Jacques Rivette

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Jacques Rivette
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Jacques Rivette en 2006

Naissance
Rouen, Seine-Maritime, France
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 87 ans)
Paris
Profession Réalisateur
Films notables Céline et Julie vont en bateau,
Le Pont du Nord,
La Bande des quatre,
La Belle Noiseuse

Jacques Rivette est un réalisateur français, né à Rouen le et mort le [1].

Comme ses camarades de la Nouvelle Vague, Rivette est d'abord critique de cinéma. Avec Éric Rohmer, il fonde la Gazette du cinéma en 1950 avant de rejoindre les Cahiers du cinéma, revue dont il devient rédacteur en chef en 1963. Il passe à la réalisation en 1958 avec Paris nous appartient. Il connaît le succès avec Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot qui sort sur les écrans en 1967 après avoir été dans un premier temps interdit par la censure. Après ce succès, il se lance dans une série de films expérimentaux dans lesquels il laisse une large place aux acteurs soit par le recours à l'improvisation, soit par un travail en amont avec les acteurs sur le scénario et réalise Out 1 : Noli me tangere, un film de plus de douze heures, en 1971, puis Céline et Julie vont en bateau en 1974.

Biographie[modifier | modifier le code]

À son arrivée à Paris en 1949, il rencontre Jean Gruault dans une librairie de la place Saint-Sulpice. Gruault recommande à Rivette le ciné-club du Quartier Latin, où il rencontre Maurice Schérer, plus connu sous son pseudonyme d'Éric Rohmer[2].

Avec Éric Rohmer, Jean-Luc Godard et Alexandre Astruc, il participe à l'aventure éphémère de la Gazette du cinéma, la revue créée autour du ciné-club du Quartier latin[2].

Il signe son premier article dans les Cahiers du cinéma en 1953 et devient directeur en chef de la revue en 1963. Il occupe le poste jusqu'en 1965 et collabore aux Cahiers jusqu'en 1969[2].

Durant les années 1950, il est assistant de Jacques Becker et de Jean Renoir,

En 1956, il réalise un court métrage de 20 minutes intitulé Le Coup du berger. Le producteur Pierre Braunberger prend en charge les frais pour terminer le film et le diffuse dans le monde entier. Le succès de ce court métrage décide François Truffaut à passer lui aussi à la réalisation avec Les Mistons, et Claude Chabrol à passer au long métrage avec Le Beau Serge[3].

François Truffaut, Claude Chabrol et Charles Bitsch et lui écrivent le scénario des Quatre Jeudis'un film dont Jean-Claude Brialy devait tenir le rôle principal. Le film n'a jamais été réalisé[3].

Le tournage de Paris nous appartient commence à l'été 1958. Alors qu'aucun producteur n'est prêt à avancer l'argent, Jacques Rivette emprunte lui-même l'argent aux Cahiers du cinéma pour acheter la pellicule. Les techniciens et les acteurs sur le film sont en participation. Rivette rencontre des difficultés financières pour terminer le film et ne peut le diffuser qu'en 1961, grâce au soutien financier de Claude Chabrol et de François Truffaut. Le film est un échec commercial[2],[3].

Son deuxième long métrage, Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot (Rivette tient à ce titre, plutôt qu'au simple La Religieuse, qui a eu cours un temps), réalisé en 1966 d'après le roman de Diderot, est interdit provisoirement par la censure française. Anna Karina y interprète Suzanne, une jeune fille mise de force dans un couvent, qui refuse de prononcer ses vœux.

Jean-Luc Godard défend avec vigueur le film contre la censure dans une « Lettre au ministre de la Kultur », virulente lettre ouverte au ministre de la culture André Malraux[4]. Le film sort finalement sur les écrans français le 26 juillet 1967, et rencontre un grand succès public[2].

Rivette réalise ensuite L'Amour fou en 1969, un premier film fleuve de quatre heures et douze minutes[5].

En 1970 il tourne Out 1 : Noli me tangere dont la version originale dure douze heures et quarante minutes. Le film est diffusé à la maison de la culture du Havre les 9 et 10 septembre 1971, mais ne trouve pas de distributeurs. Rivette monte alors Out 1 : Spectre, une version plus courte du même film, en 1972[5].

Il reprend les mêmes méthodes dans Céline et Julie vont en bateau[5].

Rivette revient à un certain réalisme dans Le Pont du Nord (1980), avant de développer à nouveau ses thèmes favoris (le complot, le mystère, le théâtre) avec L'Amour par terre (1984) et La Bande des quatre (1988).

En 1991, Emmanuelle Béart joue La Belle Noiseuse dans le film homonyme, aux côtés de Michel Piccoli et Jane Birkin. Sandrine Bonnaire est Jeanne d'Arc dans le diptyque Jeanne la Pucelle (1994), composé de Batailles et de Prisons.

En 2000, Jacques Rivette réalise Va savoir, une comédie librement inspirée du Carrosse d'or de Jean Renoir, cinéaste auquel il avait consacré en 1966 le documentaire Jean Renoir, le patron. Le film remporte un grand succès public avec un total de 501 306 entrées dans l'ensemble de l'Union européenne depuis sa sortie, dont 306 728 entrées en France[6].

Ne touchez pas la hache, une adaptation du roman de Balzac La Duchesse de Langeais, sorti le , avec Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu dans les rôles principaux, représente la France au festival de Berlin[7]. Son dernier film, 36 vues du pic Saint-Loup, ne totalise que 42 743 entrées[8].

Jacques Rivette meurt à Paris, le vendredi , à 87 ans. Ses obsèques ont eu lieu le vendredi au cimetière de Montmartre dans le 18e arrondissement de Paris, où il a été inhumé.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

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Jacques Rivette n'est pas un homme de provocation, malgré le scandale causé par Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot. Ses films sont fondés sur l'idée que le cinéma est une expérience, voire une expérimentation. Il explore (et parfois explose) ainsi sans regret et toujours avec un plaisir évident les normes, faisant fi des codes et conventions du 7e art. C'est dans cette optique qu'il travaille également la question de la durée : le « cas » Out 1 reste, à ce titre, un exemple unique en son genre, emblématique de la démarche iconoclaste de Rivette ; démarche qui deviend la constante de son œuvre (la durée de ses films excède en effet presque toujours les 2 h 30).

La longueur, la lenteur des œuvres est à prendre comme une expérience à part entière, une expérimentation permettant au spectateur consentant de « circuler » à son aise dans le film, participant ainsi « activement » au processus de création filmique renouvelé à chaque vision du film, comme surtout dans le très ludique Céline et Julie vont en bateau (1974), dans lequel s'entremêlent le fantastique et le quotidien. Cette fantaisie improvisée, mais d'une maîtrise néanmoins impressionnante, convoque Jean Cocteau et Lewis Carroll, références ouvertement assumées du cinéaste.

Méthode de travail[modifier | modifier le code]

Avec ses comédiens, Jacques Rivette utilise une méthode qu'il a conservée tout au long de sa carrière : pas de scénario, juste quelques pages de synopsis. Le texte est donné la veille ou parfois le jour du tournage.[réf. nécessaire] Dans Out 1, les acteurs ont entièrement improvisé leurs textes et mouvements.

Acteurs[modifier | modifier le code]

Bulle Ogier est la muse de Jacques Rivette. Elle a tourné sept longs métrages avec lui dont Out 1 : Noli me tangere.

Tels des sociétaires d'une troupe théâtrale (on pourrait presque parler d'une « Compagnie Jacques Rivette »), de nombreux comédiens se retrouvent dans plusieurs films du cinéaste, à commencer par les actrices : sa muse Bulle Ogier de L'Amour fou à Ne touchez pas la hache, Anna Karina, Juliet Berto, Geraldine Chaplin, Jane Birkin, Nicole Garcia.

Dans les générations suivantes, Sandrine Bonnaire et Emmanuelle Béart marquent notamment ; la première dans Secret défense, la seconde dans Histoire de Marie et Julien, deux films où Rivette renoue avec sa veine sombre, mais aussi Laurence Côte, Nathalie Richard, Marianne Denicourt et Jeanne Balibar.

Sans oublier les acteurs, notamment Michel Piccoli, André Marcon, Sergio Castellitto ou Jerzy Radziwilowicz.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Long métrage[modifier | modifier le code]

Court métrages[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Metteur en scène

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isabelle Regnier, « Le réalisateur Jacques Rivette est mort » sur Le Monde, 29 janvier 2016.
  2. a, b, c, d et e Jean-Michel Frodon, Le Cinéma français, de la Nouvelle Vague à nos jours, Paris, Cahiers du Cinéma, , p. 65-68
  3. a, b et c François Truffaut, « Paris nous appartient », dans François Truffaut, Les Films de ma vie, Paris, Flammarion, coll. « Champs », (1re éd. 1975), p. 333-337.
  4. Jean-Luc Godard, « Lettre au ministre de la Kultur », Le Nouvel Observateur,‎ réédité dans Jean-Luc Godard, Les Années Karina, Flammarion, coll. « Champs », , p. 144-145
  5. a, b et c Frodon 2010, p. 385-391
  6. « Va Savoir », sur Base LUMIERE (consulté le 29 mai 2012)
  7. Si on considère l'ensemble des entrées dans l'Union européenne depuis la sortie du film, on obtient le nombre de 154 044 entrées« Ne touchez pas à la hache », sur base Lumière (consulté le 29 mai 2012).
  8. « 36 vues du Pic Saint Loup », sur base Lumière (consulté le 29 mai 2012).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hélène Frappat, Jacques Rivette, secret compris, Cahiers du cinéma, coll. « Auteurs », , 255 p. (ISBN 978-2866422813)
  • (it) Goffredo De Pascale (dir.), Jacques Rivette, Milan, Il Castoro,
  • (en) Douglas Morrey et Alison Smith, Jacques Rivette, Manchester University Press, coll. « French Film Directors », , 256 p.
  • (en) Mary Wiles, Jacques Rivette, University of Illinois Press, , 200 p. (ISBN 978-0-252-07834-7)

Documentaire[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Raphaël Bassan, « Rivette, géomètre du complot », La Revue du cinéma, no 365,‎ , p. 81-96
  • Gérard Lefort et Marcus Rothe, « Jacques Rivette: « J'aime les films inégaux » », Libération,‎ (lire en ligne)
  • Francesca Dosi, « Balzac et Rivette : l'énigme d'une rencontre », L'Année balzacienne, no 12,‎ , p. 337-363 (lire en ligne)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Le Grand Livre des Rouennais (préf. Guy Pessiot), éditions du P'tit Normand, , 253 p., p. 191

Liens externes[modifier | modifier le code]