Francesco Cossiga

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Francesco Cossiga
Portrait officiel de Francesco Cossiga.
Portrait officiel de Francesco Cossiga.
Fonctions
Sénateur à vie italien

(18 ans 3 mois et 20 jours)
Législature XIe, XIIe, XIIIe, XIVe,
XVe et XVIe
Président de la République italienne

(6 ans 9 mois et 25 jours)
Élection 24 juin 1985
Président du Conseil Bettino Craxi
Amintore Fanfani
Giovanni Goria
Ciriaco De Mita
Giulio Andreotti
Prédécesseur Sandro Pertini
Successeur Giovanni Spadolini
(intérim)
Oscar Luigi Scalfaro
Président du Sénat de la République

(1 an 11 mois et 12 jours)
Législature IXe
Prédécesseur Vittorino Colombo
Successeur Amintore Fanfani
Président du Conseil des ministres

(1 an 2 mois et 14 jours)
Président Sandro Pertini
Gouvernement Cossiga I et II
Législature VIIIe
Coalition DC-PSDI-PLI (1979-1980)
DC-PSI-PRI (1980)
Prédécesseur Giulio Andreotti
Successeur Arnaldo Forlani
Ministre de l'Intérieur

(2 ans 2 mois et 29 jours)
Président du Conseil Aldo Moro
Giulio Andreotti
Gouvernement Moro V
Andreotti III et IV
Prédécesseur Luigi Gui
Successeur Virginio Rognoni
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Sassari (Italie)
Date de décès (à 82 ans)
Lieu de décès Rome (Italie)
Nationalité italienne
Parti politique Démocratie chrétienne
Diplômé de Université de Sassari
Profession Professeur de droit
constitutionnel
Religion Catholicisme romain

Francesco Cossiga
Présidents de la République italienne

Francesco Cossiga[1], né le à Sassari, au nord-ouest de la Sardaigne, et mort le à Rome, est un homme d'État italien issu des rangs de la Démocratie chrétienne (DC) et président de la République italienne de 1985 à 1992.

Professeur de droit constitutionnel à l'université de Sassari, il entame sa carrière politique en 1958, après avoir été élu député sous les couleurs de la DC. Entré au gouvernement en 1974, il devient ministre de l'Intérieur deux ans plus tard, gagnant à ce poste la réputation d'un « homme fort » réprimant les manifestations publiques mais l'enlèvement suivi du meurtre du démocrate-chrétien Aldo Moro, qu'il n'a pu empêcher malgré sa fermeté, le contraint à quitter le gouvernement.

Désigné président du Conseil en 1979, il dirige une fragile coalition gouvernementale centriste finalement démise un an plus tard, faute d'une majorité stable au Parlement, mais fort de l'appui de son parti, il est élu président du Sénat en 1983.

En 1985, alors âgé de 56 ans, il est largement élu président de la République italienne à l'issue d'un tour unique pour un septennat. D'abord en retrait, il intervient de plus en plus régulièrement tout au long de son mandat en ayant une lecture plus personnelle du rôle du chef de l'État prescrite par la Constitution mais, contesté aussi bien par l'opinion que par les partis, il démissionne quelques semaines avant la fin prévue de son mandat.

Devenu sénateur à vie, il ne quitte pas la scène politique et devient une figure éminente et respectée du centre de l'échiquier politique malgré des déclarations qui susciteront la polémique jusqu'à sa mort, en 2010.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses débuts politiques[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de la haute bourgeoisie sarde de tradition laïque, républicaine et antifasciste orientée vers la gauche modérée[2], Francesco Maurizio Cossiga naît le à Sassari. Sorti diplômé du lycée alors qu'il est âgé de seize ans, il rejoint dès l'année suivante les rangs de la Démocratie chrétienne tout en entamant des études de droit à l'université de Sassari. Après trois premières années, il obtient son diplôme et devient, à dix-neuf ans, assistant ordinaire puis professeur associé à la faculté de droit de cette même université.

Sans interrompre ses travaux universitaires, il cultive un réseau d'amitié qui l'amène à se tourner progressivement vers un engagement politique plus accru au sein de la DC : d'abord proche d'Antonio Segni, puis principal lieutenant de Paolo Emilio Taviani, homme politique très pragmatique qui fut à plusieurs reprises ministre, Francesco Cossiga rejoint finalement l'aile progressiste de son parti, dont le chef est Aldo Moro. Il fait partie des « jeunes Turcs » (giovani turchi), génération de jeunes hommes politiques qui obtiennent de façon inattendue la direction de la Démocratie chrétienne dans la province de Sassari en 1956.

En 1960, Cossiga épouse Giuseppa Sigurani, avec laquelle il a deux enfants prénommés Anna Maria et Giuseppe ; ce dernier, né en 1963, suivra le chemin de son père et mènera, sous les couleurs du centre-droit, sa propre carrière politique.

Ministre de l'Intérieur[modifier | modifier le code]

Constamment élu député pour la circonscription de Cagliari-Sassari à partir de 1958, il voit sa carrière politique prendre de l'importance lorsqu'il nommé, au mois de , secrétaire d'État au ministère de la Défense en charge des services secrets. Toutefois, il n'entre pleinement au gouvernement que le en devenant ministre sans portefeuille chargé de l'Organisation de l'Administration publique sous les ordres d'Aldo Moro.

Le , Francesco Cossiga est nommé ministre de l'Intérieur dans le cinquième gouvernement Moro ; il conserve ce poste dans les troisième et quatrième gouvernements de Giulio Andreotti dont il devient un allié et un ami personne au sein de la DC.

Au cours de son séjour au palais du Viminal, siège du ministère, il restructure la police italienne, la protection civile et les services secrets notamment pour lutter contre le terrorisme. Son pragmatisme et sa fermeté, résolue contre les groupuscules d'extrême-gauche, lui valent d'être considéré comme « l'homme fort » des gouvernements auxquels il appartient d'autant que c'est le début, pour Cossiga, d'une série d'événements qui auront un impact réel sur sa carrière politique.

Les émeutes de 1977[modifier | modifier le code]

Véhicule blindé à Bologne, en 1977.

En 1977, la ville de Bologne est en proie à de violentes manifestations provoquées par la mort, le 11 mars, d'un jeune militant d'extrême-gauche, Francesco Lorusso, ayant appartenu au mouvement radical Lotta Continua, tué d'une balle par un officier de police lors d'un mouvement qui devait provoquer la dispersion de partisans de l'organisation de droite Communion et Libération, réunis ce matin-là à l'université de Bologne. Chargé de rétablir l'ordre, Cossiga fait envoyer des véhicules blindés pour encercler la zone universitaire afin d'amoindrir une éventuelle guérilla en préparation. Le conflit opposant les forces de l'ordre aux manifestants sera très violent et impliquera de nombreuses victimes, dont certaines n'auront pourtant pas pris part au mouvement.

Le , la ville de Turin est elle-même le théâtre d'une violente manifestation d'ex-militants de Lotta Continua qui s'en prennent au siège du Mouvement social italien (MSI), parti d'extrême-droite, puis au bar L'angelo azzuro, habituellement fréquenté par de jeunes militants de droite. Le lancement de deux cocktails Molotov coûtent néanmoins la vie de l'étudiant Roberto Crescenzio, pourtant apolitique ; sa mort sera plus tard qualifiée de « tragique accident » par l'un des meneurs du mouvement révolutionnaire. Cossiga lui-même utilise cet épisode pour justifier la dissolution, prononcée un an plus tôt, de l'organisation.

L'enlèvement d'Aldo Moro[modifier | modifier le code]

Le , Aldo Moro est enlevé à Rome par un commando dépêché par les Brigades rouges, quelques heures avant que le nouveau gouvernement de Giulio Andreotti ne se présente devant les députés à l'occasion d'un vote de confiance.

Très rapidement, Cossiga décide de mettre en place deux « comités de crise » impliquant le commandement suprême des forces de police, les Carabinieri, la Guardia Di Finanza ainsi que les directeurs récemment nommés du SISMI et du SISDE. Les renseignements militaires sont également sollciités par le ministre de l'Intérieur qui tient à gérer personnellement la situation.

Refusant farouchement de négocier avec les ravisseurs qu'il traite de « terroristes » et déterminé à ne pas fléchir, Cossiga ne peut éviter la mort de Moro, dont le cadavre est retrouvé le dans le coffre d'une voiture via Caetani, à Rome, à l'issue d'une captivité longue de cinquante-cinq jours. Deux jours plus tard, s'estimant pleinement responsable de ce qu'il considère comme un fiasco, il démissionne et fait savoir qu'il se déclare « politiquement mort »[3]. Pour de nombreux commentateurs, l'affaire Moro sonne alors le glas de sa carrière politique.

Président du Conseil[modifier | modifier le code]

Formateur du gouvernement[modifier | modifier le code]

À la suite des élections générales anticipées du , Francesco Cossiga est pressenti pour former le prochain gouvernement. Il doit toutefois attendre le 4 juillet suivant pour être désigné formateur par le chef de l'État, Sandro Pertini.

Après plusieurs semaines de tractations, il parvient à former un exécutif réunissant la DC, le Parti social-démocrate italien (PSDI) et le Parti libéral italien (PLI), avec deux ministres, l'économiste Franco Reviglio della Veneria et l'éminent juriste Massimo Severo Giannini, issus de la société civile mais proches du Parti socialiste italien. Le nouveau gouvernement prête serment le devant le président Pertini et Cossiga, à cinquante-et-un ans, succède à Giulio Andreotti, lui-même démocrate-chrétien, comme président du Conseil des ministres.

Afin de s'assurer une majorité plus stable, il élargit la coalition et forme, le , un second gouvernement, avec le Parti socialiste italien (PSI) et le Parti républicain italien (PRI).

L'attentat de la gare de Bologne[modifier | modifier le code]

Dans la matinée du , la gare de Bologne est frappée par un grave attentat qui fait 85 morts et des centaines de blessés. Le président du Conseil, qui se rend sur place, évoque un possible accident dû à l'explosion d'une vieille chaudière située au sous-sol de la gare mais les investigations menées sur les lieux du drame rendent caduque cette version et la polémique prend forme quant à une éventuelle dissimulation, par le gouvernement, des faits établissant qu'il s'agissait effectivement d'un attentat.

La responsabilité de cet attentat est immédiatement impliquée à des néo-fascistes, d'après le quotidien de gauche L'Unità, ce que confirme Cossiga dans les jours suivants au cours d'une intervention d'urgence au Sénat : « Contrairement au terrorisme de gauche, qui veut frapper le cœur de l'État et atteindre ses représentants, le terrorisme noir préfère commettre le massacre car il favorise la panique et les réactions impulsives » explique le président du Conseil.

Chute du cabinet[modifier | modifier le code]

Autrefois très respecté par le Parti communiste italien, ses relations avec le principal parti d'opposition se dégradent rapidement. Le juge d’instruction de Turin qui mène une enquête sur des faits de terrorisme d’extrême gauche obtient des déclarations de la part d'un prévenu, selon lequel le président du conseil aurait mis au courant le vice-secrétaire se la Démocratie chrétienne, le très influent Carlo Donat-Cattin, de l'imminent arrestation de son fils Marco, gravement impliqué. Par conséquent, le PCI demande au parlement la mise en état d'accusation du chef du gouvernement, une première dans l'histoire de la République italienne.

La Chambre des députés et le Sénat réunis rejettent la demande et l'affaire est classée, mais Cossiga remet sa démission dès le 28 septembre, à la suite du rejet de son budget au Parlement. Arnaldo Forlani lui succède vingt jours plus tard.

Président du Sénat[modifier | modifier le code]

Blessé, pour la deuxième fois dans sa carrière politique, après sa démission il décide de prendre un peu de recul. Aux élections générales anticipées du 26 juin 1983 il se présente au Sénat de la République, auquel il est élu en Sardaigne.

Le 12 juillet suivant, il est porté à la présidence de la chambre haute dès le premier tour, par 280 voix sur 315, contre 18 à Araldo di Crollalanza, du Mouvement social italien-Droite nationale (MSI). Il succède alors à Vittorino Colombo, éphémère président du Sénat également issu de la DC.

Président de la République[modifier | modifier le code]

Le président Francesco Cossiga, dans son bureau au palais du Quirinal.

Le , Francesco Cossiga est élu chef de l'État dès le premier tour de scrutin, avec une très forte majorité de 752 voix pour 977 votants, même les élus du Parti communiste italien ayant voté pour lui. Le président sortant, le socialiste Sandro Pertini, renonce à ses fonctions le 29 juin, sans attendre la fin de son mandat. En tant que président du Sénat, Francesco Cossiga assure l'intérim à la présidence de la République italienne jusqu'à son investiture, le . Il devient alors, à 56 ans, le plus jeune président de la République italienne.

Exerçant d'abord sa nouvelle fonction de manière honorifique comme c'est la tradition, Cossiga multiplie ensuite les déclarations (« esternazioni ») fracassantes à la presse et à la télévision. À partir de 1990, il prend ses distances vis-à-vis de la Démocratie chrétienne. Il démissionne de son poste en avril 1992, deux mois avant la fin de son mandat, pour protester contre certains aspects du système politique italien (il dénonce les combines politiques, le système des partis et défend un régime présidentiel), souhaitant laisser la place à un « président fort », directement élu par les citoyens italiens au suffrage universel direct[4].

Sénateur à vie[modifier | modifier le code]

Le Monument à Victor-Emmanuel II avec les Tricolore en berne le jour du décès de Cossiga.

Jusqu'à sa mort, Francesco Cossiga est ensuite sénateur à vie en tant qu'ancien président de la République. En 1998, il fonde un nouveau parti centriste, l'Union démocratique pour la République (UDR), qui soutient le gouvernement dirigé par l'ancien communiste Massimo D'Alema puis Silvio Berlusconi[5] et disparaît rapidement du paysage politique. Se déclarant catholique indépendant, ses prises de position et déclarations, toujours très virulentes, font régulièrement la une des journaux, ce qui lui vaut le surnom de « picconatore » (celui qui donne des coups de pic tous azimuts)[5],[6].

Durant l'été 2010, Francesco Cossiga est hospitalisé à l'hôpital Gemelli de Rome à la suite de problèmes cardiaques et respiratoires[7]. Alors que son état de santé s'améliorait progressivement, il meurt d'un arrêt cardio-circulatoire le [4]. Dans une lettre au président du Sénat, peu avant sa mort, il écrit :

« […] à cet instant où le Dieu tout-puissant, auquel j’ai cru et dont j’ai confessé la vérité, va prononcer son jugement sur ma vie, ainsi que sur la justice et la charité que j'ai pratiquées, je proclame ma foi religieuse dans la Sainte Église catholique et je confirme ma foi citoyenne dans la République, communauté d’hommes libres et égaux, et dans la Nation italienne qui en elle a réalisé sa liberté et son unité[8]. »

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ce livre est une biographie de Francesco Cossiga publiée après son décès.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En italien, son nom de famille est généralement prononcé [kos'siga]; mais on sait que la prononciation originelle est ['kɔssiga], avec l’accent sur la première syllabe : il s’agit d’un nom sarde qui veut dire Còrsica, c’est-à-dire Corse (source).
  2. Parmi ses cousins Enrico Berlinguer, le futur secrétaire national du PCI.
  3. « Décès de l'ancien président italien Francesco Cossiga », Le Nouvel Observateur, 17 août 2010.
  4. a et b « Décès de l'ancien président italien Francesco Cossiga », dépêche AFP, 17 août 2010.
  5. a et b « La mort de Francesco Cossiga, électron libre de la politique italienne », La Croix, 17 août 2010.
  6. Le quotidien italien Corriere della Sera publie dans sa version en ligne du 30 novembre 2007 sa prise de position, selon laquelle les attentats du 11 septembre 2001 n'ont pas été réalisés par Al-Qaïda mais planifiés et réalisés par la CIA et le Mossad avec l'aide du « monde sioniste ». Voir (it) « Osama-Berlusconi? “Tappola giornalistica” dans le Corriere della Sera du 30 novembre 2007.
  7. (it) « I medici: Cossiga grave ma in condizioni stabili », Corriere della Sera, 11 août 2010.
  8. (it) La disparition de Francesco Cossiga.

Liens externes[modifier | modifier le code]