Les Misérables (film, 2019)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Les Misérables
Description de cette image, également commentée ci-après
Logo du film.

Réalisation Ladj Ly
Scénario Giordano Gederlini
Ladj Ly
Alexis Manenti
Acteurs principaux
Sociétés de production SRAB Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre drame policier
Durée 102 minutes
Sortie 2019


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Misérables est un drame policier français coécrit et réalisé par Ladj Ly, sorti en 2019[1]. Il s'agit de son premier long métrage de fiction.

Nommé à l'Oscar du meilleur film étranger, le film reçoit quatre Césars, dont celui du meilleur film en 2020.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film commence par des images des Champs-Élysées où la foule fête la victoire de l'équipe de France à la coupe du monde de football en Russie, décrit comme un moment de fraternité provisoire[2].

Policier, Stéphane a quitté Cherbourg afin de se rapprocher de la mère de son fils et pour intégrer la brigade anti-criminalité de Montfermeil où il fait équipe avec Chris et Gwada. Lors de sa tournée quotidienne, le trio rencontre les personnes influentes du quartier. Stéphane, quant à lui, prend petit à petit ses marques, tandis que Chris le provoque, le met à l'épreuve et agit en caïd auprès de la population.

La journée est marquée par une altercation entre les gitans d'un cirque et les habitants de la cité. Un jeune Noir aurait volé le lionceau Johnny et leurs propriétaires menacent de représailles si le lionceau n'est pas rapporté dans les 24 heures. Le trio de la BAC s'interpose et Chris promet de s'occuper de l'affaire.

Durant leurs recherches, les policiers découvrent, sur un réseau social, des photos du lionceau dans les bras du jeune Issa, qu'ils retrouvent sur le terrain de football et qu'ils tentent d'interpeller ; mais une vingtaine de jeunes s'interposent et permettent à Issa de s'enfuir. Après une poursuite dans les rues de la cité, Issa est rattrapé et menotté. Mais les policiers sont à nouveau pris à partie et caillassés. Dans le feu de l'action, Gwada tire à bout portant au LBD sur Issa, le touchant à la tête.

Le trio réalise alors qu'un drone est en train de les filmer. Pour tenter d'étouffer l'affaire, Chris refuse d'emmener Issa à l'hôpital et ordonne de retrouver d'abord la vidéo. Ils se rendent chez un indic pour obtenir plus d'informations sur le propriétaire du drone, tandis que Stéphane va dans une pharmacie pour tenter de soigner Issa qui reprend peu à peu conscience. Chris parvient à identifier et retrouver le propriétaire du drone, un ado nommé Buzz. À leur arrivée, Buzz s'enfuit. Il se réfugie dans un restaurant kebab et confie la carte mémoire contenant la vidéo à Salah, le gérant du restaurant, délinquant repenti et Frère musulman, respecté dans la cité. Tandis que Chris essaie d'obtenir la carte par la menace et la force, Stéphane négocie avec Salah pour la récupérer. Invoquant un accident, il assure qu'Issa est hors de danger, et qu'un compromis est possible.

Le lionceau est repéré, retrouvé par la BAC et rendu au cirque, sain et sauf. Mais le gérant du cirque prend Issa et s'enferme avec lui dans la cage du lion. Stéphane met alors en joue le lion, menaçant de le tuer, pour assurer la protection d'Issa. Le gérant rend aux policiers Issa apeuré, qui a uriné dans son pantalon. Puis, le trio relâche Issa, Chris lui ordonnant de dire à son entourage qu'il s'est blessé tout seul en tombant. La journée s'achève et chacun rentre chez soi. Plus tard, Stéphane et Gwada se retrouvent dans un bar. Stéphane demande des comptes à Gwada sur la bavure. Gwada lui explique avoir paniqué, pété un câble et tiré sans réfléchir. Stéphane lui reproche de ne pas assumer sa responsabilité, mais néanmoins lui donne la carte contenant la vidéo.

Le lendemain, pendant leur tournée, les policiers remarquent qu'ils sont suivis de près par des jeunes. Après qu'un pétard de feu d'artifice a été tiré dans leur voiture, ils sortent et coursent les jeunes dans un immeuble. Mais un piège les attend : ils sont encerclés à un étage et essuient des jets de projectiles et de feux d'artifice. Malgré les tirs de grenade de désencerclement et de LBD, ils ne parviennent pas à s'échapper. Chris est blessé à l'œil par une bouteille, tandis que Stéphane tambourine à une porte d'appartement, espérant de l'aide. C'est, en fait, le logement de Buzz... Alors que l'on s'apprête à leur ouvrir, Issa arrive à l'étage supérieur, cocktail Molotov à la main, prêt à le lancer sur eux. Stéphane sort son pistolet et tente de le raisonner, le tenant en joue. Les deux semblent hésiter à passer à l'acte, sous le regard de Buzz, voyant la scène à travers le judas de la porte.

Le film s'achève alors sur une citation des Misérables de Victor Hugo[3] :

« Mes amis, retenez ceci :
il n'y a ni mauvaises herbes,
ni mauvais hommes,
il n'y a que de mauvais cultivateurs. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données IMDb.

Distribution[modifier | modifier le code]

Damien Bonnard, qui joue le rôle de Stéphane, un des policiers.

Production[modifier | modifier le code]

Genèse et développement[modifier | modifier le code]

Il s'agit du premier long métrage de Ladj Ly, qui avait œuvré auparavant dans le court métrage, notamment au sein de Kourtrajmé. Les Misérables est d'ailleurs l'adaptation d'un court métrage du même nom tourné en 2016 — avec certains acteurs également présents dans le long tel Djebril Zonga[5] — primé notamment au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand et nommé au César du meilleur court métrage en 2018[4].

Sources du scénario[modifier | modifier le code]

Le film est inspiré par des violences policières filmées par Ladj Ly[6].

Le à Montfermeil, deux policiers du commissariat de Gagny ont été poursuivis pour violences volontaires par dépositaire de l'autorité publique, avec arme et en réunion envers Abdoulaye Fofana, alors menotté, un étudiant en BTS de 20 ans, habitant la cité des Bosquets, à qui a été prescrit une incapacité totale de travail (ITT) de deux jours. Les policiers, placés sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer leur métier le , sont réintégrés dans la police le , mais n'ont pas le droit d'exercer en Seine-Saint-Denis et de porter une arme[7]. En , le parquet requiert six à huit mois de prison avec sursis pour les auteurs des coups et trois mois pour un troisième policier pour ne pas les avoir empêchés[8]. Le tribunal correctionnel de Bobigny condamne les deux policiers coupables de violences à quatre mois de prison avec sursis, ainsi qu'à verser 3 600 euros de dommages et intérêts à leur victime frappée à quatre reprises[9].

Développements ultérieurs[modifier | modifier le code]

Pour Ladj Ly, Les Misérables est le premier volet d'une trilogie sur la banlieue, qu'il souhaite réaliser avec la même équipe de production. Le second volet devrait être un biopic sur Claude Dilain, maire socialiste de Clichy-sous-Bois ; le troisième devrait se passer dans les années 1990[10].

Distribution des rôles[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage a lieu en été 2018, principalement à Clichy-sous-Bois et Montfermeil[4].

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Les Misérablese
Score cumulé
SiteNote
Allociné4.3 étoiles sur 5
Compilation des critiques
PériodiqueNote
La Croix5.0 étoiles sur 5[11]
CinéSéries4.0 étoiles sur 5[12]
Critikat2.0 étoiles sur 5[13]
  • En France, le site Allociné recense une moyenne des critiques presse de 4,35[14].
  • Le site d'actualité cinématographique CinéSéries, souligne le caractère marquant du film Ladj Ly manque un peu de finesse dans son discours mais nous assène un coup de poing qui ne peut laisser indemne.[15].
  • Pour Jean-Claude Raspiengeas de La Croix, Les Misérables est un coup de poing. Impressionnant à tous égards, il devient d'entrée un candidat sérieux pour la Palme d'or à Cannes. […] Quelle claque ! Cette décomposition, vécue de l'intérieur, d'une bavure policière à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) bouscule les idées reçues et plonge littéralement le spectateur au cœur de la complexité du réel[16].
  • Pour Yannick Vely de Paris Match, l'approche documentaire est d'ailleurs le point fort des Misérables. […] Oui, ce qui est montré dans le film est d'un réalisme qui devrait nous interroger[17].
  • Dans Le Monde, Véronique Cauhapé salue la virtuosité du réalisateur et apprécie le contraste du début du film sur la liesse collective après la victoire de l'équipe de France de football lors de la Coupe du monde de 2018 et l'enchaînement dramatique d'un contrôle de police qui dérape, jusqu'à une fin paroxystique[18].
  • Nicole Gabriel note dans Jeune Cinéma : Non seulement les prises de vue sont somptueuses, les mouvements de caméra dynamiques, les points de vue inhabituels, le montage extrêmement efficace, mais le casting est digne d’une production internationale[19].
  • Dans les Cahiers du cinéma, Stéphane Delorme note que le premier long métrage de fiction de Ladj Ly est un film urgent, brûlant, bouillonnant, mais aussi un film extrêmement dense qu'il faut déplier », ajoutant qu'il est aussi « passionnant  pour la tension qui le sous-tend, entre l'idée que la cité est un lieu comme un autre et l'idée que non […] Il faut lutter sur deux fronts : casser les clichés pour montrer que c'est un lieu comme un autre, et non un lieu au ban, que les gamins y sont les mêmes que partout[20].
  • Dans un ensemble de critiques très laudatives[21], Josué Morel de Critikat est plus nuancé[22] : Indéniablement, il manque quelque chose aux Misérables pour livrer une réflexion qui parviendrait à tenir sa complexité et à construire un regard nuancé sans passer par un aplanissement généralisé. Mais il faut reconnaître aussi qu’on n’attendait certainement pas que le film soulève autant de beaux problèmes ; et renvoie dans une note à De bruit et de fureur, de Jean-Claude Brisseau.

Sélections[modifier | modifier le code]

Le , le film est officiellement sélectionné pour représenter la France à l'Oscar du meilleur film international lors de la 92e cérémonie[23]. Le film faisait partie des dix films présélectionnés de la liste restreinte[24]. Le , cette sélection est officiellement confirmée.

Réactions politiques[modifier | modifier le code]

Le Journal du dimanche révèle qu'Emmanuel Macron a été bouleversé par la justesse des Misérables au point qu'il demande au gouvernement de se dépêcher de trouver des idées et d'agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers[25]. À quoi Jacques Dion, dans Marianne, répond qu'[Emmanuel Macron] n'a jamais entendu parler du plan Borloo sur les banlieues qu'il a lui-même enterré[26].

Des personnalités comme Jean-Louis Borloo soutiennent le film[27], et Valérie Pécresse écrit dans un tweet :

« Fière que la région ait soutenu #LesMiserables un film vrai sur la banlieue, qui nous alerte sur l'absolue nécessité d’un plan pour les banlieues qui fasse disparaître les quartiers ghettos, avec une vraie stratégie à dix ans ! »[27]

Le , alors que Les Misérables a été nommé à plusieurs Césars, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa déclare qu'elle est assez surprise qu'on porte aux nues quelqu'un qui manifestement a eu un comportement de la sorte[28], faisant référence à ses condamnations pour enlèvement et séquestration.

Box-office[modifier | modifier le code]

Le , avec près d'1,7 million d'entrées, Les Misérables devient le plus gros succès du Pacte !, la société qui distribue le film en France[30].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Misérables sur Allociné.
  2. « Les Misérables, au cœur du volcan de la banlieue », sur La Croix,
  3. « Les Misérables », sur wikisource.org (consulté le 25 décembre 2019)
  4. a b et c Carole Sterlé, « Montfermeil : Ladj Ly dans la cour des grands, à Cannes ! », sur Le Parisien, (consulté le 21 avril 2019).
  5. Djebril Zonga, jamais deux vies sans trois, Bondyblog.fr, 19 novembre 2019, par Nesrine Slaoui.
  6. « Cela va faire 15 ans que je filme ce territoire. Pendant cinq ans je faisais des "cop watch" où je filmais les policiers pendant leurs interventions, parce qu'il y avait beaucoup trop de violences. […] »

    — « Ladj Ly : "Mon film est un cri d'alarme. Attention, la prochaine révolution viendra des banlieues" » par Eva Bettan sur franceinter.fr, le 15 mai 2019.

  7. « Bavure de Montfermeil : les deux policiers réintégrés », sur nouvelobs.com, (consulté le 18 mai 2019).
  8. Émilie Guédé, « Bavure de Montfermeil : "Le procureur a défendu les policiers" », sur lesinrocks.com, (consulté le 18 mai 2019).
  9. Augustin Scalbert, « Bavure de Montfermeil : deux policiers condamnés », sur nouvelobs.com, (consulté le 18 mai 2019).
  10. « Ladj Ly confirme sa trilogie sur la banlieue », sur Ecran Noir, .
  11. « Cannes 2019 : « Les Misérables », de l’autre côté du périph », la-croix.com
  12. « Les Misérables : la haine attise la haine », cineserie.com
  13. « UN BEAU PROBLÈME », critikat.com/
  14. AlloCine, « Les Misérables: Les critiques presse » (consulté le 27 mai 2020)
  15. « Critique de Les Misérables (Film, 2019) », sur CinéSéries, (consulté le 27 mai 2020)
  16. Jean-Claude Raspiengeas, « Cannes 2019 : Les Misérables, de l'autre côté du périph », sur La Croix, (consulté le 16 mai 2019).
  17. Yannick Vely, « Les Misérables de Ladj Ly - la critique - Festival de Cannes », sur Paris Match, (consulté le 16 mai 2019).
  18. Véronique Cauhapé, « Festival de Cannes 2019 : “Les Misérables”, électrochoc sur La Croisette », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 18 mai 2019).
  19. Jeune Cinéma, no 395, été 2019.
  20. Cahiers du cinéma, no 760, novembre 2019, p. 7-9.
  21. Voir notes de la presse sur allocine.fr.
  22. Voir sur critikat.com.
  23. « Les Misérables de Ladj Ly représentera la France aux Oscars », sur leparisien.fr, consulté le 20 septembre 2019.
  24. « Oscars 2020 : Parasite, Douleur et Gloire, Atlantique et Les Misérables toujours dans la course », sur Ecran Noir, .
  25. Voir sur huffingtonpost.fr.
  26. « "Les Misérables", ce n'est pas (que) du cinéma » sur marianne.net, le 21 novembre 2019.
  27. a et b Voir sur actu.fr.
  28. « César 2020 : Marlène Schiappa ne fait "pas de différence" entre Roman Polanski et Ladj Ly », sur LExpress.fr, (consulté le 30 janvier 2020).
  29. JP-Boxoffice.com ; page du film Les Misérables, consulté le 29 décembre 2019.
  30. Le Pacte, « Le Pacte ! », sur twitter.com, réseau social, (consulté le 31 décembre 2019).
  31. Thomas Sotinel, « Festival de Cannes 2019 : la Palme d’or revient à « Parasite », le Grand Prix à « Atlantique » », sur Le Monde, (consulté le 26 mai 2019).
  32. « Le Prix CST de l’Artiste-Technicien 2019 », sur cst.fr, consulté le 15 septembre 2019.
  33. « Communiqué du jury du prix des cinémas Art et Essai », sur art-et-essai.org, consulté le 15 septembre 2019.
  34. « Festival de Deauville. Le film « Bull », d’Annie Silverstein, primé trois fois », sur Ouest France, (consulté le 14 septembre 2019).
  35. Festival du cinéma américain de Deauville 2019 - Palmarès

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]