Anna Karénine

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Anna Karénine
Image illustrative de l'article Anna Karénine

Auteur Léon Tolstoï
Genre Roman
Version originale
Titre original Анна Каренина
Éditeur original Rousky Vestnik (Le Courrier russe)
Langue originale Russe
Pays d'origine Empire russe
Lieu de parution original Saint-Pétersbourg
Date de parution originale 1877
Version française
Lieu de parution Paris
Éditeur Hachette
Date de parution 1885

Anna Karénine (en russe Анна Каренина) est un roman de Léon Tolstoï paru en 1877. Il est considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature. L'auteur y oppose le calme bonheur d'un ménage honnête formé par Lévine et Kitty Stcherbatskï aux humiliations et aux déboires qui accompagnent la passion coupable d'Alexis Vronski et d'Anna Karénine ; les premiers brouillons étaient d'ailleurs intitulés Deux mariages, deux couples[1].

Paru en France pour la première fois en 1885[2], Anna Karénine marque l'entrée triomphale de la littérature russe dans la culture européenne[3].

Présentation[modifier | modifier le code]

Ce roman est tout d'abord paru sous forme de feuilleton dans le périodique Rousky Vestnik (Le Courrier russe), mais Tolstoï entra en conflit avec le rédacteur en chef Mikhaïl Katkov à propos du contenu du dernier épisode. Le roman ne parut donc dans son intégralité qu'à sa publication sous la forme d'un livre. Le feuilleton connaît néanmoins un grand succès dans la Russie du XIXe siècle, certaines femmes du monde allant jusqu'à envoyer leurs domestiques à l'imprimerie afin de connaître la teneur des prochains épisodes[réf. nécessaire].

Anna Karénine met en scène la noblesse russe, sur laquelle Tolstoï porte un regard critique. Le personnage d'Anna Karénine aurait été en partie inspiré de Maria Hartung (1832–1919), la fille aînée du poète Alexandre Pouchkine. Pour la fin tragique du roman, l’auteur s'est inspiré d’un fait divers : la maîtresse de son voisin Bibikov s’est jetée sous un train en janvier 1872 ; il est allé voir le corps de la malheureuse[4].

Composition et parution[modifier | modifier le code]

En mars 1873, Tolstoï commence l'écriture d'Anna Karénine. La rédaction en est achevée en février 1874[5] ; cependant, Tolstoï écrit l'épilogue en avril 1877 seulement[6],[7]. La publication du roman commence dans Le Messager russe en janvier 1875 et se poursuit jusqu'en mai 1877[5]. En juin 1877, la direction de la revue, en désaccord avec l’auteur sur la fin de l’ouvrage, publie une note de la rédaction résumant la fin d’Anna Karénine. L’auteur fait publier séparément la fin de l’ouvrage. Le roman est publié pour la première fois en édition séparée en janvier 1878[5].

Résumé[modifier | modifier le code]

Anna Karénine est une jeune femme mariée à Alexis Karénine, fidèle et mère d'un jeune garçon Serge. Anna Karénine se rend à Moscou chez son frère Stiva Oblonski. En descendant du train, elle croise le comte Vronski. Anna tombe amoureuse de Vronski, cet officier brillant, mais frivole. Elle lutte contre cette passion et finit pourtant par s'abandonner avec un bonheur coupable au courant qui la porte vers ce jeune officier. Puis Anna tombe enceinte. Se sentant coupable et profondément déprimée par sa faute, elle décide d'avouer son infidélité à son mari.

L'amour qu'elle porte à son fils lui fait songer un moment à abandonner mari et amant et à fuir avec lui. Mais une lettre de son mari, parti en voyages, en réponse à son aveu, où il ne lui demande que de respecter les apparences, la décide à rester. Mais la grossesse se déroule mal. Après avoir mis au monde une fille, Anna contracte la fièvre et risque de mourir. Elle envoie un télégramme à son mari, lui demandant de rentrer et de lui pardonner. Elle se repent et appelle la mort comme une libération pour tous. Ému par le remords de sa femme et sa mort imminente, Alexis consent à lui pardonner.

Puis quelque temps plus tard, une rencontre inopinée avec Vronski suffit à faire voler en éclats la décision d'Anna. Elle se jette dans ses bras et ils décident de fuir ensemble à l'étranger. C'est pour Anna, un moment de joie et de délivrance. De retour en Russie, Anna et Vronski vivent en marge de la société. Ils suscitent à la fois admiration et réprobation d'avoir ainsi bravé les conventions de la haute société russe. La fortune de Vronski leur permet d'avoir une existence indépendante et ils parviennent à recréer autour d'eux une micro-société, en marge du Grand Monde. Mais Anna ne supporte pas d'avoir abandonné son enfant et trahi son mari.

Ce climat pesant provoque une incompréhension réciproque qui obscurcit leur union. Anna, en proie aux plus vifs tourments, et prise dans un engrenage dont elle ne peut se délivrer, met fin à sa vie en se jetant sous un train.

En parallèle à leur aventure, Tolstoï brosse le portrait de deux autres couples : Kitty et Lévine, et Daria et Oblonski.

Kitty est une belle adolescente qui, à dix-huit ans, fait son entrée dans le monde. Lors d'un bal, la déclaration de Lévine la flatte car elle lui donne de l'importance. Elle lui répond cependant par la négative car elle est amoureuse de Vronski. Ce dernier lui échappe lors de ce bal où il succombe à la fascination d'Anna. Kitty sombre alors dans la honte.

Plusieurs mois après ce sinistre bal, Kitty rencontre à nouveau Lévine auprès duquel elle ressent alors un mélange d'effroi et de bonheur. Elle se rend compte qu'elle n'a aimé que lui. Kitty et Lévine comprennent que le passé n'a été qu'une épreuve destinée à consolider leur amour. Ils décident alors de se marier.

Daria, épouse soumise et résignée, mais surtout épuisée par les tâches de la vie quotidienne est la femme de Stiva Oblonsk (le frère d'Anna). Malgré son infidélité, Oblonski prodigue à sa femme plusieurs marques de tendresse réconfortantes.

Personnages[modifier | modifier le code]

Les personnages principaux sont Anna (Anna Karénine, Анна Аркадьевна Каренина) et son amant Vronski (Alexis Vronski, Aлекceй Kиpиллoвич Bpoнcкий). Incidemment, le mari d'Anna, homme politique, a le même prénom (Alexis Karénine). Anna a un frère Stiva (Stépane Oblonskï, Cтeпaн "Cтивa" Aркaдьевич Oблoнский) époux de Dolly (Daria Alexandrovna née Stcherbatski, Дарья "Дoлли" Aлeксaндрoвна Oблoнскaя). Dolly a une sœur Kitty (Catherine Stcherbatska) qui, au début du roman, est amoureuse à la fois de Lévine (Constantin « Kostya ») et de Vronski.

  • Agathe Mikhailovna, économe de Levine.
  • Filimonovna, Matrone, bonne des enfants Oblonski.
  • Golénistchev, compatriote rencontré par Vronski et Anna durant leur séjour en Italie.
  • Grinévitch, Michel Stanislavitch, collègue d’Oblonski.
  • Iachvine, officier, débauché ami de Vronski.
  • Lévine, Constantin Dmitriévitch, trente deux ans, incarne la vision de Tolstoï : grand propriétaire terrien, il refuse la vie à Moscou et le Monde. Il se tient à l'écart et entreprend un traité d'agronomie, projet mis à mal par son mariage avec Kitty. Il refuse également de participer aux zemstvo, organes de l'administration locale qui regroupent les grands propriétaires.
  • Lévine, Nicolas, frère aîné de Constantin, communiste, il meurt de la tuberculose.
  • Loukitch, Vassili, percepteur de Serge Karénine après le départ d’Anna.
  • Lvov, Arsène, mari de Nathalie Stcherbatski, ancien diplomate, beau-frère de Levine.
  • Karénine, Anna : le personnage témoigne de l'évolution de Tolstoï par rapport à son propre ouvrage. Incarnation du péché pendant une large partie de l'ouvrage, elle déteste son mari pour son caractère magnanime ; c'est une incrédule notoire, qui accepte de vivre avec Vronski sans demander le divorce à son mari quand bien même celui-ci l'aurait accepté. Néanmoins, Tolstoï évolue dans sa description puisqu'il en fait aussi une incarnation de la liberté et de la modernité, notamment lorsque sa belle-sœur et amie Dolly la rejoint et songe avec admiration aux choix d'Anna.
  • Karénine, Alexis Alexandrovitch, mari trompé d'Anna Karénine, incarne la droiture chrétienne. Membre éminent du ministère, il souhaite, lorsqu'il apprend la trahison d'Anna, sauver les apparences dans le Monde. Mais à l'occasion de la naissance de la fille illégitime d'Anna et Vronski, il va accorder son pardon à Anna. Si ce personnage est sans conteste une figure d'intégrité, Tolstoï en fait néanmoins un personnage double fait de sécheresse et d'autosatisfaction.
  • Karénine, Serge, fils d’Anna et d'Alexis.
  • Karénine, Annie, fille d’Anna et de Vronski.
  • Kouzma, valet de Lévine.
  • Koznychev, Serge Ivanovitch, demi-frère de Lévine, écrivain connu.
  • Marie Nicolaïevna, compagne de Nicolas Lévine, ancienne prostituée.
  • Mathieu, valet de Stépane.
  • Mikhaïlov, peintre russe installé en Italie.
  • Nikitine, Philippe Ivanovitch, collègue d’Oblonskï.
  • Nordston, comtesse, amie de Kitty, n’apprécie pas Lévine.
  • Oblonskï : Stépane Arkadiévitch, trente quatre ans, frère d'Anna Karénine incarne l'oisiveté. Il dépense plus qu'il ne gagne. Parvenu à un poste de haut fonctionnaire grâce à son caractère hâbleur, il trompe régulièrement sa femme Dolly, d'abord avec l'ancienne institutrice de ses enfants, puis avec une danseuse du Bolchoï. Il est également le meilleur ami de Lévine qui deviendra son beau-frère.
  • Oblonska, Daria Alexandrovna, Dolly, née Stcherbatski, femme d'Oblonski, trente trois ans, mère de sept enfants dont cinq vivants.
  • Oblonskï, Gricha, fils cadet de Stépane et Daria.
  • Oblonska, Tania, fille ainée de Stépane et Daria.
  • Pétriski, lieutenant, noceur endetté, ami de Vronski.
  • Riabine, négociant, achète une forêt à Stépane Oblonski.
  • Serpoukhovskoï, général, ami d’Alexis Vronski.
  • Snietkov, maréchal de la noblesse de la province de Kachine battu à l’élection.
  • Stcherbatska, Kitty, belle-sœur d’Oblonski, se marie avec Lévine.
  • Stcherbatska, Dolly, voir à Oblonska, Daria.
  • Stcherbatska, Nathalie, belle-sœur d’Oblonski, mariée à Lvov.
  • Stcherbatskï, « le vieux prince », père des sœurs Stcherbatska.
  • Stcherbatskï, Nicolas, cousin des sœurs Stcherbatska.
  • Sviajki, voisin de Lévine, maréchal de la noblesse du district de Selezniev.
  • Tchirikov, témoin de Lévine à son mariage, compagnon de chasse.
  • Tverskoïa, Betsy, cousine de Vronski, princesse, entremetteuse entre Vronski et Anna.
  • Varenka, Melle, fille adoptive de Mme Stahl. Amie de Kitty.
  • Vronski, Alexis Kirillovitch, comte, amant d'Anna.
  • Vronski, Alexandre, frère d’Alexis, colonel, a épousé une jeune femme sans fortune, fille d'un insurgé de décembre 1825.
  • Vronska, comtesse, mère d’Alexis.

Commentaires[modifier | modifier le code]

« Anna Karénine n'est pas seulement, suivant l'expression de M. Fahuet, "le roman du siècle" et la tragédie éternelle de l'amour coupable ; l’œuvre du prophète de Iasnaïa Poliana marque l'apogée et la perfection d'un genre littéraire au delà de laquelle on n'aperçoit rien. Jamais romancier n'avait atteint à ces altitudes, ni Fielding dans Tom Jones, ni Balzac dans Le Cousin Pons, ni Flaubert dans Madame Bovary. Tous les critiques depuis de Vogüé jusqu'à Brandès, en parlant d' Anna Karénine, ont épuisé la gamme des épithètes laudatives et superlatives. Et tous ces superlatifs se résument en ceci, qu'Anna Karénine ce n'est plus de l'art, ce n'est plus la représentation de la vie, c'est la vie même, la vie humaine palpitante et frémissante, et non pas seulement la vie extérieure, mais la vie intérieure, la vie mystérieuse de l'âme. Non, pas même Shakespeare n'a sondé le cœur humain à ces profondeurs, n'a analysé le mécanisme et le jeu délié des passions avec cette science infaillible, et n'a su dégager des passions, de leurs errements, de leurs sophismes, de leurs souffrances, la moralité qu'elles contiennent et suggèrent.

Et n'oublions pas aussi qu'Anna Karénine marque l'entrée triomphale de la littérature russe dans notre culture européenne. Nulle œuvre russe ne nous fait mieux sentir et pressentir tout ce que nous apporte de dons nouveaux et inappréciables, tout ce que contient de promesses et d'avenir, cette mystérieuse et fatidique race slave que notre orgueil et notre ignorance se complaisent à reléguer dans ses steppes et dans la barbarie. » (commentaire figurant aux pages 11 et 12 du catalogue des titres parus dans la collection Nelson, catalogue présent dans le roman Miss Rovel, de Victor Cherbuliez, collection Nelson, édition de 1921).

Incipit[modifier | modifier le code]

« Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon[8],[9]. »

Extraits[modifier | modifier le code]

  • Le troisième clan était celui du monde proprement dit, ce monde des bals, des dîners, des toilettes brillantes, qui se maintient d’une main à la cour pour ne pas tomber dans le demi-monde, qu’il s’imagine mépriser tout en partageant ses goûts.
  • Anna sur son mari Elle n’éprouvait plus envers son mari que la répulsion du bon nageur à l’égard du noyé qui s’accroche à lui et dont il se débarrasse pour ne pas couler.
  • Kitty sur Anna Comme elle est belle ! Mais il y a quelque chose en elle qui m’inspire une immense pitié.

« Les gens de son monde [celui de Vronski] divisent l'humanité en deux catégories opposées. La première, tourbe insipide, sotte et surtout ridicule, s'imagine que les maris doivent être fidèles à leur femme, les jeunes filles pures, les femmes chastes, les hommes courageux, fermes et tempérants, qu'il faut élever ses enfants, gagner sa vie, payer ses dettes, et autres fariboles : c'est le vieux jeu. La seconde au contraire - le « gratin » à laquelle ils se vantent tous d'appartenir, prise l'élégance, la générosité, l'audace, la bonne humeur, s'abandonne sans vergogne à toutes ses passions et se moque du reste. »

— Léon Tolstoï, Anna Karénine, première partie, chapitre 34[10].

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le roman a été adapté à maintes reprises au cinéma et à la télévision.

Télévision[modifier | modifier le code]

Ballet[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice de Sylvie Luneau in Anna Karénine, Folio classique, p. 873, (ISBN 9782070392520).
  2. Notice n° : FRBNF31478213 du catalogie général de la Bibliothèque nationale de France.
  3. (commentaire figurant aux pages 11 et 12 du catalogue des titres parus dans la collection Nelson, catalogue présent dans le roman Miss Rovel, de Victor Cherbuliez, collection Nelson, édition de 1921).
  4. Sylvie Luneau Index chronologique, p. XXXIII
  5. a, b et c Sylvie Luneau Index chronologique, p. XXXIV
  6. Sylvie Luneau Index chronologique, p. XXXVI
  7. Turner, C.J.G, A Karenina Companion, Wilfrid Laurier University Press, 1993, p. 11.
  8. Léon Tolstoï Anna Karénine, p. 61
  9. Cet incipit est très connu et est souvent cité. Ainsi dans Firmin. Adventures of a Metropolitan Lowlife, de Sam Savage, p. 3.
  10. Léon Tolstoï Anna Karénine, p. 130
  11. Notice n°: FRBNF31478213 du catalogue général de la Bibliothèque nationale de France).
  12. Source

Source[modifier | modifier le code]

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