Baba Yaga (mythologie)

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Baba Yaga, illustration d'Ivan Bilibine pour une édition du conte Vassilissa-la-très-belle.
La petite isba de la baba Yaga, par Ivan Bilibine, illustration pour une édition du conte Vassilissa-la-très-belle.

Baba Yaga (en russe : Баба Яга, en polonais : Baba Jaga) est une figure marquante du conte russe et plus généralement slave, à forte résonance mythologique.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Faut-il dire Baba Yaga ou « la baba Yaga » ? Le russe ne possédant pas d'article, il y a là question d'appréciation. Le premier terme, « baba », est un substantif des plus courants signifiant « la femme du peuple, la paysanne ». Le deuxième terme, « Yaga », est un nom propre, à l'étymologie incertaine, mais se retrouvant dans toutes les langues slaves. L'étymologie proposée par Alexandre Afanassiev[1] est séduisante : le terme remonterait au sanskrit « ahi », signifiant : « le serpent ». Ce serait donc : « la femme Serpent », ce qui expliquerait sa jambe unique, autrement dit sa nature anguipède.

La traduction par « la baba Yaga » permet de résoudre le problème du pluriel : il y a en effet parfois dans le même conte plusieurs baba Yaga (trois en général), dénommées la première, la deuxième, la troisième[2]. Par ailleurs, les deux termes ne sont pas toujours accolés, on peut trouver simplement « la baba », ou « la Yaga » qui peut alors être qualifiée (de brune, de vieille...)[3].

Les caractéristiques de la baba Yaga[modifier | modifier le code]

La baba Yaga est la figure féminine surnaturelle la plus fréquente du conte russe. Elle en est même typique, n'existant pas ailleurs (ni dans la littérature russe, ni dans le reste du folklore). Les folkloristes russes en ont donné diverses interprétations, depuis la divinité chasseresse jusqu'à la simple sorcière, en passant par le chef travesti du rite d'initiation des sociétés primitives, comme le veut Vladimir Propp[4]. Bien que toujours vieille, elle revêt des aspects différents. Elle a une fonction double, étant à la fois l'adversaire du héros et la principale donatrice. Propp distingue 3 baba Yaga. Mais il y en a au moins 6.

La baba Yaga ravisseuse[modifier | modifier le code]

Filant dans son mortier, effaçant les traces de son balai, elle survient brusquement, ravit un petit garçon, l'entraîne chez elle pour le faire rôtir (contes 77 à 82)[5]. Mais la menace ne se réalise jamais : ou bien le garçon (plus rarement la fillette) trouve le moyen de s'échapper, ou bien, la baba Yaga laisse le soin de l'enfourner à sa fille. Celle-ci, moins habile que sa mère, se fait enfourner elle-même et sert de rôti à sa mère. La mère, elle, était entretemps repartie « se mettre en chasse ». La baba Yaga est donc décrite comme une chasseresse qui se précipite sur sa proie. Le cannibalisme, latent (puisqu'annoncé mais jamais réalisé), ne fait pas de doute. Le four est l'élément principal de l'habitation du personnage.

La baba Yaga combattante[modifier | modifier le code]

Loubok du XVIIe siècle représentant Baba Yaga sur un sanglier et combattant un crocodile.

Dans le conte La baba Yaga et Petit Bout[6], la baba Yaga a voulu tuer le héros Petit Bout et ses quarante frères, mais elle a, par méprise, tué ses quarante et une filles. Furieuse, elle « se fait apporter son bouclier de feu et, galopant sur les traces des vaillants gaillards, elle se met à projeter des flammes de tous côtés... La baba Yaga les brûle et les arrose de flammes ». Il y a là une nette opposition de traitement entre garçons et filles. La baba Yaga défend ses filles, elle est à cheval et elle projette des flammes avec son bouclier. L'environnement est un lac. De même, dans le conte Ivan-tsarévitch et le Blanc Guerrier de la plaine[7], le Blanc Guerrier de la plaine combat « depuis trente ans avec la baba Yaga à la jambe d'or sans jamais descendre de cheval ». La baba Yaga est à la tête de troupes et a tout d'une amazone ; il n'y a pas de cannibalisme.

Dans le conte Ivachko-Ourseau[8], l'action se passe dans l'isba de la forêt, vide. La baba Yaga n'y habite pas, elle vit sous terre. Mais elle y monte et elle s'attaque aux compagnons du héros, les bat, leur découpe à chacun une lanière dans le dos, puis disparaît. Le héros, à son tour, lui découpe trois lanières dans le dos. Elle retourne sous terre et le héros la suit, la pourchassant. Là, il rencontre la fille de la baba Yaga : c'est une jeune fille, qui demande au héros de l'emmener avec elle et lui explique comment se débarrasser de sa mère. Il y a opposition mère / fille. Les sévices subis par les compagnons du héros puis par la baba Yaga font penser au rite d'initiation.

La baba Yaga donatrice[modifier | modifier le code]

Le héros, qui peut être un personnage féminin, parvient chez la baba Yaga qui, dans ce cas, vit dans la petite isba de la forêt. Une fois là, il est soumis à un interrogatoire ou à des épreuves. Il prouve sa valeur. En récompense, il reçoit un objet magique ou de bons conseils qui vont lui permettre de continuer sa route et de parvenir à ses fins.

La petite isba est « montée sur pattes de poule », elle tourne sur elle-même. Il faut savoir la formule qui la fera tourner : "À la lisière d'une sombre forêt, il aperçut une petite isba montée sur pattes de poule : « Petite isba, petite isba! Tourne le dos à la forêt, le devant de mon côté ». L'isba se retourna" ("видит избушку возле дремучего леса - на курьих ножках стоит. "Избушка, избушка! Оборотись к лесу задом, ко мне передом" Избушка оборотилась") (conte L'Eau de jeunesse et la Fille-Roi[9]). Comme l'isba, l'interrogatoire a un aspect figé, fait de formules toutes faites : « Eh bien, vaillant gaillard, l'épreuve, tu la cherches ou tu la fuis ? » ("Что, добрый молодец, от дела летаешь али дела пытаешь?"). Le héros sait ne pas se décontenancer, il sait répondre, il réclame d'abord à boire et à manger ("Ты прежде меня напой - накорми, тогда и спрашивай), puis il explique le but de sa recherche. Ceci adoucit la patronne de l'isba et elle lui fait des cadeaux et lui prodigue des conseils : « Elle lui fit don de son cheval, d'une massue énorme et lui enjoignit... » Elle donne un cheval, un faucon, moyens de traversée vers l'autre royaume, mais aussi une pelote, une boule qui montrent le chemin et ont la même fonction.

Les cadeaux de la baba Yaga sont essentiellement liés au déplacement d'un monde dans l'autre. Mais la Yaga fait aussi cadeau d'un crâne qui va permettre à l'héroïne de se débarrasser de ses ennemies (conte Vassilissa la Belle[10]).

La baba Yaga est gardienne du royaume des morts[modifier | modifier le code]

Vladimir Propp a analysé en détail cet aspect du personnage[11]. Dans le conte La princesse ensorcelée[12], il est dit : « On ne voyait là qu'une seule isba perdue : derrière, pas une route, rien que les ténèbres les plus épaisses ». La maisonnette est souvent présentée comme trop petite pour son occupante, parfois sans fenêtres ni portes (ce qui, pour Propp le premier, peut faire penser à un cercueil)[13]. Une formule rituelle présente la baba Yaga « le nez fiché dans le plafond »[14]. Selon le cas, la maisonnette peut se trouver « près de l'Onde Noire » (voir le conte Ivan-fils de vache, dit Ouragan le Valeureux[15]) ; mais, généralement, elle se trouve à l'intérieur ou en bordure d'une forêt sombre et impénétrable. La baba Yaga, elle-même morte (d'où sa jambe d'os), est la gardienne du royaume des morts. La petite isba qu'il faut faire tourner est un poste frontière, tourné d'un côté vers le monde des vivants, de l'autre vers le monde des morts (ou l'autre royaume).

Parfois la maisonnette « tourne sur elle-même »[16], mais plus souvent encore c'est le héros (ou l'héroïne) qui lui ordonne de « se tourner dos à la forêt, face à [lui / elle] » [17].

La baba Yaga, maîtresse de la forêt et des bêtes sauvages[modifier | modifier le code]

Elle a sur les bêtes sauvages un pouvoir sans bornes. Dans le conte La Belle des Belles[18] : « Elle a des émissaires qui sillonnent le monde. Les premiers d'entre eux, ce sont les bêtes des bois, les seconds, les oiseaux du ciel, les troisièmes, les poissons et les bêtes aquatiques. Toutes les créatures du monde lui sont soumises ». Ainsi, c'est la femme / la mère / la vieille qui est souveraine. Cette caractéristique est liée à la forêt, à la chasse et à un système social où la femme est mère sans mari.

La sexualité de la Yaga ; ses relations familiales[modifier | modifier le code]

Il en est peu question puisqu'elle est surtout représentée comme vieille et vivant seule. Mais on trouve : « Devant lui, sur le poêle, sur la neuvième brique, était couchée la baba Yaga-jambe d'os..., les tétons enroulés à un crochet » (conte La Princesse-Grenouille[19]). S'il n'est jamais question de mari ou de compagnon, elle a des enfants, généralement des filles (et même 41 dans le conte cité La baba Yaga et petit Bout). Quand elle a des liens de parenté avec le héros, elle est toujours de la famille de la femme ou de la mère du héros, jamais de son père (contes Va je ne sais où..., Le Démuni[20]).

Le côté solaire de la baba Yaga[modifier | modifier le code]

Dans le conte Vassilissa la Belle[21], l'héroïne Vassilissa demande à la baba Yaga qui sont le cavalier rouge, le cavalier blanc et le cavalier noir qu'elle a croisés pour venir jusque chez elle ; et la baba Yaga répond : « C'est mon jour, vêtu de blanc... C'est mon soleil, vêtu de rouge... C'est ma nuit, vêtue de noir », et elle ajoute : « Tous de fidèles serviteurs ! » Ainsi, la baba Yaga commande aux phénomènes célestes, au jour et à la nuit. Dans le conte Maria Mariévna[22], il est dit d'elle : « Sur sa cavale ailée, elle fait chaque jour en volant le tour du monde ». Elle a des traits communs avec Phœbus, mais aussi, plus simplement, avec les sorcières, capables, selon les légendes, de voler.

En résumé, il n'est pas étonnant que bien des chercheurs aient vu en elle plus qu'un esprit de la forêt, le souvenir figé (et souvent diabolisé, voire ridiculisé) d'une Grande Déesse aux fonctions multiples. Propp dans Les Racines historiques... voit en elle le chef travesti du rite d'initiation. En l'absence de tout texte écrit, si l'on excepte les relevés de contes faits au XIXe siècle, il est impossible de trancher, mais la dimension préhistorique et mythologique de cette figure hors du commun ne fait pas de doute [23].

L'interprétation de Vladimir Propp[modifier | modifier le code]

Contes de l'isba, illustrations d'Ivan Bilibine.

Dans Les Racines historiques du conte merveilleux, le folkloriste russe Vladimir Propp cherche à rapprocher les éléments du conte merveilleux russe de ceux d'autres cultures anciennes, et par là des croyances et des rites de ces sociétés humaines. Selon lui, Baba Yaga représente une gardienne du royaume des morts, et sa cabane constitue un passage obligé à la frontière des deux mondes. Il rapproche les pattes de poule de la maisonnette de mythes des Indiens d'Amérique du Nord évoquant une cabane zoomorphe, et esquisse un parallèle entre les formules prononcées par le héros et le Livre des Morts égyptien, où les éléments d'une maison exigent d'être nommés exactement avant d'accorder le passage. Le fait que Baba Yaga nourrisse et lave le héros évoque également les rites du Livre des Morts ; la cabane dans un bois rappelle par ailleurs les lieux d'initiation des jeunes hommes dans de nombreuses cultures (Afrique, Océanie…).

Baba Yaga, comme d'autres personnages du conte russe (le dragon, etc.) profère souvent à l'arrivée du héros qu'elle sent « une odeur russe », ou « de carcasse russe ». Propp interprète cette expression comme signifiant une odeur d'être humain vivant[24], et donne divers exemples de mythes dans lesquels les morts font référence à cette odeur, qui leur répugne (et où le héros cherche à se débarrasser de cette odeur). Le surnom même de la magicienne (« jambe d'os ») suggère qu'elle est un cadavre ; toutefois, Propp rappelle qu'elle est aussi maîtresse des animaux de la forêt, et mentionne qu'elle est parfois décrite elle-même comme semi-animale (diverses cultures considéraient que la mort consistait à se transformer en un animal). Pour lui, l'élément animal est antérieur à l'élément squelettique de Baba Yaga. Il remarque par ailleurs que certains contes russes laissent penser que Baba Yaga serait aveugle[24].

Il conclut que le personnage de Baba Yaga, tel qu'il apparaît dans les contes, regroupe les caractéristiques de figures distinctes, quoique plus ou moins liées entre elles : la magicienne-ravisseuse, prête à faire rôtir les enfants, et la magicienne-donatrice, qui aide le héros, se retrouvent toutes deux en Baba Yaga, qui relève à la fois des rites initiatiques et du mythe du voyage au royaume de la mort (il mentionne également la magicienne-guerrière). Selon lui, ce n'est qu'une fois que les rites ont perdu leur sens et finalement disparu que leur côté sacré et terrible se voit remplacé par un grotesque héroï-comique.

Dans Les Transformations du conte merveilleux[25], Propp esquisse un rapprochement avec un hymne tiré du Rig-Véda et adressé à la « maîtresse des forêts ». Il note les éléments similaires : la chaumière dans la forêt, le reproche lié aux questions (donné dans un ordre inverse), l'hospitalité, l'indication de la possibilité d'hostilité[26] et de ce qu'elle est la mère des bêtes sauvages. Le Rig-Véda dit aussi : « Quelqu'un abat des arbres là-bas (...) Ainsi pense celui qui passe la nuit chez la maîtresse des forêts. » Dans un conte d'Afanassiev[27], le père attache un morceau de bois à sa charrette, le bois frappe et sa fille dit : « C'est mon père qui abat les arbres ». Propp précise qu'il ne cherche pas à faire remonter le personnage de la Baba Yaga au Rig-Véda, mais que d'une façon générale, c'est la religion qui évolue vers le conte et non l'inverse.

L'analyse de Luda Schnitzer[modifier | modifier le code]

Luda Schnitzer (voir Bibliographie) se pose également la question de l'ambivalence du personnage de Baba Yaga, à la fois ogresse cruelle et auxiliaire bienveillante, et en particulier de son revirement d'attitude vis-à-vis du héros qui est parvenu jusqu'à sa cabane (« cette incarnation du Mal peut se transformer à l'improviste en une bonne mère-grand, prête à aider les héros de tous ses pouvoirs magiques »). Elle fait remarquer que dans les contes d'inspiration musulmane, notamment géorgiens, « le héros touche le sein de l'ogresse et l'appelle mère », et elle lui répond « si tu ne l'avais fait, je te dévorais » : l'asile maternel serait, selon une ancienne coutume, inviolable. Elle évoque ensuite d'autres explications avancées : mythologique (Baba Yaga serait la divinité personnifiant l'hiver, à la fois cruel et protecteur des graines dormant sous terre) ; pragmatique (la loi de l'hospitalité vaut pour tous, même pour les ogres) ; ethnologique (le code du savoir-vivre des « coins perdus » interdit de demander au voyageur de but en blanc d'où il vient et où il va, tenant compte notamment qu'il peut se trouver en marge de la légalité). Elle ajoute « la conviction naïve, propre au conte populaire », que par la confiance on peut désarmer la méchanceté. Elle remet ainsi en cause le supposé manichéisme des contes (les bons d'un côté, les méchants de l'autre).

Postérité[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Plusieurs compositeurs de musique classique russes s'inspirent des contes et notamment de la figure de Baba Yaga. Modeste Moussorgski, dans ses Tableaux d'une exposition (1874), composa une pièce sur le thème de Baba-Yaga avec sa cabane sur pattes de poule. Cette pièce est l'avant-dernière de sa suite, elle s'enchaîne au tableau final de la Grande Porte de Kiev. La pièce est un scherzo cinglant et diabolique dont l'atmosphère oppressante n'est pas écartée dans son trio central, plus calme mais sans cesse menaçant. Piotr Ilitch Tchaïkovski a écrit une pièce appelée La Sorcière (Baba Yaga) dans son Album pour Enfants (1878). Baba Yaga (1903-04) est également un tableau symphonique d'Anatoli Liadov. Dans cette évocation fantastique de Baba Yaga, c'est le basson qui expose le thème avec accompagnement obligé de sifflements des bois en triples croches.

Dans le domaine du rock, William Sheller inclut dans son album William Sheller et le quatuor Stevens live, sorti en 2007, un morceau instrumental titré « Babayaga ».

Le groupe de Thrash Metal Technique Mekong Delta a composé un morceau instrumental intitulé « The Hut Of Baba Yaga » sur leur album éponyme de 1987.

On trouve une chanson intitulée The Realms of Baba Yaga dans l'album Space Police - Defenders of the Crown du groupe de Heavy Metal allemand Edguy, paru en 2014.

Danse[modifier | modifier le code]

En 1917, les Ballets russes de Serge de Diaghilev présentent à Paris, au théâtre du Châtelet, un ballet Les Contes russes de Léonide Massine, sur une musique d'Anatoli Liadov, avec des décors et costumes conçus par le peintre Michel Larionov, où figure notamment un décor représentant l'isba de Baba Yaga.

En 1996, un ballet intitulé Baba-Yaga a été créé sur une musique de Jean-Jacques Lemêtre et dans une chorégraphie de Nadjeda L. Loujine.

Littérature[modifier | modifier le code]

La série romanesque américaine fantastique Les Soeurs Grimm, de Michael Buckley, parue depuis 2005, met notamment en scène Baba Yaga, qui y joue à la fois le rôle d'adjuvante et d'opposante pour les deux sœurs.

Peinture et illustration[modifier | modifier le code]

Baba Yaga, tableau de Viktor Vasnetsov, 1917.

Les illustrateurs et peintres qui s'inspirent des contes russes donnent à Baba Yaga un visage directement inspiré par les textes des contes. Au milieu du XIXe siècle, le peintre russe Viktor Vasnetsov, qui peint de nombreux sujets mythologiques, représente notamment Baba Yaga en plein vol. En 1873, le peintre russe Viktor Hartmann peint des tableaux inspirés par les contes, et notamment un tableau de la maison de Baba Yaga (ces tableaux servent d'inspiration au compositeur Modeste Moussorgski pour ses Tableaux d'une exposition). Parmi les illustrateurs, l'un des plus fameux est le Russe Ivan Bilibine, qui réalise de nombreuses illustrations de contes au début du XXe siècle, dont l'une pour le conte traditionnel Vassilissa-la-très-belle qui montre la sorcière avançant dans la forêt, montée dans son mortier avec son pilon et son balai, et qui est restée fameuse.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Dans l'un des albums de sa bande dessinée érotique Valentina de Guido Crepax (Baba Yaga, paru en 1971), l'héroïne Valentina, photographe qui enquête parfois sur des affaires surnaturelles, rencontre une femme d'âge mûr nommée Baba Yaga qui s'avère dotée de pouvoirs surnaturels et d'un charme plus que troublant. L'album fait l'objet en 1973 d'une adaptation au cinéma titrée Baba Yaga.

Baba Yaga apparaît dans le comic américain fantastique Hellboy de Mike Mignola, qui paraît depuis 1994. Elle y joue un rôle d'antagoniste, et est éborgnée par Hellboy au cours d'un affrontement.

Dans le manga Soul Eater d'Atsushi Ōkubo, qui paraît depuis 2004, la sorcière Arachné et son organisation Arachnophobia ont pour quartier général le « château de Baba Yaga ». De plus, la doyenne des sorcières s'appelle Baba Yaga.

Elle apparaît également dans le comics Fables de Bill Willingham qui parait depuis 2003. Elle y joue le rôle d'un agent envoyé par l'adversaire afin d'espionner Fablevilles et livrera ensuite une bataille à mort contre Bufkin.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le réalisateur soviétique Alexandre Rou met en scène Baba Yaga dans pas moins de quatre de ses films, qui montrent une grande variété de tons, de l'inquiétant au comique : Vassilissa-la-très-belle (1939, très librement inspiré du conte du même nom), Jack Frost (1964), Le Feu, l'eau et les tuyaux de cuivre (1964) et enfin Baba Yaga (1973). Dans ces quatre films, la sorcière est incarnée par un homme, l'acteur Gueorgui Milliar, qui joue parfois plusieurs rôles dans un même film (il incarne aussi parfois le sorcier Kochtcheï).

En 1973 sort un film fantastique érotique intitulé Baba Yaga, adapté d'un album de la bande dessinée italienne Valentina.

La sorcière apparaît également dans plusieurs films d'animation. Le long-métrage d'animation américain Bartok le Magnifique de Don Bluth et Gary Goldman, une suite du long métrage d'animation Anastasia sortie directement en vidéo, compte Baba Yaga parmi ses personnages principaux : la chauve-souris Bartok, autrefois serviteur du sorcier Raspoutine, se voit contraint d'aller trouver Baba Yaga pour obtenir son aide. Au Japon, un court-métrage d'animation du studio Ghibli, Pan-dane To Tamago-Hime (M.Pâte et la princesse Œuf), sorti en 2010, compte Baba Yaga parmi ses principaux personnages.

Télévision[modifier | modifier le code]

Dans la série Les Belles Histoires du père Castor, un épisode est intitulé "Baba yaga". On y retrouve notamment "un chat prêt à crever les yeux" criant "Owouiiin" et ce dialogue : "Tu brodes ma nièce, tu brodes ? - Je brode ma tante, je brode". Il s'agit sans aucun doute du meilleur épisode de la série.

Dans la série d'animation américaine Scooby-Doo : Mystères associés, produite par Warner Bros. et diffusée à partir de 2010, les héros sont confrontés à Baba Yaga dans l'épisode 2 de la saison 2.

Parmi les séries télévisées en prises de vue réelles, Baba Yaga apparaît dans la série télévisée canadienne fantastique Lost Girl, dans l'épisode 4 de la saison 2. Elle y est décrite comme une puissance sorcière vivant dans une maison constituée uniquement d'ossements humains. Elle possède son propre monde qui ne peut être atteint qu'à travers un miroir ou un lac à l'eau claire. Elle enlève les jeunes femmes mal éduquées afin de les engraisser pour les manger.

Jeux[modifier | modifier le code]

Parmi les jeux de société, le jeu de rôle sur table fantastique Vampire : la Mascarade, intègre la figure de Baba Yaga à son univers. Dans ce jeu où le monde est manipulé en secret par de très anciennes familles de vampires, Baba Yaga est présentée comme une ancienne vampire hideuse du clan Nosferatu qui règne sur l'URSS jusqu'à son assassinat par les envoyés de son « père » vampirique. Le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu mentionne aussi le personnage de Baba Yaga dans le scénario "Une petite chaumière dans les bois" de la campagne "Terreur sur l'Orient-Express". Par ailleurs, la "Hutte sur pattes de poulet" est l'adversaire principal de l'aventure de Donjons et Dragons, "The Dancing Hut of Baba Yaga"[28].

Baba Yaga fait également des apparitions dans plusieurs jeux vidéo. Elle joue un rôle dans le jeu d'action-aventure Castlevania: Lords of Shadow, un titre de la franchise Castlevania sorti sur PlayStation 3 et Xbox 360 en 2010. Dans le jeu vidéo The Legend of Zelda: Twilight Princess, Baba Yaga (appelée simplement Baba) est le nom donné à un personnage secondaire (sous la forme d'une oie à tête humaine, accompagnée de son fils) croisé dans les donjons par le héros, Link. Le jeu Shadow Man: 2econd Coming, sorti sur Playstation 2 en 2002, inclut également un personnage inspiré de Baba Yaga : un démon grigori nommé Babayagoth.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Afanassiev, Les Conceptions poétiques des Slaves sur la nature (Поэтические Воззрения Славян на природу), Moscou, 1865-1869
  2. Le motif de trois vieilles femmes aux pouvoirs magiques existe dans d'autres traditions de contes, comme le conte norvégien
  3. Lise Gruel-Apert, "Notes de compréhension et de traduction", Contes populaires russes d'Afanassiev, t. II, p. 395, Imago, 2009
  4. Les Racines historiques du conte merveilleux, traduction L. Gruel-Apert, Gallimard, 1983
  5. Afanassiev, Contes populaires russes, trad. Lise Gruel-Apert, t. I, Imago, 2009
  6. Afanassiev, Contes populaires..., t. I, n° 76, Imago, 2009
  7. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, n° 124, Imago, 2010
  8. Afanassiev, Contes populaires...t. I, n° 105, Imago, 2009
  9. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, n° 134.
  10. Afanassiev, « Contes populaires... », t. I, n° 75.
  11. Vladimir Propp, chapitre « La Forêt mystérieuse » des Racines historiques du conte merveilleux
  12. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, n° 211.
  13. Elizabeth Warner, Mythes russes, Seuil / Points, 2005 (ISBN 9782020640169).
  14. En russe : нос в потолок врос (nos v potolok vros). Comme le remarque Lise Gruel-Apert en note à sa traduction du conte Prince Daniel, mots de miel, « cette expression, très rythmée en russe, s'applique plus fréquemment à la baba Yaga couchée sur le poêle ou dans la soupente. Elle correspond plus dans ce conte à un tic de langage qu'à un sens précis ».
  15. Afanassiev, "Contes populaires...", t. I, n° 100.
  16. Вдруг видит: стоит перед ней чугунная избушка на курьих ножках и беспрестанно повертывается. (« Soudain, voici ce qu'elle [l'héroïne] voit : devant elle se dresse une maisonnette de fonte sur des pattes de poule, tournant sans cesse sur elle-même ») [Finiste Clair-Faucon, version d'Afanassiev 129b, no 235 dans l'édition de Barag et Novikov].
  17. Избушка, избушка : встань к лесу задом, ко мне передом ! [idem]. Selon Propp, le sens originel serait celui du retournement, qui aurait peu à peu donné, par confusion, l'image de l'isba tournant sans cesse sur elle-même.
  18. Afanassiev, "Contes populaires...", t. II, n° 119.
  19. Afanassiev, "Contes populaires...", t. III, n° 208.
  20. Afanassiev, "Contes populaires...", t. II, n° 164, 166.
  21. Afanassiev, "Contes populaires...", t. I, n° 75.
  22. Afanassiev, "Contes populaires...", t. II, n° 121.
  23. Lise Gruel-Apert, Les Figures féminines du conte russe", conférence faite à la Maison Pouchkine, Saint-Pétersbourg, sept. 2009 (russe : "Женские образы в русской сказке")
  24. a et b Dans le conte de Grimm Hänsel et Gretel, il est dit explicitement : « Les sorcières ont des yeux rouges et elles ne peuvent pas voir loin, mais elles ont l'odorat très fin, comme les animaux et, quand des humains s'approchent, elles le sentent. » (Contes pour les enfants et la maison, trad. Natacha Rimasson-Fertin, José Corti, 2009 (ISBN 978-2-7143-1000-2)).
  25. Inclus dans l'édition française de la Morphologie du conte.
  26. Le Rig-Véda dit : « La maîtresse des forêts ne te fait pas de mal, si toi tu ne l'attaques pas. »
  27. Conte n° 99, La Tête de jument. L'expression originale (en ukrainien) est : «Се мій батенька дровця рубає!». On retrouve ce motif dans certains contes de Grimm, comme Hänsel et Gretel.
  28. Smedman, Lisa - The Dancing Hut of Baba Yaga (TSR, 1995), non-traduite en français.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Afanassiev, Contes populaires russes, trad. Lise Gruel-Apert, Imago, 3 tomes, 2009-2010 (ISBN 978-2-84952-071-0), (ISBN 978-2-84952-080-2), (ISBN 978-2-84952-093-2)
  • Vladimir Propp, Les Racines historiques du conte merveilleux, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », traduction Lise Gruel-Apert, Gallimard, 1983.
  • Luda Schnitzer, Ce que disent les contes, Éd. du Sorbier, 1985 (ISBN 2-7320-0010-8)
  • Anonyme, Programme de l'opéra "Baba Yaga Witch of The Forest", Moncton, Canada, Département de Musique de l'Université de Moncton, 2010, Distribué lors du spectacle le 30 janvier 2010.
  • Patrick Bauwen, Monster (roman), p. 506.
  • Orson Scott Card, Enchantement (roman)
  • (en) Andreas Johns, Baba Yaga, The Ambiguous Mother and Witch of the Russian Folktale, Peter Lang 2004, 2010 (ISBN 978-0-8204-6769-6)

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