Bataille de la Moskova

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Bataille de la Moskowa
Bataille de la Moskowa par N.S. Samokish (1860 - 1944)
Bataille de la Moskowa par N.S. Samokish (1860 - 1944)
Informations générales
Date
Lieu Borodino, Russie
55° 31′ N 35° 49′ E / 55.517, 35.817 ()
Issue Victoire française non décisive (Victoire à la Pyrrhus)
Belligérants
Drapeau de la France Empire français
Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Commandants
Drapeau de la France Napoléon Ier
Drapeau de la France Michel Ney
Drapeau de la France Eugène de Beauharnais
Drapeau de la France Joachim Murat
Drapeau de l’Empire russe Mikhaïl Koutouzov
Drapeau de l’Empire russe Piotr Ivanovitch Bagration
Drapeau de l’Empire russe Michel Barclay de Tolly
Forces en présence
130 000 hommes incluant :
102 000 fantassins
28 000 cavaliers
587 canons
121 000 hommes incluant :
96 300 fantassins
24 500 cavaliers
640 canons
Pertes
6 562 morts[2]
21 450 blessés[2]
13 canons capturés
45 000 morts ou blessés
100 à 200 prisonniers
15 - 60 canons capturés
Sixième coalition
Batailles
Campagne de Russie (1812)

Mir — Moguilev — Ostrovno — Kliastitsy — Smolensk — 1re Polotsk — Valoutino — Moskova — Moscou — Winkowo — Maloyaroslavets — 2e Polotsk — Czaśniki — Viazma — Smoliani — Krasnoï — Bérézina


Campagne d'Allemagne (1813)
Dantzig — Lützen — Bautzen — Hoyerswerda  — Goldberg — Gross Beeren — Katzbach — Dresde — Kulm — Dennewitz — Leipzig — Hanau — Sehested — Torgau — Hambourg


Campagne de France (1814)
Metz — Brienne — La Rothière

Campagne des Six-Jours : Champaubert — Montmirail — Château-Thierry — Vauchamps
Mormant — Montereau — Bar-sur-Aube — Craonne — Laon — Reims — Arcis-sur-Aube — Fère-Champenoise —Claye — Villeparisis — Paris
Front italien : Trieste — Mincio
Coordonnées 55° 31′ 00″ N 35° 49′ 00″ E / 55.516666666667, 35.816666666667 ()55° 31′ 00″ Nord 35° 49′ 00″ Est / 55.516666666667, 35.816666666667 ()  

La bataille de la Moskova (en russe : Бородинское сражение) est une bataille opposant la Grande Armée commandée par Napoléon Ier à l’armée impériale Russe menée par le général Mikhaïl Koutouzov. Elle a lieu le 7 septembre 1812 (26 août dans le calendrier julien) à proximité du village de Borodino, à 125 kilomètres de Moscou. Le nom de Moskova, plus évocateur que celui de Borodino, fut choisi par Napoléon pour désigner cette bataille, et fait référence à la rivière qui coule à plusieurs kilomètres du champ de bataille et non au lieu où se déroulèrent les combats.

Qualifié de « bataille des géants », elle est la plus importante et la plus sanglante bataille de la campagne de Russie, impliquant plus de 250 000 hommes pour des pertes estimées à 70 000 hommes.

Depuis son entrée sur le territoire russe, Napoléon souhaite engager une bataille décisive face à un ennemi qui ne cesse de se dérober. Cette campagne qu'il entreprend comme une guerre purement politique, nécessite une victoire éclatante afin d’obliger le Tsar à demander la paix et à conclure un nouveau traité d'alliance favorable à la France et à sa stratégie de blocus continental. Côté Russe, Alexandre Ier, faisant face à des dissensions entre ses généraux quant à la stratégie à adopter, nomme le 18 août, Koutouzov, commandant en chef de ses armées. Ce dernier après avoir laissé la Grande armée s'approcher de Moscou sous les harcèlements incessants des Cosaques, se décide enfin, aux portes de celle-ci, à fortifier ses positions et à livrer bataille.

Au cours de cette confrontation, les Français vont réussir à s’emparer des principales fortifications russes, dont la redoute Raïevski et les « flèches » défendues par le général Piotr Bagration (tué lors de l’assaut). La victoire est française dans la mesure où Napoléon contraint les forces russes à battre en retraite et s’ouvre la voie vers Moscou. Mais cette victoire est une victoire à la Pyrrhus, les pertes de chaque cotés sont immenses (environ 30 000 soldats français tués ou blessés pour 45 000 côté russe[2]) et bien qu’entamé, le potentiel offensif de l’armée russe (qui dispose encore de réserves) reste entier.

Les français font leur entrée dans Moscou une semaine plus tard (le 14 septembre) et y resteront jusqu'au 19 octobre, jour où commence le retour, bientôt désastreux, de la Grande Armée.

Contexte[modifier | modifier le code]

La marche vers Moscou[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Campagne de Russie (1812).

La Grande Armée avait commencé l’invasion de la Russie en juin 1812. Les forces russes, initialement massées le long de la frontière polonaise, reculèrent devant les Français en appliquant la politique de la terre brûlée selon la tactique de Michel Barclay de Tolly, le commandant en chef de l’armée russe. Ce dernier a bien tenté d’établir une ligne défensive solide face à la Grande Armée, mais ses efforts furent à chaque fois ruinés par la rapidité de l’avance française.

Napoléon marcha sur Moscou à partir de Vitebsk. La Grande Armée est cependant mal préparée pour une campagne terrestre prolongée. En effet sa base logistique la plus proche est Kovno, située à 925 kilomètres de Moscou, et le dépôt de ravitaillement de Smolensk est situé à 430 km de la capitale russe. Les lignes d’approvisionnement françaises sont donc particulièrement vulnérables aux attaques des partisans russes. Néanmoins, l’envie d’une bataille décisive pousse Napoléon à passer à l’action.

Pendant ce temps, les conflits entre les subordonnés de Barclay empêchent les Russes d’établir une stratégie commune. La politique de terre brûlée de Barclay est perçue comme une réticence à combattre. Alexandre Ier, lassé de cette stratégie, nomme un nouveau commandant en chef russe le 29 août : le prince Mikhaïl Koutouzov. Ce dernier n’est pas considéré par ses contemporains comme l’égal de Napoléon, mais il est cependant préféré à Barclay car il est ethniquement russe (contrairement à Barclay qui a des origines écossaises), et est très populaire dans l’entourage du tsar.

Koutouzov attendit cependant que les Français (avec de nombreux Polonais et Bavarois) soient à 125 km de Moscou pour accepter la bataille. Le 30 août, il ordonne une nouvelle retraite à Gjatsk. Le rapport de force reste à l’avantage des Français, mais il est désormais de 5:4 contre 3:1 auparavant. Koutouzov établit alors sa ligne défensive dans une zone facile à défendre, près du village de Borodino. À partir du 3 septembre, Koutouzov renforça la position avec des travaux de terrassements, notamment la redoute Raevski dans le centre droit russe, et les « flèches » de Bagration sur la gauche.

La bataille de Chevardino[modifier | modifier le code]

L’armée russe est disposée au sud de la route de Smolensk, sur laquelle la Grande Armée progresse. Érigée sur une butte, la redoute de Chevardino, située près du village du même nom, constitue la gauche russe. Voulant percer la ligne défensive russe, les Français prennent position au sud et à l’ouest du village après un bref mais sanglant prélude à la bataille principale.

L’affrontement proprement dit débuta le 5 septembre, quand la cavalerie du maréchal français Joachim Murat rencontra celle du comte russe Konovnitsyne. La furieuse mêlée qui s’ensuivit tourna à l’avantage des Français et les Russes battirent en retraite lorsque leur flanc gauche fut menacé. Le 6 septembre, les hostilités reprirent mais Konovnitsyne dut retraiter de nouveau lorsque le 4e corps d’armée du prince Eugène de Beauharnais renforça Murat et menaça le flanc russe. Les Russes se replièrent sur la redoute de Chevardino à proximité de laquelle se trouvait le général Gortchakov avec 11 000 hommes et 46 pièces d’artillerie.

Murat donne l’ordre au 1er et 2e corps de cavalerie, respectivement commandés par les généraux Nansouty et Montbrun, d’attaquer la redoute. Ils sont soutenus par la division Compan et le premier corps d’infanterie du maréchal Davout. Au même moment, l’infanterie de Poniatowski attaque la redoute par le sud. Les Français, repoussés à deux reprises par l’infanterie de Neverovski, finissent par s’emparer de la redoute en perdant 4 000 hommes. Les Russes perdent quant à eux 7 000 hommes. L’avance inattendue des Français plongea les Russes dans le désarroi. L’effondrement de leur flanc gauche les contraignit à ériger une position défensive de fortune autour du village d’Outitsa.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Armée russe[modifier | modifier le code]

L’armée russe aligne, de gauche à droite, les corps de Toutchkov, de Borozdine, de Raïevski, de Dokhtourov, d’Ostermann, et de Baggovout. Le corps du Grand Duc Constantin forme la réserve russe. Les éléments de cavalerie russes sont commandés par Silvers, Pahlen, Kork, Platov et Ouvarov. L’aile gauche est commandée par Bagration, l’aile droite par Barclay de Tolly, qui appuient leurs lignes défensives sur un système de redoutes. La plus importante, la redoute Raïevski, au centre avec 18 canons, est prolongée au sud par trois autres retranchements : les « flèches » de Bagration. Les forces russes présentes le jour de la bataille comprenaient 180 bataillons d’infanterie, 164 escadrons de cavalerie, 20 régiments de cosaques, et 55 batteries d’artillerie (640 pièces d’artillerie au total)[3]. Au total, les Russes ont engagé 103 800 hommes. Toutefois, 7 000 cosaques, ainsi que 10 000 miliciens russes présents ce jour-là n’ont pas été engagés dans la bataille.

Grande Armée[modifier | modifier le code]

Positionnée près de Chevardino, à 2,5 km des lignes russes, la Grande Armée dispose, de gauche à droite, des corps d’Eugène de Beauharnais, de Ney et de Davout, appuyés au sud par l’infanterie de Poniatowski et les forces de cavalerie de Nansouty, de Montbrun et de Latour-Maubourg. La Garde impériale et les corps de Junot, de Grouchy et de Murat constituent la réserve. La Grande Armée comprend 214 bataillons d’infanterie, 317 escadrons de cavalerie et 587 pièces d’artillerie pour un total de 124 000 soldats. Cependant, la garde impériale, qui dispose de 109 canons et qui comprend 30 bataillons d’infanterie et 27 escadrons de cavalerie pour un total de 18 500 hommes, n’a pas été engagée dans la bataille.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les flèches[modifier | modifier le code]

L’artillerie du général Friant canonne les flèches de Bagration. Détail du Panorama de Borodino

La veille au soir, la 2e division générale de grenadiers commandée par le général Vorontsov pris position dans les flèches. La bataille commence à 6 heures du matin, par une préparation d’artillerie contre le centre russe, menée par 102 canons. Mais les Français perdent ensuite un temps précieux à les déplacer, car ils sont trop loin des lignes russes. Davout donne l’ordre aux divisions Compans et Dessaix (à ne pas confondre avec Desaix, mort en 1800) d’attaquer la flèche située la plus au sud. Canonnés par l’artillerie russe, Compans et Dessaix sont blessés, mais les Français parviennent à avancer. Voyant la confusion, Davout dirige alors personnellement la 57e brigade, jusqu’au moment où son cheval est abattu. Davout tombe si lourdement qu’il est signalé mort au général Sorbier. Le général Rapp est envoyé sur place pour le remplacer, mais Davout est vivant et toujours à la tête de la 57e brigade. Rapp prend alors la tête de la 61e brigade avant d’être blessé (pour la 22e fois de sa carrière). À 7 heures, Napoléon engage les corps de Ney, puis de Junot, pour venir en aide à Davout ; ce dernier conquiert enfin les trois flèches vers 7 heures 30. Mais les Français sont repoussés par une contre-attaque russe menée par Bagration (s’appuyant sur la 27e division d’infanterie de Neverovski, les hussards de Akhtyrski et les dragons de Novorossiisk). Ney relance un assaut contre les flèches, et parvient à les reprendre vers 10 heures. Barclay envoie alors 3 régiments de la garde, 8 bataillons de grenadiers et 24 canons sous le commandement de Baggovout pour renforcer le village de Semionovskoïe, au nord des flèches. Le retour offensif de Baggovout déloge les Français des flèches, mais Ney les reprend à nouveau à 11 heures. Le maréchal français en est de nouveau chassé, mais il conquiert définitivement la position vers 11 heures 30. Napoléon hésite à engager la garde impériale, qui constitue ses dernières réserves, si loin de France.

La redoute Raïevski[modifier | modifier le code]

Les cuirassiers saxons de Latour-Maubourg attaquent les cuirassiers russes. La redoute Raïevski se trouve à droite, dans la fumée. À l’arrière-plan, on distingue l’église de Borodino. Détail du Panorama de Borodino.

Pendant ce temps, Eugène de Beauharnais pénètre dans Borodino après de durs combats contre la Garde russe, et progresse vers la redoute principale. Cependant ses troupes perdent leur cohésion, et Eugène doit reculer sous les contre-attaques russes. Le général Delzons se place alors devant Borodino pour protéger le village. Au même moment, la division Morand progresse au nord de Semionovskoïe, tandis que les forces d’Eugène franchissent la Kalatcha en direction du Sud. Eugène déploie alors une partie de son artillerie, et commence à faire refluer les Russes derrière la redoute. Appuyés par l’artillerie d’Eugène, les divisions Morand et Broussier progressent et prennent le contrôle de la redoute. Barclay lui-même doit rallier le régiment Paskevitch en déroute. Koutouzov ordonne alors au général Iermolov de reprendre la redoute ; disposant de trois batteries d’artillerie, ce dernier ouvre le feu contre la redoute tandis que deux régiments de la garde russe chargent la position. La redoute repasse alors aux mains des Russes.

L’artillerie d’Eugène continue à pilonner les Russes alors qu’au même moment, Ney et Davout canonnent les hauteurs de Semionovskoïe. Barclay envoie des renforts à Miloradovitch, qui défend la redoute tandis qu’au plus fort de la bataille, les subordonnés de Koutouzov prennent toutes les décisions pour lui : selon les écrits du colonel Clausewitz, le général russe semble être « en transe ». Avec la mort du général Koutaïsov, qui commandait l’artillerie russe, une partie des canons, situées à l’arrière des lignes russes, sont inutilisés, tandis que l’artillerie française fait des ravages dans les rangs russes.

À 14 heures, Napoléon ordonne un nouvel assaut contre la redoute. Les divisions Broussier, Morand, et Gérard doivent charger la redoute, appuyés par la cavalerie légère de Chastel à droite et par le second corps de cavalerie de réserve à gauche. Le général Caulaincourt ordonne aux cuirassiers de Wathier de mener l’attaque contre la redoute. Observant les préparatifs français, Barclay déplace alors ses troupes pour renforcer la position, mais elles sont canonnées par l’artillerie française. Caulaincourt mène personnellement la charge et parvient à enlever la redoute, mais il est tué par un boulet. La charge de Caulaincourt fait refluer la cavalerie russe qui tente de s’opposer à elle, tandis que la gauche, où Bagration a été mortellement blessé, et le centre russe, sévèrement mis à mal, donnent des signes de faiblesse. À ce moment, Murat, Davout et Ney pressent l’empereur, qui dispose de la garde impériale en réserve, de l’engager pour porter l’estocade finale à l’armée russe, mais celui-ci refuse.

Fin de la bataille[modifier | modifier le code]

Barclay demande alors à Koutouzov de nouvelles instructions, mais ce dernier se trouve sur la route de Moscou, entouré de jeunes nobles et leur promettant de chasser Napoléon. Toutefois, le général russe se doute bien que son armée est trop diminuée pour combattre les Français. Les Russes se retirent alors sur la ligne de crête située plus à l’est. Napoléon estime que la bataille reprendra le lendemain matin, mais Koutouzov, après avoir entendu l’avis de ses généraux, ordonne la retraite vers Moscou. La route de la capitale russe est ouverte à la Grande Armée.

Pertes[modifier | modifier le code]

Les pertes sont très élevées dans les deux camps. La Grande Armée perd environ 30 000 hommes : selon P. Denniee, inspecteur aux revues de la Grande Armée, il y aurait eu 6 562 morts, dont 269 officiers, et 21 450 blessés[2]. En revanche, selon l’historien Aristide Martinien, les Français perdent au total 1 928 officiers morts ou blessés, incluant 49 généraux[4]. Les Russes perdent environ 44 000 hommes, morts ou blessés, dont 211 officiers morts et 1 180 blessés. 24 généraux russes furent blessés ou tués, dont Bagration qui meurt de ses blessures le 24 septembre et Toutchkov[5]. Du côté français, le manque de ravitaillement, causé par l’allongement des lignes d’approvisionnement, pour les soldats valides fait que certains blessés meurent de faim ou de négligences dans les jours qui suivent la bataille.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les Français prirent Moscou (à 125 km) le 14 septembre. Le soir même, d’immenses incendies ravagent la ville. Les derniers feux seront éteints le 20 septembre au soir. Moscou, essentiellement construite en bois, est presque entièrement détruite. Privés de quartiers d’hiver et sans avoir reçu la capitulation russe, les Français sont obligés de quitter la ville le 18 octobre pour entamer une retraite catastrophique.

La bataille de la Moskova est considérée comme une victoire tactique française. Elle ouvre la voie de Moscou à Napoléon. Les pertes françaises, quoique très importantes, restent inférieures au nombre de morts et blessés russes.

Bien que la bataille est été vue comme une victoire pour Napoléon, des historiens contemporains considèrent Borodino comme une Victoire à la Pyrrhus[6].Murat et le vice-roi Eugène de Beauharnais, cités par Philippe de Ségur dans son "Histoire de la Grande-Armée pendant l'année 1812", font état de l'inertie, de l'indécision de Napoléon pendant cette bataille, comme si son génie en avait été absent. En fait, l'empereur avait souffert d'une fièvre et de douleurs qui, en affectant sa santé, l'avaient privé de ses facultés habituelles de stratège extraordinaire.

L’Empire russe a aussi revendiqué la victoire, les troupes s’étant repliées en bon ordre. La Russie affirma sa revendication sur la victoire en nommant une classe de cuirassé classe Borodino à la fin du XIXe siècle. En 1949, l’URSS fonda la ville de Borodino dans le kraï de Krasnoïarsk.

Critique[modifier | modifier le code]

Tolstoï, notamment, estime que l’erreur principale de Napoléon aurait été de ne pas avoir utilisé la garde impériale, troupe d’élite de son armée, pour emporter définitivement le centre russe et obtenir une victoire décisive. Il aurait préservé la garde impériale pour la bataille suivante pour prendre Moscou, bataille qui n’a jamais eu lieu.[réf. nécessaire]

Littérature[modifier | modifier le code]

Guerre et Paix[modifier | modifier le code]

Dans Guerre et Paix, Léon Tolstoï détaille particulièrement cette bataille et s’emploie à démontrer que la bataille de Borodino est une victoire stratégique russe, car :

  • Tolstoï estime que les quatre points essentiels des ordres de Napoléon n’ont pas été complètement exécutés : les batteries françaises étaient hors de portée de leurs objectifs, le contournement de l’aile gauche russe par Poniatowski fut empêché par Toutchkov, la division de Compans ne put pas s’emparer des premiers retranchements russes et Murat ne put pas aller au-delà du village de Borodino: « Ainsi aucune des prescriptions ne fut et ne pouvait être exécutée[7] ».
  • Il nie la victoire française « Napoléon savait bien, avec sa grande expérience, ce que signifiait une bataille où, après huit heures d’efforts, l’assaillant n’a pu obtenir la victoire, il savait que c’était une bataille presque perdue[8] » et soutient la revendication de Koutouzov qui revendique la bataille comme une victoire russe « Le soir du 26 août, et Koutouzov et l’armée russe étaient persuadés que la bataille de Borodino était gagnée ; et c’est ce que Koutouzov écrivit à l’empereur[9] ».
  • L’issue de la bataille convainc l’armée russe que le rapport des forces lui devient favorable : « Jusqu’à la bataille de Borodino, nos forces comparées à celles des Français étaient dans un rapport de cinq à six; après Borodino, dans un rapport de un à deux[10] »; « l’obscure conscience du soldat que le rapport des forces était à présent inversé et que l’avantage se trouvait de notre côté[11] ».

Selon Tolstoï, la bataille s’inscrirait donc dans la stratégie de guerre d’attrition adoptée (malgré eux) par les Russes. Le repli de Koutouzov n’est que tactique (Tolstoï insiste peu sur les pertes subies par l’armée russe). En comparant la bataille au choc de deux boules, l’une lourde et rapide et l’autre plus légère et immobile, il écrit : « Avec l’élan qui lui avait été imprimé, l’armée française était encore capable de rouler jusqu’à Moscou ; mais là, sans que l’armée russe eût à faire de nouveaux efforts, elle devait périr, perdant son sang par la blessure mortelle reçue à Borodino[8] ».

Balzac[modifier | modifier le code]

Dans Le Médecin de campagne d’Honoré de Balzac, Goguelat, ancien soldat de Napoléon raconte dans une grange, à la veillée, les moments les plus violents de la bataille de la Moskova. Ces récits considérés comme des contes et légendes ont d’ailleurs été publiés séparément dans deux revues[12].

Musique[modifier | modifier le code]

En 1880, le compositeur romantique russe Piotr Tchaïkovski compose l'ouverture 1812, une pièce symphonique descriptive de 15 minutes qui raconte, 68 ans après l'événement, l'histoire de la bataille de la Moskova ou bataille de Borodino entre l'armée française de Napoléon et l'armée russe qui eut lieu en Russie en 1812. Cette œuvre a été écrite pour célébrer la victoire des russes. On y entend des chants populaires russes interprétés par des instruments, des extraits de la Marseillaise, des marches militaires, des bruitages intégrés à l'orchestre (des coups de canons imitant la bataille) et des volées de cloches d'église qui évoquent la liesse populaire lors de la victoire russe. L'œuvre, selon l'expression du compositeur lui-même, est « explosive et tapageuse », notamment le final, à cause des coups de canons et des cloches assourdissantes, doublées de puissantes sonneries de cuivres. En salle de concert, les canons sont remplacés par de mini charges explosives. Ceci fait de l'ouverture 1812 un des morceaux les plus emblématiques de la démesure orchestrale, voire de la mégalomanie des compositeurs romantiques au XIXe siècle.

Illustrations[modifier | modifier le code]

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Monuments[modifier | modifier le code]

Monument sur l’emplacement du quartier général de Koutouzov

Après la guerre, un monument a été érigé sur le site, à l’emplacement du quartier général de Koutouzov.

Autre bataille[modifier | modifier le code]

Une autre bataille de Borodino eut lieu en octobre 1941.

Sources[modifier | modifier le code]

  • MP-Rey et Thierry Lentz, 1812, La campagne de Russie, histoire et postérités, Paris, Perrin, 2012. (ISBN 978-2-262-04072-7)
  • Curtis Wilson Cate, La campagne de Russie : 22 juin-14 décembre 1812 , Paris, Tallandier, 2012. (ISBN 978-2847349283)
  • Dir. Thierry LENTZ, Napoléon Bonaparte, Correspondance générale, volume XII « 1812 - La campagne de Russie » , Paris, Fayard, 2012. (ISBN 978-978-2213668628)
  • MP -Rey , L’effroyable tragédie, une nouvelle histoire de la campagne de Russie, Paris, Flammarion, Col. Au fil de l'histoire, 2012. (ISBN 978-2081228320)
  • Jean Tulard, Napoléon, chef de guerre, Paris, Tallandier, 2012. (ISBN 978-2847349924)
  • Jacques Garnier, Borodino : Sous les murs de Moscou, Paris, Napoléon Ier éditions, Col. Grandes batailles, 2008. (ISBN 978-2916385136)

Autres lectures[modifier | modifier le code]

  • La Moskowa - Borodino: La bataille des Redoutes, E.-G. Hourtoulle, Histoire & Collections, 2003, ISBN 2-908182-95-5

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plusieurs États membres de la Confédération du Rhin ayant fourni des contingents pour cette campagne, furent présents à cette bataille; notamment le royaume de Bavière, de Westphalie, de Wurtemberg, de Saxe ainsi que le Grand-duché de Hesse.
  2. a, b, c et d P. Denniee, Itinéraire de l'Empereur Napoléon, Paris, 1842
  3. Les Plus Belles Victoires de Napoléon, Éditions Atlas, p. 112
  4. A. Martinien, Tableaux par corps et par batailles des officiers tués et blessés pendant les guerres de l’Empire (1805-1815), p. 1899
  5. Les grandes conquêtes, 1807-1812 : La Moscova, 2004, (pp. 62-63).
  6. (en) Andrew Roberts. Napoleon and Wellington: the Battle of Waterloo and the great commanders who fought it. Simon and Schuster, 2001 ISBN 978-0-7432-2832-9, ISBN 978-0-7432-2832-9, p. 254; Theodore Ayrault Dodge. Napoleon; a History of the Art of War: From the beginning of the Peninsular war to the end of the Russian campaign, with a detailed account of the Napoleonic wars. Volume 3 of Napoleon; a History of the Art of War, Great captains Houghton, Mifflin and company, 1907, p. 583; David Avrom Bell. The first total war: Napoleon's Europe and the birth of warfare as we know it. Houghton Mifflin Harcourt, 2007, ISBN 978-0-618-34965-4, ISBN 978-0-618-34965-4, p. 295; Alistair Horne. How Far from Austerlitz?: Napoleon 1805–1815. Macmillan, 1998. ISBN 978-0-312-18724-8, ISBN 978-0-312-18724-8, p. 316.
  7. Tolstoï, Guerre et Paix, Livre III, 2e partie, ch. 27
  8. a et b Tolstoï, Guerre et Paix, Livre III, 2e partie, ch. 34
  9. Tolstoï, Guerre et Paix, Livre III, 3e partie, ch. 2
  10. Tolstoï, Guerre et Paix, Livre III, 2e partie, ch. 19
  11. Tolstoï, Guerre et Paix, Livre IV, 2e partie, ch. 2
  12. Le Médecin de campagne, Bibliothèque de la Pléiade, 1978, p. 520-537 (ISBN 2070108694)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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