Saadi

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Couverture de "Gulistan ou l'Empire des roses" du poète Saadi, première traduction de 1634 par André Du Ryer.

Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī (ابومحمد مصلح الدین بن عبدالله شیرازی en persan), né en 1184 et mort en 1283 ou en 1291, mieux connu en Occident sous le nom de Saadi ou Sadi (سعدی en persan), fut l'un des plus grand poètes persans de la période médiévale. Il est reconnu pour sa maîtrise de l'écriture et la profondeur de ses idées.

Biographie[modifier | modifier le code]

Peu après sa naissance à Chiraz, en Perse, son père meurt alors qu'il est encore nourrisson. Tributaire d'une enfance pauvre et difficile, il quitte sa ville natale très jeune pour se rendre à Bagdad afin d'obtenir une meilleure éducation. Il est admis à l'université de al-Nizamiyya (1195 – 1226), où il excelle dans les sciences islamiques, le droit, l'histoire, la littérature arabe et la théologie. Les conditions instables suivant l'invasion mongole de Khwarizm et de l'Iran l'amenèrent à pérégriner pendant une trentaine d'années en Anatolie (il visita le port d'Adana et rencontra des propriétaires Ghazis près de Konya), en Syrie (il mentionne la famine à Damas), en Égypte (de sa musique et ses bazars, de l'élite et des religieux), en Irak (le port de Bassora et le Tigre). Il fait aussi référence au Sind (Pakistan), à l'Inde (précisément Somnath, où il rencontre des brahmanes) et à l'Asie centrale, où il rencontre des survivants de l'invasion mongole. Il fit également les pèlerinages à la Mecque, Médine et à Jérusalem. À cause de la domination mongole, Sadi vécut dans des régions désertes, rencontra des caravanes, se protégeant tant bien que mal dans des lieux parfois très hostiles. Il semble que de toutes ses rencontres (bandits, imams, intellectuels, gens du peuple…) lui aient ouvert l'esprit de manière décisive[pas clair].

Capturé par les armées des Croisades à Acre, il resta esclave sept années durant. Il fut libéré par les Mamelouks. Lorsqu'il réapparut à Shiraz, sa ville natale, les années avaient passé. Elle était devenue paisible sous Atabak Abubakr Sa'd ibn Zangy (1231 – 1260) et Saadi fut considéré et respecté par la plupart des habitants. En remerciement, il prit son nom d'écrivain en hommage à Sa'd ibn Zangy. Il écrivit de nombreux poèmes et semble être resté à Shiraz jusqu'à sa mort.

Un poète moral et un grand mystique[modifier | modifier le code]

Mausolée de Saadi à Chiraz.
Autre vue du mausolée de Saadi

Saadi, dans son recueil de contes, nommé le Golestân (Jardin de fleurs), expose une série de contes moraux sur les comportements à tenir dans certaines situations de la vie. Adoptant une imagerie qui n'est pas sans rappeler celles des Mille et Une Nuits, ses contes peuvent être lus à de multiples degrés : certains purement moraux ou sociaux, d'autres plus spirituels. Une partie de son recueil est d'ailleurs toujours utilisée comme manuel d'enseignement soufi par de nombreuses communautés.

Comparaisons entre Hafez et Saadi[modifier | modifier le code]

Comparaisons entre Djami et Saadi[modifier | modifier le code]

Œuvres et traductions[modifier | modifier le code]

  • Le Jardin des roses (Golestân ou Gulistân)
    • Le Gulistan ou l’Empire des Roses, composé par Sadi, prince des poètes persans[1] trad. partielle d'André Du Ryer, 1634, première traduction européenne d'un classique persan[2].
    • Gulistan ou l'Empre des roses: traité des mœurs des rois[3], trad. de d'Alegre, 1704.
    • trad. par l'abbé Jacques Gaudin[4], 1789.
    • trad. partielle (1er livre) dans les "Lettres sur la Perse et la Turquie d'Asie" par J.-M. Tancoigne, 1808.
    • Gulistan ou le Parterre-de-fleurs"[5], trad. par N. Semelet, 1834.
    • Gulistan ou le Parterre de roses[6], trad par Charles Defrémery 1858.
    • trad. de Franz Toussaint, Paris, Arthème Fayard, 1904.
    • trad., introduction et notes de Pierre Seghers, Paris, P. Seghers, 1977.
    • trad. d'Omar Ali-Shah, Albin Michel, 1991 ; réed. 2008 (ISBN 222604888X)
  • Le Jardin des fruits ou le Verger (Bustân)
    • trad. en allemand, Hambourg, 1696[7].
    • trad. partielle en français par M. Garcin de Tassy, Paris, 1859[8].
    • trad. partielle en français par J.-B. Nicolas, Paris, 1869[9].
    • trad. complète par A. C. Barbier de Meynard, 1880 (rééd. Paris, Seghers, 1978).
    • trad. de Franz Toussaint, Paris, Mercure de France, 1913.
  • Livre des conseils (Pend-Nameh)
    • trad. en anglais, Calcutta, 1788.
    • trad. en français par M. Garcin de Tassy, 1822.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Un poème de Saadi[modifier | modifier le code]

Miniature de Paul Zenker illustrant une édition de 1942 du Jardin de roses
  • La traduction en anglais – par Iraj Bashiri – de ce poème de Saadi est à l'entrée de l'immeuble de l’Organisation des Nations unies à New York et deux de ces vers se trouvent aussi sur le nouveau billet de banque de 100 000 rials iranien:

Les hommes font partie du même corps.

Ils sont issus de la même essence.

Si le destin faisait souffrir l'un des membres.

Les autres n’en auront pas de repos.

Toi qui es indifférent aux malheurs des autres.

Tu ne mérites pas d'être nommé un Homme.

Traduction : Orang Gholikhani

Les hommes sont les membres d'un même corps. Ils furent créés à partir de la même essence.

Si le destin venait à faire souffrir l'un d'eux. Les autres membres ne connaitraient pas le repos.

Toi que le malheur des autres laisse indifférent. Tu ne mérites pas d'être appelé Homme.

Traduit par Farzine POURCYRUS

Les enfants d'Adam font partie d'un corps
Ils sont créés tous d'une même essence
Si une peine arrive à un membre du corps
Les autres aussi, perdent leur aisance
Si, pour la peine des autres, tu n'as pas de souffrance
Tu ne mériteras pas d'être dans ce corps

Traduit par Mahshid Moshiri[10]

Of one Essence is the human race,
Thusly has Creation put the Base;
One Limb impacted is sufficient,
For all Others to feel the Mace.

بنی آدم اعضای یکدیگرند[11],[12],[13]، که در آفرينش ز یک گوهرند
چو عضوى به درد آورد روزگار، دگر عضوها را نماند قرار
تو کز محنت دیگران بی غمی، نشاید که نامت نهند آدمی

"Les êtres humains (les enfants d'Adam) sont les parties d'un corps,

Ils sont issus de la même essence,

Lorsqu'une de ces parties est atteinte et souffre,

Les autres ne peuvent trouver ni la paix ni le calme,

Si la misère des autres te laisse indifférent,

Et sans la moindre peine ! Alors :

Il est impensable de t'appeler un être humain[14]."

Anecdote[modifier | modifier le code]

Le conventionnel Lazare Carnot (1753-1823) était un admirateur du poète persan Saadi de Shiraz, il a donné en 1796 son nom comme prénom à son fils aîné Sadi Carnot (1796-1832), physicien, fondateur de la thermodynamique. Il a été redonné en 1837 par son second fils Hippolyte Carnot (1801-1888), alors engagé dans le Saint-Simonisme, à son fils Sadi Carnot (1837-1894), président de la République française.

Le Président des États-Unis Barack Obama a cité les deux premiers vers du précédent poème dans sa déclaration au peuple iranien pour le nouvel an iranien de 2009.

Influence littéraire[modifier | modifier le code]

L'influence de Saadi sur la littérature européenne a été importante au XIXe siècle et au début du XXe[15], ainsi qu'aux siècles précédents.

La Fontaine s'inspire d'une des œuvres de Saadi pour le récit de sa fable Le Songe d'un habitant du Mogol.

Goethe termine son Divan oriental-occidental par deux distiques de Saadi. Victor Hugo ouvre ses Orientales par une citation du Gulestan.

Ralph Waldo Emerson compose ce poème en l'honneur de Saadi:

… Beaucoup viennent
Mais il faut que chantent
Les deux cordes,
La harpe est muette.
Même si viennent un million,
Sage Saadi habite seul.
Venez dix, ou que viennent un million,
Bon Saadi habite seul…

Marceline Desbordes-Valmore a adapté un morceau de la préface du Gulistan pour un de ses poèmes les plus célèbres: Les Roses de Saadi (1860)[16].

Anna de Noailles, qui écrit l'introduction de la traduction du Gulestan par Franz Toussaint, compose dans Les Eblouissements ce poème en l'honneur de Saadi, Le Jardin qui séduit le cœur:

Je l'ai lu dans un livre odorant, tendre et triste
Dont je sors plein de langueur,
Et maintenant je sais qu'on le voit, qu'il existe,
Le jardin-qui-séduit-le-cœur!
Il s'étend vers Chirâz, au bas de la montagne
Qui porte le nom de Saadi
Mon âme, se peut-il que mon corps t'accompagne
Et vole vers ce paradis?

Elle révèle Saadi à son ami Marcel Proust.

Louis Aragon, admirateur de Marceline Desbordes-Valmore imite Saadi dans Le Fou d'Elsa[17].

Pierre Seghers, admirateur de la poésie de Saadi, rassemblera des poètes et traducteurs persans afin de publier une nouvelle traduction du Jardin des roses[18]

L'écrivain Henry de Montherlant voue une grande reconnaissance et une grande admiration à Saadi ainsi qu'à Omar Khayyâm. Ils lui ont apporté la sorte de romanesque pour lequel il était fait et dont les "rimailleries" européennes ne lui avaient donné aucune idée. Il lui rend hommage dans un article paru dans le Journal de Teheran, le 23 avril 1937 (3 ordibehecht 1316). Voir le site http://www.montherlant.be, rubrique "articles" : La sensualité et l'altérité du voyageur traqué, itinéraire d'un esprit libre et solitaire par Clarisse Couturier-Garcia ainsi que Montherlant et l'Iran, Les tributaires du génie Iranien, par Nayaereh Samsami.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]