Louis-Frédéric Ménabréa

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Louis-Frédéric Ménabréa
(it) Luigi Federico Menabrea
Illustration.
Portrait en pied du général Menabrea (Lithographie de 1861, éd. Perrin).
Fonctions
Président du Conseil des ministres d'Italie

(2 ans, 1 mois et 17 jours)
Monarque Victor-Emmanuel II
Prédécesseur Urbano Rattazzi
Successeur Giovanni Lanza
Biographie
Nom de naissance Luigi Federico Menabrea
Date de naissance
Lieu de naissance Chambéry (Département du Mont-Blanc, France)
Date de décès (à 86 ans)
Lieu de décès Saint-Cassin (Savoie, France)
Nationalité italienne
Religion Catholique

Louis-Frédéric Ménabréa
Présidents du Conseil italien

Le général comte Louis-Frédéric Ménabréa (en italien Luigi Federico Menabrea), né le et mort à Saint-Cassin le , premier marquis de Valdora (ou Val Dora), était un diplomate et homme d'État italien.

Il eut également une carrière reconnue comme mathématicien et ingénieur militaire. Il est l’un des fondateurs de l’école moderne de géométrie différentielle italienne. En théorie mathématique de l'élasticité, son nom reste attaché au théorème de l'énergie complémentaire, qui caractérise un solide en équilibre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et famille[modifier | modifier le code]

Louis-Frédéric Ménabréa naît le à Chambéry[1],[2],[3], soit dans la maison familiale dite château du Lambert, à Bassens, dans la banlieue de Chambéry[4]. Il est le fils d'Octave Ménabréa et de Marguerite Pillet[5],[6]. Son père est avocat, mais il s'engage contre les révolutionnaires français comme commandant de la Garde nationale de Châtillon, s'opposant notamment aux troupes françaises en 1801[5],[1],[1]. Il se réfugie, à la suite de la seconde insurrection anti-jacobine des « Socques », en Savoie et s'installe à Chambéry[5]. Les Ménabréa, parfois écrit sous la forme Ménèbre, sont originaires de Verrès en Val d'Aoste[1], où son grand-père, Georges Ménabréa, est notaire[5]. Sa mère, Marguerite Pillet, est la fille du docteur Amédée Pillet, issu d'une famille de notables savoyards[5],[6]. Les deux familles possèdent une tradition catholique marquée dont il sera l'héritier[5].

Il est le frère cadet de Léon (1804-1857), qui effectue une carrière de magistrat et de poète en Savoie, et de Maria-Élisa, qui épouse le comte Gaspard Brunet, intendant général à Gênes et député du duché[6],[5].

Louis-Frédéric Ménabréa épouse Carlotta Richetta di Valgoria[7]. Ils ont trois enfants, deux garçons, Octave et Charles, ainsi qu'une fille[7].

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Il passe son enfance entre la demeure de Chambéry et la maison de campagne de Bassens[1],[2].

Membre de la société bourgeoise de l'ancienne capitale du duché de Savoie, il entre à l'âge de 8 ans au Collège Royal de la ville, dirigé par les Jésuites[4],[2], où il est externe[8]. Il reçoit notamment les enseignements de l'abbé Louis Rendu, professeur de physique et futur évêque d'Annecy, qui l'initie aux sciences[4], et de Georges-Marie Raymond[2], professeur d'histoire-géographie. Le duché ne disposant pas d'une institution universitaire, âgé de 18 ans, il part pour Turin et intègre la Faculté en mathématiques[4],[9]. Il semble surmonter assez facilement son handicap de ne pas parler l'italien[2]. Comme le souligne le professeur Paul Guichonnet : « C'est dans sa langue maternelle que Ménabréa publia ses travaux scientifiques et que, jusqu'à la cession de la Savoie à la France, il prendra la parole à la Chambre des Députés »[2].

Il suit notamment les cours du professeur de mathématiques Giovanni Antonio Amedeo Plana[4], issu de la tradition de l'École polytechnique[2]. Le professeur Plana remarque assez rapidement le jeune Ménabréa[2]. Il fréquente notamment lors de son séjour turinois d'autres savoyards dont Jean-François Borson[2], futur général et qui fera l'éloge de son ancien camarade devant l'Assemblée de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie dans les séances des 6 juillet et 6 août 1896[9].

Au bout de quatre années, il obtient le sa licence en hydraulique, puis l'année suivante celle en génie civil[4],[10]. Devenu ingénieur, il intègre le corps royal du génie militaire[9], à la suite d'une loi rendant possible le passage des diplômés de l'enseignement supérieur aux armes[10]. Il reçoit le , le brevet royal de lieutenant[10].

Début de carrière d'un militaire, enseignant et chercheur[modifier | modifier le code]

Devenu ingénieur militaire, sa première affectation l'amène en Vallée d'Aoste, au fort de Bard[10]. Il succède à Camillo Cavour, acteur majeur de l'unité italienne, qui vient de quitter l'armée[10]. Après passé des thèses, avec pour directeur le professeur Plana, il devient « docteur collégié », au cours de l'année 1835 à la Faculté de Turin[10]. Il enseigne également à l’École militaire de Turin et à l' École d'Application d'Artillerie et du Génie[10].

Par ses écrits et son enseignement, il fait connaître les travaux de Charles Babbage sur le calcul automatique[11] et de Castigliano sur la résolution des structures élastiques. Toutefois, concernant ce dernier sujet, une polémique s’est élevée du vivant même de Menabrea, celui-ci s’étant approprié l’énoncé du théorème de Castigliano, décédé prématurément. Il s'agit d'une application du principe de moindre action aux réseaux de poutres, dont il publia l'énoncé dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences sous le titre de « Nouveau principe sur la distribution des tensions dans les systèmes élastiques[12] ». En 1868, il fit paraître une démonstration de ce principe dans un article intitulé « Études de Statique Physique – Principe général pour déterminer les pressions et les tensions dans un système élastique » et deux ans plus tard, s'appuyant sur la mécanique analytique de Lagrange, il donna avec Joseph Bertrand la première preuve complète de cet énoncé. Aujourd’hui, l’appellation théorème de Menabrea est réservée à la formulation par l’énergie complémentaire, qui permet de calculer les forces dans une structure hyperstatique[13].

Le , par lettres de noblesse du roi Charles-Albert de Sardaigne, il est anobli avec son frère[14]. Le roi lui accorde la qualité de « nobil uomo » en 1844[15].

L'avancement étant relativement lent dans l'armée sarde, il ne devient capitaine qu'en 1846, à l'âge de 37 ans[10]. Au cours de cette période de paix en Europe, il est plus professeur qu'officier[10].

Homme politique[modifier | modifier le code]

Louis-Frédéric Ménabréa s'engage en politique et est élu à la Chambre des députés du parlement du royaume de Sardaigne à Turin. Il devient représentant du collège de Saint-Jean-de-Maurienne pour les IIe (janvier 1849), IIIe (juillet 1849), IVe (décembre 1849), Ve (décembre 1853) et VIe législatures (novembre 1857)[16]. Député libéral, il siège cependant aux côtés du démocrate Lorenzo Valerio en 1848, puis avec les conservateurs avant d'opter en 1860 pour l'Italie[16].

Lorsque la Savoie est réunie à la France, en 1860, il fait le choix de devenir sarde, puis italien[17],[18], comme quelques compatriotes (Louis Pelloux, Germain Sommeiller), « par attachement au libéralisme cavourien ou par soucis de préserver [une] carrière »[19].

Il devient ministre de la Marine (1861 – 62), puis ministre des Travaux publics (1862 – 64). En 1867, il devient président du Conseil puis reconstitue un cabinet en 1869 avant de quitter cette fonction la même année.

Louis-Frédéric Ménabréa présente sa démission le [20].

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Avec cette démission, Louis-Frédéric Ménabréa ne retrouve pas la charge Premier aide de camp du roi qu'il occupait, de même il n'a aucune affectation à un poste militaire[21]. Il redevient donc sénateur[21].

La capitale du royaume est transférée de Florence à Rome, le , après la prise de celle-ci 5 mois auparavant. Le sénateur Ménabréa vote la Loi des Garanties[21].

Déjà anobli en 1843, il est fait par le roi marquis de Valdora (ou Val Dora), le [21]. Le roi rappelle ainsi que dans sa carrière d'ingénieur, il avait fortifié la ligne de la Doire (en Piémont), en 1859[21],[22].

Le cabinet de Marco Minghetti, le choisit, peu avant sa fin, pour devenir l'ambassadeur au Royaume-Uni, en avril 1876[21]. Il reste en poste pendant plus de six années[21]. Il termine sa carrière comme ambassadeur d'Italie à Paris de 1882 à 1892 où il succède au général démissionnaire Enrico Cialdini.

Le , il devient ambassadeur d'Italie en France[23]. Il doit gérer ainsi l'entente entre Paris et Rome dans un contexte de tensions tant économique que politique, notamment en lien avec la création de l'alliance entre l'Allemagne, l'Autriche et le royaume d'Italie, dite Triplice[23]. Son poste se termine en février 1891[24].

Son second fils, Charles, attaché honoraire à l'ambassade d'Italie à Paris, afin de pouvoir divorcer de son épouse infidèle, se fait naturaliser français, puisque la procédure n'existe pas en Italie[24]. Son père s'en trouve affecté et l'affaire est exploitée dans un contexte de scandales de corruption[24]. Il semble que le roi soit intervenu pour qu'on le laisse terminer sa mission à Paris[24].

Scandale et retour Savoie[modifier | modifier le code]

Louis-Frédéric Ménabréa se trouve entaché par des parts qu'il possède dans une compagnie liée à Cornelius Herz, impliqué dans le scandale de Panama[24]. D'ailleurs, il semble que le vieux diplomate ait également été en affaires avec Herz d'après Giovanni Giolitti[24]. Selon ce dernier, le comte Ménabréa aurait joué un rôle dans la décoration de Herz de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare (promotion qui sera par la suite annulée) et qu'il lui aurait vendu une propriété qu'il possédait à Tresserve, sur les bords du lac du Bourget[24]. Ces accusations se diffusent dans la presse et le général Ménabréa demande à ce qu'une enquête soit diligentée afin de clarifier la situation[24]. La presse italienne, recevant de sources bien informée, s'acharne sur les liens et le rôle de Louis-Frédéric Ménabréa auprès de Herz[24]. Toutefois, il s'avère que « Ménabréa avait, de 1887 à 1891, adressé trois rapports à Rome, pour qu'on ne donnât rien à Herz » laissant apparaître le rôle décisif de Francesco Crispi dans toute cette affaire[24]. L'affaire est finalement étouffée par le roi, ne laissant pas publié un démenti au général Ménabréa[24].

Affaibli par tant par le divorce de son fils que de l'affaire Herz, il retourne s'installer en Savoie[25]. Il se retire dans sa demeure de Saint-Cassin, dans la proche banlieue de Chambéry[25].

Louis-Frédéric Ménabréa meurt le , à l'âge de 86 ans[9].

Le gouvernement italien envoie une mission pour la cérémonie des obsèques, dirigée par le général Ettore Pedotti[25], qui fait un discours, accompagné de représentants des trois armes et d'un haut fonctionnaire de la Maison Royale[25], tout comme l'ambassadeur italien, le comte Giuseppe Tornielli Brusati di Vergano[26]. Le Maire de Chambéry intervient également[26]. L'Etat français est représenté par le Gouverneur militaire de Lyon[25].

Sociétés savantes[modifier | modifier le code]

Les travaux et la notoriété de Louis-Frédéric Ménabréa lui permettent d'intégrer les portes de nombreuses sociétés savantes, dont la Société italienne des sciences dites des quarante ou encore l'Académie des Lyncéens en 1873[15].

Il devient membre de l'Académie royale des sciences de Turin, et il est élu en 1839 à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, avec pour titre académique Agrégé[17], puis Effectif (titulaire) le [17],[27]. Il est également membre correspondant de l'Académie des Sciences en France, en correspondant (section d'Economie rurale), 1809[15].

Il est fait docteur honoris causa des universités d'Oxford et de Cambridge[15].

Décorations[modifier | modifier le code]

Louis-Frédéric Ménabréa a été décoré de plusieurs ordres savoyards, italiens ou étrangers[28] :

Décorations italiennes[modifier | modifier le code]

Décorations étrangères[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Notions sur la machine analytique de M. Charles Babbage (1842), Bibliothèque universelle de Genève, 41, en ligne et commenté sur BibNum.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Borson 1902, p. 71.
  2. a b c d e f g h et i Guichonnet 1998, p. 64.
  3. Michel Germain, Personnages illustres des Savoie, Autre Vue, , 619 p. (ISBN 978-2-9156-8815-3).
  4. a b c d e et f Baldini 1998, p. 51.
  5. a b c d e f et g Guichonnet 1998, p. 63.
  6. a b et c Albert Albrier, Les naturalisés de Savoie en France de 1814 à 1848, Chambéry, Impr. d'A. Bottero, , 224 p. (lire en ligne), p. 60.
  7. a et b Guichonnet 1998, p. 66.
  8. Borson 1902, p. 72.
  9. a b c et d Borson 1902, p. 67.
  10. a b c d e f g h et i Guichonnet 1998, p. 65.
  11. . On peut considérer ses "Notions sur la machine analytique de M. Charles Babbage" (1842) comme la première publication en informatique. Consacrée au calculateur programmable par cartes perforées de Charles Babbage, la publication contient des organigrammes de calcul. On connaît mieux la traduction très augmentée qu'en donna par la suite Ada Lovelace, conseillée par Charles Babbage lui-même.
  12. Comptes rendus, 1858.
  13. Le théorème de Menabrea énonce que l'énergie potentielle élastique d'un solide déformable en équilibre est minimale pour toute variation des contraintes statiquement admissibles.
  14. Henri Arminjon, De la noblesse des sénateurs au souverain sénat de Savoie, Gardet, Annecy, 1977, p. 74.
  15. a b c et d Guichonnet 1998, p. 68-69.
  16. a et b André Palluel-Guillard (dir.), La Savoie de la Révolution française à nos jours, XIXe-XXe siècle, Ouest France Université, , 626 p. (ISBN 2-85882-536-X), p. 106-126, notamment p. 111, 113.
  17. a b et c Borson 1902, p. 68.
  18. Guy Gavard (préf. Paul Guichonnet), Histoire d'Annemasse et des communes voisines : les relations avec Genève de l'époque romaine à l'an 2000, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », , 439 p. (ISBN 978-2-8420-6342-9, lire en ligne), p. 211.
  19. André Palluel-Guillard (dir.), La Savoie de la Révolution française à nos jours, XIXe-XXe siècle, Ouest France Université, , 626 p. (ISBN 2-85882-536-X), p. 248.
  20. Guichonnet 1998, p. 87.
  21. a b c d e f et g Guichonnet 1998, p. 89-90.
  22. Hubert Heyriès, Les militaires savoyards et niçois entre deux patries, 1848-1871: approche d'histoire militaire comparée : armée française, armée piémontaise, armée italienne, vol. 30, UMR 5609 du CNRS, Université Paul-Valéry-Montpellier III, coll. « Études militaires », , 575 p. (ISBN 978-2-84269-385-5), p. 278.
  23. a et b Guichonnet 1998, p. 91.
  24. a b c d e f g h i j et k Guichonnet 1998, p. 92-96.
  25. a b c d et e Guichonnet 1998, p. 96-97.
  26. a et b Borson 1902, p. 69.
  27. « Etat des Membres de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie depuis sa fondation (1820) jusqu'à 1909 », sur le site de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie et « Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie », sur le site du Comité des travaux historiques et scientifiques - cths.fr.
  28. Senatori del Regno di Sardegna.
  29. Italie, Collezione delle leggi ed atti del governo del regno d'Italia, Stamperia governativa, (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Biliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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