Witi Ihimaera s'intitulant Paï (titre original : Whale rider), traite de la culture māorie.

En 2011, le musée du quai Branly accueille une exposition de plus de 250 pièces, principalement des objets rituels et tribaux transmis de génération en génération, dédiée aux formes que prend l'art māori et aux valeurs qu'il revêt, mettant en avant l'association entre tradition et modernité.

Langue[modifier | modifier le code]

Les Māoris parlent le māori, langue appartenant au groupe des langues malayo-polynésienne (ce groupe forme, avec le groupe des langues formosanes, la grande famille des langues austronésiennes). Il est maintenant enseigné dans de nombreuses écoles primaires de Nouvelle-Zélande et de plus en plus dans le secondaire. D'autre part la plupart des Maōris parlent également l'anglais qui est la deuxième langue nationale de Nouvelle-Zélande.

Armes[modifier | modifier le code]

Les célèbres guerriers Māoris confectionnaient des armes puissantes avec des éléments naturels. Parmi leurs différentes inventions, on peut noter le Taiaha; une sorte de lance qui allie un bois solide et un tranchant fait en Néphrite verte. Cette même pierre est d'ailleurs aussi utilisée par les Māoris pour fabriquer des massues plates. Profitant des armes offertes par la nature, les guerriers utilisaient notamment des piques de raies pastenague, en guise de lance, ou des dents de requins ajoutées sur les cotés d'une massue[7].

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Statistics New Zealand - Māori population estimates
  2. a et b Davidson et al. 1996, p. 8
  3. a et b Davidson et al. 1996, p. 9
  4. a et b Davidson et al. 1996, p. 10
  5. Michael King, Penguin History Of New Zealand, Penguin Books, 2003
  6. Davidson et al. 1996, p. 14
  7. Planete No Limit - Reportage, Ultime Guerrier: Shaloin vs Maori.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Janet Davidson, A. T. Hakiwai, Ngahuia Te Awekotuku, Roger Neich, Mick Pendergrast et D. C. Starzecka, Maori, art and culture, Chicago, Art Media Resources, Ltd.,‎ 1996, 169 p. (ISBN 1-878-52918-8)

Liens externes[modifier | modifier le code]