Pierre de Bonzi

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Pierre de Bonzi
Image illustrative de l'article Pierre de Bonzi
Biographie
Naissance 15 avril 1631 à
Florence (Bandiera del granducato di Toscana (1562-1737 ).png Grand-duché de Toscane)
Décès 11 juillet 1703 à
Montpellier (France)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
22 février 1672
par le pape Clément X
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de Saint-Onuphre-du-Janicule
puis de Saint-Pierre-aux-Liens
et enfin de Saint-Eusèbe
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 12 décembre 1660
Fonctions épiscopales Évêque de Béziers
Archevêque de Toulouse
Archevêque de Narbonne

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Pierre de Bonzi, ou Pierre de Bonsi, Pierre de Bonsy[1], Pierre de Bonzy[2] ou encore en italien Piero Bonsi, né à Florence le 15 avril 1631, mort à Montpellier le 11 juillet 1703[3],[4],[2],[5], est un prélat français d'origine italienne.

Dernier membre d'une lignée florentine qui occupa le siège épiscopal de Béziers près de cent ans, il fut remarqué par un autre italien, Mazarin, lors des conférences qui précédèrent la paix des Pyrénées. D'abord au service du Grand-duc de Toscane, il négocia le mariage de son fils et de la cousine germaine de Louis XIV. Celui-ci le nomma son ambassadeur à Florence, puis à Venise. Envoyé deux fois en Pologne pour des tractations autour de l'élection du roi, sa dernière mission fut à Madrid auprès du roi d'Espagne.

Il fut récompensé de ses efforts diplomatiques par le chapeau de cardinal. Courtisan, ambitieux, peu scrupuleux, d'abord proche du surintendant Fouquet, il fut ensuite l'affidé de Colbert. Sa nomination à l'archevêché de Toulouse le rendit de facto maître des États de Languedoc, puis de droit lorsqu'il devint archevêque de Narbonne. Tout puissant dans la province grâce à ses fonctions et à ses alliances familiales, il fut plus soucieux de mener la vie d'un grand seigneur que de poursuivre l'action pastorale de ses prédécesseurs. Il eut finalement l'imprudence d'afficher publiquement sa liaison avec Mme de Ganges, ce dont profita l'intendant Bâville pour ruiner son crédit auprès de Louis XIV. Malade, de plus en plus diminué, il ne put empêcher l'exil de sa maîtresse, ni la mainmise sur le pouvoir provincial de son rival.

Saint-Simon a laissé de lui un portrait émouvant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils de Francesco, comte de Bonzi, sénateur de Florence, ministre du roi à Mantoue, et de Cristina, comtesse Riario[3], Pierre de Bonzi descendait par ses ancêtres maternels, Catherine Sforza et son aïeule Blanche Marie Visconti, des ducs de Milan, les Sforza et les Visconti ; en outre, les Riario étaient alliés aux Della Rovere de Savone[Note 1]. Probablement pour souligner cette origine prestigieuse, son blason maria à la fois les armes des Bonzi, celles des Riario et des Visconti. Ce blason se décrit ainsi : « écartelé, aux 1 et 4 d'or au chef d'azur chargé d'une quintefeuille du premier (Riario) ; aux 2 et 3 d'argent à la guivre d'azur, couronnée d'or, issante de gueules (Visconti) ; sur le tout d'azur à une roue sans jante à huit rayons d'or (Bonzi) ».

Quant à sa famille paternelle, elle accaparait l'évêché de Béziers depuis 1575. Thomas I de Bonzi, venu à la suite de Catherine de Médicis (dont le mariage avait été négocié pour son oncle le pape Clément VII par Antoine de Bonzi, évêque de Terracine) et de Laurent Strozzi, fut d'abord le vicaire général de celui-ci, puis de Julien de Médicis à Béziers ; il leur succéda en 1575. Vinrent à sa suite Jean de Bonzi (cardinal en 1611), Thomas II de Bonzi, puis Clément de Bonzi[6],[7].

Naturalisé français en avril 1637, Pierre de Bonzi fut envoyé avec sa sœur Élisabeth, auprès de son oncle Clément de Bonzi, qui se chargea de leur éducation[4],[8].

Carrière ecclésiastique[modifier | modifier le code]

L'ascension de Pierre de Bonzi dans les emplois ecclésiastiques est concentrée sur un temps très court, une quinzaine d'années courant entre sa consécration comme évêque de Béziers (1659) et son accession au siège de Narbonne (1673), en passant par sa nomination comme archevêque de Toulouse (1669), grand-aumônier de la reine (1670) puis au cardinalat (1672). Cette période correspond à son activité diplomatique : ces dignités viennent récompenser les efforts qu'il a déployé au service de la politique étrangère de Louis XIV.

Destiné à l'Église, il fut cependant un temps tenté par les armes : il revint en Italie pour revendiquer des biens qui avaient appartenu à sa famille, portant dans le monde le nom de baron de Castelnau. Il n'entra qu'à l'âge de vingt-quatre ans dans les ordres, sur la foi d'une prédiction[Note 2] ; l'année suivante il fut député à l'assemblée du clergé, où il eut la fonction de promoteur (1656)[4],[8],[1],[9].

Louis XIV, alors à Saint-Jean-de-Luz à l'occasion de son mariage avec l'infante Marie-Thérèse, le nomma évêque de Béziers, le siège ayant été rendu vacant par la mort de son oncle (6 octobre 1659) : Pierre devint ainsi le cinquième et dernier membre de la famille de Bonzi à l'occuper. Le souverain lui donna aussi les abbayes que possédait son oncle, celles d'Aniane[10] et de Saint-Sauveur de Lodève[11]. Il ne fut sacré que le 12 décembre 1660[12],[13].

Pierre de Bonzi fut archevêque de Narbonne de 1673 à sa mort, en 1703

Le 8 décembre 1669, il fut transféré sur le siège archiépiscopal de Toulouse (il ne fit son entrée dans sa métropole que le 9 avril ou le 9 août 1672[14]), puis sur celui de Narbonne en octobre 1673 (il prêta serment de fidélité au roi le 16 avril 1674), assumant, en conséquence, la charge de président-né des États de Languedoc[3],[15].

Pierre de Bonzi devint grand aumônier de la reine Marie-Thérèse le 1er août 1670 après la mort de l'évêque de Langres. Deux ans plus tard (22 février 1672), il fut créé cardinal-diacre par Clément X sur présentation du roi de Pologne[Note 3], mais il ne reçut le chapeau que le 13 octobre 1676, après l'exaltation d'Innocent XI, au titre de Saint-Onuphre-du-Janicule[Note 4], puis devint en 1689 un court moment cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens et la même année de Saint-Eusèbe. Il participa aux conclaves qui élurent Innocent XI, Alexandre VIII et Innocent XII mais, malade, il ne se rendit pas à celui de 1700 (Clément XI)[3],[16],[17],[18].

Lors de son entrée au Sacré Collège, il se démit de l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève en faveur de Valentin de Bigorre[11]. Plus tard, il obtint en commende plusieurs abbayes : Valmagne (1680) et Saint-Chaffre, qu'il céda par la suite toutes deux à son neveu, Armand Pierre de La Croix de Castries, en en conservant cependant les revenus (retentis fructibus), en 1698 pour la première, durant l'hiver 1702 - 1703 pour la seconde ; Mortemer en Normandie[19],[20].

En 1674, il acheva l'installation de deux prêtres de la doctrine chrétienne à Notre-Dame de Marceille, qui leur avait été donnée par son prédécesseur François Fouquet, pour y diriger le pèlerinage local et recevoir les ecclésiastiques en retraite spirituelle[21]. Comme premier ecclésiastique de la province, il présida une grande cérémonie, entouré de plusieurs évêques, en mai 1681, à Castelnaudary, à l'occasion de la mise en eau du canal royal de Languedoc (canal du Midi)[22].

Il fut nommé par Louis XIV commandeur de l'ordre du Saint-Esprit lors de la promotion du 31 décembre 1688. Il fut chargé par le pape Innocent XII en tant que commissaire du Saint-Siège, avec l'approbation du roi, de diriger l'enquête qui aboutit au démembrement du diocèse de Nîmes et à l'érection de celui d'Alès (1693 - 1694)[23].

Un prélat bâtisseur[modifier | modifier le code]

Aile ouest de l'abbaye de Valmagne, partie reconstruite par le cardinal de Bonzi

Pierre de Bonzi eut le goût des bâtiments. On lui doit notamment l'édification du palais épiscopal de Béziers, confié aux maîtres maçons et architectes Guillaume Prudhomme et Massé Sébron[24] ; de l'hôpital général (1678) et du grand séminaire de Narbonne[25],[5] ; de la nouvelle abbatiale de l'abbaye d'Aniane, dont il posa la première pierre le 28 avril 1679, fit la bénédiction et consacra le grand autel le 10 février 1688[10]. Il fit aussi réaménager l'abbaye de Valmagne, la dotant d'un bel escalier, rehaussant d'un étage le cloître, créant un jardin à la française[26].

Il offrit, puis consacra le 21 mars 1695 le maître-autel de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur, dessiné par Hardouin-Mansart et exécuté par un sculpteur narbonnais, Lauzel ou Lancel[3],[27],[28].

Il proposa aux États de Languedoc lors de leur session de 1685 l'érection d'une statue équestre de Louis XIV, qui n'arrivera à Montpellier qu'en 1718, pour être placée sur l'actuelle promenade du Peyrou[Note 5],[29],[30],[31].

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Marguerite-Louise d'Orléans, cousine germaine de Louis XIV, dont Pierre de Bonzi négocia et célébra le mariage avec Côme de Médicis

Le grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, qui, lorsque Pierre de Bonzi entra dans les ordres, lui avait donné des bénéfices, et l'avait nommé gentilhomme de sa chambre, le fit son résident auprès du roi de France (1658)[32]. C'est en cette qualité qu'il assista, en 1659, aux conférences de Saint-Jean-de-Luz et de Fontarabie pour la paix des Pyrénées, où il fut remarqué par Mazarin. Puis, en 1661, il négocia pour le grand-duc le mariage de son fils Côme de Médicis avec Marguerite-Louise d'Orléans, fille de Gaston de France, cousine germaine du roi, union qu'il célébra dans la chapelle du Louvre le 19 avril de la même année[Note 6]. Ayant eu son audience de congé le 23 suivant, il conduisit, cette fois à la demande de Louis XIV, la princesse à Florence où il resta jusqu'en septembre ; en même temps il fut chargé de quelques négociations à Rome pour le compte du surintendant Fouquet. Il rapporta, dans la correspondance qu'il avait avec celui-ci, l'échec de cette union qui aboutirait une quinzaine d'années plus tard au retour de Marguerite-Louise en France[33],[34],[35],[36].

Revenu en France[37],[Note 7], il fut nommé ambassadeur par Louis XIV auprès de la République de Venise, où il demeura des derniers jours de 1662 aux premiers de 1665 : il y négocia le libre passage d'une expédition vers la Hongrie contre les Turcs[38],[39].

Ayant reçu ses instructions d'envoyé auprès du roi de Pologne, Pierre de Bonzi se mit en chemin en février 1665, passa par Vienne, s'arrêta à Cracovie et n'arriva à Varsovie que le 3 avril. Fatigué du pouvoir, Jean-Casimir Vasa avait manifesté son intention d'abdiquer. La reine Marie de Gonzague, princesse française, conçut le plan de faire appeler et élire en remplacement de son mari le Grand Condé ou son fils, qui avait épousé en 1663 sa nièce Anne de Bavière. Elle pensait peut-être même rendre le trône de Pologne héréditaire en faveur d'une dynastie française. Pierre de Bonzi fut chargé par la cour de France de rendre cette élection possible en réunissant un parti suffisant à la Diète. Il eut à lutter contre l'ex grand maréchal Georges Lubomirski, allié de l'Autriche et du Brandebourg, et révolté contre Jean-Casimir. Il distribua de l'argent pour soutenir la campagne militaire du roi contre Lubomirski à l'été 1665 et en agitant la possibilité de faire venir le Grand Condé à la tête d'un corps expéditionnaire, ce qui fut néanmoins rendu impossible par l'opposition de la Suède.

Il demanda son rappel en février 1666, après que Louis XIV eut décidé de renoncer à envoyer Condé et de couper les subsides à la reine, mais on le laissa en poste. Le 31 juillet, après une nouvelle campagne militaire et devant le refus définitif de Bonzi de payer une nouvelle fois l'armée royale, une trêve fut conclue entre Jean-Casimir et Lubomirski, le roi renonçant à faire changer les règles de l'élection. Pierre de Bonzi tenta alors d'acheter les suffrages de Lubomirski, avec qui il négocia sans aboutir ; l'ex grand maréchal fut cependant emporté par une attaque le 31 janvier 1667. Sous le prétexte de la menace turque, le projet d'envoyer le prince de Condé fut alors relancé, mais la reine mourut à son tour le 10 mai 1667. Peu après Louis XIV, alors engagé dans la guerre de Dévolution, désireux de se ménager l'appui du duc de Neubourg, candidat à l'élection en Pologne, décida d'abandonner Condé et ordonna à Bonzi de retarder l'abdication de Jean-Casimir (juillet 1667)[40].

Les négociations de Pierre de Bonzi aboutirent à la signature d'un traité secret le 4 mars 1668 entre lui, Jean-Casimir et le baron de Gises, plénipotentiaire du duc de Neubourg, fixant les conditions et le moment de l'abdication du roi de Pologne. Un second acte fut signé entre l'évêque de Béziers et le roi le 16 juin, où furent détaillées les promesses au nom de Louis XIV d'attribution de bénéfices d'abbayes (et en particulier celle de Saint-Germain-des-Prés où Jean-Casimir s'éteindra) en compensation de l'abdication. Pierre de Bonzi quitta Varsovie pour regagner le France le 4 juillet 1668. C'est cette mission qui lui valut en 1666 la nomination du roi de Pologne pour le chapeau de cardinal, qu'il n'aura qu'en 1672[41].

Sur le point de partir en Espagne, on lui substitua Pierre de Villars[42] et il fut renvoyé en Pologne le 15 octobre 1668 pour appuyer publiquement le duc de Neubourg, mais servir en secret Condé s'il le fallait[40]. Saint-Simon affirme qu'il contribua à faire élire Michel Wiesnowieski[17].

Enfin, comme il avait été envisagé deux ans auparavant, Pierre de Bonzi fut mandaté en 1670 auprès du roi d'Espagne. Son séjour fut assez court : il fit une entrée magnifique à Madrid le 29 mars, et eut son audience de congé un peu plus d'un an après, le 27 mai 1671[17]. Il eut notamment pour mission de s'assurer les bons offices de l'ambassadeur de l'Empereur, Eusèbe Pötting, pour obtenir la neutralité des Habsbourg d'Autriche dans la guerre qui se profilait contre les Provinces-Unies (guerre de Hollande). Malgré ses efforts, il semble bien que l'envoyé impérial n'ait jamais apprécié Pierre de Bonzi[43]. Celui-ci s'appuya sur Jean Hérault de Gourville, agent officieux du roi en Espagne, pour subvertir des dames espagnoles, comme la marquise de La Fuente, Ana Portocarrero, et obtenir des informations sur la cour[44].

À son retour, Hugues de Lionne, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, étant mort, il fut question de lui donner son portefeuille, mais il fut écarté par les autres ministres[45]. Il n'eut pas davantage la grande aumônerie de France qu'il convoitait[17],[36].

Pouvoir et réseaux en Languedoc[modifier | modifier le code]

Blason du cardinal de Bonzi placé dans l'escalier du palais des archevêques de Narbonne

Sans conteste, Pierre de Bonzi fut puissant en Languedoc. D'abord par sa famille et ses alliances : évêques de Béziers depuis un siècle, il est indubitable qu'ils surent développer leur clientèle et que le cardinal de Bonzi en profita ; de plus ses sœurs épousèrent des personnages importants de la noblesse languedocienne : Élisabeth (ou Izabeau) de Bonzi (1626 - 13 novembre 1708) se maria à René Gaspard de La Croix, 1er marquis de Castries, et Marie de Bonzi au marquis de Caylus, baron des États[16]. Ensuite, il bénéficia de la protection du grand-duc de Toscane, dont il avait été le représentant, et de la reine, dont il était le grand aumônier ; enfin, dès son accession à l'archevêché de Toulouse (1669), il prit le premier rang aux États à cause de la disgrâce du titulaire du siège de Narbonne, François Fouquet, enveloppé dans celle de son frère (1661)[36], avant de le remplacer à sa mort (1673).

En outre, il est lié au clan Colbert[46] ; on se rappellera que, proche du riche financier languedocien Pierre Louis Reich de Pennautier, trésorier des États et receveur général du clergé, il fut, comme lui, soupçonné d'avoir utilisé les services de la Voisin lors de l'affaire des poisons, même s'il ne fut pas directement inquiété[Note 8]. Néanmoins il recevra avec magnificence Louvois à Valmagne en mai 1680 sur son chemin vers les places frontières des Pyrénées[47].

Sa position lui permit de favoriser l'ascension de personnages comme l'abbé de Fleury, futur cardinal et Premier ministre de Louis XV[Note 9].

Cependant, cette domination presque sans partage sur la province lui fut disputée vers la fin de sa vie par l'intendant du Languedoc, Nicolas de Bâville, avec lequel il eut de sérieux démêlés[Note 10]. Bâville, nommé en 1685, moins docile que son prédécesseur d'Aguesseau, n'aura de cesse de grignoter le pouvoir du cardinal. Il fut aidé en cela par la réprobation de Louis XIV à l'égard de la liaison de Pierre de Bonzi et de Mme de Ganges[Note 11], qui finit par exiler cette dernière, et le déclin de la santé du prélat à la fin des années 1690.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Atteint, selon Saint-Simon, d'épilepsie, Pierre de Bonzi s'enfonça dans la maladie : en 1700, il ne put ni se rendre au conclave qui élut Clément XI, ni assister à la session des États qui s'ouvrit en novembre[48],[49]. À la fin de sa vie, Dangeau estime ses principaux revenus à 80 000 livres pour l'archevêché de Narbonne, 12 000 pour l'abbaye de Mortemer, 7 000 pour celle d'Aniane, auxquels il faut ajouter 10 000 livres pour Saint-Chaffre, ce qui lui faisait probablement, avec Valmagne, plus de 110 000 livres de rente[19],[50].

Il mourut à Montpellier le 11 juillet 1703, fut inhumé dans la chapelle de Bethléem de sa cathédrale de Narbonne[3], et l'on grava l'inscription suivante sur sa plaque funéraire[Note 12] :

PETRVS Sta ROMANA ECLESIA : CARDINALIS BONSIVS, NARBONAE ARCHIEPISCOPVS ET PRIMAS COMITIORVM OCCITANIAE GENERALIVM PRAESES NATVS REGIONvm ORDINVM COMMENDATOR OBIIT ANNO DOMINI MILLESIMO TERTIO DIE VERO VNDECIMA MENSIS IVLII MONSPELLII HORA NONA MATVTINA 1703.

Jugements sur le cardinal de Bonzi[modifier | modifier le code]

Longtemps après sa mort, Saint-Simon, qui l'a connu et montre une certaine sympathie, le décrit ainsi[51] :

« C'étoit un petit homme trapu, qui avoit eu un très beau visage, à qui l'âge en avoit laissé de grands restes, avec les plus beaux yeux noirs, les plus parlants, les plus perçants, les plus lumineux, et le plus agréable regard, le plus noble et le plus spirituel que j'aie jamais vu à personne ; beaucoup d'esprit, de douceur, de politesse, de grâces, de bonté, de magnificence, avec un air uni et des manières charmantes ; supérieur à sa dignité, toujours à ses affaires, toujours prêt à obliger ; beaucoup d'adresse, de finesse, de souplesse sans friponnerie, sans mensonge et sans bassesse, beaucoup de grâces et de facilité à parler. Son commerce, à ce que j'ai ouï dire à tout ce qui a vécu avec lui, étoit délicieux, sa conversation jamais recherchée et toujours charmante ; familier avec dignité, toujours ouvert, jamais enflé de ses emplois ni de sa faveur. Avec ces qualités et un discernement fort juste, il n'est pas surprenant qu'il se soit fait aimer à la cour et dans les pays étrangers. »

Dans les siècles suivants, les historiens du Languedoc seront nettement moins enthousiastes à son sujet.

En 1877, Ernest Roschach s'indigne déjà dans l'Histoire générale de Languedoc[36] :

« Nos lecteurs connaissent le rôle prépondérant qu'avait le président des États, (...). Cette quasi-omnipotence fut encore outrée par Bonzi qui, pendant vingt ans environ, exerça en Languedoc une véritable royauté. Royauté, vis-à-vis des évêques, des barons, des députés du tiers & des officiers de la Province, car à l'égard du ministère, Bonzi témoignait au contraire une soumission à toute épreuve & se faisait l'instrument docile de ses volontés. Il fut un des hommes qui contribuèrent le plus à l'effacement provincial, n'étant guère qu'un commissaire du gouvernement sur le fauteuil de la présidence & n'employant son ascendant personnel, son éloquence & ses façons courtoises qu'à faire réussir les demandes de fonds faites par le roi, & n'usant de son droit de harangue à l'ouverture des assemblées que pour répéter, sous des formes d'une variété inépuisable, les louanges hyperboliques du souverain. »

Emmanuel Le Roy Ladurie écrit dans l’Histoire du Languedoc, publiée sous la direction de Philippe Wolff en 1967[52] :

« Cet ecclésiastique, malin et sensuel, amateur de beaux hommes et de jolies femmes, est l'exécutant zélé des volontés du pouvoir. Mais il sait jouer de cette servilité même, pour affirmer la dignité de l'institution qu'il préside, et pour tenir la dragée haute aux agents du roi. Il laisse périr, sans un cri de compassion, les révoltés naïfs du Vivarais, dirigés par Antoine du Roure, en rébellion contre les impôts (1670). Mais il sait lasser l'intendant Bazins de Bezons par une guerre à piqûres d'épingles, le contraindre à la démission (1673). Le successeur, d'Aguesseau, s'adapte vite à la situation, et prend comme mot d'ordre, en douze années de fonction : pas d'histoire avec l'archevêque, pas de conflit avec le président des États. Cette complicité prépare la Révocation, compromis habile, cynique et sincère entre la monarchie et l'Église, entre l'État et les États : État national d'une part ; États de Languedoc d'autre part, dominés par la prélature régionale. »

Jacques Michaud, dans l’Histoire de Narbonne (1981) ajoute[25] :

« On ne peut s'empêcher ici, tout de même, de stigmatiser sa conduite courtisane qui le portait, pour complaire à Colbert, à lui faire parvenir nombre de manuscrits de l'Église de Narbonne, « ayant autant de passion de vous plaire que j'en ay », lui assurait-il ! »


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rémy Cazals, Daniel Fabre (s.d.), Les Audois, Dictionnaire biographique, Carcassonne, Association des Amis des Archives de l'Aude, Fédération Audoise des Œuvres Laïques, Société d'Études Scientifiques de l'Aude,‎ 1990 (ISBN 978-2-906442-07-8, LCCN 90221765).
  • Dom Claude Devic, dom Joseph Vaissète, Histoire générale de Languedoc, vol. IV, Toulouse, Privat,‎ 1876 (réimp. 2003) (ISBN 978-2-84575-165-1).
  • Dom Claude Devic, dom Joseph Vaissète, Histoire générale de Languedoc, vol. XIII (1643-1789), Toulouse, Privat,‎ 1877 (réimp. 2005) (ISBN 978-2-84575-174-3).
  • Anne-Marie Gasztowtt, Une mission diplomatique en Pologne au XVIIe siècle. Pierre de Bonzi à Varsovie (1665-1668), Librairie ancienne Édouard Champion, Paris, 1916.
  • Jacques Michaud et André Cabanis, Histoire de Narbonne, Toulouse, Privat, coll. « Pays et villes de France »,‎ 1981 (ISBN 978-2-7089-8339-7, OCLC 491481851).
  • Pascale Mormiche, « Les fidélités languedociennes et provençales du cardinal de Fleury à la Cour », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles « Les Méridionaux à Versailles »,‎ 14 juin 2008 (lire en ligne)
  • (es) Laura Oliván Santaliestra, Mariana de Austria en la encrucijada política del siglo XVII, Madrid, Universidad Complutense de Madrid,‎ 2006 (ISBN 978-84-692-0043-8, lire en ligne).
  • Jean-Marie Pérouse de Montclos (s.d.), Languedoc-Roussillon, Paris, Hachette, coll. « Le guide du patrimoine »,‎ 1996 (ISBN 978-2-01-242333-6).
  • Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Mémoires : nouvelle édition collationnée sur le manuscrit autographe, augmentée des additions de Saint-Simon au Journal de Dangeau, notes et appendices par A. de Boislisle, t. 11, Paris, Hachette,‎ 1879-1928 (lire en ligne).
  • Ézéchiel Spanheim, Relation de la cour de France en 1690 : nouvelle édition établie sur les manuscrits originaux de Berlin.... et suivie de la Relation de la cour d'Angleterre en 1704 par le même auteur, publiée... par Émile Bourgeois, Paris, Annales de l'université de Lyon, A. Picard et fils,‎ 1900 (lire en ligne).

Iconographie[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

  • Robert Nanteuil, pastel, XVIIe s. Conservé à la galerie des Offices, Florence (inv. 1890, no. 2545). [6]
  • Antoine Ranc (attribué à)[Note 13], Portrait du cardinal Pierre de Bonzi, peinture, XVIIe s. Conservée au château de Castries (Hérault). Classée monument historique.
  • Jean-François de Troy, Portrait de Pierre Bonzi, cardinal-archevêque de Narbonne, peinture, XVIIe s. Conservée à Montauban, au musée Ingres. [7]
  • Anonyme, Portrait de Pierre de Bonzi, archevêque de Narbonne, peinture à l'huile. Conservée au Musée d'art et d'histoire de la ville de Narbonne.

Gravures[modifier | modifier le code]

  • Albert Clouwet, gravure.
  • Larmessin, Messire Pierre de Bonzi, archevesque et primat de Narbonne ..., gravure, 1689.
  • Lenfant, gravure d'après un portrait de Dieu, 1661.
  • Robert Nanteuil (ou un de ses élèves), gravure d'après un pastel du même, 1678.
  • Pierre Louis van Scuppen, Pierre de Bonsy, Cardinal Archevesque et Primat de Narbonne ..., gravure d'après la peinture de l'italien Bachichi, 1692[53]. [8]
  • P. Simon, gravure d'après un tableau (perdu ?) de Ferdinand Voet.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir la généalogie des Riario : [1]. Cristina était l'aînée du comte Giulio Riario, patricien de Bologne et de Venise : celui-ci, si l'on excepte un fils naturel, n'eut que des filles. Est-ce l'origine des prétentions que le jeune Piero Bonsi essaya de faire valoir, comme le rapporte l'Histoire générale de Languedoc ? Notons aussi qu'issu de Blanche Marie Visconti, nièce de Valentine Visconti, il pouvait se dire cousin de Louis XIV (avant que le chapeau de cardinal ne lui donnât ce titre).
  2. Sur la requête de son oncle, des lettres de dispense spéciale avaient suspendu en sa faveur l'ordonnance qui défendait aux évêques étrangers de prendre des grands vicaires qui ne fussent pas « Français naturels » (C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 495).
  3. Mme de Sévigné écrit à Mme de Grignan le 1er mars 1672, de Livry :

    « L'archevêque de Toulouse a été fait cardinal à Rome ; et la nouvelle en est venue ici dans le temps qu'on attendoit celle de Monsieur de Laon. C'est une grande douleur pour tous ses amis. On tient que Monsieur de Laon s'est sacrifié pour le service du Roi, et qu'afin de ne pas trahir les intérêts de la France, il n'a point ménagé le cardinal Altieri, qui lui a fait ce tour. On espère que son rang pourra revenir, mais cela est long, et c'est toujours ici un dégoût. »

    Monsieur de Laon, ou plutôt César d'Estrées, reçut le chapeau deux ans plus tard. Mme de Sévigné, Lettres, t.I, Coll. de La Pléiade, Gallimard, Paris, 1953.

  4. Il le resta au moins jusqu'en 1686. Il y a ensuite une incertitude sur le titre porté par Pierre de Bonzi durant la période 1686-1689 (G. Caterbi, La chiesa di S. Onofrio e le sue tradizioni religiose, storiche, artistiche e letterarie, Tipografia Forense, Rome, 1858, p. 17), qui a pu provenir de ce que son successeur au titre de Saint-Onuphre, Guillaume-Egon de Furstenberg, a été créé cardinal en 1686, mais n'a très probablement reçu le chapeau qu'en 1689.
  5. Elle fut détruite sous la Révolution, puis remplacée par une nouvelle statue en 1838.
  6. Probablement par procuration, suivant l'habitude de l'époque.
  7. La Grande Mademoiselle était la sœur de la future grande-duchesse de Toscane. En parlant du retour de Bonzi, elle écrit :

    « Comme nous parlions souvent ensemble, M. de Béziers [c'est-à-dire Pierre de Bonzi, évêque de Béziers] et moi, et que nous avions fait une grande connoissance, je connoissois son mérite. »

    Elle demanda à son cousin Louis XIV que Bonzi, en route pour Venise, s'arrête à Turin et négocie son mariage avec le duc de Savoie. Louis XIV repoussa cette demande sèchement, et même avec mauvaise foi. Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, Mémoires, éditées par Adolphe Chéruel, tome III, Charpentier, Paris, 1858-1859, p. 542.
  8. Madame de Sévigné y fait allusion dans une lettre à sa fille datée du 24 juillet 1676 :

    « Le cardinal de Bonzi disoit toujours en riant que tous ceux qui avoient des pensions sur ses bénéfices ne vivroient pas longtemps, et que son étoile les tueroit. Il y a deux ou trois mois que l'abbé Foucquet, ayant rencontré cette Éminence dans le fond de son carrosse avec Penautier, dit tout haut : « Je viens de rencontrer le cardinal de Bonzi avec son étoile. » Cela n'est-il pas bien plaisant ? »

    Pennautier était compromis dans l'affaire des poisons, et sera incarcéré un moment. Mme de Sévigné, Lettres, t.II, coll. de La Pléiade, Gallimard, Paris, 1960. Voir aussi Mademoiselle de Scudéry - Ch. 2#lien 2.

  9. D'après Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 140 :

    « Fleury, receveur des décimes du diocèse de Lodève, s'insinua dans le domestique du cardinal, parvint jusqu'à lui, et à lui oser présenter son fils, qui plut tellement à cette éminence italienne, qu'il en prit soin, et fit ce qu'on pourroit bien affirmativement dire sa fortune, si elle n'avoit prit plaisir d'en insulter la France en l'en établissant roi absolu, et unique, et public, et dans un âge où les autres radotent quand ils font tant que d'y parvenir. »

  10. À ce sujet, Saint-Simon, Mémoires, tome 11, pp. 140-147, fait le récit suivant :

    « Sa place de Narbonne le rendoit le maître des affaires du Languedoc ; il le fut encore plus par y être adoré, et y avoir gagné la confiance des premiers et des trois ordres, que par son siège. (...) Bonsy jouit longtemps d'une faveur à la cour, et d'une puissance en Languedoc qui, établie premièrement sur les cœurs, n'étoit contredite de personne. M. de Verneuil, gouverneur, n'y existoit pas ; M. du Maine, en bas âge, puis en jeunesse, qui lui succéda, et ne s'en mêla pas davantage. Bâville, intendant de Languedoc, y vouloit régner, et ne savoit comment supplanter une autorité si établie, lorsque, bien averti de la cour d'un accès de dévotion qui diminua depuis, mais qui, dans sa ferveur, portoit le Roi à des réformes d'autrui, lui fit revenir, par des voies de conscience, des choses qui le blessèrent sur la conduite du cardinal Bonsy. Les Lamoignons, de tout temps livrés aux jésuites, réciproquement disposoient d'eux, et ces pères n'ont jamais aimé des prélats assez grands pour n'avoir pas besoin d'eux, et dont étant néanmoins ménagés et bien traités, comme ils l'étoient de Bonsy, se trouvoient en posture de les faire compter avec eux, si d'aventure il leur en prenoit envie. Le bon cardinal, quoiqu'en âge où les passions sont ordinairement amorties, étoit éperdument amoureux d'une Mme de Ganges belle-sœur de celle dont la vertu et l'horrible catastrophe a fait tant de bruit. Les Soubises ne sont pas si rares qu'on le croit. Cet amour étoit fort utile au mari : il ne voulut donc jamais rien voir, et profitoit grandement de ce que toute la province voyoit, et qu'il avoit bien résolu de ne voir jamais quoique sous ses yeux. Le scandale étoit en effet très réel, et, sans l'affection générale que toute la province portoit au cardinal, cela auroit fait beaucoup plus de bruit. Bâville l'excita tant qu'il put : il procura au cardinal des avis fâcheux de la part du Roi, puis des lettres du P. de La Chaise par son ordre, enfin quelque chose de plus par Châteauneuf, secrétaire d'État de la province. Bonsy alla à la cour espérant tout de sa présence ; il y fut trompé : il trouva le Roi bien instruit, qui lui parla fort franchement, et qui, par son expérience, ne se paya point de l'aveuglement volontaire du mari. Bonsy, rappelé à Montpellier pour les états, ne put se contenir. Il avoit découvert que le coup lui étoit porté par Bâville. Il le trouva plus hardi et plus ferme dans le cours des affaires, qu'il n'avoit encore osé se montrer ; il fit des parties contre le cardinal, qui s'attira des dégoûts sur ce qu'il ne changeoit point de conduite avec sa belle. Il étoit accusé de ne lui rien refuser, et, comme il disposoit, dans les états et hors de leur tenue, de beaucoup de choses pécuniaires, et de bien des emplois de toutes les sortes, Mme de Ganges étoit accusée de s'y enrichir, et il y en avoit bien quelque chose. Cette espèce de déprédation fut grossie à la cour par Bâville, dont le but étoit d'ôter au cardinal tout ce qu'il pourroit de dispositions de grâces à faire, et d'autorité, d'y entrer en part d'abord, comme par un concert nécessaire contre l'abus, et de s'en emparer dans la suite. Il n'en fallut pas davantage pour les brouiller. Bâville fit valoir le service du Roi et le bien de la province, intéressés dans l'abus que le cardinal faisoit d'une autorité que sa maîtresse tournoit toute à la sienne et à un honteux profit. Peu à peu cette autorité, toujours butée et mise en compromis, s'affoiblit en l'un, et crût en l'autre. L'intérêt, qui souvent est préféré à tout autre sentiment, fit des créatures à Bâville, qui commença à se montrer utile ami, et dangereux ennemi. Cette lutte dura ainsi quelques années, Bâville croissant toujours aux dépens du cardinal malgré ses voyages à la cour. Enfin le cardinal eut l'affront et la douleur de voir arriver une lettre de cachet à Mme de Ganges, qui l'exiloit fort bien. Son cœur et sa réputation en souffrirent également. De cette époque, son crédit et son autorité tombèrent entièrement, et Bâville devint le maître, qui sut bien le faire sentir au cardinal et à tout ce qui lui demeura attaché. Porté par terre, il espéra se relever par le mariage de Castries, fils de sa sœur et gouverneur de Montpellier, avec une fille du feu maréchal-duc de Vivonne frère de Mme de Montespan, qui n'avoit rien vaillant qu'une naissance et des alliances qui faisoient grand honneur aux Castries, et la protection du duc du Maine, qui la promit toute entière à l'oncle et au neveu, mais l'accorda à son ordinaire, quand le mariage fut fait en 1693, qui fut son ouvrage. Il redonna pourtant, par l'opinion, quelque vie au cardinal et quelque mesure à Bâville, qui n'en fut pas longtemps la dupe. Le cardinal, qui se la vit de l'appui qu'il avoit espéré, tomba peu à peu en vapeurs, qui dégénérèrent en épilepsie, et qui lui attaquèrent la tête. La tristesse l'accabla, la mémoire se confondit, les accès redoublèrent. Le dernier voyage qu'il fit à la cour, ce n'étoit plus lui en rien ; il étoit même singulièrement rapetissé, et quelque part qu'il allât, même chez le Roi, il étoit toujours suivi par son médecin et son confesseur, qui passoit pour un aumônier. Il mourut bientôt après son retour en Languedoc, consommé par Bâville, devenu tyran de la province. »


    Ernest Roschach in C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, pp. 717-718, s'inscrit en faux contre la justification avancée par Saint-Simon, en expliquant :

    « Comme on ne peut refuser à Bâville une véritable inclination pour le bien du service (...), on a tout lieu de croire que l'explication est injuste. C'était une assez triste légende pour la Province que l'histoire de cette longue intrigue du cardinal avec Mademoiselle de Gévaudan, mariée tardivement, pour sauver les apparences ; les bénéfices de toute nature que Madame Mariotte, sœur de cette jeune femme, avait retiré de sa complaisante initiative, la construction d'un élégant hôtel sur l'emplacement même du temple démoli des protestants, d'où l'on avait dû écarter une croix de pierre élevée en mémoire de l'édit de révocation, la mauvaise intelligence dans laquelle vivait la favorite avec son mari, obligé de quitter les troupes à cause du fâcheux renom de cette alliance, le bruit accrédité en Languedoc que pas une affaire d'argent ne pouvait se traiter aux États sans la médiation intéressée des deux femmes, tous ces égarements expliquaient les doléances de Bâville et les avis sévères que l'archevêque reçut de la Cour, par la plume du père La Chaise & du marquis de Châteauneuf. »


    Pour l'anecdote, on se reportera encore à une lettre de Mme de Sévigné, datée par son premier éditeur de la Pléiade du 1er ou du 8 octobre 1672 : elle écrit à Mme de Grignan depuis Montpellier, où elle est arrivée la veille en compagnie de son beau-fils, M. de Grignan, gouverneur de Provence. Il est intéressant de voir qui elle rencontre : à peine en ville, « Mme de Cauvisson nous envoya prier d'aller chez elle (...), M. de Vardes vint au-devant de nous » et « Mme de Verneuil (...) me reçut avec transport » ; puis, le lendemain, « Monsieur son mari et elle me sont venus voir. Toute la ville me court ; mais comme je ne veux point rendre de visite, je n'en veux point recevoir ». Elle consent cependant des exceptions, puisque « M. le cardinal de Bonzi et Mme de Castries sont venus me voir ici ; j'ai été chez eux avec Mme de Verneuil. » Elle ajoute tout de suite : « J'ai trouvé une petite Gévaudan, qui fait souvenir de vous de cent lieues loin. ». On a là tout ce qui compte à Montpellier : Cauvisson, lieutenant général en Languedoc, M. de Verneuil, gouverneur de la province, Vardes, grand seigneur de la cour exilé, enfin le cardinal de Bonzi, sa sœur (Mme de Castries) et sa maîtresse (Gévaudan). Mme de Sévigné, Lettres, t.I, Coll. de La Pléiade, Gallimard, Paris, 1953, pp. 596-597.

  11. Jeanne de Gévaudan (1643-1719), avait épousé en mars 1689 François de Vissec-Latude, comte de Ganges, gouverneur de Carcassonne (Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 143, d'après le Journal de Dangeau ; il y a erreur de date dans P. Mormiche, Les fidélités languedociennes ..., qui donne 1659 ; C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 717 précise « (...) Mademoiselle de Gévaudan, mariée tardivement, pour sauver les apparences (...) »). Elle se fit bâtir un hôtel particulier à Montpellier en 1686 d'après un plan fait à Paris ; il devint le siège de l'intendance à partir de 1718, avant d'accueillir la préfecture jusqu'à aujourd'hui (J.-M. Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, 1996, p. 324).
  12. Classée monument historique en 1977 ; [2].
  13. Attribué précédemment à Jean de Troy.


Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 136.
  2. a et b C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 363
  3. a, b, c, d, e et f C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 259
  4. a, b et c C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 272
  5. a et b R. Cazals, D. Fabre, Les Audois ..., p. 72.
  6. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, pp. 271-272 ; XIII, p. 494.
  7. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 135.
  8. a et b C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, pp. 494-495.
  9. É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, p. 429, note 3, d'après Mme Dunoyer, Lettres, XI.
  10. a et b C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 452.
  11. a et b C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 804.
  12. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 136, d'après la Gazette, 1660, p. 1249.
  13. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 259. Mais p. 272 on lit qu'il prêta serment au roi le 2 septembre 1659 dans la chapelle de Marly, ayant été sacré le dimanche précédent par François Dubosquet, évêque de Montpellier, ce qui est doublement étonnant, pour les dates, et le fait que le château de Marly ne fut commencé qu'en 1679 ...
  14. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, p. 364 donne le 9 avril ; le tome XIII, p. 498 le 9 août.
  15. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 509.
  16. a et b C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 498.
  17. a, b, c et d Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 138.
  18. G. Caterbi, La chiesa di S. Onofrio e le sue tradizioni religiose, storiche, artistiche e letterarie, Tipografia Forense, Rome, 1858, p. 17. [3].
  19. a et b Marquis de Dangeau, Journal, tome IX, Firmin-Didot, Paris, 1854-1860, p. 243.
  20. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, pp. 363, 573 et 618. La liste consignée p. 573 comporte une bizarrerie dont ne semblent pas avoir eu conscience les auteurs : le neveu de Pierre de Bonzi, Armand Pierre de La Croix de Castries est à la fois le prédécesseur et le successeur de son oncle comme abbé de Saint-Chaffre, comme s'il y avait deux personnages distincts. Il est plus vraisemblable qu'il y ait eu un mélange de dates, et qu'Armand Pierre n'ait jamais été abbé avant le cardinal de Bonzi.
  21. Jean-Loup Abbé, Histoire de Limoux (s.d.), Toulouse, Privat, coll. « Histoire des villes »,‎ 2009 (ISBN 978-2-7089-8343-4), p. 124.
  22. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 515.
  23. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, pp. 645-651.
  24. J.-M. Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, 1996, p. 169.
  25. a et b J. Michaud, A. Cabanis, Histoire de Narbonne, p. 210
  26. Diane de Gaudart d'Allaines, Abbaye de Valmagne, Moisenay, Gaud, coll. « Le Monde Cistercien »,‎ 2000 (ISBN 978-2-84080-035-4, OCLC 56919151), pp. 30-31.
  27. J. Michaud, A. Cabanis, Histoire de Narbonne, p. 216.
  28. J.-M. Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, 1996, p. 362.
  29. Pierre Barral, Statues royales à Montpellier, Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, Conf. 3933, Bull. 37, pp. 21-29, 2007.
  30. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 568.
  31. J.-M. Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, 1996, p. 324.
  32. É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, p. 429, note 3, d'après la Gazette, 1658, p. 144.
  33. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, pp. 136-137.
  34. É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, pp. 171 et 429.
  35. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, pp. 272-273.
  36. a, b, c et d C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 495
  37. Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier (la Grande Mademoiselle), Mémoires, éditées par Adolphe Chéruel, tome III, Charpentier, Paris, 1858-1859, p. 542. [4]
  38. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 137.
  39. É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, p. 429.
  40. a et b É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, p. 183.
  41. Anne-Marie Gasztowtt, Une mission diplomatique en Pologne ..., 1916.
  42. É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, p. 430.
  43. L. Oliván Santaliestra, Mariana de Austria ..., pp. 178-180.
  44. L. Oliván Santaliestra, Mariana de Austria ..., p. 137.
  45. É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, p. 430, note 3, d'après Mme de Maintenon, Lettre au maréchal d'Albret, 3 septembre 1671, et Olivier d'Ormesson, Journal, II, p. 613.
  46. P. Mormiche, Les fidélités languedociennes ..., note 13 (« Il passa ensuite au service de Colbert, devenant son représentant officieux pendant vingt ans en Languedoc. »).
  47. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 516, citant une lettre de Louvois au marquis de Tilladet, datée du 18 mai 1680, publiée par Camille Rousset, Histoire de Louvois, III, p. 513.
  48. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 146.
  49. C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, p. 717.
  50. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, p. 134.
  51. Saint-Simon, Mémoires, tome 11, pp. 138-140.
  52. Philippe Wolff (s.d.), Histoire du Languedoc, Toulouse, Privat, coll. « Histoire des Provinces »,‎ 1967 (ISBN 978-2-7089-1705-7).
  53. Voir [5].