Scharnhorst (1936)

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72° 16′ 00″ N 28° 41′ 00″ E / 72.2667, 28.6833

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Scharnhorst
Image illustrative de l'article Scharnhorst (1936)
Le croiseur de bataille Scharnhorst

Histoire
A servi dans War Ensign of Germany 1938-1945.svg Kriegsmarine
Commandé 25 janvier 1934
Lancement 3 octobre 1936
Armé 7 janvier 1939
Statut coulé le 26 décembre 1943
Caractéristiques techniques
Type croiseur de bataille
Longueur 235 mètres
Maître-bau 30 mètres
Tirant d'eau 9,93 mètres
Déplacement 38 900 tonnes à pleine charge
Port en lourd 39 520
Propulsion 12 chaudières Wagner - Turbines Brown-Boveri - 3 lignes d'arbre
Puissance 165 000 cv
Vitesse 33 nœuds
Caractéristiques militaires
Blindage Acier Krupp
  • ceinture latérale = 170 à 250 mm, extrémités = 30 mm
  • tourelles principales : front de 360 mm, côtés de 200 mm, toit de 150 mm
  • tourelles de 155 mm : front de 140 mm, côtés de 60 mm, toit de 50 mm
  • cloison pare-torpille = 45 mm
  • Barbette = 200 à 350 mm
Armement
  • (3×3) × 280 mm (cal.54,5)[1] (945 à 1 350 coups) angle de tir -8° à + 40° portée de tir maximale de 42 600 m
  • (4×2) et (4×1) × 150 mm (cal.55) (1 600 à 1 800 coups) portée maximale de 22 000 m
  • (7×2) × 105 mm antiaériens de 65 calibres ( 5 600 coups) portée maximale de 17 700 m
  • (8×2) × 37 mm de 83 calibres (32 000 à 96 000 coups)
  • 10 à 38 × 20 mm anti-aériens (32 000 à 76 000 coups)
  • 6 tubes lance-torpilles de 533 mm
Aéronefs 3 hydravions Arado Ar 196
Rayon d'action 18 500 km - 8 400 nautiques à 17 noeuds
Autres caractéristiques
Électronique FMG 39 radar(janvier 1940) remplacé par FuMO 22 en février 1942
Équipage 60 officiers et 1 780 officiers mariniers, quartiers maîtres et marins, état major de 10 officiers et 61 officiers mariniers, quartiers maîtres et marins.
Chantier naval Kriegsmarinewerft Wilhemshaven
Port d'attache Kiel, Brest, Norvège.
Coordonnées 72° 16′ 00″ N 28° 41′ 00″ E / 72.266667, 28.68333372° 16′ 00″ Nord 28° 41′ 00″ Est / 72.266667, 28.683333  

Le Scharnhorst est un croiseur de bataille de la Kriegsmarine lancé le 3 octobre 1936 dans le port de Wilhelmshaven. En compagnie du Gneisenau, son sister-ship de la classe Scharnhorst, il croise d'abord dans les eaux de Norvège, puis en Atlantique où il traque les convois alliés. Réfugié dans les fjords de Norvège à partir de 1942, il est détruit et coulé par une escadre de la Royal Navy en effectuant une sortie, le 26 décembre 1943, aux environs du Cap Nord.

Début de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le Scharnhorst entre 1939 et 1940

Le Scharnhorst est lancé en présence d'Adolf Hitler, et de Werner von Blomberg. Lors des essais à la mer commencés le 9 janvier 1939, il apparait que le navire embarque beaucoup d'eau par l'avant, ce qui entraîne des dommages dans les systèmes électriques. D'importants travaux de modifications de l'étrave du Scharnhorst sont engagés, complétés en novembre 1939. Sa première mission de guerre commence le 21 novembre 1939. En compagnie du Gneisenau et d'une flotille de destroyers, il patrouille dans une zone comprise entre l'Islande et les îles Féroé. Le 23 novembre, il engage et détruit le croiseur auxiliaire britannique HMS Rawalpindi. Recherché par une escadre franco britannique constituée autour du Dunkerque et du HMS Hood, l'escadre allemande fait demi-tour, et rentre à Wilhelmshaven le 27 novembre.

Toujours avec le Gneisenau, il participe ensuite à la bataille de Norvège. Il protège les navires qui vont débarquer les troupes allemandes à Trondhjem et à Narvik, c'est-à-dire hors du rayon d'action des avions allemands opérant au départ des bases d'Allemagne. C'est le vice-amiral Lütjens qui commande cette force navale. Il remplace l'amiral Marschall qui est souffrant. Le vice-amiral Lütjens a hissé sa marque sur le Gneisenau. Pendant ces opérations, le 8 avril, il décide de profiter du très mauvais temps pour échapper aux forces navales anglaises qui sont à la mer pour empêcher les débarquements allemands, et il met cap au nord. Très tôt, le 9 avril au matin, une rencontre a lieu avec le croiseur de bataille HMS Renown, qui est touché plusieurs fois, sans gravité, et qui endommage plus sérieusement le Gneisenau (direction de tir détruite et tourelle de 280 mm arrière endommagée). Les deux croiseurs de bataille allemands réussissent à semer leur adversaire et continuent jusqu'aux abords de l'île Jan Mayen. Ils rentrent en Allemagne sans encombre, trois jours plus tard.

À la fin de cette campagne, lorsque les Britanniques évacuent leurs troupes, leScharnhorst et le Gneisenau, qui porte cette fois la marque de l'amiral Marschall, appareillent le 4 juin, pour l'opération Juno qui consiste à détruire la base que les Alliés ont installée à Harstad. Mais, convaincu qu'il serait plus intéressant d'essayer de perturber le retour des troupes alliées qui évacuent la Norvège (Narvik sera évacué sans combat le 7 juin, et, sur le front de France, c'est la bataille de Dunkerque), il réussit à intercepter et à couler, le 8 juin au matin, le pétrolier Old Pioneer et son escorte le chalutier armé Juniper, puis, en début d'après-midi, le paquebot Orama, sans que sa présence à la mer soit signalée. En fin d'après-midi, il repère le porte-avions HMS Glorious, qui navigue sans couverture aérienne, escorté par les deux destroyers, HMS Ardent et HMS Acasta. Malgré la lutte héroïque des destroyers pendant deux heures, ils coulent avec le HMS Glorious, écrasés par l'artillerie des croiseurs de bataille allemands. 1.500 marins britanniques trouveront la mort dans ce combat inégal et désespéré. Mais le Scharnhorst a été atteint par une torpille du HMS Ardent qui provoque une brèche de 12 mètres sur 4. Le lendemain, les deux bâtiments allemands mouillent à Trondheim.

Toujours avec le Gneisenau, le Scharnhorst coule 22 navires alliés dans l'Atlantique au début de 1941 avant de s'installer à Brest.

Le franchissement de la Manche : opération Cerberus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Cerberus.

Le 12 janvier 1942, le commandement de la Kriegsmarine décide de baser le Scharnhorst, le Gneisenau et le Prinz Eugen en Allemagne et non plus à Brest où ils ne sont plus à l'abri des raids de la Royal Air Force. L'opération de retour vers l'Allemagne prend le nom de code : opération Cerberus. Au début de février, des dragueurs de mines dégagent un passage à travers les champs de mines mouillés par les britanniques en Manche, activité que les Anglais ne détectent pas. Le 11 février 1942, le Scharnhorst, le Gneisenau, le croiseur lourd Prinz Eugen et leurs navires d'escorte appareillent de Brest de nuit. Le groupe naval allemand force par surprise le passage du pas de Calais en plein jour, sous une importante couverture aérienne que le commandant du Groupe Ouest, le Generaladmiral Saalwächter a obtenu de la Luftwaffe (Operation Donnerkeil). Ils sont d'abord repérés en Manche par des chasseurs du Fighter Command. Le Coastal Command et le Bomber Command ne sont prévenus que tardivement. Aucun coup ne touche au but bien que près de 650 avions de la Royal Air Force -dont près de 250 bombardiers- soient engagés. Seuls, six Swordfish de la Fleet air Arm, emmenés par le Lieutnant Commander Eugene Esmonde, qui a reçu la veille le Distinguished Service Order pour l'attaque qu'il a conduite neuf mois auparavant contre le cuirassé Bismarck réussissent à approcher l'escadre allemande : les appareils anglais, lents et obsolètes, sont tous abattus et treize des dix-huit aviateurs sont tués. Eugene Esmonde sera décoré de la Victoria Cross à titre posthume. Les batteries côtières anglaises ouvrent le feu sur des cibles masquées par le brouillard. Les quelques unités de la Royal Navy chargées de la défense du Pas-de-Calais, revenues d'un exercice de tir en mer du Nord, sont repoussées par le tir des grands navires allemands. Les Britanniques mouillent rapidement quelques mines, avec succès puisque le Gneisenau et le Prinz Eugen sont durement touchés. Néanmoins, les Britanniques ne peuvent empêcher le passage des bâtiments allemands.

Derrière cette opération se cache en réalité un repli opérationnel : les Allemands refusent désormais les sorties en Atlantique, trop dangereuses. Hitler veut désormais tenir à disposition les unités de surface de la Kriegsmarine pour contrer un éventuel débarquement en Norvège, qu'il croit très probable depuis les opérations britanniques de décembre 1941.

Après diverses réparations, le Scharnhorst gagne donc les fjords norvégiens sur ordre d'Hitler. La Norvège est vitale pour l'effort de guerre allemand car le fer suédois passe par la Norvège lorsque la mer Baltique est gelée. Mais aussi parce que la campagne de Russie se complique avec l'échec de la Wehrmacht devant Moscou, et que les alliés envoient quantité de matériel aux Soviétiques, principalement par des convois navals jusqu'à Mourmansk. Le Scharnhorst se cache alors dans un fjord en attendant le moment propice pour attaquer les convois de l'Arctique.

Le dernier combat du Scharnhorst : la bataille du cap Nord[modifier | modifier le code]

Article principal : Bataille du cap Nord.
Le Scharnhorst dans sa configuration en 1943

Le 22 décembre 1943, le Scharnhorst sort en compagnie de cinq destroyers à la rencontre d'un convoi allié repéré par une reconnaissance aérienne, le convoi JW55B. Le Tirpitz est en réparation et ne participe pas au raid. Le Konteradmiral Erich Bey, habituellement à la tête d'une flotte de destroyers, commande le groupe Scharnhorst, car le ’Generaladmiral Oskar Kummetz est gravement malade. Dans la matinée du 26, après s'être séparé des destroyers, le Scharnhorst se retrouve face aux croiseurs de la 10e escadre (Burnett) : HMS Belfast, HMS Sheffield, HMS Norfolk. C'est une surprise, car le convoi était signalé sans réelles défenses. Il s'échappe à 10 h 20 de ce premier engagement grâce à son puissant avantage en termes de vitesse. Le contre-amiral Erich Bey décide de poursuivre, car l'opposition n'est pas trop importante. Il prend cap au nord, en plein sur la route que devra croiser le convoi JW 55B.

L'amiral Fraser, qui commande alors la Home Fleet s'inquiète pour le convoi : il n'a rien à opposer au croiseur de bataille allemand, qui se trouve entre l'escorte et le convoi. Néanmoins, l'Allemand ne connait pas la position précise du convoi, et la visibilité est médiocre. Pendant ce temps-là, les croiseurs britanniques sont rejoints par la 36th Destroyer Division et reprennent le contact avec le croiseur allemand vers midi, provoquant plusieurs échanges de tirs. Une fois de plus, le Scharnhorst se retire. Surpris et excédé par cette opposition plus tenace que prévu, Le contre-amiral Erich Bey décide de regagner sa base, pour ne pas risquer son bâtiment alors dangereusement privé de tout appui, et met cap au sud, ce qui va le mener droit dans un piège.

Les Britanniques tiennent le contact radar et s'assurent que le Scharnhorst, faisant route au sud-ouest, croise la route du cuirassé HMS Duke of York, accompagné du croiseur léger HMS Jamaica. Le cuirassé obtient un contact radar à plus de 40 kilomètres, peu après 16 h, et engage le combat à 16 h 50. Le Scharnhorst est alors surpris une 3e fois, et se retrouve nettement surclassé par les bordées des 10 pièces de 356 mm du cuirassé de classe King George V. Les deux tourelles avant du Scharnhorst sont mises hors de combat, le privant de 6 de ses 9 canons principaux. Sa vitesse lui permet toutefois d'échapper encore à ses poursuivants, qui croient alors le combat terminé vers 18 h 30. Pourtant, Erich Bey envoie un message solennel au Führer lui assurant qu'il combattra « jusqu'au dernier obus ». En effet, le Scharnhorst a perdu son dernier atout : une des dernières bordées du Duke of York a endommagé ses chaudières, réduisant fortement sa vitesse et permettant au Duke of York de le rejoindre. Après un duel d'artillerie qui dure au total plus de deux heures (les Britanniques tirent plus de 2 000 obus), les pièces du Scharnhorst deviennent définitivement silencieuses à 19 h 16. Les destroyers et croiseurs s'approchent et le torpillent à plusieurs reprises (22 torpilles sont tirées). Touché à l'avant le Scharnhorst coule, pavillon haut[2], à environ 19 h 45. Sur les 1 968 hommes d'équipage, seuls 36 survivants seront repêchés dans les eaux glacées de l'Arctique par les contre-torpilleurs Scorpion et Matchless. Quant au convoi JW55B, il arrive sans dommage à Mourmansk.

La Kriegsmarine perd un de ses navires les plus puissants, après sept ans de services dont quatre de guerre, où il avait fait régulièrement parler de lui. Il avait créé un véritable malaise d'insécurité chez les Britanniques, sa vitesse lui conférant une sorte d'invulnérabilité et de capacité à frapper à tout moment. La campagne du printemps 1941 avait fait craindre le pire aux Britanniques quant à l'effet désastreux qu'aurait le Bismarck s'il venait à percer dans l'Atlantique.

La Kriegsmarine n'a alors plus de navires de ligne opérationnels, le grand cuirassé Tirpitz étant hors de combat, devenu malgré lui le « Roi solitaire des mers du nord ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La mention de « x calibres » dans la définition d'un canon est une référence à la longueur du tube, exprimée par rapport à son calibre.
  2. Sombrer en combattant, sans se rendre à l'ennemi

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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