Âne du Poitou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Âne du Poitou
{{#if:
Baudet du Poitou adulte dans son paddock.
Baudet du Poitou adulte dans son paddock.

Espèce Âne commun (Equus asinus)
Région d’origine
Région Ouest de la France
Caractéristiques
Taille 1,45 m en moyenne
Poids 350 kg à 450 kg
Robe Bai foncée
Oreilles Longues et bien ouvertes
Autre
Utilisation Production de mulets, bât, attelage

L'Âne du Poitou, également appelé baudet du Poitou, est une race d'ânes très ancienne originaire de l’ouest de la France, et plus précisément des départements des Deux-Sèvres, de la Vendée, de la Vienne, de la Charente et de la Charente-Maritime. Très facilement reconnaissable par son pelage caractéristique d'une longueur peu commune chez un équidé, c’est un âne de grande taille avec une forte ossature. Sa sélection s’est faite au cours des siècles dans une optique unique de production de mulets, activité très lucrative pour la région jusqu’au milieu du XXe siècle. Menacé de disparition faute de débouchés, il fait l’objet de plusieurs plans de sauvegarde visant à stabiliser les effectifs de la race et assurer sa pérennité. Si sa reconversion au bât et à l’attelage est réelle, il reste avant tout un animal emblématique de la région, souvent mis en avant dans des manifestations rurales locales.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

L'âne du Poitou est la plus ancienne race d'âne de France puisque des traces formelles existent dès le Moyen Âge et que la tradition rapporte que saint Hilaire, évêque de Poitiers, l'utilise pour tous ses déplacements[1]. Dès cette époque, l'hybridation mulassière est pratiquée, ce qui permet le développement de la race[2].

XVIIe et XVIIIe[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, les travaux d'assaichement du marais poitevin amènent dans la région la présence de juments de fort gabarit d'origines belge et hollandaise[3],[4]. Ces croisements offrent une production de mulets extrêmement robustes[4]. Au début du XVIIIe siècle, la race a sans doute reçu l'influence de sang espagnol, le roi Philippe V d'Espagne ayant offert à son grand père Louis XIV un convoi de baudets ibériques qui ont été répartis dans les principales zones de production mulassière, dont le Poitou[3]. La production mulassière fait la fortune de la région, à tel point que sous la Régence, l'administration la réduit sévèrement allant, vers 1770, jusqu'à la castration des baudets[5]. Les Haras nationaux, dont le rôle est d'assurer la remonte de la cavalerie et du train, se sont en effet sentis menacés par la concurrence de la production mulassière. La loi érigée limite le nombre de baudets, autorise seulement certaines régions à ce type de croisement, et n'offre que les moins bonnes juments. Cette loi sera abrogée avec la dissolution des Haras lors de la période révolutionnaire de l'Assemblée constituante[3].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Gravure présentant le profil gauche d'un âne de grande taille avec de longs poils.
Gravure de la fin du XIXe siècle représentant un âne du Poitou.

Après la révolution française, l'activité mulassière est particulièrement florissante sur l'ensemble du XIXe siècle. Une race chevaline particulière, dite « mulassière », est élevée dans le Poitou uniquement pour la production de mulets[6]. Les premières grandes expositions de baudets du Poitou ont lieu dès 1848 à Poitiers en 1857 et à Paris en 1859. Le stud-book de la race est ouvert en 1884 et fait d'emblée l'objet d'une sélection très rigoureuse sur l'inscription des meilleurs spécimens et reproducteurs[3]. À la fin du XIXe siècle, 18 000 mules se vendent chaque année pour un nombre de reproducteur baudet du Poitou n'excédant pas les 500[5].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'âne du Poitou manque de disparaître de son berceau d'origine après la Seconde Guerre mondiale. Il est sauvé grâce à l’action d’une stagiaire ingénieur aux Haras nationaux, Annick Audiot, qui choisit d’en faire l’étude en 1977. Elle constate et s'inquiète du fait que l'effectif n'est plus que de 44 têtes réparties dans huit élevages. Son action amènera la création dans les années 1980 de l'Asinerie nationale du baudet du Poitou à Dampierre-sur-Boutonne en Charente-Maritime dans l'ancienne ferme d'un des tout derniers élevages connus de la race[7]. Vers 1980, un plan de sauvegarde a également été mis en œuvre par les Haras nationaux, avec le concours des éleveurs et du parc naturel régional du Marais poitevin [8].

Description[modifier | modifier le code]

Morphologie[modifier | modifier le code]

Un âne aux longs poils est présenté en main dans la cour d'un parc animalier.
Âne du Poitou au modèle.
L'âne présente de longues oreilles avec de longs poils mais la tête est relativement bien dégagée car on aperçoit bien des zones de poils blancs autour des yeux et sur le bout du nez.
Tête d'un âne du Poitou.

C’est un âne de grande taille qui mesure entre 1,40 m à 1,50 m au garrot pour les mâles et 1,35 m à 1,45 m pour les femelles[3]. Il possède une forte structure osseuse et pèse de 350 kg à 450 kg. La tête est longue et grosse. Ses oreilles sont bien ouvertes, garnies de poils longs et peuvent être longues de près de 34 cm[3],[2]. L'encolure est forte, le garrot peu prononcé et le dos droit et long[3]. L'épaule est droite. Le sternum apparait saillant et les côtes rondes[2]. Son rein est bien attaché, les hanches peu saillantes et sa croupe est courte[3],[2]. Les membres sont forts avec des articulations larges. Le pied est également large et bien ouvert[2].

Robe[modifier | modifier le code]

La robe de l'âne du Poitou est uniformément bai brun foncé à presque noire, avec le contour des yeux, le nez, le museau argenté bordé d'une auréole rougeâtre. Le ventre et l'intérieur des cuisses sont très clairs. Le rubican ne doit jamais être présent sur la robe; c'est-à-dire que des poils blancs mélangés aux poils de la robe de fond ne sont pas acceptés par le standard de la race. Il ne doit pas non plus présenter de raie de mulet[3],[2].

Il est reconnaissable par ses longs poils épais qui s'emmêlent naturellement en poussant pour former des guenilles[9]. Ses longues mèches frisées sont appelées des « cadenettes »[4]. Elles le protègent aussi bien du chaud l'été que du froid l'hiver.

Utilisations[modifier | modifier le code]

L'âne du Poitou a été très longtemps exclusivement destiné à la production mulassière[3]. C’est une activité pour laquelle il est toujours demandé, mais le faible effectif de la race trait poitevin ne permet pas d’utiliser régulièrement la jumenterie à cet effet. La production de mulet reste donc anecdotique et ce tant qu’un cheptel suffisant n’aura pas été reconstitué[10].

Ses autres utilisations courantes sont le bât ainsi que l'attelage, même si pour cette dernière sa sélection n’a pas été réalisée dans cet objectif[2],[11]. Il participe aussi chaque année à la fête de l'âne, ainsi qu'à des concours départementaux et nationaux[3].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Le logo est composé de figures équines au dessin stylisé, présentées avec un décalage : l'équidé au premier plan représente la tête d'un âne du Poitou, le second une mule poitevin et le troisième un trait poitevin.
Logo de l'Association Nationale des Races Mulassières du Poitou.
Dans un paddock, au premier plan se situe une ânesse et son petit dont la robe est encore foncée, alors qu'au second plan, on aperçoit un autre âne accompagné d'un autre équidé dont on n'aperçoit que les antérieurs et un bout de dos.
Ânesse du Poitou et ânon.
Sur un parking, des éleveurs portant une chemisette bleue, une cravate et un pantalons noirs tiennent en main plusieurs ânes, tout en discutant entre eux.
Concours de baudets du Poitou à Melle en 2012.

L'association nationale des races mulassières du Poitou est l’association nationale de race qui gère l'âne du Poitou, la mule poitevine et le trait poitevin, elle est reconnue par le ministère de l’agriculture. Elle a pour but de veiller à la sélection des animaux, de définir les orientations des races et les objectifs de sélection, de tenir les stud-books et de promouvoir les races[12].

L'élevage d'ânes du Poitou est très présent dans le berceau de la race à savoir la région de Melle et le département des Deux-Sèvres. On dénombre 169 éleveurs de baudets du Poitou en activité en France en 2004. Cette même année, on recense 141 naissances de baudets du Poitou, soit 17 % du total des naissances d'ânes. On compte également 81 baudets en activité et 344 ânesses saillies[2]. En 2009, la population se répartit à 90 % en France et 10 % dans le reste du monde, à savoir au Brésil, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, et en Inde. Dans le cheptel français, les deux tiers sont élevés dans le Poitou[13]. Mais on trouve également la présence d'élevages dans l'ouest de la Vienne, le sud de la Vendée, le nord de la Charente et de la Charente-Maritime ainsi que dans d'autres régions de France[2].

Grâce aux exportations réalisées au début du XXe siècle, l'âne du Poitou est présent dans un certain nombre de pays étrangers, notamment en Allemagne et aux États-Unis.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Deux ânes habillés de longs pantalons rayés de bleu et de blanc sur leurs postérieurs et leurs antérieurs, et équipés de selles, sont attachés à une barre en bois transversale ; en arrière-plan on peut lire une affiche « Ânes en culotte 2,5 euros le tour ».
Deux baudets du Poitou en culotte, à Saint-Martin-de-Ré.

Animal emblématique des marais poitevins, l’âne du Poitou tient une place importante dans la culture locale[14]. Sur l’île de Ré, il est connu pour porter un pantalon, héritage du temps où il travaillait dans les marais salants et où cet habit peu commun le protégeait des insectes et des herbes coupantes. Cette particularité en fait sur l’île un atout touristique[15],[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Delannoy 2007, p. 65-66
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i « Fiche du Baudet du Poitou par les Haras nationaux » (consulté le 14 août 2014)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Siméon 2008, p. 116-119
  4. a, b et c Fontanières 2006, p. 23
  5. a et b Vaude 2004, p. 131
  6. Pierre Aristide Adolphe Lefour, Le cheval: l'âne et le mulet: extérieur, race, élevage, entretien, utilisation, équitation, etc, Maison rustique,‎ 1868, 180 p. (lire en ligne), p. 86
  7. Annick Audiot, Races d'hier pour l'élevage de demain, Editions Quae,‎ 1995, 229 p. (ISBN 9782738005816), p. 90-91
  8. Christian Lévêque, La biodiversité au quotidien, Editions Quae,‎ 2008, 286 p. (ISBN 9782759209644), p. 141
  9. Svendsen 2011, p. 140-141
  10. Bataille 2008, p. 179
  11. Bataille 2008, p. 272
  12. « Association « Races Mulassières Poitou » », Association nationale des races mulassières du Poitou (consulté le 16 février 2012)
  13. Bruno Delion, « Les baudets partent au Brésil », Centre-Presse,‎ dimanche 26 avril 2009, p. 3
  14. Michel Chamard, La Vendée Pour les Nuls, Edi8 - First Editions, 9782754065238 p. (lire en ligne)
  15. Grand Guide Michelin France, Lannoo Uitgeverij (ISBN 9789020966220, lire en ligne)
  16. Julie Wasselin, « La Rigourdène de « 188-218 » », dans Sous le regard des chevaux: Récits et rêveries, Editions L'Harmattan,‎ 2014, 410 p. (ISBN 9782336337784, lire en ligne), p. 212-213

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

  • Eugène Ayrault, De l'industrie mulassière en Poitou ou étude de la race chevaline mulassière, de l'âne, du baudet et du mulet, Niort, Clouzot,‎ 1867, 200 p.
  • Léon Sausseau, L’Âne, les chevaux mulassiers et la mule du Poitou, vol. 1 de Les spécialités zootechniques du Poitou, Librairie des Sciences Agricoles,‎ 1925, 342 p.
  • Eric Rousseaux, Le baudet du Poitou et le cheval de trait poitevin, Geste éditions,‎ 2000 (ISBN 9782845610156)
  • Carlos Pereira, Des origines du baudet du Poitou, Geste éditions,‎ 2009 (ISBN 9782845615885)
  • Éric Rousseaux, Le baudet du Poitou, le trait poitevin mulassier et la mule poitevine: les acteurs d'une industrie mulassière autrefois réputée dans le monde entier, Geste éd.,‎ 2011, 241 p. (ISBN 2845618506 et 9782845618503)

Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

  • Mary-Gérard Vaude, « Le Baudet du Poitou », dans Portrait des ânes, Castor & Pollux,‎ 2004, 143 p. (ISBN 9782912756954), p. 131 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Louis Fontanières, « Baudet du Poitou race : Pour tout savoir sur les grandes oreilles », dans Le dicodâne, Loisirs Presse,‎ 2006, 160 p. (ISBN 9782952297400), p. 23 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Dominique Delannoy, « Baudet du Poitou », dans Animaux de la ferme, Editions Artemis,‎ 2007, 95 p. (ISBN 9782844165039), p. 65-66 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Victor Siméon, « Le baudet du Poitou », dans Anes & Mulets - Découverte et techniques d'entretien et de dressage, De Vecchi,‎ 2008, 192 p. (ISBN 9782732892801), p. 116-119 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lætitia Bataille, Races équines de France, France Agricole Éditions,‎ 2008, 286 p. (ISBN 9782855571546, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Élisabeth Svendsen, « Baudet du Poitou », dans La petite encyclopédie de l'âne, Vigot,‎ 2011, 180 p. (ISBN 9782711421367), p. 140-141 Document utilisé pour la rédaction de l’article