Alcméon de Crotone

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Alcméon de Crotone

Philosophe présocratique

Antiquité

alt=Description de l'image Alcmeone di Crotone.jpg.
Naissance Inconnue (Crotone)
Décès Inconnue (Crotone)
École/tradition École pythagoricienne
Principaux intérêts Astronomie, Physiologie, Médecine
Idées remarquables Conscience chez l'Homme, sensations chez l'animal
Œuvres principales Sur la nature, Antithèses
Influencé par Pythagore

Alcméon de Crotone est un médecin, physiologiste, astronome et philosophe pythagoricien du VIe siècle av. J.-C.. Alcméon dédia ses œuvres à Brontinos[1]. Les avis divergent quant à savoir s'il était le père ou le mari de Théano[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Pirithos, Alcméon est né à Crotone (Grande Grèce). Il semble avoir été pythagoricien, mais Diogène Laërce n'en fait qu'un auditeur de Pythagore, sans doute vers 500 av. J.-C., à Crotone. Il serait le premier à avoir écrit un ouvrage sur la nature. Certaines de ses idées se retrouvent dans le Timée de Platon[3].

Doctrine[modifier | modifier le code]

Alcméon pourrait être à l'origine des dix principes pythagoriciens couplés en opposés, et formant donc vingt catégories :

"D'autres, parmi les pythagoriciens, fixent le nombre des principes à dix et les rangent en deux séries parallèles :

  • Limité et Illimité
  • Impair et pair
  • Un et multiple
  • Droite et gauche
  • Mâle et femelle
  • En repos et en mouvement
  • Droit et courbe
  • Lumière et ténèbres
  • Bon et mauvais
  • Carré et oblong.

C'est cette conception qui semble avoir été celle d'Alcméon de Crotone."[4]

Alcméon aurait fondé la théorie des quatre Qualités élémentaires : chaud, froid, sec, humide. Selon Alcméon, c'est l'équilibre des puissances, comme l’humide et le sec, le froid et le chaud, l'amertume et la douceur, etc. qui produit et conserve la bonne santé ; c’est au contraire la prédominance de l'une d'elles qui provoque la maladie, et quand deux de ces puissances prédominent, la mort s’ensuit[5].

L'âme est, selon Alcméon, immortelle de par sa ressemblance avec les êtres divins. Cette ressemblance consiste en ce que l'âme ne cesse jamais de se mouvoir d'Alcméon [6].

Alcméon, le premier en Occident, fonde un mysticisme astral : il divinise les astres en déclarant que les planètes et étoiles, comme elles sont animées d'un mouvement perpétuel, doivent être vivantes, et que si elles sont vivantes elles doivent être des dieux.

  • Alcméon de Crotone ne s'est pas rendu compte qu'en attribuant un caractère de divinité au Soleil, à la Lune, à tous les autres astres et à l'esprit entre autres, il conférait l'immortalité à des êtres mortels."[7]

Médecine[modifier | modifier le code]

C'est le premier disciple de Pythagore dont nous ayons quelques fragments. Son œuvre est essentiellement d'ordre médical : il serait le premier à avoir pratiqué la dissection (il aurait découvert l'existence des trompes d'Eustache et des nerfs optiques), et il aurait ainsi étendu les connaissances anatomiques, en particulier en ce qui concerne les organes des sens. Il a découvert le canal auditif et le tympan, et expliqué l'audition par l'écho à l'intérieur de l'oreille.

D'après Théophraste, il rejetait la thèse qui explique la sensation par le semblable. Il serait également le premier à déterminer ce qui différencie les animaux et les hommes : selon lui, en effet, l'« homme est le seul à disposer de la conscience, alors que les autres ont des sensations sans avoir la conscience[8]. » Théophraste nous rapporte également ce qu'Alcméon pensait de chacun des sens :

  • L'ouïe : pour Alcméon, le vide contenu dans les oreilles répercute les sons par vibration.
  • L'odorat : par le nez, le souffle parvient jusqu'au cerveau.
  • Le goût
  • La vision : elle se produit à travers l'eau qui est dans les yeux.
  • Le toucher : selon Théophraste, Alcméon ne dit rien de ce sens.

Toutes les sensations sont transmises au cerveau, transmissions qui peuvent être altérées par les mouvements du sujet de la perception. Il attribue ainsi au cerveau le rôle de sens commun et de siège de la pensée.

Il nous reste également quelques indications sur les conceptions d'Alcméon en ce qui concerne la reproduction et l'embryologie. Il pensait que l'embryon naît à la fois de la semence mâle et de la semence femelle. Le sexe de l'enfant est alors déterminé par la semence la plus abondante. La tête se forme la première dans le ventre de la mère et l'embryon se nourrit par tout son corps, comme une éponge.

Il décrivait le sommeil comme un reflux du sang dans les artères, le réveil correspondant au flux sanguin, et la mort comme un reflux définitif du sang[9].

Il pensait que la santé est un équilibre (isonomie) des puissances de l'organisme (humide, sec, froid et chaud, etc.), et que la prédominance de l'une d'elles provoque la maladie. Mais il distinguait plusieurs causes de la maladie, selon l'agent, les causes matérielles et les lieux[10]. Selon l'agent, c'est lorsqu'il y a, par exemple, un excès de chaleur ou de froid ; selon les causes matérielles, c'est, par exemple, lorsque la nourriture manque ; enfin, selon les lieux, c'est lorsque la maladie affecte soit le sang, soit la moelle, soit le cerveau.

Astronomie[modifier | modifier le code]

Alcméon semble également avoir étudié les éclipses de la Lune et les mouvements des astres.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres d'Alcméon[modifier | modifier le code]

  • Sur la nature
  • Antithèses
  • Les présocratiques, Gallimard, coll. "Pléiade", p. 217-226.

Sources sur Alcméon[modifier | modifier le code]

Selon Diogène Laërce, Aristote aurait écrit un Contre la doctrine d'Alcméon.

Études sur Alcméon[modifier | modifier le code]

  • Walter Burkert, Lore and Science in Ancient Pythagoreanism (1962), trad. an., Harvard University Press, 1972, p. 292, 360, 382-383.
  • Charles Mugler, « Alcméon et les cycles physiologiques de Platon », dans Revue des Études grecques, LXXI, 1958, p. 42-50.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne ou Précis de l'histoire générale, technologique et littéraire de la médecine [suivi de la Bibliographie médicale du dix-neuvième siècle ; et d'un Répertoire bibliographique par ordre de matières] par MM. Dezeimeris, Ollivier (d'Angers) et Raige-Delorme - tome 1, Aaron - Cyprianus, p. 85-6, Texte intégral.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Diogène Laërce, VIII, 83.
  2. Diogène Laërce, VIII, 42 ; Souda, Theanô ; Jamblique, Vit. Pyth. § 267.
  3. Platon, in Criton [ou Du Devoir ; genre éthique], traduction, notices et notes par Émile Chambry - La Bibliothèque électronique du Québec - Volume 2.
  4. Alcméon, fragment A 3, selon Aristote, La Métaphysique, A, V, 986 a 22. Les présocratiques, coll. "Pléiade", p. 218.
  5. Alcméon, fragment B 4, selon Aétius, Opinions, V, XXX, 1. Les présocratiques, coll. "Pléiade", p. 226.
  6. Aristote, De l'âme, I, II, 405, a 29) : par nature, elle se meut elle-même d'un mouvement éternel (Aétius, Opinions, IV, II, 2)
  7. Cicéron, De la nature des dieux, I, XI, 27. Alcméon fragment A 12. Les présocratiques, Pléiade, p. 222-223.
  8. Théophraste, Du sens, 25 - 26.
  9. Aétius, Opinions, V, XXIII, I.
  10. Aétius, Opinions, V, XXX, I.