Colombier (édifice)

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Pigeonnier en Provence, hameau des Grands-Cléments, à Villars

Un colombier était à l'époque féodale un édifice destiné à loger et à élever des pigeons. Le colombier, lointain héritier du colombarium romain, est nommé plus souvent pigeonnier depuis le dix-huitième siècle mais le terme de colombier peut dans une acception plus étroite désigner un pigeonnier en forme de tour, généralement indépendant des autres bâtiments. Les mutations agricoles des Temps modernes, par l'introduction des cultures fourragères comme la betterave, ont condamné insensiblement l'intérêt nourricier et la rentabilité de l'élevage en colombier.

Une grande diversité architecturale caractérise les petits dérivés domestiques ou isolés du colombarium. Il existe une surprenante géographie des colombiers, avec des densités éminemment variables suivant les régions du Moyen-Orient et méditerranéennes, ou encore les contrées d'Europe occidentale. Les colombiers ont marqué les paysages en Gascogne, Quercy, Occitanie toulousaine, Provence, Touraine, Anjou, Normandie, Picardie mais aussi l'Angleterre après la conquête normande et plus tardivement en Basse Écosse, notamment sur les rives du Firth of Forth, près d'Édimbourg pendant le règne des Stuart.

Appellation[modifier | modifier le code]

Le colombier désigne encore les édifices de la Renaissance et du début des Temps modernes.

Une variante de petite taille annexée à une tour ou à une ferme s'est appelée en latin classique fŭga et en latin populaire fūga. Un mot français fuie est attesté vers 1135 au sens de « fuite », puis à partir du XIIIe siècle de « refuge » et enfin de « volière pour les pigeons »[1], le terme français remonte probablement au latin vulgaire *fūgĭta. La fuie consiste en une petite volière qu'on ferme avec un volet et où l'éleveur particulier peut nourrir son pigeon domestique.

Il faut noter que l'évolution gasconne de fuga, sous la forme hune[2], désigne un type précis de colombier de plan circulaire et couvert d’une voûte en coupole[3]. Les hunes étaient très répandues en Gascogne, même si beaucoup ont disparu, comme en témoignent les toponymes. Dans les pays proches de la Garonne et du Midi français, couloumé dérivé de colombarium correspond à une installation domestique, c'est-à-dire à la fuie de Touraine.

Le terme « pigeonnier » est plus commun au XIXe siècle, attestant la lente obsolescence du mot colombier. Les deux termes peuvent être considérés comme synonymes.

Historique[modifier | modifier le code]

Colombarium romain du IIIe siècle dans le mausolée de Mazor en Israël
Pigeonnier troglodytique aux Baux-de-Provence, XIe siècle, avec ses boulins

Les plus anciens seraient les colombiers forteresses de Haute-Égypte, et les colombiers perses surmontés d’une poivrière. Dans les régions arides, la fiente est une fumure recherchée et elle est recueillie sur des nattes régulièrement nettoyées. Dans l'ancienne Perse et Irak, elle servait à la culture des melons.

La présence de colombiers n’est pas attestée en France avant la conquête romaine par César. L’élevage des pigeons était alors une passion à Rome. Le colombarium romain, généralement rond, avait son intérieur recouvert d’un enduit blanc de poudre de marbre. Varron, Columelle et Pline l'Ancien ont écrit des ouvrages sur l’élevage des pigeons et la construction des colombiers.

L’intérieur du colombier, espace imparti aux pigeons, est divisé en nichoirs appelés boulins. Chaque boulin est le logement d’un couple de pigeons. Ces boulins peuvent être en pierre, brique ou torchis et installés lors de la construction du colombier ou être en poterie (pots couchés, tuiles canal, diverses cases), en osier tressé en forme de panier ou de nid. C’est le nombre de boulins qui indique la capacité du pigeonnier. Celui du château d'Aulnay avec ses 2 000 boulins et celui de Port-d'Envaux avec ses 2 400 boulins de terre cuite sont parmi les plus vastes. Signe extérieur de richesse (le nombre de boulins étant proportionnel à la surface des terres exploitées), certains propriétaires rajoutaient de faux boulins pour faire croire qu'ils avaient beaucoup de terre afin de mieux marier leurs enfants, d'où l'origine possible[4] de l'expression « se faire pigeonner »[5].

Au Moyen Âge, la possession d’un colombier à pied, construction séparée du corps de logis (ayant des boulins de haut en bas), était un privilège du seigneur haut justicier. Pour les autres constructions, le droit de colombier variait suivant les provinces. Elles devaient être en proportion de l’importance de la propriété, placées en étage au-dessus d’un poulailler, d’un chenil, d’un four à pain, d’un cellier… Généralement les volières intégrées à une étable, une grange ou un hangar, étaient permises à tout propriétaire d’au moins 50 arpents (environ 2,5 hectares) de terres labourables, qu’il soit noble ou non, pour une capacité ne devant pas dépasser suivant les cas 60 à 120 boulins.

À Mons, au château d'Esclapon-Bas, carreaux vernissés protégeant l'entrée du pigeonnier contre les rongeurs

Produisant un excellent engrais (la colombine), les pigeons étaient vus comme une catastrophe par les cultivateurs, en particulier au moment des semailles. Il était donc nécessaire d'enfermer les pigeons dans le colombier lors des semis agricoles, en obstruant les ouvertures du colombier.

Dans les anciennes provinces de droit coutumier où posséder un colombier était un privilège réservé à la noblesse et au clergé (Normandie, Bretagne, etc.), les cahiers de doléances en demandèrent très fréquemment la suppression, ce qui sera entériné lors de la nuit du 4 août 1789.

Le pigeonnier devint, après la Révolution la partie emblématique de l'habitat paysan puisque sa construction signifiait la fin des droits seigneuriaux, celui-ci étant jusqu'alors réservé aux seules maisons nobles. Il était soit directement accolé à la maison soit indépendant d'elle. Toujours de dimension considérable, puisqu'il était censé ennoblir l'habitat, il s'élevait sur deux étages, le dernier étant seul réservé aux pigeons. Pour protéger ceux-ci d'une invasion de rongeurs, son accès était toujours protégé par un revêtement de carreaux vernissés qui les empêchait d'accéder à l'intérieur[6].

De nos jours, des pigeonniers modernes sont installés dans les espaces verts des villes pour éviter les nidifications sur les fenêtres et les abords d'immeubles. Munis de casiers supports des nids qui sont numérotés pour le suivi des pontes et de perchoirs indépendants, ils servent ainsi à lutter contre le bruit, les fientes ou la détérioration des plantes florales. Des « pigeonniers contraceptifs » ont été créés en 1990 par la Société Protectrice des Oiseaux de Ville et la SREP Société de Régulation et d'entretien de Pigeonnier: la stérilisation manuelle des œufs évite la prolifération des pigeons[7].

Architecture[modifier | modifier le code]

Leur emplacement est choisi loin des grands arbres qui peuvent abriter des rapaces et à l’abri des vents dominants et leur construction obéit à quelques règles de sécurité : portes d’accès hermétiques et murs lisses munis d’un bandeau en saillie nommé larmier ou radière ou randière (bande horizontale de carreaux vernissés, parfois de zinc) afin d’interdire la montée aux prédateurs (rats, fouines, belettes…). La façade était, si nécessaire, enduite uniformément ou seulement sur une bande horizontale, afin d’empêcher leur ascension.

En Provence, le crépi des pigeonniers était constellé de morceaux de verre qui, dans le miroitement du soleil, attiraient du plus loin des bois les pigeons sauvages[8].

colombier de la poste royale à Sauzé-Vaussais

Les colombiers peuvent être de matériaux très variés et de forme et de dimension extrêmement divers :

  • le colombier carré à quadruple voûte serait d’avant le XVe siècle (château de Roquetaillade, Bordeaux) ou Saint-Trojan près de Cognac) ;
  • la tour cylindrique : du XIVe siècle au XVIe siècle, elle est recouverte de tuiles canal, de tuiles plates, de lauzes ou d’une coupole de briques. Une fenêtre ou une lucarne est la seule ouverture. Des balconnets forment plage d’envol en saillie ;
  • le colombier sur pilier ou sur arcades, cylindrique, hexagonal ou carré ;
  • le colombier hexagonal (colombiers de la poste royale à Sauzé-Vaussais) ;
  • le colombier carré à toit de tuiles plates au XVIIe siècle puis à toit d’ardoises au XVIIIe siècle ;
  • le pied de mulet, adossé aux bâtiments, ou construction isolée de plan carré. Il consiste en un toit à une pente orienté à l’opposé des vents dominants, interrompu par un ressaut vertical où se trouvent les trous d’envol. Ce type est fréquent en pays toulousain ;
  • le colombier monté sur escalier à vis.
  • En Pays d'Auge les colombiers en pans de bois de forme octogonale, carrée, rectangulaire ou ronde ont des hourdis (ou pagées) en tuileaux ou en briques de Saint Jean sur des soubassemments en pierre pour éviter les remontées d'eau. Les charpentiers passent avec dextérité de la forme octogonale, voire hexagonale, du fût élevé sur un, deux ou trois pans de colombages superposés, au toit de forme conique largement débordant pour protéger les colombages, grâce à une seconde sablière superposée dont les segments sont arrondis et débordent les pans en colombages. Leurs boulins en argile construits sur des chevilles de bois enfoncées dans les colombages sont accessibles par l'échelle tournante pivotant autour d'un axe fixé au sol à la foire (une grosse pierre) et au centre de l'enrayure en bois liant les têtes des poteaux corniers "de fond" et portant les arbalétriers qui consolident le corps en bois du colombier.

L’intérieur d’un colombier est tapissé de boulins inclus dans la maçonnerie ou dans des alvéoles en terre, brique ou bois fixées aux murs. Une garde au sol d'environ 0,80cm empêche les rats, fouines et autres nuisibles d'attaquer les pigeons ou de gober leurs oeufs. Au centre, l'échelle tournante simple ou double permet l'accès aux différents niveaux de boulins permettant leur nettoyage et la préhension des pigeonneaux de 4 à 5 semaines destinés à la consommation. Des abreuvoirs sont disposés au sol avec des mangeoires qui permettent de nourrir les oiseaux lorsqu'ils restent enfermés. Des lucarnes d'envol situées dans le toit permettent l'entrée et la sortie de volatiles ; elles peuvent être obturées par une grille en bois actionnée du sol par une poulie. Dans les colombiers ronds en maçonnerie, il est courant qu'un bandeau de pierre ou de brique, "une randière", ceinture l'édifice pour interdire l'escalade des nuisibles.

Galerie de photographies[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Dauzat, Jean Dubois, Henri Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Librairie Larousse 1971. p. 326.
  2. En gascon, comme en castillan, le /f/ initial latin est passé à /h/
  3. Henri Polge, Hunes et colombiers de Gascogne, Archéologia n° 25, 1968
  4. Une autre explication vient de pigeon qui désigne par métaphore un dupe depuis le XVe siècle, le mot dupe ayant pour étymologie la huppe de l'oiseau, d'où le terme « dé-hupper » revenant à le déplumer. Le pigeon étant un animal déplumable bien plus courant que la Huppe fasciée, il est rapidement devenu un synonyme de dupe.
  5. Gérard Boutet, La France en héritage. Dicitonnaire encyclopédique, Métiers, coutumes, vie quotidienne 1850-1960, Librairie Académique Perrin,‎ 2007, p. 358
  6. Fernand Benoit, op. cit., p. 55.
  7. Isabelle Brisson, « Des pigeonniers contraceptifs contre la saleté des villes »,‎ 21 janvier 2008 (consulté le 24 juin 2010)
  8. Jean Giono, Que ma joie demeure, Livre de poche n°493, p164
  9. l'Association Historique de Frangy pour la Sauvegarde de Bel-Air (fr) fermedebelairfrangy.blogspot.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kathleen Watts, Colombiers & pigeonniers, édition C.L.D. France, 1980, 222 p., avec glossaire. Ouvrage traduit de l'anglais par Elisabeth Cuenod.
  • Pierre Leron-Lesur, Colombiers, pigeonniers en France, éd. Massin, 1987 (ISBN 2707201146)
  • Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin. Arts et traditions populaires, éd. Aubanel, 1992 (ISBN 2700600614)
  • Dominique Letellier, Pigeonniers de France, éd. Privat, 1998
  • Sabine Derouard, Les Colombiers du pays de Caux, éd. Charles Corlet, 1998 (ISBN 2-85480-811-8)
  • Christian Genet, Jacques Rollet, Jacqueline Fortin, Vieux Pigeonniers des Charentes, éd. Aubin, 1990
  • Michel Lucien, Pigeonniers en Midi Pyrénées, éditions Massin, Paris, 2008
  • Colombiers et pigeonniers. Région dieppoise, Connaissance du Patrimoine, 2009, 48 p. (ISBN 9782910316365)
  • Paul et Marie-France Barabé, Les colombiers du Pays d'Auge, ed.de la Gendrerie, 2011
  • Paul et Marie-France Barabé, Les poternes et autres colombiers du Pays d'Auge, ed.de la Gendrerie, 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]