Baudouin VI de Hainaut

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Baudouin VI de Hainaut
Statue élevée en 1868 en l'honneur de Baudouin de Constantinople à Mons (Belgique)
Statue élevée en 1868 en l'honneur de Baudouin de Constantinople à Mons (Belgique)
Titre
Comte de Flandres Blason Nord-Pas-De-Calais.svg
11941205
Prédécesseur Marguerite d'Alsace
Successeur Jeanne de Constantinople
Comte de Hainaut Blason fr Hainaut ancien.svg
11951205
Prédécesseur Baudouin V de Hainaut
Successeur Jeanne de Constantinople
Empereur latin de Constantinople Blason Empire Latin de Constantinople.svg
12041205
Prédécesseur fondation de l'empire
Successeur Henri Ier de Constantinople
Biographie
Date de naissance 1171
Lieu de naissance Valenciennes
Date de décès 1205
Lieu de décès Tarnovo (Bulgarie actuelle)
Père Baudouin V de Hainaut
Mère Marguerite d'Alsace
Conjoint Marie de Champagne
Enfant(s) Jeanne de Constantinople
Marguerite de Constantinople

Baudouin de Flandre et de Hainaut aussi nommé Baudouin de Constantinople1171 - † 1205 ou 1206) est un comte de Flandre (Baudouin IX) de 1194 à 1205, un comte de Hainaut (Baudouin VI) de 1195 à 1205 et un empereur de Constantinople (Baudouin Ier) de 1204 à 1205. Il est fils de Baudouin V, comte de Hainaut, et de Marguerite d'Alsace, comtesse de Flandre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le comte de Flandre et de Hainaut[modifier | modifier le code]

Il hérite de la Flandre (amputée de l’Artois depuis 1191) à la mort de sa mère le 15 novembre 1194 et du Hainaut à celle de son père le 18 décembre 1195, réunissant en sa personne les deux branches de la Maison de Flandre qui s’étaient séparées après la mort de Baudouin VI.

S’il prête rapidement hommage à Compiègne à Philippe Auguste, il reste dans une prudente attente dans le conflit franco-anglais, mais est obligé par le roi de France à donner des garanties supplémentaires à sa foi : le roi reçoit le serment des barons flamands de lui rester fidèle ; la menace d’un anathème plane sur le comte en cas de parjure ; enfin, les fiefs de Boulogne, Guînes et Oisy sont cédés à la Couronne. Taxé de faiblesse à son retour par les Flamands, Baudouin s’allie alors à Richard Cœur de Lion et demande au roi de France le retour à la Flandre de Lens, Arras, Hesdin, Bapaume, Saint-Omer et Aire. Devant le refus du roi, Baudouin entre en Artois, tandis que le duc Richard occupe les forces françaises en Normandie et met le siège devant Arras. Philippe Auguste réagit, repousse Baudouin jusqu’à l’Yser, mais le comte fait alors ouvrir les écluses sur le camp français. Le roi de France, enserré par les eaux et les armées flamandes n’a d’autre choix que de céder aux exigences de Baudouin, promesses qu’il fait rétracter par son conseil sitôt revenu à Paris. Baudouin prend à nouveau les armes et occupe Aire et St-Omer.

La comtesse Marie intervient alors et s’entremet entre le comte, son mari et le roi de France, son oncle. Son intervention débouche sur la conférence de Péronne en janvier 1199, où les deux parties arrivent à un accord : le roi conserve les terres au-delà du Fossé Neuf, tandis que Baudouin IX garde ou recouvre Douai, Ardres, Lillers, La Gorgue, Richebourg, Aire, Saint-Omer, l’avouerie de Béthune et l’hommage du comté de Guînes. Ce succès renforce la popularité du comte auprès de ses barons et de ses villes.

Le croisé[modifier | modifier le code]

Le comte entend alors la prédication à la croisade d’Erluin et de Pierre de Roussy, envoyés en Flandre par le pape. Baudouin IX et son épouse Marie de Champagne prennent alors solennellement la Croix le 23 février 1200 en l’église St-Donat de Bruges, suivis par une foule de chevaliers flamands. Baudouin prend, avec Thibaud de Champagne, Louis de Blois et Hugues IV de Campdavaine la tête de l’expédition. Avant le départ, il confie à son frère Philippe, comte de Namur, la régence de Flandre, assisté d’un conseil composé du chancelier Gérard, prévôt de Saint-Donat, son oncle, de Baudouin de Comines, des châtelains de Bruges, de Gand et de Lille.

Les armées gagnent Venise où un accord a été trouvé avec la république maritime pour transporter les Croisés en Orient : la moitié des conquêtes devra aller à la ville de saint Marc. Les Croisés prennent d’abord Zara comme paiement aux Vénitiens, puis à la demande de Philippe de Souabe, la croisade est détournée pour secourir son beau-frère Alexis Ange dont le père Isaac II a été renversé à Constantinople par son frère, devenu Alexis III. Le détournement est appuyé par le doge de Venise Enrico Dandolo. Chalcédoine en Bithynie est rapidement investie, puis Galata, et les Croisés arrivent donc sous les murs de Constantinople. Alexis III s’enfuit, Isaac II est libéré par les Grecs et doit céder aux conditions exigées par les Croisés pour l’aide accordée à son fils devenu Alexis IV.

Dès avril 1204, la situation se dégrade: les indemnités promises ne sont pas payées. La position d’Alexis IV est devenue intenable et il a été renversé en janvier par Alexis Murzuphle. L'énergique Alexis V renforce les défenses de la ville et refuse toute négociation. Le lundi de Pâques 1204, les Croisés prennent et saccagent alors l’antique Byzance, dont Baudouin est rapidement élu empereur avec l'appui des Vénitiens.

L'empereur de Constantinople[modifier | modifier le code]

Couronné Baudouin Ier premier empereur latin de Constantinople le 16 mai 1204[1], le nouveau souverain respecte les accords passés pendant le siège de la ville avec Dandolo : les Vénitiens reçoivent les trois huitièmes de la ville et de l'Empire.

Baudouin se heurte rapidement aux réticences des Grecs et à l’intervention des Bulgares, appelés à l’aide. Il assiège Andrinople qui s’est soulevée, mais qui espère l’arrivée du tsar des Bulgares Jean Kalojan. Le comte de Blois, désobéissant à l’empereur, se porte au-devant d’eux, ce qui contraint Baudouin à lui prêter secours. Le 15 avril 1205, les Francs sont battus devant Andrinople, le comte de Blois est tué. Baudouin est fait prisonnier selon Geoffroi de Villehardouin[2], même si les chroniqueurs Meyer et Raynaldi reconnaissent ignorer s’il est mort au champ d’honneur ou en prison.

La Tour de Baudouin au château Tsarevets, Veliko Tarnovo, en Bulgarie

Si l’on en croit un autre chroniqueur, Nicétas Khoniatès, Baudouin aurait été détenu à Tarnovo (Bulgarie), puis aurait été abandonné dans une vallée pieds et mains coupées, et serait mort après une agonie de trois jours. Cette version est contestée, et il est plus probable que l’empereur flamand soit mort en prison.

Sa disparition, suivie six semaines plus tard de celle de Dandolo, nonagénaire et aveugle[3], entraîna un partage des terres conquises et des querelles que son successeur, son frère Henri, ne sut éviter.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Il avait épousé le 6 janvier 1186 Marie de Champagne (1174 † 1204), fille d'Henri Ier le Libéral, comte de Champagne et de Marie de France. Il laissait deux fillettes, à la merci de leur ambitieux suzerain :

L'aventure du faux-Baudouin[modifier | modifier le code]

Sa mort incertaine permit en 1225 à un imposteur, Bertrand Cordel, de se faire passer en Flandre pour l'empereur, censé avoir échappé à la mort en Bulgarie. Le difficile contexte flamand de l'après Bouvines et la captivité du comte Ferrand permit l'aventure.

Fils d’un vassal de Clarembaut de Capes, natif de Rains, près de Vitry-sur-Marne, Bertrand Cordel était saltimbanque et jongleur. Après Bouvines, vers 1220, les Franciscains ont commencé à arriver en Flandre, accompagnés d'un grand prestige. La rumeur plaçait parmi eux d'anciens croisés flamands revenus au pays. C’est dans ce contexte qu’en 1225, un baron crut reconnaître Baudouin IX en Bertrand, qui vivait de mendicité publique et passait pour ermite dans le bois de Glançon, près de Valenciennes. Bertrand, installé dans un hôtel de cette ville, finit par jouer le jeu (27 mars 1225). Des personnalités dirent le reconnaître et lui apprirent vraisemblablement des rudiments de la vie de l’empereur et de la manière de bien se comporter. La crédulité du peuple fut correctement exploitée et une immense émotion parcourut les comtés de Flandre et de Hainaut. Il fut acclamé à Valenciennes, à Tournai, à Lille, ses entrées à Bruges et à Gand furent magnifiques. Il y était revêtu de tous les attributs impériaux.

La comtesse Jeanne, fille de Baudouin, dut alors se réfugier au Quesnoy avec quelques fidèles. On tenta même de l’enlever. Elle put néanmoins gagner Mons, alors que l’imposteur régnait à sa place (avril-mai 1225), entouré des barons dont il servait les intérêts. Jeanne de Constantinople tenta pour le confondre de le faire venir au Quesnoy, mais Bertrand déclina l’invitation. Cependant, grâce au témoignage de Josse de Materen, un des franciscains, ancien croisé, qui avait accompagné le grand comte jusqu’à sa mort en Bulgarie, elle fut convaincue de son bon droit. Elle en appela au jugement du roi Louis VIII, qui ne pouvait que s’alarmer car le roi Henri III d'Angleterre avait déjà pris contact avec le faux-Baudouin : le roi le convoqua à Péronne, tandis que Jeanne rassemblait toutes les personnes ayant connu son père, dont tous les franciscains qui durent reprendre contact avec le monde pour témoigner, contrairement à leurs vœux. L’enquête fut présidée par l’évêque Guérin de Senlis. Bertrand ne put se soustraire à la convocation du suzerain capétien : il fut accueilli comme s’il était le comte, mais l’imprécision de ses réponses au roi et à Guérin furent décisives : devant les barons flamands ébahis, il ne sut pas dire quand, où et par qui il aurait été fait chevalier, ni quand et dans quelle chambre il aurait épousé Marie de Champagne ! Comme preuve définitive, la nuit suivante il s’enfuit de la cour comme un voleur, ne doutant plus de la pensée du roi (30-31 mai 1225).

Retrouvé en Bourgogne ou réfugié à Valenciennes, il fut ramené en Flandre, où il fut condamné à mort et étranglé à Lille (fin septembre 1225). Son cadavre fut exhibé au gibet de Loos.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Le Glay Edward: Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la Maison de Bourgogne, Comptoir des Imprimeurs-unis, Paris, MDCCCXLIII
  • Platelle Henri et Clauzel Denis: Histoire des provinces françaises du Nord, 2. Des principautés à l'empire de Charles Quint (900-1519), Westhoek-Éditions Éditions des Beffrois, 1989; ISBN 2-87789-004-X
  • Douxchamps Cécile et José: Nos dynastes médiévaux, Wepion-Namur 1996, José Douxchamps, éditeur; ISBN 2-9600078-1-6
  • De Cant Geneviève: Jeanne et Marguerite de Constantinople, Éditions Racine, Bruxelles, 1995; ISBN 2-87386-044-8
  • John Julius Norwich (trad. Dominique Peters), Histoire de Byzance (330-1453), Paris, Librairie Académique Perrin,‎ 1998 (1re éd. 1999) [détail des éditions] (ISBN 2-262-01333-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Sivery, « Jeanne et Marguerite de Constantinople, comtesses de Flandre et de Hainaut au XIIIe siècle », dans Nicolas Dessaux (ed.), Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut, Somogy, 2009, pp. 30
  2. « La Conquête de Constantinople »: Chapitre LXXXI Baudoins fu pris vif, et li cuens Loeys fu ocis
  3. Villehardouin mentionne sa cécité en plusieurs endroits: p.ex. Conquête de Constantinople chap. XIV: Devant ce que la granz messe commençast, li dux de Venise, qui avoit nom Henris Dandole, monta el leteril,[...] vieus hom ere; et si avoit les yeuz en la teste biaus, et si n'en véoit gote; que perdue avoit la veue par une plaie qu'il ot el chief