Mabinogion

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Les Mabinogion ou les Quatre Branches du Mabinogi (Pedair Cainc y Mabinogi en gallois) sont quatre récits médiévaux (des chwedl ou cyfarwyddyd, mots qui signifient contes), écrits en moyen-gallois (gallois du XIIe siècle au XVIe siècle), qui font référence à la mythologie celtique de l'Antiquité. Traditionnellement s'y s’ajoutent d'autres contes relevant de la légende arthurienne. Le mot Mabinogion est le pluriel de Mabinogi. Diverses explications sur le sens du mot ont été avancées, mais il pourrait venir du nom du dieu Mabon (Maponos en Gaule)[1] qui figure dans le conte Kulhwch et Olwen, et qui fait partie de la même collection. Les quatre récits s'intitulent : Pwyll, prince de Dyfed, Le Mabinogi de Branwen, Manawydan fils de Llyr et Math fils de Mathonwy.

Manuscrits[modifier | modifier le code]

Les Mabinogion ont été élaborés à partir de deux manuscrits, le Livre Blanc de Rhydderch dont la rédaction s'étale de 1380 à 1410, et le Livre Rouge de Hergest qui est daté approximativement de 1350. Rappelons que dans le monde celtique, la poésie était la spécialité des bardes[2]. Les thèmes développés se retrouvent dans la tradition irlandaise, ce qui atteste de leur antiquité. On peut citer, à titre d'exemple, les rapports du druide (ou magicien) et du roi, les obligations de la Souveraineté, l'Autre Monde (le Sidh des Tuatha Dé Danann, en Irlande), la guerre, la pratique des fonctions artisanales. C'est l'illustration de l'idéologie trifonctionnelle des Indo-Européens, telle qu'elle a été exposée par Georges Dumézil. Tout comme pour les textes mythologiques irlandais, un vernis chrétien est venu enrober des récits précédant la tradition chrétienne.

La rédaction tardive indique une longue tradition orale, ces mythes se sont transmis de génération en génération, à travers les siècles, de ce fait il n'est pas possible d'en préciser l'origine (voir l'article consacré aux druides).

Dans la vague de celtomanie du XIXe siècle, une première publication expurgée en anglais a été faite par Lady Guest entre 1838 et 1849, dont certaines parties ont été traduites en français par Théodore Hersart de la Villemarqué, mais c'est Joseph Loth qui va établir la première édition française intégrale.

Les Quatre branches[modifier | modifier le code]

Pwyll, prince de Dyved[modifier | modifier le code]

Ce conte a pour sujets l'origine, le fondement et la légitimité de la royauté. Le contrat passé avec un roi de l'Autre Monde indique clairement l'origine divine. Le mariage de Pwyll avec la déesse Rhiannon[3] est conforme à la mythologie celtique puisque la souveraineté est un concept féminin. La justice et la générosité du roi sont deux qualités fondamentales et indispensables de la fonction.

L’échange des royaumes[modifier | modifier le code]

Pwyll, prince de Dyved, quitte sa résidence d’Arberth pour aller à la chasse à Glynn Cuch. Il lâche sa meute et voit passer un cerf poursuivi puis tué par une autre meute de chiens blancs. Ayant distribué la viande à ses propres chiens, arrive le propriétaire de l’autre meute, Arawn le roi d’Annwvyn, qui lui reproche de s’être approprié le gibier. Pwyll accepte de réparer et Arawn propose qu’ils échangent leurs places et identités pour une année, au terme de laquelle Pwyll devra se battre contre Havgan, un ennemi d’Arawn.

L’accord étant conclu, Arawn accompagne Pwyll jusqu’à sa résidence où il est accueilli, sous l’apparence d’Arawn. Après le repas de la cour, il va dormir avec la reine, mais il ne la touche pas et ne la touchera pas durant son séjour. Il occupe cette année « dans les chasses, les concerts, les banquets, l’amitié et la conversation avec sa compagnie, jusqu’au soir fixé. »

L’année passée, c’est l’heure du duel au « milieu du gué ». Pwyll tue Havgan au premier coup donné. Le vainqueur « reçoit l’hommage des guerriers » et règne sur les 2 royaumes, Pwyll est surnommé « prince d’Annwvyn ». Puis, il se rend à Glynn Cuch et y retrouve Arawn ; ils reprennent leurs identités et aspects respectifs. Le soir, Arawn retrouve sa femme et lui fait l’amour ; dans la conversation qui suit, il se rend compte que Pwyll n’a pas touché sa femme. Il se félicite de son allié et lui raconte la vérité à sa femme. Pwyll retourne en Dyved, on le rassure sur la façon dont son royaume a été administré en son « absence » et raconte la vérité aux nobles).

Pwyll et Rhiannon[modifier | modifier le code]

Le tertre Gorsedd Arberth (« le siège d’Arberth ») est réputé pour les sortilèges. Après un festin, Pwyll prince d’Annwvyn y voit arriver une cavalière dont la monture avance d’un pas lent et régulier. Il envoie quelqu’un lui demander qui elle est, mais l’homme à pied ne parvient pas à la rattraper. À cheval non plus, plus il le force, plus la cavalière s’éloigne sans qu’elle ait changé d’allure. Au 3e jour, Pwyll lui-même se lance à la poursuite et, ne pouvant lui non plus la rejoindre, il l’appelle et elle s’arrête immédiatement. La voyant, il est conquis par sa beauté.

Elle lui dit qu’elle est venue pour le rencontrer et qu’elle se nomme Rhiannon, fille d’Eveydd le Vieux. Elle explique à Pwyll qu’on veut la marier contre son gré, mais qu’elle est amoureuse de lui et veut l’épouser. Il accepte et le mariage est décidé pour dans un an, à la cour d’Eveydd. L’année suivante, lors du banquet de mariage, un homme fait une requête à Pwyll, que celui-ci accepte d’avance : il lui demande sa future épouse et les provisions pour les noces. Il s’agit de Gwawl, à qui Rhiannon avait été promise et qu’elle avait éconduit. Ne pouvant revenir sur son accord, Rhiannon imagine un stratagème pour ne pas épouser Gwawl.

Le jour venu, Pwyll, muni d’un sac magique, arrive avec 100 cavaliers. Il entre habillé comme un mendiant et demande que l’on remplisse le sac de nourriture. Le sac magique ne peut se remplir et Pwyll demande à Gwawl de tasser la nourriture avec son pied et il le met dans le sac, qu’il ferme avec les lacets. Pwyll sonne du cor pour faire venir ses chevaliers et tous frappent le sac. Gwawl demande grâce et Pwyll rentre en Dyved avec Rhiannon. Son règne est caractérisé par l'équité, la justice et la générosité.

L’enlèvement de Pryderi[modifier | modifier le code]

Après 4 ans, Pwyll et Rhiannon ont un fils, qui est enlevé la nuit même de sa naissance. Les 6 femmes chargées de garder l’enfant accusent Rhiannon d’infanticide. Il est décidé que sa pénitence sera de rester sept ans dans la cour d’Arberth, assise près du « montoir aux cavaliers », raconter son histoire aux passants et leur proposer de les amener dans la cour sur son dos.

Teirnon Twrv Vliant, seigneur de Gwent-Is-Coed, avait une jument qui poulinait chaque année le 1er mai, mais invariablement le poulain disparaissait. La nuit venue, il surveille la jument qui met bas et voit une griffe passer par la fenêtre pour prendre le poulain ; d’un coup d’épée il coupe la griffe et sort de la pièce mais ne peut voir ce qui se passe à cause l’obscurité. Quand il rentre, il trouve un enfant qu’il donne à sa femme et qu’on baptise sous le nom de Gwri Wallt Euryn (c’est-à-dire « à la chevelure dorée »). Il grandit rapidement, à l’âge d’1 an il en parait 3 ; à 4 ans il cherche à monter à cheval et on lui donne le poulain, né le jour où on l’a trouvé.

Teirnon a vent de l’infortune de Rhiannon et comprend que l’enfant est le fils de Pwyll.. Avec sa femme, ils décident de restituer l’enfant. Arrivés à Arberth, Rhiannon leur propose de les porter sur son dos jusqu’à la cour, ce qu’ils refusent. À la fin du banquet auquel ils ont été invités, Teirnon raconte son histoire et présente son fils à Rhiannon. On décide de l’appeler Pryderi (« souci »).

Pryderi est élevé par Pendaran Dyved. À la mort de Pwyll, Pryderi lui succède et agrandit le royaume. C’est un bon roi, aimé de tous ses sujets. Il épouse Kigva.

Le Mabinogi de Branwen[modifier | modifier le code]

Le second conte des Mabinogion traite des relations difficiles entre les nations celtes. La guerre est le thème central, et on voit une glorification du guerrier héroïque[4]. La guerre, les razzias sont d'ailleurs des notions récurrentes dans la civilisation celtique. Bran est un géant, dont le nom signifie « corbeau », animal emblématique des divinités associées à la mort.

L’histoire de Matholwch représente trois infractions à chacune des classes indo-européennes[5] : la violation du traité de paix (nature juridique) est une faute qui relève de la première fonction ; le piège tendu par Matholwch pour massacrer les « Bretons » est une faute contre l’éthique de la fonction guerrière ; la disgrâce de Branwen est une atteinte à la fonction de production[6].

Le mariage et la disgrâce de Branwen[modifier | modifier le code]

Matholwch, le roi d'Iwerddon (l’Irlande), débarque dans l’île de Bretagne avec une flotte de treize navires. Il se rend à la cour de Bran le Béni[7], le géant fils de Llyr, pour lui demander la main de sa sœur Branwen, et ainsi conclure un traité de paix. Après délibérations, le conseil décide d'agréer la demande et tous se rendent à Aberffraw pour célébrer le mariage[8] pour les noces. La nuit même, Matholwch et Branwen dorment ensemble.

Evnissyen, le demi-frère de la jeune fille, furieux de ne pas avoir été consulté, coupe les lèvres, les oreilles, les paupières et la queue des chevaux des Irlandais, dans l’espoir de rompre l’accord. Devant l’affront, Matholwch va repartir pour l’Irlande, mais l’offense est réparée par le don de nouvelles montures, une baguette d’argent et une plaque d’or et d’un chaudron magique, qui a le pouvoir de ressusciter les guerriers morts au combat. Matholwch emmène sa nouvelle épouse en son royaume, où elle est bien accueillie ; l’année se passe dans la « gloire » et la « célébrité » et Branwen donne naissance à un fils Gwern.

L’année suivante, des rumeurs circulent à propos de l’affront subit par Matholwch et, en guise de vengeance, on exige que Branwen soit chassée du lit royal et condamnée à faire la cuisine dans la cour, où chaque jour le cuisinier vient lui donner une gifle. De plus, toutes les relations sont interdites entre l’Irlande et le pays de Galles. Ce traitement va durer pendant trois ans, pendant lesquels elle élève un étourneau. Elle envoie l’oiseau, porteur d’un message, à son frère Bran.

L’invasion de l’Irlande[modifier | modifier le code]

Dès qu’il reçoit le message de Branwen et qu’il a connaissance de sa disgrâce, Bran le Béni réunit les 154 royaumes et débarque en Irlande, ne laissant que sept guerriers pour défendre son royaume. Pour éviter la guerre, Matholwch propose d’abdiquer et de confier le royaume à son fils Gwern, qui est donc le neveu de Bran. On construit un bâtiment immense pour accueillir les belligérants (Bran est un géant qui ne peut entrer dans aucune maison, ni monter sur aucun bateau, il a traversé la mer d’Irlande à gué). Mais les Irlandais décident de piéger les Gallois : de chaque côté des 100 colonnes de la maison, ils accrochent des sacs de farine contenant chacun un guerrier. Evnissyen découvre le stratagème et tue les 200 guerriers irlandais en leur écrasant la tête. La réunion a finalement lieu, chaque camp dans une partie de la maison. Gwern va successivement auprès de chacun de ses oncles : Bran le Béni, Manawyddan Fab Llyr, Nisien. Quand le garçon s’approche d’Evnissyen, celui-ci le saisit par les pieds et le jette dans le brasier.

La guerre est totale, Evnissyen détruit le chaudron magique et tous les Irlandais sont tués. Côté gallois, il n’y a que sept survivants.

La tête coupée de Bran le Béni[modifier | modifier le code]

Les guerriers gallois survivants sont Pryderi, Manawydan, Gliuieu Eil Taran, Taliesin, Ynawc, Gruddyeu et Heilyn. Bran, qui a reçu une lance empoisonnée dans le pied, leur demande qu’ils lui coupent la tête[9] et qu’elle soit enterrée à Y Gwynvryn (la « Colline Blanche ») à Londres, face à la France. Mais durant ce long voyage, la tête coupée sera d’une compagnie aussi agréable, que du vivant de son propriétaire.

Branwen les accompagne, mais elle meurt le cœur brisé et est enterrée à Glan Alaw. Les sept vont à Harddlech avec la tête de Bran et pendant qu’ils festoient, les oiseaux de Rhiannon viennent chanter pour eux. Au bout de sept ans, ils partent pour Gwales en Pembroke, où ils demeurent vingt-quatre ans. Puis ils gagnent Londres, où ils enterrent la tête de Bran[10].

Manawydan fils de Llyr[modifier | modifier le code]

Selon le schéma dumézilien, ce récit décrit la troisième classe de la société celtique, celle des artisans/producteurs et des agriculteurs/éleveurs. Les deux autres classes sont celle des druides et bardeset celle des guerriers. Le rôle des artisans (au sens le plus large) est de produire pour l'ensemble de la société. Manawydan est l'équivalent gallois de l'Irlandais Manannan Mac Lir.

Manawydan et Rhiannon[modifier | modifier le code]

Après l’enterrement de la tête de Bran le Béni (voir Le Mabinogi de Branwen), Pryderi propose à Manawydan de lui donner le gouvernement des sept cantrefs de Dyved qu’il possède – lui ne gardant que la royauté de nom - ainsi que la main de sa mère Rhiannon (veuve de Pwyll), femme parfaite et de grande beauté.

Prydéri et Manawydan se rendent donc en Dyved et, arrivés à Arberth, ils sont accueillis par Rhiannon et Kigva (femme de Prydéri, fille de Gwyn Gloyw) qui leur ont préparé un festin. Manawydan est séduit par Rhiannon et réciproquement ; ils décident de se marier et couchent ensemble avant la fin du festin. Après quoi, ils partent faire le tour du Dyved, royaume très peuplé et riche en gibier, miel et poissons et passent leur temps en chasse et divertissements.

Pryderi se rend en Angleterre et va à Oxford rendre hommage à Caswallawn fils de Beli. À son retour, lors du festin donné à la cour royale d’Arberth, un coup de tonnerre retentit et un brouillard intense rend tout invisible. Quand la lumière revient, la terre est désolée : il n’y a plus d'habitants, plus d’habitations, plus de bétail ; ils ne restent que tous les quatre. Pendant deux ans, ils subsistent en chassant des animaux sauvages, puis ils décident d’aller en Angleterre pour y exercer un métier.

L’exercice de différents métiers[modifier | modifier le code]

Manawydan, Rhiannon, Pryderi et Kigva arrivent à Henford en Angleterre où ils s’installent comme selliers. Les selles fabriquées par Manawydan sont d’une telle qualité que tout le monde se fournit chez eux. Devant la menace de mort des autres selliers, ils décident de partir.

Dans une autre ville, ils fabriquent des boucliers. Mais les autres artisans, jaloux de leur succès, décident de les tuer. Ils déménagent dans une autre ville, ils deviennent cordonniers. Face à la même menace, ils sont obligés, une fois de plus, de quitter la ville et décident de retourner en Dyved.

De retour à Arberth, ils vivent de chasse pendant un an. Un jour, alors qu’ils poursuivent un « sanglier blanc et brillant », ils découvrent une cité inconnue et Pryderi entre dans la citadelle. Déserte, il n’y a personne, pas d’habitations, pas d’animaux. Au centre, il découvre une fontaine avec une coupe en or suspendue par quatre chaines sans fin. Quand il touche la coupe ses doigts s’y collent, ses pieds se figent sur la pierre de la margelle et il perd l’usage de la parole.

Manawydan rentre à sa résidence royale et raconte l’aventure à Rhiannon qui part à la recherche de Prydéri. Elle le trouve et subit le même sort. La nuit tombée, un coup de tonnerre retentit et une nuée fait disparaître la citadelle, ainsi que Pryderi et Rhiannon. Manawydan et Kigva, seuls rescapés, décident d’aller en Angleterre.

« L'ensorcellement » du Dyved[modifier | modifier le code]

Manawydan et Kigva font le tour de l'Angleterre. Manawydan reprend le métier de cordonnier et l’exerce pendant un an, mais face aux menaces des autres cordonniers ils doivent retourner en Dyved. Il ensemence des champs avec du froment, mais quand vient le temps des moissons, il ne trouve que de la chaume. La nuit il surveille le dernier champ qui n'est pas encore dévasté et à minuit, il observe une invasion de souris innombrables. Il en capture une grosse et la ramène à la cour. Il raconte l’histoire à Kigva et dit qu'il va pendre la souris le lendemain.

Quand il va pour pendre la souris, arrive un clerc miséreux qui vient d’Angleterre et qui veut lui racheter la vie de la souris, Manawydan refuse. Arrive un prêtre à cheval qui lui fait la même proposition, sans plus de succès. Ensuite vient l’attelage d'un évêque qui fait monter les enchères pour racheter la souris. Pour prix, Manawydan demande la libération de Rhiannon et Pryderi ainsi que la levée de l’ensorcellement sur les sept cantrefs du Dyved ; ce que l’évêque accepte. En fait, l’évêque se nomme Llwyd, il a jeté un sort sur le royaume pour venger son ami Gwawl du jeu du blaireau infligé par Pwyll. La souris capturée est sa femme. Il promet de libérer les otages et le pays. Il tient sa promesse et la souris se transforme en jeune et belle femme.

Math fils de Mathonwy[modifier | modifier le code]

La quatrième banche du Mabinogi se compose de trois parties, dont les personnages principaux sont Math, souverain du Gwynedd et son neveu, le magicien Gwydion. Le dernier conte des Mabinogion est plus spécialement consacré aux fonctions de la classe sacerdotale. Le rôle de Goewin, en tant que principe féminin, est de légitimer la royauté de Math, qui ne s'occupe que de la prospérité et de la guerre. Gwydion est le prototype du druide, omnipotent et omniscient, qui se doit d'initier, son neveu qui, par sa qualité trifonctionnelle (voir l'article Lug) peut aspirer à la royauté.

Le viol de Goewin[modifier | modifier le code]

Goewin, « la plus belle jeune fille que l’on connut de sa génération », est la jeune vierge dans le giron de laquelle, Math doit mettre ses pieds, quand il n’est pas à la guerre[11]. Il ne peut même pas faire la tournée de son royaume, ce sont ses deux de ses neveux, Gilfaethwy et Hyfeidd, qui s’en chargent. L’un d’eux, Gilfaethwy, est tombé amoureux de Goewin et, avec son autre frère le magicien Gwydion, il imagine un stratagème pour que Math s’éloigne de Goewin. Il s’agit de provoquer une guerre entre le Gwynedd, le Powys et le Deheubarth. Gwydion informe son oncle que des porcs fabuleux, venus de l’Annwvyn, sont arrivés chez Pryderi, le prince de Dyved. Et qu’il peut se les approprier avec onze de ses compères déguisés en bardes[12].

À la résidence de Pryderi, les faux bardes sont reçus à la cour et Gwydion, qui est un excellent conteur, charme son auditoire en racontant une histoire. Puis il révèle le but de sa visite et échange les porcs contre 12 étalons et 12 lévriers, qui ne sont que le fruit de sa magie et n’existent que 24 heures. Gwydion et ses complices rentrent en Gwynedd avec Pryderi et ses armées à leurs trousses. Le soir même, pendant que Math est à la guerre, Gilfaethwy en profite pour violer Goewin. La bataille est un grand massacre et elle prend fin quand Gwydion tue Pryderi dans un combat singulier. De retour à la résidence royale, Goewin apprend à Math qu’elle peut plus assumer sa fonction de « porte-pieds » puisqu’elle n’est plus vierge et lui raconte le viol. Il l’épouse pour préserver son honneur et lui « remet l’autorité sur ses domaines ». En guise de punition, il transforme ses neveux, l’un en cerf et l’autre en biche, les condamne à avoir un petit et les bannit. Puis, il les transforme en laie et en sanglier et ensuite en loup et en louve et, au bout de trois années, leur rend apparence humaine. Les trois enfants qu’ils eurent pendant ces transformations sont Hyddwn, Hychtwn et Bleiddwn.

Les trois interdits de Llew Llaw Gyffes[modifier | modifier le code]

À la recherche d’une vierge pour succéder à Goewin, le nom d’Arianrhod, fille de Dôn et nièce du roi, est suggéré. Pour s’assurer de sa virginité, elle doit subir une épreuve qui consiste à passer sur la baguette magique de Math. Or, elle donne immédiatement naissance à deux fils. Le premier, à peine baptisé, rejoint la mer et se fond dans l’océan, d’où son nom Dylan Eil Ton, c’est-à-dire « Dylan fils de la vague ». Le second enfant est dérobé par Gwydion, qui le met secrètement en nourrice ; il grandit deux fois plus vite que la normale. Quand il a 8 ans, Gwydion l’emmène au château de sa mère, mais elle lui jette un sort (geis) : il ne pourra avoir de nom sauf s’il lui est donné par sa mère. Le lendemain, au bord de la mer, il construit un bateau avec des algues et ils retournent au château d’Arianrhod, sous une forme qui les rend méconnaissables. Sur le pont du bateau, elle constate l’adresse de l’enfant et le nomme Llew Llaw Gyffes (« Lleu à la Main Sûre »), sans l’avoir reconnu. Voyant qu’elle a été bernée, elle jette un second sort : il ne pourra avoir d’armes que celles qu’elle lui donnera. Devenu adulte, Llew, toujours accompagné de Gwydion, retourne au château de sa mère, sous l’aspect de bardes, où ils sont reçus à la cour. Le lendemain, Gwydion use de magie pour simuler une flotte immense et une attaque imminente. Sans savoir qu’il s’agit de son fils, Arianrhod l’aide à s’armer. Le charme disparaît immédiatement, alors elle jette un nouveau sort à son fils : il ne pourra avoir de femme de l’espèce humaine.

Ils vont alors se plaindre auprès du roi Math et les deux magiciens unissent leurs dons pour créer une femme (« la fille la plus belle et la plus parfaite du monde ») à partir de fleurs de chêne, de genêt et de reines-des-prés, qui est appelée Blodeuwedd (« Aspects de Fleurs »). Puis Math lui donne le cantref de Dinoding et en fait le souverain.

Blodeuwedd[modifier | modifier le code]

Lors d’une absence de Llew en visite à la cour de Math, un groupe de chasseurs menés par Gronw Pebyr, passe près de sa résidence de Mur Castell. Blodeuwedd l’invite pour la soirée, ils tombent amoureux immédiatement et passent la nuit ensemble et les jours suivants. Au retour de son époux, Blodeuwedd feint de craindre sa mort. Il lui dit que ce n’est pas facile de le tuer : la lance qui pourrait le tuer devra être fabriquée pendant un an. Il ne peut être tué à l’intérieur où à l’extérieur d’une maison, s’il chevauche ou marche à pied. Il ne peut être tué qu’au moment où il prend son bain, quand il a un pied sur la cuve et l’autre sur le dos d’un bouc.

Pendant un an, Gronw Pebyr fabrique la lance, puis Blodeuwedd demande à Llew de lui montrer les conditions qui le feraient mourir. Il accepte et l’amant le frappe avec la lance ; Llew s’envole sous la forme d’un aigle. Gronw Pebyr prend sa place à la tête du royaume.

Gwydion parcourt le Gwynedd à la recherche de son neveu. Il retrouve l’aigle et, chantant des englyn, lui redonne son aspect humain. Il le ramène à Caer Dathyl pour être soigné par les meilleurs médecins. Puis ils mobilisèrent les hommes du Gwynedd et marchèrent vers le cantref de Dinoding. Gwydion transforme Blodeuwedd en chouette pour qu’elle vive que la nuit et soit méprisée des autres oiseaux. Gronw Pebyr périt de la même manière qu’il avait tenté de tuer Llew. Celui-ci récupère ses terres et règnera sur tout le Gwynedd.

Pour Georges Dumézil, « [...] les personnages, Math et ses neveux, les enfants et petits-enfants de Dôn, forment une structure qui s’articule selon la conception trifonctionnelle du monde et de la société que le druidisme avait hérité des Indo-Européens et à laquelle il avait donné des particularités propres »[13].

Les contes arthuriens[modifier | modifier le code]

Dans le recueil de Lady Charlotte Guest figurent cinq contes traditionnels gallois :

  • Breuddwyd Macsen Wledig (Le Rêve de Macsen), qui a pour sujet l'empereur romain Magnus Maximus
  • Lludd a Llefelys (Lludd et de Lleuelys)
  • Culhwch ac Olwen (Kulhwch et Olwen)
  • Breuddwyd Rhonabwy (Le songe de Rhonabwy)
  • Hanes Taliesin (Le conte de Taliesin), est une pièce tardive, qui ne fait pas partie des Livres Blanc et Noir, et qui est écarté des traductions les plus récentes.

Les contes Culhwch ac Olwen et Breuddwyd Rhonabwy ont soulevé l'intérêt des chercheurs parce qu'ils contiennent des éléments de la légende arthurienne.

Les romans[modifier | modifier le code]

Trois autres contes sont appelés Y Tair Rhamant (« Les Trois romans ») et sont des versions galloises de romans figurant dans les œuvres de Chrétien de Troyes. Ils sont généralement publiés avec les Mabinogion.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, page 116, Marabout, Paris, 2009, (ISBN 978-2-501-05410-2).
  2. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 205, « La louange et le blâme. La satire et ses conséquences ».
  3. Le nom de Rhiannon est issu de Rigantona, il signifie « Grande Reine ». « Elle est un aspect de la grande divinité celtique » de la mythologie galloise. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 415.
  4. Voir Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, introduction de Pierre-Yves Lambert au Mabinogi de Branwen, page 57.
  5. Voir l’article Fonctions tripartites indo-européennes. Selon Georges Dumézil, les mythes et les sociétés s'organisent selon 3 fonctions primordiales : la fonction sacerdotale, la fonction guerrière et la fonction productrice.
  6. Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, page 113 et suivantes.
  7. Bran le Béni est aussi appelé Bran Vendigeit.
  8. Aberffraw : l’estuaire de la Ffraw, résidence royale. Voir Les Quatre branches du Mabinogi note 10 de Pierre-Yves Lambert, page 358.
  9. Couper la tête d’un ennemi vaincu était un rituel guerrier, courant chez les Celtes. Il est attesté par les sources littéraires et les études archéologiques. Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, page 839.
  10. Il n’est pas dit ce que devient le reste du corps. « La décapitation, rite guerrier bien attesté, s’explique par une doctrine de l’héroïsation », Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, pages 342 et suivantes : « L’exaltation de la tête, de la parole et de la fidélité ».
  11. « [...] si l’on se rappelle que le pied est un substitut phallique bien connu, nous sommes là évidemment dans une nouvelle expression de l’union nécessaire entre le roi et son royaume, d’autant que la vierge en question est appelée Aranrhod « la Grande Roue », une des formes attestées de la Terre-mère ». Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, page 247.
  12. Les bardes sont une catégorie de druides, dans la civilisation celtique, ils appartiennent donc à la classe sacerdotale. Voir Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, pages 33 à 44, « Définitions et distinctions : druides, vates et bardes.
  13. Georges Dumézil, Esquisses de mythologie, GLM (Gallimard), Paris, 2003, (ISBN 2-7028-8243-9), ch. 59 « La quatrième branche du Mabinogi », page 610.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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