Blouson noir (sous-culture)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Blouson noir.
Blouson noir québécois (Canada) vers 1960.

Les blousons noirs sont une sous-culture juvénile apparue en France dans les années 1950 et qui a connu son apogée entre 1958 et 1961. Issue de l'influence américaine, associée à un code vestimentaire particulier et au rock'n roll, elle a été la matrice du mouvement yéyé et de beaucoup de modes adolescentes ultérieures. Des sous-cultures similaires ont fleuri au même moment dans d'autres pays d'Europe.

Genèse[modifier | modifier le code]

La culture « blouson noir » s'est cristallisée autour de produits culturels américains qui ont été autant de chocs culturels :

  • Le film L'Équipée sauvage (The Wild One), sorti en 1953 aux États-Unis, mais popularisé courant 1955 en Europe, où le personnage interprété par Marlon Brando révèle d'un coup une façon d'être qui fait époque : cuir noir, moto, machisme, volonté de choquer, esprit de gang, violence à la limite de la criminalité.
  • Un autre film, La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause), arrive en 1956 en France, et fait de James Dean, qui vient de perdre la vie accidentellement, une icône définitive. Il introduit l'idée importante que le comportement des (futurs) blousons noirs n'est pas seulement un choix délibéré mais procède d'une fatalité générationnelle et de l'incompréhension des adultes.
  • L'arrivée au même moment du rock'n roll, représenté principalement par Bill Haley et Elvis Presley en premier lieu, puis Gene Vincent, Eddie Cochran et surtout en France par Vince Taylor, ajoute le son à l'image. Mais c'est une chanteuse française, Édith Piaf, non associée au rock'n roll, qui apporte, en 1956, la visibilité médiatique au phénomène en formation avec la chanson L'Homme à la moto, indirectement inspirée par L'Équipée sauvage.

Une psychose, et une mode[modifier | modifier le code]

C'est durant l'été 1959 que l'appellation « blousons noirs » apparaît pour la première fois dans la presse, avec un article de France-Soir du 27 juillet 1959 relatant un affrontement entre bandes survenu au square Saint-Lambert, dans le 15e arrondissement de Paris[1]. Cette désignation s'impose soudain comme synonyme de « jeunes voyous ». Les journaux se mettent alors à surenchérir en évoquant des bandes caractérisées par leur taille importante (il est question de groupes comptant jusqu'à une centaine de jeunes) et par leur violence. Les « blousons noirs » sont décrits comme des asociaux qui se battent à coups de chaînes de vélo (ou de moto), de coups de poing américains voire de couteaux à cran d'arrêt, qui cherchent la bagarre pour défendre leurs territoires urbains, particulièrement autour des portes de Paris et en banlieue, ou en faisant des descentes dans des bals ou des fêtes.

Peu après, les journalistes forgèrent le terme « blousons dorés » pour désigner les jeunes fils de la bourgeoisie qui se faisaient remarquer dans les faits divers, par opposition aux « blousons noirs » qui étaient plutôt issus de milieux populaires.

Cette campagne de presse, qui tourne à la psychose collective, aura pour principal effet de mettre en vogue le genre blouson noir. Autour de 1960, dans tout le pays et dans tous les milieux sociaux, les jeunes gens à la mode s'habillent d'un blouson de cuir (mais le véritable Perfecto est encore rarissime), d'un jean délavé et d'un ceinturon de cuir clouté par eux-même, de grosses chemises à carreaux. Ils se coiffent en arrière avec sur le front une large mèche roulée asymétrique maintenue à la brillantine et à la gomina, la fameuse « banane ». À défaut d'une véritable moto, luxe accessible seulement aux plus fortunés, on roule sur des cyclomoteurs qui en ont à peu près l'aspect, de préférence une Flandria ou une Paloma, une mobylette à la rigueur. La petite délinquance est répandue dans ce milieu, sans être généralisée. Mais afin de choquer, les blousons noirs (qui se nomment eux-mêmes « loulous ») affectent de jouer les durs et de parler des argots empruntés au monde des truands.

Ce milieu fournit la base sociale qui sera le marché initial du rock français. Il trouve ses héros en Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et spécialement Vince Taylor, avant que la vague yéyé ne relègue au second plan les blousons noirs, à partir de 1963.

Dans les autres pays[modifier | modifier le code]

Cette sous-culture a eu des équivalents dans d'autres pays :

Les suites dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

À partir de 1963, la culture blouson noir se démode. Durant l'été, en Grande-Bretagne, les bagarres entre mods et rockers marquent la victoire psychologique des premiers, tandis que les rockers apparaissent comme des provinciaux frustes et attardés, une génération vieillissante dont les références américaines marquent le pas face à la vitalité d'une scène rock britannique débordant de créativité. En France, le tournant s'est déjà amorcé, le 18 novembre 1961, lorsque les bandes venues de banlieue dévastent le Palais des sports chauffé à blanc pour le concert de Vince Taylor qui ne pourra pas chanter devant l'étendue des dégâts. En quelques minutes, la salle vire au champ de ruines[2]. le 22 juin 1963, lors de la « folle nuit de la Nation » : un concert gratuit organisé par Salut les Copains à Paris sur la Place de la Nation attire une immense foule, des incidents graves ont lieu, attribués (à tort ou à raison) à des bandes de blousons noirs. La scène yéyé prend définitivement ses distances avec ces derniers.

De plus, les mouvements de mode qui apparaissent dans la suite des années 1960 mobilisent des générations plus éduquées, voire « intellectuelles », que ce soient les beatniks, les hippies, les jeunes universitaires gauchistes, qui tous ont en commun de mépriser les « loubards », comme on les appelle alors, taxés d'inculture, de violence, de machisme, et dont le code d'honneur très viril apparaît comme une forme de fascisme.

La seconde moitié des années 1970 va voir par contre une sorte de réhabilitation des blousons noirs d'antan. Le signal est donné aux États-Unis par la série Happy Days qui introduit le personnage de Fonzie, archétype du gentil blouson noir pas toujours scrupuleux avec la légalité mais franc comme l'or avec ses amis, fussent-ils des étudiants de la bonne société. Parallèlement, la mode rétro remet en vogue le rockabilly des années 1950, avec le succès des Straits cats, et les codes vestimentaires qui y étaient liés. Également en réaction contre la sophistication excessive de la musique pop de ces années-là apparaît le punk-rock, dont un des premiers groupes-phares, les Ramones, remet ostensiblement en évidence les blousons Perfecto. En France, le chanteur Renaud popularise une image composite de loubard alliant culture blouson noir d'autrefois et révolte sociale, tandis que Frank Margerin introduit en 1979 un personnage de BD promis à une brillante carrière, Lucien, le blouson noir de banlieue indifférent au flux et au reflux des modes, et dont la fidélité à son style est prétexte à mainte aventure désopilante.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Monod, Les Barjots - Essai d'ethnologie des bandes de jeunes (Ed. Julliard, 1968)
  • Jean-Paul Bourre, Quand j'étais blouson noir - Issoire 1963-1964 (Ed. Scali, 2007)
  • Emile Copfermann, La génération des Blousons Noirs - Problèmes de la jeunesse française,
  • Laurent Mucchielli et Marwan Mohammed (dir.), Les bandes de jeunes. Des « blousons noirs » à nos jours La Découverte, coll. « recherches », 2007

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.critikat.com/Edouard-Luntz.html
  2. http://www.lesechos.fr/10/06/2014/LesEchos/21704-043-ECH_vince-taylor--noir-c-est-noir.htm

Article connexe[modifier | modifier le code]