Datif

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En linguistique, le datif est un cas grammatical exprimant l'objet indirect ou second, c'est-à-dire l'actant dit bénéficiaire (ne pas confondre avec le cas bénéfactif). Il est appelé datif car il désigne celui à qui l'on donne (latin : do, das, dare, dedi, datum, « donner ») : il marque le complément d'attribution. Ex. en latin :

  • Fluvius dat campo fecunditatem « le fleuve apporte au champ la fertilité »[1].

Présentation générale[modifier | modifier le code]

Si l'on se place dans une optique grammaticale classique, il existe un cas datif en français, quoique très limité. Par exemple, quand on dit Je lui ai donné le livre, lui fonctionne en tant que datif, car ce mot est objet indirect. Donc, on peut dire que il et elle sont nominatifs, lui (→ « à lui, à elle ») datif. Dans la grammaire actuelle du français, ces termes issus de la tradition grammaticale latine sont cependant le plus souvent évités.

En allemand et en grec ancien, le datif exprime également un locatif (par opposition à l'accusatif marquant un mouvement dirigé) mais aussi le complément d'objet indirect. L'allemand moderne et surtout celui parlé dans le sud de l'Allemagne tend à remplacer le génitif par le datif dans de nombreux cas. Ex :

  • wegen dem schlechten Wetter (au lieu de : wegen des schlechten Wetters) « en raison du mauvais temps »


Par ailleurs de nombreuses phrases commencent par un datif en allemand et en russe. Ex :

  • Mir ist die Vase kaputt gegangen « J'ai cassé (involontairement) le vase » (litt. « à-moi est le vase cassé allé »)

Le russe, en particulier, use fréquemment de tournures impersonnelles au datif. ex. : :

  • мне нужно, мне пора, мне холодно, мне 25 лет (mné noujno, mné pora, mné kholodno, mné 25 let) « j'ai besoin de, il est temps pour moi de…, j'ai froid, j'ai 25 ans ».


Dans un grand nombre de langues, on peut se servir du datif ou d'une préposition pour marquer la possession (équivalent du verbe « avoir » en français)[2]. Par exemple, en latin, on dira plus volontiers « mihi est liber » [à moi est livre] que « habeo librum » [ai livre] pour dire « j'ai un livre ». De même, en tibétain, on dira : nga la dpe-cha yod « j'ai un livre » (litt. : « à moi est un livre ») où la est la marque du datif. En allemand familier/dialectal on pourra insister en rajoutant le pronom possessif au datif : es ist ihm sein Buch (c'est son livre à lui) : on trouve aussi des tournures telles que dem Vater sein Hut (littéralement « au père son chapeau », c'est-à-dire « le chapeau du père »). Le grec moderne n'emploie plus le datif, sauf dans quelques usages savants, ou figés.

Le « datif éthique »[modifier | modifier le code]

On appelle datif éthique (parfois : datif explétif, ou datif d'intérêt) une construction syntaxique faisant intervenir un datif qui ne constitue pas un objet indirect (il n'a pas de rôle dans l'énoncé). Ex :

  • Regardez-moi ce coquin !

À la 2e personne, il constitue souvent une prise à témoin de l'interlocuteur. Ex :

  • Elle te lui a fichu une de ces claques !

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Exemple emprunté au Dictionnaire de la linguistique, dir. Georges Mounin, Quadrige / PUF, 2006 (ISBN 978-2-13-053881-3)
  2. Voir aussi l'article Possessif.