Ala (démon)

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Pour les agriculteurs, la ala est un démon pouvant propager des orages qui pouvaient ruiner leurs récoltes.

Une ala, ou hala (pluriel : ale ou hali)[1], est une créature mythologique féminine présente dans le folklore bulgare, macédonien et serbe. Les ale sont considérés comme les démons du mauvais temps dont le principal but est de conduire des nuages de grêle vers des champs, des vignobles, ou des vergers afin de détruire les récoltes. Extrêmement voraces, les ale aiment particulièrement manger les enfants, bien que leur gloutonnerie ne soit pas limitée qu'à la Terre. Il est dit qu'ils essayent parfois de dévorer le Soleil ou la Lune, provoquant ainsi des éclipses. Lorsque des individus rencontrent une ala, leur santé mentale ou physique, ou même leur vie, est en péril. Cependant, il est possible de gagner leur faveur en les approchant avec respect et confiance. Être en bons termes avec une ala est très avantageux, puisqu'elle rend ses favoris riches et sauve leur vies en temps de conflit.

L'apparence des ale est décrite dans le folklore de manière diverse et vague. Une ala peut très bien ressembler à un souffle noir, une gigantesque créature à forme confuse, un monstre à grande bouche, de forme humaine ou serpentine, un dragon femelle, ou un corbeau. Une ala peut prendre une forme humaine ou animale, et peut même s'emparer du corps d'une personne. Il est dit que la diversité des apparences décrites est due au fait que cette créature soit (ou est) une synthèse du démon slave du mauvais temps et d'un démon similaire du centre des Balkans datant d'une population pré-Slaves[2]. Dans les contes populaires contenant une ala de forme humaine, celle-ci a une personnalité similaire à celle de la Baba Yaga russe. Il est dit que les ale vivent dans les nuages ou dans un lac, une source, un endroit reculé, une forêt, une montagne inhospitalière, ou un arbre gigantesque[3]. En plus des humains, les ale ont aussi d'autres ennemis puissants qui peuvent les vaincre, tels que les dragons. Dans les récits christianisés, Saint-Élie prend le rôle du dragon. Dans certains cas, Saint-Elie et les dragons combattent les ale ensemble. Les aigles aussi, en chassant les ale des champs, les empêchent d'y amener des nuages de grêle.

Origine[modifier | modifier le code]

Alors que certains êtres mythologiques sont communs à tous les groupes ethniques slaves, les ale ne semblent appartenir qu'aux folklorex bulgare, macédonien et serbe. Toutefois, d'autres groupes ethniques slaves ont aussi des démons du mauvais temps. Parmi les Slaves de l'Est, on peut citer Baba Yaga, qui fut imaginée comme étant une sorcière à grande stature avec un gros nez, des dents de fer, et un menton protubérant. Il était dit qu'elle mangeait des enfants, et que sa présence apportait des orages et un temps froid. Le terme baba est présent dans les coutumes, croyances et toponymes de tous les peuples slaves, généralement en tant que personnification du vent, de l'obscurité et de la pluie. Ceci amène quelques érudits à penser qu'il y avait une divinité ou un démon proto-Slave appelée Baba, associé au mauvais temps[2].

Apparence[modifier | modifier le code]

Un démon ressemblant à un dragon ou un serpent, connecté au vent, ainsi qu'aux orages et au nuages de grêle. Dans la Gruža, région de Serbie centrale, il était pensé que la ala était invisible, mais qu'elle pouvait être entendue - son sifflement résonnant à l'avant des nuages de grêle noirs[2].

En Bulgarie de l'est, les ale n'apparaissent pas dans les nuages, mais dans les coups de vent violents et les tornades[4]. Dans d'autres régions de la Bulgarie, les ale étaient vues soit comme "un taureau avec d'énormes cornes, un nuage noir, un brouillard sombre ou un monstre d'allure serpentine avec six ailes et vingt queues".

Les Serbes du Kosovo croient que les ale abaissent leur queues sur le sol et cachent leur tête dans les nuages. Quiconque avait vu se tête devenait instantanément fou. Un haut-relief au-dessus d'une fenêtre de l'église du monastère de Visoki Dečani, représente un aigle agrippant une ala aux allures de serpent pendant qu'un aiglon observe[5]. Selon une description provenant de la partie est de la Serbie, les ale sont de très grandes créatures avec un corps de serpent et une tête de cheval. Une idée répandue stipule que les ale sont les sœurs des dragons et qu'elles leur ressemblent plus ou moins[3]. Dans un écrit provenant de la partie est de la Serbie, les ale sont décrites comme étant des serpents à trois têtes[6].

Selon une description provenant de la région de Boljevac, en Serbie, les ale sont des créatures horribles et noires sous forme de vent. De la même façon, dans l'Homolje, région de Serbie, les gens imaginent les ale comme étant un vent noir se déplaçant au-dessus des terres. Où qu'elles aillent, une tornade apparait, tournant comme une perceuse. Ceux qui sont exposés à cette tornade deviennent fou. De la même manière, en Bulgarie, une ala est un vent violent qui balaye tout sur son passage et apporte le chaos[7].

Une croyance de Leskovac, ville serbe, affirme que les ale sont des monstres possédant une énorme bouche et tenant dans leur main une grande cuillère en bois, avec laquelle elle saisissent et dévorent tout ce qu'elles trouvent sur leur chemin. Une histoire raconte qu'un homme a gardé une ala de ce genre dans sa grange; elle aurait bu trente litres de lait par jour. Une autre histoire prévient que des ale, sous forme de douze corbeaux, avaient l'habitude de prendre les récoltes des vignobles[8].

Dans la partie est de la Serbie, il était cru que les ale qui interagissaient avec les gens pouvaient se métamorphoser en humains ou animaux, après quoi leur réelle identité ne pouvait être vue que par les soi-disant šestaci - des hommes avec six doigts à chaque main et six orteils à chaque pied - même si les ale d'apparence humaine faisaient trembler les maisons dans lesquelles elles entraient[9]. Selon une croyance de l'Homolje, région de Serbie, les ale qui s'en prennent (?) à la Lune font aussi preuvent d'une capacité de métamorphose : elles passent à maintes reprises de leur forme d'origine, celle de serpent à deux têtes, à celle d'homme à six doigts qui tient une fourche de fer, d'un jeune taureau noir, d'un gros sanglier, ou d'un loup noir, avant de revenir à nouveau à leur forme originelle[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Formes singuliers et pluriels du nom du démon avec la prononciation transcrit dans l'IPA :
    Langue Singulier Pluriel
    C. R. IPA C. R. IPA
    Serbe ала ala [ˈala] але ale [ˈalɛ̝]
    Bulgare хала hala [ˈxala] хали hali [ˈxali]
    Macédonien ала ala [ˈala] али ali [ˈali]
  2. a, b et c (bg) Slobodan Zečević, Митска бића српских предања, Belgrade, "Vuk Karadžić" : Etnografski muzej,‎ 1981 (ISBN 0-585-04345-0)
  3. a et b (bg) Беновска-Събкова, Милена, « Хала и Ламя », Детски танцов ансамбъл “Зорница” (consulté le 16 octobre 2012)
  4. (en) Mercia MacDermott, Bulgarian folk customs, Jessica Kingsley Publishers,‎ 1998, 64 p. (ISBN 978-1-85302-485-6)
  5. (sv) Jovan Janićijević, U znaku Moloha : antropološki ogled o žrtvovanju, Belgrade, Idea,‎ 1995, page 8 p. (ISBN 86-7547-037-1)
  6. (sv) Ljubinko Radenković, Народне басме и бајања, Niš, Gradina,‎ 1982, page 97 p.
  7. (bg) Димитьр Маринов, Народна вяра и религиозни народни обичаи, Sofia, БАН,‎ 1994, page 70 p.
  8. a et b (sv) Ljubinko Radenković, « Митска бића српског народа: (Х)АЛА », Project Rastko (consulté le 21 juin 2007)
  9. (sv) Špiro Kulišić, Petar Ž. Petrović et Nikola Pantelić, Српски митолошки речник, Belgrade, Nolit,‎ 1970 (ISBN 0-7596-4992-8), « Ала »