L'Esquive

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L'Esquive
Réalisation Abdellatif Kechiche
Scénario Abdellatif Kechiche et Ghalia Lacroix
Acteurs principaux
Sociétés de production Lola Films et CinéCinémas
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Durée 117 minutes
Sortie 2004

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Esquive est un film français réalisé par Abdellatif Kechiche, sorti en 2004. Le titre provient d'une réplique d'Arlequin dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, à l'acte III, scène 6.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un groupe d'adolescents d'une cité HLM répète, pour leur cours de français, un passage de la pièce Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux. Abdelkrim, dit Krimo, qui initialement ne joue pas dans la pièce, tombe amoureux de Lydia. Pour tenter de séduire celle-ci, il obtient le rôle d'Arlequin et entame les répétitions. Son caractère timide et maladroit s'avère être un frein à sa participation à la pièce ainsi qu'à l'aboutissement de ses projets avec Lydia.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Osman Elkharraz : Krimo
  • Sara Forestier : Lydia
  • Sabrina Ouazani : Frida
  • Nanou Benhamou : Nanou
  • Hafet Ben-Ahmed : Fathi, le meilleur ami de Krimo
  • Aurélie Ganito : Magalie, la petite amie de Krimo
  • Carole Franck : la prof de français
  • Hajar Hamlili : Zina
  • Rachid Hami : Rachid, l'Arlequin
  • Meryem Serbah : la mère de Krimo
  • Hanane Mazouz : Hanane
  • Sylvain Phan : Slam
  • Olivier Loustau, Rosalie Symon, Patrick Kodjo Topou, Lucien Tipaldi : les policiers
  • Reinaldo Wong : le couturier
  • Nu Du, Ki Hong, Brigitte Bellony-Riskwait, Ariyapitipum Naruemol, Fatima Lahbi

Analyse[modifier | modifier le code]

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Fils d'un détenu et d'une mère négligente, Abdelkrim dit Krimo est un jeune de banlieue attachant, mais qui traverse une crise d'adolescence. Il ne sait plus comment se positionner par rapport à sa bande de potes et à sa petite amie Magalie. Il aspire à autre chose, ce qu'il se représente symboliquement par des dessins de voiliers.

C'est à la suite d'une énième rupture avec Magalie qu'il assiste, par hasard, à une scène qui va peu à peu le bouleverser : Lydia négocie avec succès et culot l'achat d'une robe pour sa pièce de théâtre, auprès d'un intraitable commerçant de quartier. Dès lors, aussi inexplicablement qu'irrésistiblement, Krimo se sent attiré par cette camarade de classe qu'il connaît pourtant depuis toujours ; jusqu'à vouloir faire partie de son groupe de théâtre, malgré sa timidité naturelle, son aversion pour la lecture et l'interprétation, et les codes de son entourage qui tiennent le théâtre pour un loisir de femmelettes.

Mais n'est pas comédien qui veut, surtout lorsqu'il s'agit d'interpréter une pièce classique du XVIIIème siècle, Le Jeu de L'Amour et du Hasard de Marivaux. Krimo doit jouer le rôle d'Arlequin, amoureux d'une Lisette interprétée par Lydia. Si cette dernière néglige (ou feint de négliger) ce qui se révèle comme une mise en abyme de leur relation affective, et parvient à jouer son personnage en faisant fi de ses vrais sentiments, Krimo s'en montre incapable pour sa part, au point de renoncer rapidement au théâtre.

Son amour pour Lydia n'est pas condamné pour autant. En effet, Magalie, qui menaçait jusqu'ici Lydia de représailles si elle répondait aux avances de Krimo, en vient à rompre définitivement avec lui. Lydia n'a plus de raison d'esquiver les avances de Krimo.

Elle ne manque pas de le faire une dernière fois pourtant, mais qui peut l'en blâmer ? Certainement pas les piètres organisateurs de leur tête-à-tête, soit ses amies Frida et Nanou, et surtout Fathi, le meilleur ami de Krimo : ils ont arrangé une rencontre dans des conditions rocambolesques, en absence de toute intimité, dans une voiture volée de surcroît.

Finalement, la pièce se joue et obtient un franc succès. Sans Krimo, qui ne l'aura observée que partiellement et à l'écart, avant de repartir obscurément. Ravie pour sa part, délestée de la pression du jeu et de la représentation, ainsi que d'un sentiment de culpabilité à l'égard de Magalie, Lydia semble désormais disposée à s'entretenir avec son prétendant ; sitôt le spectacle terminé, elle cherche à le joindre, mais c'est autour de Krimo de l'esquiver.

Ce film s'inscrit dans la tradition du cinéma de Kechiche : Prédominance de la caméra portée, prédilection pour le cadrage intime ; tentative d'effacement du narrateur au profit du jeu des acteurs et de la signifiance de menus détails ; longues séquences, plans homogènes, simplicité du décor, quasi absence de musique de fond. En s'inspirant des codes thématiques, narratifs et stylistiques du film documentaire, le travail de réalisation obtient un effet de réalisme étonnant pour une œuvre de fiction.

L'Esquive se construit autour du personnage de Krimo. Les lieux du récit le concernent directement (son quartier, son école, son appartement) ou indirectement à travers ses amis. L'action se développe à partir de sa vie affective et de ses sentiments pour Lydia (désordre affectif, naissance puis évolution du sentiment amoureux) ; concrètement, la transformation de Krimo au cours du film, qu’il est lui-même incapable de comprendre et d’expliquer, fait l’objet d’analyses et de ragots de son entourage qui alimentent et dynamisent l’action. Les différents thèmes (l'amour, le théâtre, l’adolescence, la vie de banlieue, le langage, la violence...) rendent compte de la situation sociale et psychologique du héros (type et niveau d'éducation, valeurs sociales, nature et degré de conversation, introversion, sensibilité propre...) et de celle de l'entourage avec qui il interagit. Krimo est à l'origine ou partie prenante de nombreuses scènes tragi-comiques du film (macho sensible et amoureux malgré lui, garçon introverti qui s'essaie au théâtre, zonard de cité confronté au langage du XVIIIème siècle, déchéance progressive d’un caïd de banlieue…)

Les séquences se développent généralement à partir de rapports de force, de sorte qu’elles racontent de petites histoires dans la grande histoire. Ces rapports de force semblent voués à une explosion de violence, mais, à la surprise du spectateur, trouvent une issue tempérée (sauf la fois où, à l’étonnement du spectateur là encore, Fathi finit par agresser Frida). Le langage verbal, voire corporel, des jeunes de cité (les filles comprises) est souvent vulgaire, viril, agressif, même quand il s’agit d’exprimer de la tendresse et de partager de bons moments. C’est ce dont le spectateur se rend compte au fur et à mesure qu’il fait connaissance de Krimo et de ses amis, de sorte qu’il apprend (ou croit apprendre) à déceler l’universalité humaine derrière la violence conventionnelle des jeunes du quartier. Le point d’orgue de la transformation intellectuelle du spectateur survient lors de l’arrestation des adolescents : s’ils sont bien coupables du vol de la voiture, le spectateur peine toutefois à porter sur eux le même jugement que les policiers, plein d’incompréhension et de mépris. La poésie du film tient dans le fait que toutes les manifestations d’agressivité n’ont finalement pas déprécié, aux yeux du spectateur, l’humanité et les idéaux portés par ces jeunes livrés à leur sort.

De ce film qui se veut réaliste et soucieux de traiter nombre de problèmes de banlieue, il ressort chez le spectateur un optimisme inattendu, une envie d’y croire et d’espérer (à la différence d'autres films produits dans les années 2000 sur la vie des cités). La réalisation du film façon documentaire sert, paradoxalement, un parti pris de Kechiche sur la jeunesse des banlieues. Kechiche tente d’amener le spectateur à se faire une autre idée de la cité, à lui restituer, au-delà des apparences et des clichés, son irréductible humanité. Les jeunes de banlieue apparaissent dans leurs diversités, leurs contradictions, leurs bons et mauvais côtés (Krimo est un caïd romantique, Lydia, dont la faculté de manipulation contraste avec une hypersensibilité, se perd entre séduction et pudeur, témérité et anxiété, Fathi est un authentique voyou mais dont le sens de l’amitié se révèle sans faille, Frida témoigne une capacité tant de compassion que de cruauté…)  Du film documentaire, Kechiche en exploite la vocation pédagogique ; l’effacement du narrateur a pour conséquence de permettre aux jeunes de la cité de se présenter eux-mêmes (quelques plans, à cet égard, laissent volontairement voir les failles du travail cinématographique, les maladresses des comédiens recrutés en banlieue pour une bonne partie) ; ils semblent prendre la parole pour dire au spectateur : « Nous voici tels que nous sommes ; sommes-nous aussi caricaturaux et inhumains que vous vous représentiez ? » Dès lors, le titre polysémique de l’Esquive suggère, dans son sens général, l’idée d’une réalité complexe dont on se refuse à admettre la nature et l’existence.

Une question développée à partir de la pièce de Marivaux restera finalement non tranchée dans le film. Elle se pose en ces termes : Est-ce que les hommes sont fatalement prisonniers de leur condition sociale ? La révolution française nous a appris à répondre par la négative. En laissant la question en suspens, en faisant précéder la représentation finale de la pièce par la parabole des oiseaux en quête de sens existentiel et de paix sociale (une parabole jouée par la génération suivante d’enfants de la cité dont un petit Abdelkrim qui ne sait pas son texte), Kechiche interpelle directement le spectateur et la société française sur l’état des cités en termes de pacte républicain (liberté, égalité, fraternité).

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le tournage s'est déroulé dans le quartier de Franc-Moisin, à Saint-Denis avec des acteurs non professionnels.
  • Le film pourra éventuellement dérouter le spectateur par le langage des personnages, un langage typique de la banlieue, avec des déformations de mots, des onomatopées, etc. qui pourront rendre la compréhension difficile pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce type de langage.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]