Le Goût des autres

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Le Goût des autres
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Logo du film Le Goût des autres.

Réalisation Agnès Jaoui
Scénario Jean-Pierre Bacri
Agnès Jaoui
Acteurs principaux

Anne Alvaro
Jean-Pierre Bacri
Alain Chabat
Agnès Jaoui
Gérard Lanvin

Sociétés de production Canal+
France 2 Cinéma
Les Films A4
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Durée 112 minutes
Sortie 2000

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Goût des autres est un film français réalisé par Agnès Jaoui et sorti en 2000.

Cette comédie dramatique raconte le quotidien de Castella, un entrepreneur mélancolique qui tombe amoureux de Clara, une actrice qui lui donne des cours d'anglais. Autour de cette histoire sont également développés les parcours d'Angélique la femme de Castella, de son chauffeur Bruno, de son garde du corps Franck et de Manie, une amie de Clara qui est revendeuse de drogue.

Agnès Jaoui débute l’écriture du scénario en 1998 en compagnie de Jean-Pierre Bacri. La préproduction commence au début de 1999 et le tournage a lieu à l'été de cette même année, principalement dans la ville de Rouen mais aussi en région parisienne. La distribution est majoritairement constituée d'acteurs ayant déjà travaillé avec Jaoui ou Bacri.

Proche du style d'Alain Resnais et de Claude Sautet, le film est la première réalisation d'Agnès Jaoui. Elle y traite essentiellement du thème des préjugés et de l'exclusion. Sorti au cinéma début mars 2000, puis en vidéo en 2001, Le Goût des autres est un succès à la fois critique et public. Il remporte plusieurs prix, dont quatre César et est nommé pour l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère.

Synopsis[modifier | modifier le code]

À Rouen, Jean-Jacques Castella, un chef d'entreprise mélancolique se voit flanquer de Franck Moreno, un garde du corps à cause d'un gros contrat qu'il doit signer avec des Iraniens. Son second, le rigide polytechnicien Weber lui impose également des cours d'anglais avec mademoiselle Devaux. Mais ne maîtrisant pas du tout cette langue, Castella chasse son enseignante dès la première leçon. Angélique, la femme de Castella, en tant qu'ancienne décoratrice d'intérieur, aide sa belle-sœur Béatrice à aménager son nouvel appartement. Cette dernière est revenue en ville après le départ de son mari. Angélique, préférant les animaux aux êtres humains, n'écoute pas les souhaits décoratifs de Béatrice et lui impose ses propres goûts.

Fontaine monumentale avec des statues
Fontaine-réservoir Sainte-Marie de Rouen située près du théâtre où joue Clara[n 1].

Le soir venu, Jean-Jacques et Angélique assistent à une pièce de théâtre où Virginie, la nièce de Castella, tient un rôle secondaire. Pendant ce temps, Franck attend en coulisse avec Bruno, le chauffeur du couple. Ce dernier, alors qu'il achète un sandwich dans un bar proche du théâtre, retrouve Manie, une ancienne conquête. Au théâtre, Jean-Jacques est subjugué par la performance de l'actrice principale qui n'est autre que Clara Devaux. Après la représentation, Clara et ses amis dînent dans le bar où travaille Manie ; celle-ci est également une amie de Clara et lui vend occasionnellement du cannabis.

Jean-Jacques décide alors de reprendre les cours d'anglais pour se rapprocher de Clara. De son côté, Bruno présente Franck à Manie. Ils nouent rapidement des liens puis deviennent amants. Cependant, leur relation est orageuse car Franck, ancien policier, n’apprécie pas que Manie vende de la drogue pour compléter ses maigres revenus. Castella, peinant à séduire Clara, tente d'intégrer le groupe de proches de l'actrice et se rapproche notamment d'Antoine, le meilleur ami de celle-ci. Mais c'est essentiellement par jeu qu'Antoine accepte la présence du chef d'entreprise. En effet, lors d'un dîner, il s'amuse à se moquer du manque de culture de Castella sans que celui-ci s'en rende compte. Plus tard, Jean-Jacques se rend à l'exposition de peinture de Benoît, le mutique compagnon d'Antoine. Trouvant l'une des toiles à son goût, il l'achète puis commande à Benoît une fresque pour la façade de son entreprise.

Las d'attendre un signe de Clara, Jean-Jacques finit par lui déclarer sa flamme. Elle lui fait alors comprendre qu'elle ne partage pas ses sentiments et Castella met fin aux cours d'anglais. Il sombre dans la dépression, délaisse son entreprise au grand désespoir de Weber et finit même par quitter Angélique. Clara de son côté prépare une nouvelle pièce. Elle réagit cependant mal quand Antoine lui déclare qu'il voit régulièrement Jean-Jacques. Elle pense qu'il profite des sentiments que Castella éprouve à son égard pour lui faire financer le travail de Benoît. Mais il n'en est rien et l'actrice comprend que Castella s'est en fait ouvert à un monde qu'il ne connaissait pas.

Clara s’aperçoit alors petit à petit qu'elle éprouve, elle aussi, des sentiments pour Jean-Jacques. Celui-ci signe le contrat avec les Iraniens. Franck finit donc son travail auprès de lui et quitte la ville, mais sans Manie, estimant leur relation peu viable. Clara finit par inviter Castella lors de la première de sa nouvelle pièce et rayonne en découvrant qu'il est venu la voir jouer.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

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Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

Groupe de personnes tenant des prix dans leurs mains.
Agnès Jaoui (à droite) en compagnie d'Alain Resnais à la 23e cérémonie des César (1998).

Au début de l'année 1997, le couple d'acteurs et de scénaristes à succès (Cuisine et Dépendances, Smoking / No Smoking en 1993, Un air de famille en 1996 et On connaît la chanson en 1997) Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui se lance dans la production à part égale avec l'acteur Sam Karmann et deux amis d'enfance de Bacri, Jean-Philippe Andraca, un ancien entraîneur sportif et Christian Bérard, un banquier[3],[4]. La première production de leur société baptisée Les Films A4 est le court-métrage La Méthode (1998) de Thomas Bégin dans lequel Bacri, Jaoui et Karmann interprètent les rôles principaux[5]. La société co-produit ensuite le premier film de Karmann avec Bacri en tête d'affiche, Kennedy et moi (1999)[6]. Parallèlement Bacri et Jaoui débutent l'écriture d'un nouveau scénario. Ils rédigent dans un premier temps un traitement pour un film policier mais constatant qu'ils n'arrivent pas à s’approprier le genre, ils renoncent à cette idée au bout de deux ou trois mois[7],[4].

De ce premier traitement, ils conservent cependant trois des personnages : un chauffeur, un garde du corps et une revendeuse de drogue[8],[9]. Ils changent alors de thème et choisissent d'aborder le mépris des clans face à ceux qui ne leur ressemblent pas[7]. Les scénaristes inventent alors d'autres personnages et leur inventent une histoire pour les inclure dans le récit. Jaoui s'occupe plus particulièrement de la narration tandis que Bacri se consacre aux dialogues[8]. Comme Jaoui souhaite faire un film choral, ils rajoutent huit autres personnages d'importance : une actrice de théâtre, un entrepreneur, l’épouse de celui-ci, l'ami homosexuel de l'actrice, une habilleuse, une femme séparée, un artiste peintre et un ingénieur[8]. Pour les scènes, elle choisit d'en situer plusieurs dans un café car elle aime « filmer ces lieux de foule » et qu'elle apprécie « l'énergie qui s'en dégage »[8].

Les Films A4 produisent donc le film que Jaoui décide de réaliser elle-même après avoir beaucoup appris sur ce métier aux côtés d'Alain Resnais sur Smoking / No Smoking et On connaît la chanson[4]. Et comme pour Kennedy et moi, la société choisit de coproduire le film. Elle s'associe donc à hauteur de 50% avec Charles Gassot via sa société Téléma[3]. Gassot avait déjà travaillé avec le coupe Bacri-Jaoui sur le film Un air de famille[10].

Choix des acteurs[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Bacri se réserve le rôle principal masculin, celui de Jean-Jacques Castella, l'entrepreneur mélancolique[8]. Agnès Jaoui, qui doit se concentrer sur son travail de réalisatrice, joue un rôle plus secondaire, celui de Manie, la serveuse également revendeuse de drogue[11]. Pour le principal rôle féminin, celui de l'actrice Clara, le duo choisit Anne Alvaro. Ils ont en effet ressenti une émotion proche de celle de Castella en la voyant jouer dans une pièce de Bertolt Brecht[8],[12]. Agnès Jaoui pense qu'Alvaro est « injustement méconnue ». C'est, selon elle, l'une des rares actrices capable de jouer avec justesse Clara, l'actrice fragile, et la Bérénice de Jean Racine[8]. Elle a en effet joué beaucoup de grands rôles du répertoire classique du théâtre subventionné[12]. Pour interpréter Bruno, le chauffeur de Castella, le duo choisit Alain Chabat, avec qui Bacri a joué dans Didier (1997), la première réalisation de celui-ci, et dont Jaoui a été la partenaire sur le film Le Cousin (1997)[13],[12]. Pour le garde du corps de Castella, c'est Gérard Lanvin qui est retenu, notamment car il a beaucoup incarné au cinéma « les hommes virils au grand cœur »[13]. Bacri l'avait rencontré dix ans plus tôt sur le tournage du film Mes meilleurs copains (1989) où ils étaient devenus amis[12],[9]. Enfin, pour interpréter Angélique, la femme de Castella, et Antoine, le confident de Clara, le couple de scénaristes engagent deux acteurs davantage connus pour leurs prestations au théâtre : Christiane Millet et Wladimir Yordanoff[8]. Millet a, selon Jaoui, « incroyablement le sens du texte »[12]. Yordanoff est un acteur que Jaoui aime énormément[12]. Bacri et elle ont déjà travaillé avec lui sur la pièce puis le film Un air de famille (1996)[13],[12].

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage se déroule principalement à Rouen durant deux mois pendant l'été 1999[11],[9]. Les scènes du théâtre sont filmées au Théâtre des 2 Rives au 48 rue Louis-Ricard tandis que les scènes d’extérieurs sont réalisées dans le jardin du Muséum d'histoire naturelle au 198 rue Beauvoisine[14] et dans le Jardin de l’Hôtel-de-Ville, place Saint-Vivien[15]. La scène de restaurant du début du film est tournée non loin de Rouen, à Montville dans l'Auberge des Chasseurs, au 63 rue André Martin[14]. D'autres éléments sont filmés dans la région parisienne. Il s'agit des intérieurs de la maison des Castella qui sont réalisés au 11 chemin des Buttes Blanches à Gambais dans les Yvelines[14], des scènes du salon de thé qui se déroulent au 9 rue de l'Annonciation dans le 16e arrondissement de Paris[14] et des scènes de la loge de Clara qui sont également tournées à Paris[11].

Pour sa première réalisation, Agnès Jaoui choisit de minimiser les mouvements de caméra[8]. Elle souhaite en effet subordonner la mise en scène aux dialogues. Selon elle, « les dialogues priment. A trop bouger la caméra, on n'entend plus les gens parler ». Elle reste également très fidèle à son scénario d'origine et permet très peu d'improvisation à ses comédiens[11]. Pour éviter qu'un acteur ne sente pas une phrase en plein tournage, elle les oblige à faire des répétitions pour régler le problème en amont[9]. Jaoui privilégie aussi les plans-séquences pour qu'émerge plus facilement le désarroi de ses personnages[16],[17].

Postproduction[modifier | modifier le code]

Agnès Jaoui avait déjà une expérience en salle de montage car elle avait réalisé la bande-annonce du film On connaît la chanson (1997) d'Alain Resnais. Durant cette étape où elle travaille étroitement avec le monteur Hervé de Luze[n 4], Jaoui reste très fidèle au découpage technique du film et supprime très peu de scènes[9].

Bande originale[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas eu de musique composée spécialement pour le film. Agnès Jaoui et sa conseillère musicale Valérie Lindon effectuent un choix très éclectique mais qui reste dans une dominante classique. Sont également présents un rythme de jazz et une musique électronique. La bande originale sort en CD chez Philips le [18].

Liste des morceaux[19],[18]
No TitreAuteur Durée
1. I Would That My Love, opus 63, nº 1Felix Mendelssohn
2. The Sinking of the TitanicGavin Bryars
3. Au laitLyle Mays et Pat Metheny
4. Allegretto quasi Andantino extrait de l'œuvre
Sonate pour piano en La mineur
(Deutsch 537)
Franz Schubert
5. Gualtier Malde extrait de l'œuvre Rigoletto[n 5]Giuseppe Verdi
6. Let us wander, not unseen extrait de l'œuvre The Indian QueenHenry Purcell
7. Caressé moinMarijosé Alie
8. Pure RootsFreebie and the Bean
9. Concerto pour piano nº 21 de Mozart (Köchel 467) Wolfgang Amadeus Mozart
10. Spring Is Coming extrait de l'œuvre OttoneGeorg Friedrich Händel
11. Non, je ne regrette rienCharles Dumont et Michel Vaucaire

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Le Goût des autres est un succès critique. En France, le film reçoit des critiques majoritairement élogieuses, le site Allociné proposant une note moyenne de 4,2 sur 5 à partir d'une interprétation de 21 critiques[20]. Aux États-Unis, le site Rotten Tomatoes soumet un score de 100 % et une note moyenne de 7,9 sur 10 pour un total de 58 critiques répertoriées[21]. Il dispose d'une synthèse plus basse mais également bonne sur le site Metacritic, avec un indice de satisfaction à 78 % basé sur 24 avis[22].

En France, Stéphanie Thonnet de Cplanet.com dit qu'il s'agit d'un « travail d'orfèvre »[23]. Sandra Benedetti de Ciné Live indique que le film est une « magnifique réussite » portée par des « acteurs épatants »[16]. Pour Claude Baignères du journal Le Figaro, le film est « un coup de maître ». Il précise que « tout sonne juste, les mots comme les cœurs »[13]. Pascal Mérigeau du Nouvel observateur trouve le film d'une « justesse sidérante, d'un esprit inimitable, qu'il transpire l'amour de l'autre, que les acteurs sont prodigieux ». Il conclut sa critique en indiquant que Le Goût des autres est pour lui un grand film[13]. Élisabeth Gouslan de L'Événement du jeudi loue le message du film qui est selon elle une « brillante satire contre l'exclusion » mais aussi contre « les dictatures idéologiques et sociologiques »[13]. Toujours pour L'Événement du jeudi, Florence Assouline indique que le film épingle « l'ostracisme culturel » car sa férocité « nous fait aussi prendre conscience que c'est de nous-mêmes que nous rions. »[13],[23]. Pour Jean-Marc Lalanne de Libération c'est un « éloge de la curiosité »[13]. Pour Fabrice Pliskin du Nouvel observateur, le film accomplit la prouesse de réconcilier « le public de TF1 et celui d'Ibsen »[13]. Annie Coppermann du journal Les Echos indique qu'il s'agit d'une « comédie, vacharde et enlevée, finalement émouvante »[23]. Pour Pierre Vavasseur du journal Le Parisien le film « apporte une vraie saveur nouvelle au cinéma français »[23]. Franck Garbarz de Positif indique que Jaoui évite « la théâtralité en dépit d'un scénario reposant largement sur les dialogues »[24].

Moins conquis, Bertrand Loutte des Inrockuptibles, indique que le film est bien joué et bien écrit mais manque de folie[25]. Pour Louis Skorecki de Libération, l'histoire est plaisante et sonne moins faux que d'autres scénarios Jaoui/Bacri comme Un air de famille ou On connaît la chanson[26]. Jacques Mandelbaum du journal Le Monde indique qu'il aurait encore plus apprécié le film si Agnès Jaoui « était parvenue à nuancer davantage »[23]. Emmanuel Burdeau des Cahiers du cinéma écrit l'une des critiques les plus négatives. En citant François Truffaut, il dénonce le film comme étant une œuvre qui privilégie le scénario plutôt que la mise en scène dans le seul but mercantile. Il parle même d'une « dictature du scénario »[24].

En Amérique du Nord, Peter Howell de Toronto Star trouve les personnages crédibles et les situations bien étudiées[21]. Terry Lawson de Detroit Free Press indique que le film « confirme que la France peut produire plus de bons films que n'importe quel pays du monde »[21]. Pour Kenneth Turan du Los Angeles Times les personnages sont amusants et captivants[21]. Stephen Holden du New York Times pense que le film permet de se lier intimement avec les personnages[21],[27]. Lou Lumenick du New York Post indique qu'il s'agit d'une comédie qui ouvre l'esprit et qui fait rire[21]. Lisa Schwarzbaum d’Entertainment Weekly trouve qu'à la fin du film nous sommes en admiration devant ces personnages forts[21],[28].

Box-office[modifier | modifier le code]

Le film est un succès au box-office avec 23 086 000 US$ de recettes pour un budget de 9 000 000 [2]. En France avec 3 859 000 entrées, le film se classe en septième position du box-office de l'année 2000 derrière la comédie française Taxi 2 (1re) mais devant les comédies Jet Set (25e) et Meilleur espoir féminin (33e)[29]. En Europe, il cumule notamment 504 778 entrées en Italie, 182 788 entrées en Espagne, 138 240 entrées en Suisse, 121 146 entrées en Pologne, 117 049 entrées en Allemagne, 106 298 entrées en Belgique et 99 562 entrées au Royaume-Uni[30]. À l’international le film se hisse seulement à la cent soixantième place annuelle en Amérique du Nord et à la deux cent dixième place au niveau mondial en 2000[31].

Résultats au box-office par région/pays
Pays Box-office
(2000)
Classement de l'année
(2000)
Monde Monde 23 086 000 US$ 189e
Drapeau de la France France 3 859 000 entrées 7e
Drapeau des États-Unis États-Unis 891 000 US$ 210e
Europe Europe 5 300 000 entrées[30]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Groupe de personnes tenant des prix dans leurs mains.
Anne Alvaro, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri parmi les lauréats de la 26e cérémonie des César (2001).

Lors de la 26e cérémonie des César du cinéma, le film est nommé dans neuf catégories et en remporte quatre dont celle du meilleur film et du meilleur scénario[32]. Le Goût des autres remporte aussi le prix David di Donatello du meilleur film étranger, le prix Lumières du meilleur film et l’Étoile d'or du meilleur film[33]. Le film est également nommé pour l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère[34].

Note : sauf mention contraire, les informations ci-dessous sont issues de la page Awards du film sur l'Internet Movie Database[33]. Ici sont listés les principaux prix.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Le film obtient les récompenses suivantes :
Année Cérémonie ou récompense Prix Lauréat(es)
2000 Festival des films du monde de Montréal Grand prix des Amériques
Festival du film de Cabourg Meilleur film
Prix du cinéma européen Meilleur scénariste Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui
2001 César du cinéma Meilleur acteur dans un second rôle Gérard Lanvin
Meilleure actrice dans un second rôle Anne Alvaro
César du meilleur film
Meilleur scénario original ou adaptation Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui
Étoiles d'or de la presse du cinéma français Meilleur premier film
Prix David di Donatello Meilleur film étranger
Prix Lumières Meilleur film
Meilleur réalisateur Agnès Jaoui
Meilleur scénario Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui

Nominations[modifier | modifier le code]

Le film obtient les nominations et sélections suivantes :
Année Cérémonie ou récompense Prix Nommé(e)s
2000 Prix du cinéma européen Meilleur film
2001 British Independent Film Awards Meilleur film en langue étrangère
César 2001 Meilleur acteur Jean-Pierre Bacri
Meilleur acteur dans un second rôle Alain Chabat
Meilleure actrice dans un second rôle Agnès Jaoui
Meilleur réalisateur Agnès Jaoui
Meilleur montage Hervé de Luze
Oscars du cinéma Meilleur film en langue étrangère
2002 Association des critiques de cinéma argentins Meilleur film en langue étrangère
Guldbagge Awards Meilleur film en langue étrangère

Analyse[modifier | modifier le code]

Thèmes[modifier | modifier le code]

Jaoui traite essentiellement du thème des préjugés et de l'exclusion[16],[35],[36]. La réalisatrice souhaite en effet combattre la dictature du « bon » goût en mettant à mal l'esprit de chapelles, le sectarisme et les ghettos[25],[12],[9]. Elle veut parler de l'exclusion et de la tendance à mépriser ceux qui ne nous ressemblent pas[7]. Jaoui ne le fait pas à travers le prisme des différentes classes sociales mais à travers le domaine des connaissances culturelles puisque le film présente un riche aspirant à être comme des pauvres qui lui sont supérieurs culturellement[37]. L'origine de ce mépris vient d'un instinct de l'homme qui consiste à rechercher son semblable et rejeter l'autre[36]. Il le fait à travers des petits milieux qui sont régis par des codes et des préjugés bien à eux[16]. Ils s'entrechoquent et se jaugent mais sans jamais s'interpénétrer[16]. Cette dénonciation des jugements peut être également illustrée par l'accueil critique du film lui-même. En effet, l'une des critiques les plus négatives émane des Cahiers du cinéma[24], un magazine qui se désintéresse en général des productions cinématographiques dites « populaires »[38]. Jaoui déniche également « les petits travers de nos comportements » pour « révéler qu'ils ne sont qu'entraves à notre liberté et à la vie en communauté »[7]. Il faut donc considérer les goûts des autres sans les rejeter[36]. Son message est également que seule l'émotion artistique peut bouleverser le déterminisme social[39].

La réalisatrice tente aussi de réconcilier le théâtre privé souvent connoté « populaire » et le théâtre subventionné jugé parfois comme « auteuriste »[25]. C'est notamment lors de la scène où Antoine se moque de l'inculture de Castella qu'elle prend à partie le spectateur en lui montrant l'arrogance des « théâtreux » face au « gentil beauf »[35]. Jaoui avoue « que cette humiliation, je l'ai subie, de même que, sans doute, je l'ai infligée »[35]. De l'autre côté, le père de Castella met le doigt sur le mépris inverse. Clara la star du théâtre subventionné est boudée par le théâtre privé et le cinéma. Peut-elle être vraiment une comédienne s'il ne l'a pas vue à la télévision[35]? Cette critique sociale du jugement est proche de celle que développe Pierre Bourdieu dans La Distinction (1979), un ouvrage sur les goûts et les styles de vies[35].

Les scénaristes se préoccupent de ne pas rendre les personnages monolithiques en esquivant la condescendance, la caricature, le cynisme ou le mépris[25]. Ils tentent d'explorer le « théâtre des sentiments » qui doit faire face au cynisme de l'argent qui cloisonne les gens et qui pousse l'amour à déserter le monde[26]. Castella apprend ainsi à s'affirmer, révéler ses goûts et ne plus subir ceux des autres[16]. Sans le savoir, il a besoin de passion et d'émotion[37]. Au contraire, Manie est en recherche d'amour mais se donne en se retenant pour finalement ne rien obtenir[16]. Clara, elle, découvre qu'il ne faut pas tout intellectualiser et éprouve à nouveau des sentiments grâce à la gentillesse et l'attention que cache Castella derrière sa personnalité parfois rugueuse. De son côté, Angélique est au début un personnage invivable qui étouffe les autres à travers ses goûts[27]. Elle finit cependant par comprendre qu'il faut parfois accepter les différences pour vivre pleinement une relation apaisée[27].

Classé comme étant une comédie dramatique, le film est en réalité une « comédie mélancolique »[25],[26] et même parfois une comédie romantique[40],[27]. En effet Castella est non seulement amoureux de Clara, mais aussi de ce qu'elle représente : la vie artistique. Il est comme Jack Nicholson dans Pour le pire et pour le meilleur (1997) quand celui-ci dit à Helen Hunt « Je t'aime parce que tu me donnes envie d’être un homme meilleur »[40]. Dans ces moments-là, le film de Jaoui devient également une réflexion sociologique sur l'attraction entre les opposés et explique les sentiments de chacun face à l'autre[27]. La réalisatrice présente et analyse les différentes raisons qui font que des couples se créent ou se séparent[27]. Elle démontre qu'il n'y a aucune certitude dans une relation amoureuse[41].

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Dessin d'un homme et d'une femme dans un salon.
Illustration de Christian Krohg de la première représentation de la pièce de théâtre d’Hedda Gabler d’Henrik Ibsen au théâtre Kristiania d'Oslo en 1891.

Le film aborde le domaine de la création[37]. Il met en scène essentiellement deux milieux artistiques, celui de la peinture et celui du théâtre. Au début du film Clara interprète le rôle-titre de la tragédie historique Bérénice (1670), de Jean Racine. À la fin c'est celui de la pièce norvégienne Hedda Gabler (1891) d’Henrik Ibsen[35]. Lors de la scène où Antoine se moque de l'inculture de Castella, la comédie Le Malade imaginaire de Molière est mise en opposition avec les écrivains et dramaturges August Strindberg, Stig Dagerman, Lars Norén, Werner Schwab, Tennessee Williams et la pièce Une maison de poupée d'Ibsen[20]. Contrairement au théâtre, Jaoui ne connait pas le monde de la peinture. Elle tire ses connaissances sur le sujet d'une de ses meilleures amies qui est peintre[9].

Le film est vu par certains critiques comme un nouveau souffle du cinéma français[13]. Le style de réalisation d'Agnès Jaoui est rapproché de celui de Claude Sautet pour sa « pertinente radioscopie de la société française »[13] et de celui d’Alain Resnais pour sa mise en scène « élégante »[42] et la « précision élégante du montage »[13]. Jean-Marc Lalanne évoque aussi une possible influence du film La Règle du jeu (1939) de Jean Renoir par sa thématique du rapprochement des classes sociales[13]. D'autres parallèles sont faits avec le cinéma de Sacha Guitry, Ernst Lubitsch, Joseph L. Mankiewicz et Woody Allen[13],[43]. Certains critiques évoquent également une ressemblance avec le film Magnolia de Paul Thomas Anderson sorti en France le même jour que Le Goût des autres[44].

Exploitation en vidéo et à la télévision[modifier | modifier le code]

Le film sort en VHS et en DVD le 7 février 2001 chez PFC Vidéo[45]. Cette édition comprend quelques photos de tournages et un entretien de onze minutes d'Agnès Jaoui[45]. Le film ressort en Blu-ray le 2 octobre 2013 chez TF1 Vidéo avec les mêmes éléments[42],[46]. Le film est diffusé pour la première fois à la télévision le à 20h38 sur Canal+[n 6]. Sa première diffusion sur une chaîne gratuite a lieu le sur France 2 à vingt-et-une heures[n 6].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le nom du film donne naissance à un concours de scénarios ouvert aux collégiens et aux lycéens qui soumettent un projet de court-métrage sur le thème Vivre ensemble dans la diversité et l'égalité. Le concours Le Goût des autres est subventionné par l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances et le ministère de la Culture[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La fontaine est visible lors d'une scène qui se déroule à l’extérieur du théâtre.
  2. Le film ne comporte aucune musique originale mais une sélection choix de musiques variées, allant du classique au jazz.
  3. Il s'agit du père de Jean-Pierre Bacri.
  4. Hervé de Luze était aussi le monteur d’On connaît la chanson.
  5. Il s'agit de la musique que Jean-Jacques Castella confond avec la chanson Juanita Banana interprétée par Henri Salvador.
  6. a et b L'Inathèque, qui conserve l'historique de tous les programmes télévisés des chaînes hertziennes françaises depuis 1995, dont la diffusion des longs métrages, permet de vérifier la manière dont a été programmé un film. Pour Le Goût des autres, la base de donnée récapitule 34 diffusions, dont 10 sur Canal+. Voir formulaire de recherche de l'Inathèque.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Valérie Lindon », sur bfi.org.uk (consulté le 4 octobre 2018).
  2. a et b « Le Goût des autres », sur jpbox-office.com (consulté le 16 aout 2018).
  3. a et b Christophe Carrière, « La petite boîte qui monte », sur lexpress.fr, (consulté le 19 juillet 2018).
  4. a b et c « Le Goût des autres : la recette du succès pour le tandem Agnès Jaoui – Jean-Pierre Bacri », sur première.fr, (consulté le 24 septembre 2018).
  5. (en) La Méthode sur l’Internet Movie Database.
  6. (en) Kennedy et moi sur l’Internet Movie Database.
  7. a b c et d Bissière et Singerman 2017, p. 312.
  8. a b c d e f g h et i Bissière et Singerman 2017, p. 313.
  9. a b c d e f et g Gwen Douguet, « Agnès Jaoui : Des goûts et des douleurs », Ciné Live, no 33,‎ , pages 70-72.
  10. (en) Un air de famille sur l’Internet Movie Database.
  11. a b c et d Bissière et Singerman 2017, p. 314.
  12. a b c d e f g et h Making of, documentaire inclus dans l'édition du DVD du film Le Goût des autres.
  13. a b c d e f g h i j k l m et n Bissière et Singerman 2017, p. 315.
  14. a b c et d « Le Goût des autres », sur l2tc.com (consulté le 23 juillet 2018)
  15. « Le Goût des autres (2000): Filming & Production », sur IMDb (consulté le 23 juillet 2018)
  16. a b c d e f et g Sandra Benedetti, « Le Goût des autres  », Ciné Live, no 33,‎ , page 44.
  17. Écrire un film : Scénaristes et cinéastes au travail, Les Impressions nouvelles, , 392 p. (ISBN 9782874496264)
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Bissière et Alan Singerman, Le Cinéma français contemporain : Manuel de classe, Hackett Publishing, , 430 p. (ISBN 9781585108619) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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