Helmut Schmidt

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Helmut Schmidt
Helmut Schmidt en 1969.
Helmut Schmidt en 1969.
Fonctions
5e chancelier fédéral d'Allemagne
(31e chancelier d'Allemagne)

(8 ans 4 mois et 15 jours)
Président fédéral Gustav Heinemann
Walter Scheel
Karl Carstens
Gouvernement Schmidt I, II et III
Législature 7e, 8e et 9e
Coalition SPD-FDP
Prédécesseur Willy Brandt
Successeur Helmut Kohl
Ministre fédéral des Finances

(1 an 10 mois et 8 jours)
Chancelier Willy Brandt
Walter Scheel (intérim)
Gouvernement Brandt I et II
Prédécesseur Karl Schiller
Successeur Hans Apel
Ministre fédéral de l'Économie

(5 mois et 8 jours)
Chancelier Willy Brandt
Gouvernement Brandt I
Prédécesseur Karl Schiller
Successeur Hans Friderichs
Ministre fédéral de la Défense

(2 ans 8 mois et 15 jours)
Chancelier Willy Brandt
Gouvernement Brandt I
Prédécesseur Gerhard Schröder
Successeur Georg Leber
Biographie
Nom de naissance Helmut Heinrich Waldemar
Schmidt
Date de naissance
Lieu de naissance Hambourg (Allemagne)
Date de décès (à 96 ans)
Lieu de décès Hambourg (Allemagne)
Nationalité Allemande
Parti politique SPD
Conjoint Hannelore Glaser (✝ 2010)
Religion Protestantisme

Signature

Helmut Schmidt
Chanceliers fédéraux d'Allemagne
Ministres fédéraux de la Défense d'Allemagne
Ministres fédéraux des Finances d'Allemagne
Ministres fédéraux de l'Économie d'Allemagne

Helmut Heinrich Waldemar Schmidt Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, né le à Hambourg et mort le dans la même ville à l'âge de 96 ans[1], est un homme politique allemand, membre du Parti social-démocrate (SPD).

Porté à la présidence du groupe SPD au Bundestag en 1967, il renonce à ce poste deux ans plus tard pour devenir le premier social-démocrate au poste de ministre fédéral de la Défense d'Allemagne de l'Ouest. En 1972, Willy Brandt le nomme ministre fédéral de l'Économie et des Finances, mais le ministère de l'Économie reprend son autonomie dès la fin de cette année. En 1974, il succède à Willy Brandt comme chancelier fédéral, et occupe ce poste jusqu'au départ des libéraux de sa coalition, en 1982. Avec huit ans et quatre mois, il détient le record de longévité des trois chanceliers issus du SPD.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Helmut Schmidt est né à Hambourg, fils de deux enseignants. Il étudia à l'école Lichtwark de cette ville et dont il sort diplômé en 1937. Il est appelé pour son service militaire et commence à servir sur une batterie anti-aérienne à Vegesack près de Brême durant la Seconde Guerre mondiale. Après avoir brièvement été sur le front de l'Est, il retourne en Allemagne en 1942 pour travailler comme entraineur et conseiller au ministère de l'Air du Reich. Cette même année le 27 juin, il épouse son amour de jeunesse, Hannelore Glaser, surnommée « Loki » (1919-2010), dont il aura deux enfants : Helmut Walter (1944-1945), mort d'une méningite et Suzanne (née en 1947). Vers la fin de la guerre, à partir de décembre 1944, il sert au grade d'Oberleutnant dans l'artillerie sur le front de l'Ouest. Il est fait prisonnier par les Britanniques en avril 1945 dans la lande de Lunebourg et reste prisonnier de guerre jusqu'en août. Durant la guerre, il a été décoré de la Croix de fer[2].

Le père d'Helmut Schmidt est le fils naturel d'un homme d'affaires juif allemand. Cela fut tenu secret dans la famille[3],[4] jusqu'à ce que cela soit confirmé publiquement par Helmut Schmidt en 1984, après que l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing a, apparemment avec l'accord de Schmidt, révélé cela aux journalistes. Schmidt est de religion luthérienne mais non pratiquant[5].

Il poursuit ensuite ses études à Hambourg, en économie et en science politique.

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Schmidt rejoint le Parti social démocrate (SPD) en 1946 et est, de 1947 à 1948, le chef de la Sozialistischer Deutscher Studentenbund, syndicat étudiant proche du SPD.

Après l'université, il travaille pour le gouvernement de la ville-land de Hambourg, au département de la politique économique. Débutant en 1952, sous Karl Schiller, il devient un des responsables du Behörde für Wirtschaft und Verkehr, le ministère de l'économie et du transport du land.

Helmut Schmidt et Willy Brandt à un congrès du SPD (1973).

Élu député de Hambourg au Bundestag en 1953, où il siège jusqu'en 1987, il est nommé en 1962 sénateur à l'Intérieur de la ville-État. En 1967, il est porté à la présidence du groupe parlementaire social-démocrate. De 1969 à 1972, il occupe les fonctions de ministre fédéral de la Défense dans le gouvernement de Willy Brandt et est ministre de l'Économie et des Finances de 1972 à 1974, avant de devenir chancelier fédéral de 1974 à 1982. Il prend le relais du chancelier Willy Brandt, contraint à la démission après un scandale d'espionnage impliquant un de ses conseillers.

Chancelier (1974-1982)[modifier | modifier le code]

Du keynésianisme à la rigueur[modifier | modifier le code]

Keynésien à l'origine, il adopte dès 1972, alors en tant que ministre des Finances, une politique économique plus libérale[6]. Devenu Chancelier, il choisit de lutter contre l'inflation, conséquence du premier choc pétrolier, soutenu en cela par le FDP qui préconise une approche monétariste, mais en dépit de l'opposition de l'aile gauche du SPD et de la Jusos[7]. Sa formule, plus tard appelée le Théorème de Schmidt[8] : « Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain » est restée célèbre.

Une diplomatie pro-européenne et orientale[modifier | modifier le code]

Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing à Bonn (1977).

Helmut Schmidt a une bonne entente personnelle avec Valéry Giscard d'Estaing, le président français, de huit ans son cadet, mais gouvernant la France quand lui gouverne la RFA (1974-1981). Il poursuit la politique d'apaisement à l'Est (Ostpolitik) de Brandt, s'opposant à la politique plus agressive poursuivie par Reagan (en 1989, il critiquera dans son livre Men and powers: a political retrospective la politique des « discours télévisés, des grands gestes » et « des petits pas » par laquelle les États-Unis espéraient mettre fin à la partition de l'Europe entérinée à Yalta). Il signe ainsi les accords d'Helsinki en 1975, et demeure au pouvoir après les élections législatives de 1976, s'appuyant sur une coalition avec le FDP.

Le bourgmestre-gouverneur de Berlin-Ouest Richard von Weizsäcker, Ronald Reagan et Helmut Schmidt au Checkpoint Charlie, le 11 juin 1982.

Controverse sur la loi martiale en Pologne[modifier | modifier le code]

Cela le contraint à des concessions. Le , il est en voyage en Allemagne de l'Est alors que le général Jaruzelski proclame l'état d'urgence en Pologne. Questionné par des journalistes ouest-allemands, il concourt avec son hôte Erich Honecker pour déclarer cette mesure nécessaire afin de préserver l'ordre et la stabilité en Europe, ce qui lui vaut des critiques de la presse de droite (Frankfurter Allgemeine Zeitung), tandis que les journalistes Rudolf Augstein (Der Spiegel[9]) et Theo Sommer (en) (Die Zeit) l'appuient, affirmant qu'il s'agissait de la seule mesure permettant d'éviter l'intervention militaire du Pacte de Varsovie. En décembre 2000, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder s'est excusé du manque de soutien accordé à Solidarność lors de ces événements[10].

Le problème de la RAF[modifier | modifier le code]

Sur le plan intérieur, il réagit avec fermeté face à la Fraction armée rouge (RAF). Lors de l'Automne allemand (en), il autorise les troupes d'élite du GSG 9 à intervenir pour mettre fin au détournement du vol de la Lufthansa effectué par le Front populaire de libération de la Palestine en soutien à la « bande à Baader ».

La première censure constructive de l'histoire fédérale[modifier | modifier le code]

En février 1982, il obtient la confiance du Parlement, mais le , la coalition éclate : quatre ministres du Parti libéral-démocrate (FDP), menés par le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, quittent le gouvernement, choisissant un renversement d'alliance en apportant leur soutien au chrétien-démocrate Helmut Kohl. Schmidt cumule alors la fonction de chancelier avec le portefeuille des Affaires étrangères, jusqu'à ce qu'une motion le renverse le , Kohl devenant le nouveau chancelier : c'est la première fois qu'un chancelier est renversé de la sorte en RFA.

À partir des années 1980 : journaliste et écrivain[modifier | modifier le code]

Helmut Schmidt en 2013.

Après sa carrière politique, Helmut Schmidt travaille comme écrivain et journaliste. Il continue de s'intéresser à la vie sociale et politique de l'Allemagne[11]. Il est chroniqueur à partir de 1983 et un des responsables de l'hebdomadaire de gauche Die Zeit et il a écrit une trentaine d'ouvrages ayant souvent rencontré le succès[11] comme son dernier en 2011, Religion in der Verantwortung (« L'exercice responsable de la religion »), un essai sur la place de la religion dans une société globalisée[11]. La même année, il publie un livre d'entretiens avec Peer Steinbrück, qu'il appuie comme candidat du SPD à la chancellerie[12]. En 2010, alors âgé de 91 ans, il était considéré par les 3/4 des Allemands comme une autorité morale, loin devant d'autres personnalités allemandes[11].

Sa femme Loki, qu'il avait épousée en 1942, est morte en octobre 2010. Deux mille personnes, dont la chancelière Angela Merkel, ont assisté à ses obsèques à Hambourg[11]. En août 2012, Helmut Schmidt déclare avoir une nouvelle compagne : Ruth Loah, 78 ans, une de ses plus anciennes collaboratrices[13].

Dans une interview à la chaîne publique ARD, le 7 août 2012, il déclare que si l'Allemagne veut jouer un rôle de leader européen, elle a un handicap majeur, à savoir son histoire. « Auschwitz et le meurtre de six millions de Juifs tout comme la guerre mondiale de Hitler sont des événements qui sont ancrés dans l'inconscient des peuples européens, si bien qu'un rôle de leader de l'Allemagne en Europe est exclu, et ce sera le cas encore pendant longtemps[14] ».

Il s'exprime à plusieurs reprises au sujet du multiculturalisme. En 2004, il décrit la société multiculturelle comme « une illusion d'intellectuels[15] ». Il avance que le concept de multiculturalisme serait difficile à concilier avec une société démocratique. Pour cette raison, il considère comme une erreur, que la République fédérale ait fait venir des travailleurs immigrés d'autres cultures au début des années 1960[16]. Dans un entretien commun avec Gerhard Schröder dans le journal Der Spiegel en 2013, il exprime un fort scepticisme quant aux perspectives d'intégration des immigrés musulmans dans la société allemande[17].

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux ouvrages écrits par Helmut Schmidt, seules quatre ont été traduites en français :

  • Un chrétien face aux choix politiques, Le Centurion, 1980 ((de) Als Christ in der politischen Entscheidung, 1976), trad. Yves Ledure, Jean Lyon et Charles Ehlinger, 184 p. (ISBN 978-2-227-35608-5)
    Compilation d'articles publiés entre 1962 et 1976 dans diverses revues allemandes.
  • La Volonté de paix, Fayard, 1980 ((de) Der Kurs heisst Frieden, 1979), trad. Suzanne Enquebecq-Boileau et Jeanne-Marie Gaillard-Paquet, 285 p. (ISBN 978-2-213-00895-0)
    Recueil de discours prononcés entre 1974 et 1979. Préface d'Alfred Grosser.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « L'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt est mort », sur Libération.fr,‎ (consulté le 10 novembre 2015).
  2. (de) Harry Woolf, « Verleihung der Ehrendoktorwürde der Johns-Hopkins-Universität; Laudatio verlesen von Harry Woolf bei der Überreichung des Grades eines Doktors der Rechtswissenschaften an Bundeskanzler Helmut Schmidt am 16. Juli 1976: » [PDF],‎ (consulté le 20 mars 2009) : « Bundeskanzler Schmidt wurde 1918 in Hamburg als Sohn eines Lehrers geboren. Er besuchte die fortschrittliche Lichtwarkschule, wo er auch seine zukünftige Frau Hannelore kennenlernte. Im Zweiten Weltkrieg gehörte er einer Flak-Einheit an, wurde mit dem Eisernen Kreuz ausgezeichnet und geriet gegen Ende des Krieges in britische Gefangenschaft » .
  3. (en) Steven Lehrer, Wannsee house and the Holocaust, McFarland,‎ (ISBN 9780786407927), p. 74.
  4. (en) « Told French President of Jewish Origins - Helmut Schmidt's Revelation Reported », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne).
  5. (en) « Helmut Schmidt's Verdict: Barely a Jew. », Jew or Not Jew,‎ (lire en ligne).
  6. Droz et Rowley 1987, p. 402
  7. Droz et Rowley 1992, p. 287
  8. « Relance: le maudit théorème de Schmidt », sur Marianne,‎ (consulté le 10 novembre 2015).
  9. (de) Rudolf Augstein, « RUDOLF AUGSTEIN Die polnische Tragödie », Der Spiegel, vol. 52,‎ (lire en ligne).
  10. (de) Gerhard Schröder, « Ohne polnisches Freiheitsstreben wäre die Geschichte der deutschen Einheit weniger glücklich verlaufen », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ , p. 10.
  11. a, b, c, d et e Frédéric Lemaître, « Deux Helmut, trois best-sellers », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne).
  12. (de) Helmut Schmidt et Peer Steinbrück, Zug um Zug, Hoffmann und Campe,‎ .
  13. (de) « Schmidt hält neue Beziehung mit 93 für „selbstverständlich“ - Deutschland », sur FOCUS Online,‎ (consulté le 10 novembre 2015).
  14. « Les vérités d'Helmut Schmidt », sur Le Point,‎ (consulté le 10 novembre 2015).
  15. (de) « Helmut Schmidt: Multikulturelle Gesellschaft „Illusion von Intellektuellen“ », sur NA-Presseportal,‎ .
  16. (de) « Schmidt: „Multikulti ist kaum möglich“ », sur Hamburger Abendblatt-online,‎ .
  17. (de) « Helmut Schmidt skeptisch über Integration von Muslimen in Deutschland », sur spiegel.de,‎ .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Droz et Anthony Rowley, Histoire générale du XXe siècle : 1950-1973. Expansion et indépedances, t. III, Paris, Le seuil,‎ , 493 p.
  • Bernard Droz et Anthony Rowley, Histoire générale du XXe siècle : Crises et mutations de 1973 à nos jours, t. IV, Paris, Le seuil,‎ , 510 p., p. 287
  • « Helmut Schmidt. Incombustible », portrait publié dans Le Monde Magazine, no 40, 19 juin 2010, p. 32-33

Liens externes[modifier | modifier le code]