Bataille de Fère-Champenoise

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Bataille de Fère-Champenoise
Tableau peint par Bogdan Willewalde
Tableau peint par Bogdan Willewalde
Informations générales
Date 25 mars 1814
Lieu Fère-Champenoise
Issue Victoire alliée
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Flag of the Habsburg Monarchy.svg Empire d'Autriche
Commandants
Auguste Marmont
Édouard Mortier
Karl Philipp de Schwarzenberg
Forces en présence
24 000 hommes[1] 26 400 hommes de cavalerie, appuyés par 180 000 hommes qui ne participent pas à la bataille[1]
Pertes
9 000 morts, blessés ou prisonniers[1] 3 500 morts ou blessés[1]
Sixième coalition
Batailles
Campagne de Russie (1812)

Mir · Moguilev · Ostrovno · Kliastitsy · Smolensk · 1re Polotsk · Valoutino · Moskova · Moscou · Winkowo · Maloyaroslavets · 2e Polotsk · Czaśniki · Viazma · Smoliani · Krasnoï · Bérézina


Campagne d'Allemagne (1813)
Dantzig · Lützen · Bautzen · Hoyerswerda · Goldberg · Gross Beeren · Katzbach · Dresde · Kulm · Dennewitz · Leipzig · Hanau · Sehested · Torgau · Hambourg


Campagne de France (1814)

Metz · Saint-Avold · Saint-Dizier · Brienne · La Rothière
· Campagne des Six-Jours : Champaubert · Montmirail · Château-Thierry · Vauchamps
· Mormant · Montereau · Bar-sur-Aube · Craonne · Laon · Reims · Arcis-sur-Aube · Fère-Champenoise · Meaux · Claye · Villeparisis · Paris
Front italien : Trieste · Mincio
Coordonnées 48° 45′ 00″ N 4° 05′ 54″ E / 48.75, 4.0983 ()48° 45′ 00″ Nord 4° 05′ 54″ Est / 48.75, 4.0983 ()  

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 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Fère-Champenoise.

La bataille de Fère-Champenoise qui s'est déroulée le 25 mars 1814 a opposé l'armée française de Napoléon Ier et les armées de la Sixième coalition durant la campagne de France (1814). La bataille se solde par la défaite de l'armée française et ouvre aux troupes alliées la route de Paris.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Leipzig, Napoléon Ier rentre en France avec une armée battue. L'Europe tout entière est à ses trousses : 700 000[2] Russes, Prussiens, Autrichiens, Suédois, Bavarois, Wurtembergois, Hollandais, Allemands, et Suisses franchissent le Rhin et marchent sur Paris pendant qu'Anglais, Espagnols et Portugais franchissent les Pyrénées. Trois armées coalisées forment la menace principale sur le Rhin :

  • La Grande Armée de Schwarzenberg qui franchit le Rhin par la Suisse et marche sur Paris par Langres, Troyes et la rive gauche de la Seine ;
  • L'Armée de Silésie de Blücher qui franchit le Rhin à Mayence et marche sur Paris par la Lorraine, Reims et la rive droite de la Marne ;
  • L'Armée de Suède de Bernadotte qui traverse le Rhin en Hollande et marche sur Paris par la Belgique, Laon et la rive gauche de l'Oise.

Au terme d'une brillante mais désespérée campagne de France, Napoléon Ier va réussir à placer sa petite armée entre les deux armées coalisées de Blücher et Schwarzenberg. Pendant tout le mois de février et les premiers jours de mars, il n'aura de cesse de passer d'une armée à l'autre leur infligeant une série de défaites partielles. Mais les dernières batailles (Craonne le 7 mars et Laon les 9 et 10 mars contre l'armée de Blücher) ont été particulièrement meurtrières pour l'armée française et n'ont apporté aucun avantage décisif.

Le 13 mars 1814, Napoléon écrase le corps russe isolé de Saint-Priest à la bataille de Reims. Il va stationner à Reims deux jours, ne sachant quel parti prendre entre reprendre l'offensive sur Blücher à Laon, ou attaquer Schwarzenberg sur Troyes ou encore gagner l'Alsace pour y délivrer les nombreuses garnisons françaises assiégées[3].

Le 15 mars 1814, la situation générale des forces en présence est la suivante : les maréchaux Macdonald et Oudinot sont à Provins avec 40 000 hommes[4] pour empêcher les 140 000 hommes du prince de Scwharzenberg qui sont dans les environs de Troyes de marcher sur Paris[5]. De l'autre côté, les maréchaux Marmont et Mortier sont sur l'Aisne du côté de Soissons avec 18 000 hommes et font face à l'armée de Silésie du maréchal Blucher et ses 90 000 hommes. Au centre à Reims, Napoléon est avec 16 000 hommes, prêt à se porter d'un côté ou de l'autre[6]. Il y a également environ 20 000 hommes à proximité de Paris pour la défense de la capitale.

Manœuvres amenant la bataille de Fère-Champenoise[modifier | modifier le code]

Nota : les manœuvres des armées conduisent au double combat de Arcis-sur-Aube de Napoléon et Macdonald contre Schwarzenberg le 20 et 21 mars puis au combat de Fère-Champenoise le 25 mars entre Marmont et toutes les armées coalisées. Seuls les mouvements ayant un lien direct avec le combat de Fère-champenoise sont rapportés dans ce chapitre, bien que la manœuvre d'Arcis-sur-Aube a une influence déterminante sur la bataille de Fère-Champenoise.

Le 15 mars 1814, Napoléon se décide à quitter Reims pour marcher sur Épernay et Châlons-sur-Marne. À ce moment-là, il ne sait pas encore s'il va marcher sur Troyes pour tomber sur les arrières de Schwarzenberg ou marcher sur Nancy pour libérer les garnisons de l'Est et renforcer son armée[Note 1]. Pour le moment, il laisse sur l’Aisne les corps de Marmont et de Mortier (17 400 hommes) couvrir le mouvement de l’armée. Les maréchaux ont pour instructions d’empêcher l’avance de Blücher (90 000 hommes) soit qu’il voulut marcher sur Paris, soit qu’il voulut marcher sur Châlons pour tomber sur les arrières de Napoléon[7]. Pour couvrir ces deux hypothèses, les maréchaux prennent les positions suivantes : Marmont à Fismes doit empêcher une marche sur Reims. Mortier à Soissons doit empêcher une marche sur Paris.

Le 16 mars 1814, Marmont aperçoit la concentration des corps de Blücher vers Craonne. L’ennemi semble vouloir marcher sur Reims. Il en informe Mortier et lui conseille de marcher sur Fismes. Lui-même marche sur Pontavert et Berry-au-Bac pour s’opposer au passage de l’Aisne.

Le 17 mars 1814, Mortier arrive à Fismes mais sans savoir que Marmont est plus au nord-est à Pontavert. Inquiet, Mortier pense que Marmont a pu être refoulé sur Reims[8]. Il se précipite donc sur cette ville où il arrive en début de matinée du 18. Mais là aussi, aucune trace de Marmont. Il envoie des partis de cavalerie dans toutes les directions[9] et c’est du côté de Berry-au-Bac qu’il apprend enfin où Marmont se trouve. Ce dernier, débordé de toutes parts par un ennemi quatre fois supérieur, est contraint de se replier sur Fismes. Malgré la présence en masse de l’ennemi entre Berry-au-Bac et Pontavert, ce qui semble indiquer que Blücher voulait marcher sur Reims, Marmont estime qu’il ne s’agit que d’une diversion[10]. En effet, quelques partis de cavalerie débouchent sur sa gauche. Il craint que d’autres corps d’armées prussiens n’aient profité du départ de Mortier pour franchir l’Aisne dans les environs de Soissons pour marcher sur Paris[11].

Le 18 mars 1814, Marmont a reçu l'ordre de Napoléon envoyé depuis Épernay le 17 mars à 18h30. C'est cet ordre ambigu qui va conduire au désastre de Fère-Champenoise[12] :

« L’empereur, en arrivant ici, a appris que l’ennemi [Schwarzenberg] a passé la Seine[…] Sa Majesté est résolue de marcher sur Troyes. Le quartier général de l’Empereur sera demain à Sommessous et après-demain à Arcis. Sa Majesté laisse à Épernay le général Vincent[…] Sa Majesté, Monsieur le Duc, désire que fassiez faire le plus de mouvements possible à votre cavalerie pour en imposer à Blücher et gagner du temps. Si Blücher passait l’Aisne, vous devez lui disputer le terrain et couvrir la route de Paris. Il est probable que le mouvement de l’Empereur obligera l’ennemi [Schwarzenberg] à repasser la Seine, ce qui arrêtera Blücher et rendra disponible le corps du duc de Tarente, qui alors vous serait envoyé. […] Si Blücher prenait l’offensive dans la direction de Reims de manière à ce que cette ville se trouva sous les pas de l’ennemi, et que vous et le duc de Trévise ne fussiez pas en état de la défendre, vous retireriez avec vous l’un ou l’autre, la garnison et les pièces de canons, et vous emmèneriez les gardes nationaux avec vous. »

— Signé le major général.

L’ambiguïté réside dans ces deux expressions : « Si Blücher passait l’Aisne, vous devez couvrir la route de Paris » et « Si Blücher marchait sur Reims, vous vous retireriez ». Car dans le second cas l'ordre ne précise pas dans quelle direction Marmont doit se retirer : sur Paris ou sur Châlons ? Pour Marmont, si les Prussiens marchent sur Reims, il doit se replier sur Paris[13], car pour lui, sa mission doit être de protéger la capitale[14]. Cette conviction résulte certainement de conversations qu’il a eu avec l’Empereur dans les jours qui ont suivi la bataille de Laon et celle de Reims[15]. Or ce n’est plus du tout l’esprit de Napoléon depuis qu’il a décidé, le 17 mars au soir, de marcher sur Troyes[16]. Dans ce cas, il faut absolument éviter que Blücher ne tombe sur Reims et ne prenne Napoléon à revers. C’est ce malentendu, uniquement basé sur l'ordre imprécis du 17 mars, qui va conduire Marmont à faire évacuer Reims pour se replier sur Fismes et ainsi défendre la route de Paris, laissant donc la possibilité à Blücher de s'interposer entre les maréchaux et Napoléon.

Le 19 mars 1814, Marmont, toujours à Fismes, invite son collègue Mortier à le rejoindre pour réunir les deux corps d’armées[9] : l’ennemi, qui a franchi l’Aisne, se concentre sur Roucy et Romain. C’est le signe pour Marmont que Blücher veut marcher sur Paris[17]. Mortier quitte donc Reims pour Fismes. Mais à peine arrivé à Fismes vers midi, les maréchaux apprennent l’entrée à Reims de la cavalerie russe. Mortier fait demi-tour et sa cavalerie reprend le contrôle de Reims. Puis vers le soir, des cavaliers prussiens se montrent du côté de Fismes. De nouveau, Mortier est invité à quitter Reims pour marcher sur Fismes.

Le 20 mars 1814, les troupes de Mortier, épuisées par ces marches forcées, arrivent harassées dans Fismes. Les Français restent en position et ont quelques accrochages avec les Prussiens qui tentent de déboucher sur cette ville par Romain. Dans la nuit du 20 au 21[12], les maréchaux reçoivent la dépêche de Berthier[Note 2]. Napoléon les informe qu’il marche sur Arcis et que Schwarzenberg se replie par Troyes vers Bar-sur-Aube. Dans le même message, Napoléon reproche aux maréchaux d’avoir pris position à Fismes plutôt qu’à Reims. Dans une seconde lettre envoyée deux heures plus tard, Napoléon leur ordonne de partir sur le champ pour Châlons par Reims ou par Épernay[Note 3]. Ces dépêches, parties d’Arcis le 20 dans la matinée, prouvent que Napoléon renonce à défendre Paris[18]. Il veut protéger ses arrières et empêcher la jonction de Blücher et de Schwarzenberg. Soit il ne croit pas que Blücher puisse marcher seul sur Paris[19], soit il pense que la défense de la capitale n’est pas prioritaire, et que seule une grande victoire sur Schwarzenberg peut sauver la France[20].

Le 21 mars 1814 au petit matin, les maréchaux se mettent en marche et quittent Fismes. Ils choisissent la route de Château-Thierry, puis remontent la Marne par Épernay et Châlons. Ils ne peuvent pas choisir la route directe qui va de Fismes à Épernay, car la chaussée est trop petite pour une marche rapide[21], et surtout la marche se ferait sous les yeux de l'armée ennemie qui pourrait sans mal prendre la colonne française par le flanc[22]. Ils sont poursuivis à Château-Thierry par les corps prussien de Yorck et russe de Sacken pendant que le restant de l'armée de Silésie marche sur Reims en direction de Châlons.
Le 21 au soir, après une longue marche forcée, les maréchaux arrivent à Château-Thierry. Ils y rencontrent le général Vincent, qui se trouvait à Épernay avec 500 hommes, et qui en a été chassé par la cavalerie du corps de Wintzingerode venue de Reims et de la division de cavalerie Tettenborn venue de Châlons. Les maréchaux en ont été prévenus dans leur marche sur Épernay[22] : plus question de partir vers Châlons par la Marne. Ignorant les batailles d’Arcis du 20 et du 21, ignorant que Napoléon marche sur Vitry, les maréchaux décident de marcher sur Bergères-lès-Vertus afin de se placer aux débouchés d'Épernay. Si l’ennemi perdait un peu de temps, ils pourraient même gagner Châlons par la rive gauche de la Marne avant lui.

Le 22 mars 1814, au petit matin, ils franchissent la Marne. Après leur passage, ils font sauter le pont et ils arrivent à Montmirail en fin de journée. Ils ignorent que l’avant-garde du général Tettenborn, partie d'Épernay, est déjà à Sommesous : les maréchaux sont déjà coupés du restant de l’armée de Napoléon[23]. Avec seulement 4000 cavaliers, les maréchaux ne peuvent s'éclairer aussi loin et ils continuent leur route sur Bergères-lès-Vertus sans se douter des masses qui vont se refermer sur eux. Au même moment, les divisions Pacthod, Amey et un convoi, venus de Paris pour rejoindre l’Empereur à Vitry, sont à Sézanne. Ils ont devant eux la cavalerie de Seslawin de l'armée de Bohême qui a franchi l’Aube après la bataille d’Arcis.

Le 23 mars 1814, les maréchaux poursuivent leur route, emmenant avec eux la petite troupe de Vincent. Mais le mauvais état des chemins les oblige à se séparer[24]. Marmont arrive le soir à Bergères-lès-Vertus, Mortier est à Étoges. En arrivant à Bergères, la cavalerie française apprend que des partis de cavalerie russe sont à Vertus, à quelques kilomètres au nord. La cavalerie française n’a aucun mal à les faire replier. Il s’agissait de l’arrière-garde de la cavalerie de Wintzingerode. Le restant de la cavalerie russe, qui forme l'avant garde de l'armée de Silésie, est déjà à Vatry. Les maréchaux ne peuvent donc plus ignorer que l’armée de Blücher marche plein sud et qu’ils vont être pris par le flanc. Plus grave, ils savent désormais que les Russes occupent Vatry, qui se trouve en plein entre eux et l’Empereur à Vitry. Les maréchaux ont été informés par les paysans que l'empereur a franchi la Marne vers Vitry[25], mais ignorent encore la bataille d'Arcis et ses conséquences. Les maréchaux hésitent. Mortier veux se replier sur Montmirail ; Marmont veut forcer le passage et gagner Vitry[26]. Ce dernier ressort l’ordre qu’ils ont reçu le 20 mars au soir : l’Empereur veut que les maréchaux couvrent ses arrières. Car ils n’ont reçu aucun nouvel ordre depuis le message du 20 mars. Or depuis, les choses ont tout de même considérablement évoluées : il y a eu deux batailles à Arcis les 20 et 21, et Napoléon a changé son plan d’opération en décidant de marcher sur Saint-Dizier[27] alors que les maréchaux le croient toujours à Troyes. Mais beaucoup plus grave, les maréchaux ignorent que toute l’armée de Bohême est en train de remonter sur eux. Alors qu'ils croient n'avoir à se méfier que de l'armée de Silésie au nord, ils vont se trouver pris en étau entre les Autrichiens et les Prussiens.
Car déjà l’armée de Schwarzenberg occupe Mailly (Giulay : 13 000), Poivres (Raïevski : 20 000), Sommepuis (Wurtemberg : 13 000) et Courdemanges (Wrede : 24 000). La cavalerie de Pahlen et Tettenborn (5 000) sont à Soudé-Sainte-Croix. Les cosaques de Kaisarov et de Davydov (3 000) sont à Fère-Champenoise. Il y a même Seslawin (1 500) qui campe devant Sézanne depuis trois jours, au su et à la vue de la division Pacthod. Ce sont tout de même plus de 60 000 hommes et 15 000 cavaliers qui se trouvent entre Marmont et Napoléon.

Le 24 mars 1814, Marmont arrive à Soudé-Sainte-Croix, Mortier un peu plus en arrière, à Vatry. Le général Vincent a été renvoyé à Montmirail avec 300 hommes afin de surveiller les corps de Yorck et de Sacken[28], qui ne vont pas tarder à déboucher de Château-Thierry. Déboussolés[29], les maréchaux envoient dans la soirée des partis de cavalerie dans tous les sens. Le général Belliard est envoyé sur Châlons. À Nuisement, il apprend que la ville de Châlons est occupée par les Prussiens. Il y a là plus de 50 000 hommes. De son côté, Bordesoulle est envoyé sur Vitry. Il arrive tard dans la nuit à Coole où il rencontre l’avant-garde de Wrede qui débouche de la route de Vitry. Bordesoulle fait son rapport à Marmont qui n’en croit pas un mot[30]. 100 000 hommes et 30 000 cavaliers marchent droit sur Marmont et il semble être le seul à l’ignorer[31].
À sa décharge, il faut signaler que Marmont avait quelques raisons d’en douter[13]. D’abord il y a les mouvements de troupes de Schwarzenberg dans la journée du 24. On l’a vu, le 23 au soir, Fère-Champenoise, Sompuis, Soudé-Sainte-Croix, Vatry étaient occupés. Le 24, toutes ces positions ont été évacuées par les coalisés[32]. C’est le signe pour Marmont que les coalisés sont en pleine retraite[33]. De plus, Marmont n’a vu que de la cavalerie en face de lui. Enfin, il y a l’absence d’ordres de l’Empereur. S'il y avait vraiment 130 000 ennemis devant lui, Napoléon l’aurait forcément prévenu à un moment ou à un autre. Les coalisés eux-mêmes ignorent la présence des maréchaux aussi près (on les croit sur Château-Thierry)[Note 4].

Le même jour, Pacthod, qui a réuni à lui la division Amey et le convoi venu de Paris, forme une troupe de 5 800 hommes à Sézanne. Lui est au courant pour la bataille d'Arcis, et sait également que l'empereur marche sur Saint-Dizier par Vitry. Il sait encore que la route de Sézanne à Vitry est coupée par la cavalerie ennemie, et une partie au moins de l'infanterie. Aussi, quand il apprend au petit matin la présence des maréchaux à Étoges[28], n’ayant aucune nouvelle de Napoléon, aucun contact avec les maréchaux (dont il ne dépend pas), il décide de son propre chef de rejoindre les maréchaux à Vertus[34]. Sans doute croit-il qu’ils marchent sur Châlons justement pour contourner l'armée de Bohême, qui remonte depuis le sud, mais lui ignore que l'armée de Silésie débouche droit sur lui par le nord. Quand il arrive le soir à Étoges, les maréchaux n’y sont plus. Pacthod parvient tout de même à apprendre que les maréchaux sont sur la Soude.
À Sézanne, le général Compans rejoint l’adjudant Noizet (800 hommes laissés là par Pacthod) avec près de 800 cavaliers. Ils restent dans cette ville pour maintenir la liaison avec Paris. Vincent de son côté est entré dans Montmirail.

De leur côté, les armées de Bohème et de Silésie ont fait leur jonction par leurs avant-postes dès le 22 mars à Sommesous[23]. Le 23, ils portent leur quartier général à Pougy[35]. Ils hésitent encore sur le parti à prendre : marcher sur Paris ou poursuivre Napoléon sur Vitry-le-François[35]. Dans la journée, ils reçoivent un courrier de Napoléon (dont une copie est interceptée par les cosaques de Tettenborn) qui leur apprend la volonté de Napoléon de marcher sur Saint-Dizier pour y attirer les coalisés et dégager Paris[Note 5]. Le même jour, un message secret envoyé par Talleyrand exhorte les coalisés à marcher sur Paris[36]. Un temps, Schwarzenberg se résout à marcher sur Paris et donne des ordres en conséquence[37]. Mais le 24 au matin, il change d'avis et ordonne le repli général de sa cavalerie pour poursuivre Napoléon avec toute son armée[38]. Le tsar Alexandre, appuyé par le roi de Prusse, s'y oppose : il veut marcher sur Paris[39]. Aussitôt un conseil de guerre se tient à Sommesous. Officiellement, c'est Schwarzenberg qui dirige les armées, les souverains russe et prussien ne sont là qu'en tant qu'observateurs[Note 6]. C'est donc le général Barclay de Tolly qui défend l'opinion du Tsar[40] et demande au général Schwarzenberg de marcher sur Paris. Mais le général autrichien est inquiet pour sa ligne de communication, et craint que l'occupation de Paris n'apporte aucun avantage politique ou militaire[37]. Coupé de l'empereur d'Autriche qui se retire sur Chaumont, Schwarzenberg manque de soutien politique pour imposer ses vues militaires. Il finit par céder lorsque le Tsar lui fait parvenir plusieurs courriers interceptés adressés à Napoléon et venus de Paris[41]. Il y a notamment un courrier[Note 7] du duc de Rovigo, ministre de la police impériale, qui informe Napoléon que plusieurs complots royalistes se préparent dans la capitale. C'est le signe qu'une occupation de Paris amènera la chute de l'Empire. Schwarzenberg donne donc vers 15 heures l'ordre général de marcher sur Paris, et d'envoyer seulement les 10 000 hommes de Wintzingerode à la poursuite de Napoléon, tout en masquant le mouvement des armées coalisées[42].

Le 25 mars 1814, c’est le combat de Fère-Champenoise, ou plutôt les combats. Car Marmont et Mortier vont affronter la cavalerie de Schwarzenberg du côté de la grande route de Vitry à Sézanne, pendant que Pacthod va lutter contre la cavalerie de Blücher du côté de Villeseneux, avant que les deux combats ne se rejoignent vers 16 heures du côté de Fère-Champenoise.

Disposition des forces en présence[modifier | modifier le code]

Bataille de Fère-Champenoise

Troupes françaises[modifier | modifier le code]

Commandant Corps d'armée Division Infanterie Cavalerie Artillerie Positions et Observations
Maréchal Mortier, duc de Trévise Vieille Garde Impériale Général Christiani 2 220 10 Vatry
Général Curial 2 700 10 Vatry
Général Charpentier 2 260 10 Vatry
Cavalerie de la Garde Impériale Général Roussel 1 500 Lettrée[Note 8]
Général Ghigny 550 Vatry
Maréchal Marmont, duc de Raguse 6e corps Général Ricard 880 12 Soudé-Sainte-Croix
Général Lagrange 2 200 14 Soudé-Sainte-Croix
Général Arrighi 1 820 12 Soudé-Sainte-Croix
1er corps de cavalerie Général Bordesoulle 1 300 Coole
Général Merlin 1 000 Soudé-Sainte-Croix
Général Pacthod, commandant provisoire 7e corps Général Pacthod 4 000 100 12 Bergères-lès-Vertus
11e corps Général Amey 1 800 6 Bergères-lès-Vertus
Général Compans, commandant provisoire adjudant commandant Noizet 800 800 A Sézanne (seule une brigade de cavalerie de 400 hommes, colonel Leclerc, participe à la bataille)
Général Vincent 800 800 A Montmirail (ne participe pas à la bataille)
TOTAL 18 880 5 350 86

Troupes alliées[modifier | modifier le code]

Commandant Corps d'origine Division Troupes Cavalerie Artillerie Positions et observations
Prince royal de Wurtemberg 6e corps de l'armée de Bohême Général Pahlen Hussards et cosaques 3 500 12 Rive gauche de la Marne, face à Vitry-le-François
4e corps de l'armée de Bohême Prince Adam De Wurtemberg Hussards 2 000 Blacy
Garde Impériale Russe (réserve de Barclay de Tolly) Général Kretov Cuirassiers 1 600 12 Maisons
Général Nostiz 3e corps de l'armée de Bohême Général Giulay Hussards 900 6 Courdemanges
Garde Impériale Autrichienne (réserve de Barclay de Tolly) Général Nostiz Cuirassiers 2 800 18 Courdemanges
Grand-duc Constantin Garde Impériale Russe (réserve de Barclay de Tolly) Prince Galitzine Cuirassiers 1 600 12 Courdemanges
Garde Impériale Russe (réserve de Barclay de Tolly) Général Chevitch Cavalerie légère 2 400 12 Courdemanges
Garde Royale Prussienne (réserve de Barclay de Tolly) Hussards 800 8 Courdemanges
Général Seslavine 7e corps de l'armée de Bohême Général Seslavine Cosaques 1 500 2 En avant de Sézanne
Général Korff corps de russe de Langeron (armée de Silésie) Général Korff cavalerie légère 2 200 22 Châlons-sur-Marne
Chtcherbatov Cosaques 500
Grekov Cosaques 2 700
Général Vassiltchikov corps russe de Sacken (armée de Silésie) Général Vassiltchikov cavalerie légère 1 450 12 Châlons-sur-Marne
Général Loukovkine Cosaques 2 450
TOTAL 26 400 116

La bataille de Fère-Champenoise[modifier | modifier le code]

Combat des maréchaux Marmont et Mortier[modifier | modifier le code]

Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont

3h30, Pahlen quitte les bords de la Marne pour Coole.

6h, Mortier se met en marche en direction de Soudé-Sainte-Croix.

7h30, Pahlen arrive à Coole d'où il chasse les avant-postes de Marmont. Au même moment, Mortier arrive de sa personne (mais sans ses troupes) à Soudé-Sainte-Croix où il rencontre Marmont[43]. Les deux hommes pensent à se replier sur Sommesous. Mais comme les troupes de Mortier sont en marche entre Vatry et Soudé-Sainte-Croix, les deux maréchaux décident de maintenir leur position à Soudé-Sainte-Croix en attendant la jonction des deux corps français, malgré l'immense armée qui se déploie sous leurs yeux. Mortier retourne sur Dommartin pour faire accélérer la marche de ses troupes[44].

8h, Pahlen arrive à portée de Soudé-Sainte-Croix. Marmont fait prendre position à ses troupes sur les hauteurs entre Soudé-Sainte-Croix (Lagrange) et le sud de Dommartin (Arrighi), la cavalerie de Bordesoulle au sud de la chaussée de Vitry à Sézanne.

8h30, Pahlen envoie les cosaques d'Ilovaïsky sur l'Estrée, Dekhterev sur Soudé-Notre-Dame, Delianov sur la grande route droit sur Soudé-Notre-Dame avec les douze pièces d'artillerie, et enfin la cavalerie du prince Adam de Wurtemberg au sud de la chaussée.

9h00, Marmont engage son artillerie contre celle de Delianov tout en tenant la cavalerie ennemie à distance de Soudé-Sainte-Croix. Au même moment, la division de cavalerie Roussel arrive à Dommartin à la tête de la colonne de Mortier, il est suivi par Christianni, puis Curial et Charpentier qui se trouve encore à Bussy.

9h15, Ilovaïsky traverse la Soude à Lettrée, coupant la division Charpentier du restant de l'armée. Malgré une tentative, Charpentier ne parvient pas à reprendre Lettrée et décide de marcher directement sur Sommesous à travers champs[45].

9h30, Mortier a réuni ses deux divisions d'infanterie et ses deux de cavalerie aux forces du maréchal Marmont. L'entrée en ligne de la cavalerie ennemie oblige les Français à prendre une position plus reculée[46], en arrière de Soudé-Sainte-Croix. Marmont laisse deux compagnies de voltigeurs dans le village de Soudé, afin de couvrir son repli[45]. Les deux compagnies sont attaquées et détruites par Delianov, malgré une charge infructueuse de Bordesoulle pour tenter de les sauver.
L'armée française opère sa retraite sur Sommesous, l'infanterie en échelon par division, la cavalerie en arrière-garde. Le prince royal de Wurtemberg lance un assaut général avec toute sa cavalerie.

10h, Marmont et Mortier arrivent à Sommesous où ils sont rejoints par la division Charpentier, qui a réussi à se faire jour à travers les cosaques d'Ilowaisky. Toujours sous les charges incessantes de cavalerie, les deux corps des maréchaux poursuivent leur retraite.

10 h30, ils prennent position entre Chapelaine et Montépreux, la cavalerie toujours en première ligne, l'infanterie en seconde, protégeant l'artillerie qui continue de tenir les cavaliers ennemis à distance. La cavalerie d'Adam de Wurtemberg, de Kretov et la brigade Delianov suivent de près l'armée française par la grande route, pendant que Dekhterev marche sur Vassimont et Ilovaïsky sur Lenharrée. Le front se stabilise et l'artillerie française parvient à maintenir à distance la cavalerie et l'artillerie ennemie[47].

12h00, les deux divisions autrichiennes du général Nostiz débouchent de Mailly sur la droite de la ligne française. Les maréchaux décident donc le repli avant que ces nouvelles troupes ennemies n'entrent en ligne[47] et la retraite commence, les divisions en échiquier. Profitant de mouvement de repli, le général Pahlen lance une attaque générale sur le centre français, au niveau de la grande route. Les cuirassiers de Bordesoulle couvrent la retraite et repoussent deux assauts de Pahlen. Mais au troisième assaut, les cuirassiers français sont enfoncés et se replient, poursuivis par les cavaliers russes. Le général Belliard, de la division Roussel, charge les Russes de Pahlen avec 400 cavaliers, et parvient à dégager les cavaliers de Bordesoulle[48]. Mais une quatrième charge de Pahlen enfonce à nouveau la cavalerie française. Cette fois les cavaliers français doivent se replier à l'abri de l'infanterie française, formée en carrés.

Un peu avant 13 heures, la colonne française, pressée de tous côtés arrive en avant du ravin de Connantray, obstacle naturel qui stoppe la retraite française. Au même moment, le Grand-duc Constantin débouche avec sa cavalerie depuis Semoine. La situation de l'armée française est critique. Un violent orage de pluie et de grêle s'abat sur le champ de bataille, achevant de désorganiser l'armée française[Note 9]. Le prince royal de Wurtemberg en profite pour lancer un assaut général. La cavalerie française est une nouvelle fois enfoncée et doit encore se réfugier derrière les carrés français. Les maréchaux décident de sacrifier la division Charpentier pour sauver l'armée[49]. Les deux brigades Jamin et Lecapitaine se portent en avant en quatre carrés et se positionnent entre la droite de la route et la gauche de Vaurefroy.
Pendant que le gros de l'infanterie française s'écoule par le pont de Connantray, les généraux Jamain et Lecapitaine affrontent les charges successives de la cavalerie ennemie. Mortier et Marmont passent d'un carré à l'autre pour encourager les troupes[50].

Vers 14h, l'orage cesse. Le gros de l'armée française a réussi à franchir le ravin, mais une trentaine de pièces de canons et de nombreux caissons ont été abandonnés sur la rive est du ravin[51]. Et il reste toujours les quatre carrés de la division Charpentier sur l'autre rive. Les deux carrés de la brigade Jamin sont enfoncés par les cuirassiers du prince Galitzine. Le général Jamin et ses troupes sont fait prisonniers. Lecapitaine parvient à franchir le ravin mais a subi de lourdes pertes, et a dû abandonner toute son artillerie.

Vers 14h30, l'armée française poursuit sa retraite. La cavalerie ennemie est à son tour stoppée par le ravin, ce qui fait gagner un peu de temps aux Français et leur permet de se réorganiser. Mais déjà la cavalerie de Pahlen débouche sur la gauche par Normée sur Fère-Champenoise et celle du Grand-duc déborde sur la droite par Vaurefroy. Une nouvelle charge sur le centre de la ligne désorganise l'armée française, qui ne forme plus qu'une immense colonne de carrés le long de la route autour de laquelle tournoient les cavaliers autrichiens et russes. La cavalerie française, totalement désorganisée[52] est en partie au milieu des carrés français, en partie débandée en arrière de Fère-Champenoise où elle tente de se reformer. À ce moment, le 9e régiment de marche du colonel Leclerc (division Noizet) débouche de Fère-Champenoise, et par une charge vigoureuse parvient à dégager la colonne française[53]. Les cavaliers ennemis se replient pour reformer leurs lignes.

15h, la colonne française traverse le village de Fère-Champenoise sans s'y arrêter. La cavalerie coalisée marque une pause[54]. Les maréchaux en profitent pour reformer la ligne, entre Linthes et Connantray : l'infanterie à gauche en masse par bataillons, le gros de la cavalerie à droite, l'artillerie au centre. Une faible ligne de cavalerie est étendue en avant sur l'ensemble du front. Face à eux, le prince de Wurtemberg a déployé Ilovaïski et Delianov face à Connantray, les cuirassiers de Kretov au centre, la cavalerie de Wurtemberg et de Giulay face à Linthes, et enfin à l'extrémité du champ de bataille, la brigade de Dekhterev. Mais à la grande surprise des généraux français, les coalisés n'attaquent plus.

16h, dans les rangs français, on entend le canon tonner sur les arrières de la cavalerie coalisée. On ignore ce qui provoque ce combat. Très vite la rumeur se répand : l'Empereur prend l'armée coalisée à revers[55]. Les cris de Vive l'Empereur ! se répandent sur la ligne française et sans qu'aucun ordre ne soit donné, la cavalerie de Bordesoulle se porte en avant[55], suivie par toute l'armée française. L'offensive est générale et culbute les premières lignes de cavalerie coalisée. Mais très vite l'armée française est prise par le flanc par la cavalerie de Seslavine qui débouche sur la droite française par la route de Sézanne. La venue de ces nouveaux ennemis pousse les maréchaux à ordonner le repli général sur Allemant.
Plus tard, on apprend que ce sont les troupes du général Pacthod qui ont provoqué ce combat sur les arrières de l'armée coalisée[Note 10]. Les maréchaux tenteront en vain d'établir le contact avec les troupes de Pacthod, mais il est trop tard pour les secourir.

À la tombée de la nuit, l'armée française des maréchaux se concentre sur Allemant où elle prend ses quartiers pour la nuit.

Combat du général Pacthod[modifier | modifier le code]

Bataille de Fère-Champenoise par Vasily Timm

7h, le général Pacthod quitte Bergères-lès-Vertus et se dirige vers Vatry pour y rejoindre les troupes de Mortier. Au même moment, toute l'armée de Silésie quitte Châlons-sur-Marne pour rejoindre Meaux par la grande route qui passe à Bergères-lès-Vertus. Le général Korff marche en tête, suivi par la cavalerie du général Vassiltchikov puis par les corps d'infanterie Langeron, Sacken et Stroganov.

9h30, la cavalerie de Korff arrive à Bierges et y apprend qu'un convoi français se trouve sur la route de Vatry. Il dévie donc de sa route à la recherche de ce convoi.

10h, le général Pacthod est arrivé à Villeseneux où il est rejoint par un officier du maréchal de Trévise, qui lui porte l'ordre de rester à Bergères-lès-Vertus. Mais l’ordre ne précise pas l'immense danger qui menace les troupes de Pacthod. Car toute l'armée de Silésie marche sur lui et Pacthod l'ignore totalement. À la réception de l'ordre, voulant éviter une contre-marche à ses troupes épuisées[56], il décide de dételer le convoi pour abreuver les chevaux et reposer les troupes.

Vers 11h30, Pacthod aperçoit la cavalerie de Korff et met aussitôt ses troupes en bataille[57]. Ses deux brigades forment une ligne, la droite appuyée au village de Villeseneux (occupé par un bataillon de voltigeurs), la gauche formée par un immense carré de la division Amey, le convoi au centre de ce carré. Ainsi formé, Pacthod repousse deux charges de Korff. Puis la canonnade s'engage. Pacthod essaye de gagner du temps[57] : il ignore que les maréchaux sont attaqués par l'armée de Bohême et pense qu'ils vont venir à son secours. Pendant plus d'une heure et demie, il reste dans sa position, satisfait de repousser les charges de cavalerie et de sauver son convoi[57].

12h30, Vassiltchikov, attiré par le bruit du canon[57], débouche sur la gauche française par la route de Trécon. Pacthod décide cette fois de se retirer par la route qui mène à Fère-Champenoise[57]. Son convoi de 80 voitures et 100 caissons d'artillerie se met en route, par une colonne de quatre voitures de front. Ses troupes forment six carrés d'environ 900 hommes chacun qui encadrent de le convoi. Ce convoi avance lentement, en échiquier, sous les charges répétées et repoussées de la cavalerie de Korff et Vassiltchikov. L'orage qui se déchaine met un temps fin aux hostilités.

14h, le convoi arrive à Clamanges. Pacthod, qui s'aperçoit qu'il va bientôt être encerclé par les cavaliers qui le débordent sur sa droite[28], décide d'abandonner le convoi pour accélérer sa marche[28]. Il veut dételer les caissons du convoi et doubler l'attelage de l'artillerie. Comme cette opération prend du temps, il laisse deux bataillons sous les ordres du major Caille dans le village de Clamanges pour retarder l'ennemi. Cette opération réussit et la colonne se remet en marche, toujours formée en six carrés. Mais l'artillerie à cheval des Russes a réussi à se rapprocher, et désormais la retraite des Français se fait sous les feux de l'artillerie en plus des charges de cavalerie.

15h30, les Français arrivent en vue d'Écury-le-Repos. Mais le village est déjà occupé par une brigade du général Korff et six canons. Les Français sont encerclés. Le général Delort, qui commande un carré de la division Amey, forme ses troupes en colonnes d'attaque et se lance à l'assaut du village à la baïonnette. Sa charge réussit. Mais arrivé sur une petite hauteur, il découvre toute l'armée de Bohème qui marche sur Fère-Champenoise, à la poursuite des maréchaux Marmont et Mortier. Pacthod ne perd pas de temps et décide de dévier sa route en direction des marais de Saint-Gond. Il pense pouvoir échapper à la cavalerie en s'engageant dans ces marais[28]. Mais il y a trois kilomètres en rase campagne à parcourir, sous les feux et charges de l'ennemi.
Ce changement soudain de front perturbe un temps les cavaliers de Korff, dont les troupes sont épuisées et dispersées[28]. Korff donne même un temps l'ordre de se replier pour se regrouper. Mais Vassiltchikov poursuit le combat et ses troupes viennent occuper Petit Morain et Petit-Aulnay pendant que son artillerie foudroie les carrés français.

16h, le Tsar, le roi de Prusse et Schwarzenberg arrivent avec leur état-major sur une hauteur au sud d'Écury-le-Repos. Ils découvrent surpris les troupes de Pacthod dont ils ignoraient la présence. Côté Français, on pense un instant que ces quelques cavaliers sont les secours envoyés par les maréchaux[Note 11]. Vassiltchikov fait la même erreur et ses propres canons tirent à vue sur l'état-major du Tsar. Bien vite, le Tsar fait avancer une batterie de 48 canons et se met à son tour à tirer sur les batteries de Vassiltchikov qu'on prend pour des batteries françaises. Il faudra de longues minutes avant de s’apercevoir de la méprise de part et d'autres[58].
Cet incident a fait gagner quelques précieuses minutes aux troupes de Pacthod qui continuent leur avance vers les marais.

Vers 16h30, la colonne française, toujours formée en six carrés, est prise sous les feux croisés venus du sud et du nord. Le Tsar[59] fait charger les gardes russes et prussiennes du Grand-duc Constantin. Il rappelle également en soutien une partie des cavaliers du prince de Wurtemberg. La charge des gardes russes parvient à enfoncer un carré français et à en entamer un second. Lorsque la cavalerie ennemie se retire pour se reformer, Pacthod reforme ses troupes en quatre carrés. Cette fois il est totalement encerclé par Vassiltchikov au nord, Kroff à l'est et le Grand-duc Constantin au sud. Près de 78 canons mitraillent sa colonne, entièrement à découvert[60]. Pacthod passe d'un carré à l'autre et fait jurer à ses troupes de mourir les armes à la main[60].
Le Tsar, impressionné par la résistance française, fait envoyer un de ses aides de camp, le général Rapatel, demander à Pacthod de se rendre[61]. Le général Rapatel est un émigré français, aide de camp du général Moreau, qui s'est mis au service du Tsar en 1813. Mais l'officier commandant l’artillerie française, qui n'est autre que le propre frère du général Rapatel, fait ouvrir le feu à mitraille sur le parlementaire qui meurt sur le champ[62]. Le combat se poursuit. Le carré du général Thévenet qui marche en tête arrive à proximité de Bannes, à quelques centaines de mètres des marais où il pense pouvoir se réfugier[63]. Mais il est aussitôt foudroyé par une quarantaine de pièces de canons. Le carré, qui comptait encore environ 700 hommes, est entièrement décimé par l'artillerie. Les survivants sont sabrés par la cavalerie. Une nouvelle charge générale de toute la cavalerie tente d'enfoncer les trois carrés restants ; un seul cède[63]. Les généraux Pacthod et Delort qui commandent les deux derniers carrés français parviennent à repousser l’assaut. Il ne leur reste que quelques centaines d'hommes valides chacun.
Un nouvel émissaire, le colonel von Thier, est à nouveau envoyé par le Tsar pour supplier le général Pacthod de mettre fin au massacre. Pacthod répond qu'il ne négocie pas sous le feu ennemi et fait aussitôt Von Thier prisonnier[Note 12]. Le Tsar ordonne le cessez-le feu et Pacthod se rend, son carré est fait prisonnier. Delort refuse et continue le combat : il repousse une nouvelle charge de cavalerie et essuie le terrible feu de toute l'artillerie adverse. Quelques minutes plus tard, il se rendra à son tour, après avoir brulé jusqu'à ses dernières munitions. Dans la confusion qui suit le cessez-le-feu, environ 500 Français, abandonnant leurs armes, parviennent à s'enfuir à travers les marais profitant de l'obscurité.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les pertes de l'armée française lors du double combat de Fère-Champenoise sont de 9 000 hommes, dont 4 000 hommes et 6 généraux prisonniers, 48 canons, la totalité du convoi d'Amey soit 80 caissons contenant 200 000 rations de vivres et 100 caissons d'artillerie, et une vingtaine de caissons d'artillerie des maréchaux.
Les maréchaux ont perdu 1 500 cavaliers et 2 000 hommes d'infanterie, tués ou prisonniers, 32 canons et une vingtaine de caissons d'artillerie. Le général Pacthod a perdu 5 400 hommes dont 1 700 prisonniers et 3 700 morts ou blessés, la totalité de son convoi et de ses 16 pièces d'artillerie. Les 500 hommes rescapés des troupes de Pacthod sont en grande partie sans armes et il faudra plusieurs jours pour les rallier à Meaux[64].
Les coalisés ont perdu environ 3 500 hommes, tous de cavalerie.

Le combat de Fère-Champenoise est un combat atypique dans les guerres napoléoniennes. C'est la première fois que seule la cavalerie et l’artillerie légère parvient à mettre en déroute une armée française de 25 000 hommes et 86 canons. Mais même si seule la cavalerie coalisée a participé au combat (26 400 cavaliers et 116 canons), la marche d'environ 180 000 hommes d'infanterie et 200 canons sur les arrières de la cavalerie coalisée a été déterminante[65]. Elle a empêché les Français de se retrancher dans les villages à l'abri des cavaliers, comme le prévoient les procédures militaires en pareil cas, car toute perte de temps signifiait la fin de l'armée française[65]. Les troupes françaises ont donc dû faire retraite en permanence sans pouvoir contre-attaquer sérieusement, ce qui a permis à la cavalerie coalisée d'infliger de lourdes pertes aux troupes des maréchaux.
Mais les raisons de la défaite sont à chercher dans le manque total de visibilité des armées françaises dans les jours précédant la bataille[65]. Les deux maréchaux Mortier et Marmont ont foncé tête baissée au cœur d'une armée de 200 000 hommes et n'ont commencé leur retraite que le 25 mars à 10 heures, sans même prévenir le général Pacthod du danger qui le guettait. Ce dernier a attendu jusqu'à midi avant d'entamer sa retraite. De leur côté, les coalisés ont été tout aussi surpris de trouver des troupes françaises sur leur chemin. On pensait les maréchaux à Château-Thierry, derrière la Marne, pour protéger la capitale. Les attaques de cavaleries ont toutes été faites sans réelle coordination[65] chaque colonne de cavalerie marchant au son du canon et chargeant dès qu'une opportunité se présentait. On ne peut pas réellement parler de bataille au sens classique et militaire du terme, mais plutôt d'un double combat. Malgré la supériorité de leur cavalerie, les coalisés n'ont jamais cherché à encercler les maréchaux[65], et c'est un peu par hasard qu'ils ont réussi à encercler le général Pacthod.

Les conséquences de la bataille de Fère-Champenoise sont d’accélérer la retraite des maréchaux sur Paris, et de les rejeter sur Provins plutôt que sur Meaux, où ils auraient pu disputer le passage de la Marne et ralentir la progression des armées coalisées[13] malgré quelques combats comme à Claye. La perte de 9 000 hommes, soit un tiers de leurs effectifs, vient aussi diminuer fortement les moyens de défendre la capitale. L'objectif des maréchaux n'était pas d’empêcher les 200 000 coalisés d'entrer dans Paris car ils n'en avaient pas les moyens, mais de ralentir suffisamment leur marche[13] pour permettre à l'armée de Napoléon de les rejoindre. Sous ce rapport, la défaite de Fère-Champenoise est décisive.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lettre du Major Général le Maréchal Berthier au Maréchal Marmont, le 17 mars 1814 : « Le départ de l'Empereur pour Épernay est nécessité par des affaires qui doivent avoir lieu hors du côté de Nogent. Sa Majesté a donc cru devoir s'approcher d'une journée pour avoir des nouvelles, et, d'après les événements, manœuvrer suivant les circonstances. Il est possible que Sa Majesté revienne à Reims, ou se porte sur Châlons, les événements en décideront ».
  2. Ordre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le 20 mars 1814, dix heures du matin : « Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous mander que, l'ennemi ayant évacué Provins, Nogent et Troyes, et se dirigeant sur Bar-sur-Aube et sur Brienne, il voit avec peine que vous vous soyez retiré sur Fismes, au lieu de vous retirer sur Reims et de là sur Châlons et Épernay. Sa Majesté ordonne donc que vous ayez sur-le-champ à prendre cette communication, car sans cela Blücher va se réunir au prince de Schwarzenberg, et tout cela tomberait sur vous. L'Empereur va peut-être lui-même manœuvrer sur Vitry ». Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 330.
  3. Ordre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le 20 mars 1814, à midi : « Monsieur le Maréchal duc de Raguse, l'Empereur ordonne que, de l'endroit où vous recevrez mon ordre, vous et le Maréchal Duc de Trévise vous vous dirigiez, avec votre infanterie, votre cavalerie et votre artillerie, sur Châlons par Reims, et, si cela ne vous paraissait pas possible, par Epernay. Mais vous devez marcher en toute hâte et surtout accélérer le mouvement de votre cavalerie ». Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 330.
  4. Relation de la campagne de 1814 extraite de la lettre de Diebitsch, aide de camp du Tsar en 1814, à Jommini, le 9 mai 1817 : « Je croyais que les corps de Marmont et de Mortier, dont nous n'avions pas alors de nouvelles sûres, préféreraient prendre leur direction sur la haute Seine pour se mettre en communication avec Bonaparte » (Mémoires du Général Langeron, par la Société d'Histoire Contemporaine, 1902, page 491).
    Ce n'est que le 24 mars à 7 heures du soir que quelques prisonniers français sont amenés à Châlons au QG de Blücher et apprennent à l'état-major la présence des Maréchaux (Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 551).
  5. Lettre de Napoléon à Marie-Louise du 22 mars 1814, interceptée par les coalisés : « J'ai pris le parti de me porter sur la Marne afin de pousser les armées ennemies plus loin de Paris et de me rapprocher de mes places. Je serais ce soir à St-Dizier ». Citée par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 503.
  6. Sur les relations entre le Prince Schwarzenberg et les souverains, Jomini alors aide de camp du Tsar écrit à propos de la nomination de Schwarzenberg comme Généralissime de la coalition en septembre 1813 : « L'empereur Alexandre semblait le chef naturel de la nouvelle ligue; plus éloigné de la France que les autres, il paraissait le monarque le plus désintéressé. On assure que le commandement suprême lui fut en effet décerné ; mais que, se défiant trop de ses forces, il le refusa modestement, et qu'il fut décidé alors qu'on le confierait à un général secondaire, dirigé par le conseil des souverains. [...] il revêtit du titre de généralissime le prince de Schwartzenberg. Ce brave militaire n'était pas homme capable de régler et donner l'impulsion à une machine si compliquée ; en revanche il avait le caractère doux, liant, modeste, tel, en un mot, qu'il le fallait pour se laisser diriger. [...] Quoi qu'il en soit, ce comité aulique de campagne avait la tâche importante de préparer et d'expédier les ordres, après les avoir soumis aux souverains, dont l'entourage formait comme un conseil de révision. L'empereur Alexandre, le roi de Prusse ; l'ambassadeur d'Angleterre, lord Cathcart; l'ambassadeur de Suède, Lowenhielm ; le prince Wolkonsky ; les généraux Moreau, Barclay, Diebitsch, Toll, Jomini, Rnesebeck, discutaient les opérations projetées. Comme ils avaient à prononcer sur des plans mal préparés, il s'en suivait d'interminables débats. Soit que Schwartzenberg voulût s'affranchir de cette tutelle, soit que le temps matériel lui manquât pour combiner les dispositions, les arrêter, les rédiger, les soumettre aux souverains et les expédier ensuite aux différents corps, il est certain qu'il les envoya souvent sans les avoir soumises à l'approbation ; et on s'aperçut bientôt que ce travail essentiel, sur lequel reposait la bonne direction de l'armée, était abandonné à des hommes qui n'y entendaient rien. Il fallut donc que l'empereur Alexandre, à qui l'opinion générale décernait ce rôle, eût assez de modération et d'adresse pour s'en emparer indirectement, ou qu'il se contentât du rôle plus ingrat de médiateur, sinon pour opérer le bien par lui-même, du moins pour empêcher le mal. C'était un moyen-terme sujet à mille inconvénients, mais qui, dans les grandes occasions, devait remédier à bien des fautes. ». Cité par Jomini dans les Vie politique et militaire de Napoléon, Tome IV, page 375.
  7. Note de Savary, ministre de la police impériale, à Napoléon, interceptée par les coalisés : « Les caisses publiques, les arsenaux et les magasins sont vides ; on est entièrement à bout de ressources ; la population est découragée et mécontente. Elle veut la paix à tout prix. Les ennemis du gouvernement impérial entretiennent et fomentent dans le peuple une agitation encore latente mais qu'il sera impossible de réprimer si l'Empereur ne réussit pas à éloigner les Alliés de Paris, à les entrainer à sa suite loin de la capitale ». Citée par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 545.
  8. Actuel lieu-dit de la commune de Dommartin-Lettrée, situé entre cette dernière et Bussy-Lettrée.
  9. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 10 : « L'orage, il est vrai, a redoublé de violence; les mèches sont trempées, les bassinets sont remplis d'eau, les fusils ne parlent plus. La situation de l'infanterie française devient de plus en plus critique. Elle ne peut plus se défendre qu'à la baïonnette. La pluie tombe avec tant de force qu'on voit à peine ce qui se passe à quelques pas ».
  10. Rapport du Maréchal Marmont au Ministre de la guerre, le 26 mars, 1 heure du matin : « À la fin de notre retraite, nous avons entendu une canonnade très vive mais courte, sur la route de Vertus. Je n'ai d'abord su comment l'expliquer; mais d'après ce que m'a dit le Duc de Trévise, c'est une colonne de marche qui était venue sur Bergères[...] Je n'étais pas informé de la présence de ces troupes car, si je l'eusse été, c'est sur elles que j'aurais fait ma retraite. » Cité par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 12.
  11. Rapport du général Delort au Ministre de la Guerre, le 27 mai 1814 : « Nous aperçumes les hauteurs qui dominent Fère-Champenoise couvertes de cavalerie, d'infanterie, d'artillerie et, dans le premier moment, nous nous étions livrés à l'espérance que ces troupes pouvaient être les corps des maréchaux Duc de Raguse et de Trévise et nous nous réjouissions d'avoir opéré une jonction qui n'était pas sans gloire. L'illusion fut de courte durée. Les forces sur les hauteurs se multiplièrent tellement qu'il n'y eut plus de doute que ce fût l'ennemi. D'ailleurs, la décharge d'une artillerie formidable, en éclaircissant nos rangs, nous confirma de plus en plus la présence d'un nouvel ennemi. » Cité par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, page 24.
  12. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, page 29 : « Le Lieutenant-colonel von Thiel, envoyé par le roi de Prusse [...] parvient avec son trompette jusqu'au général Pacthod qui, le bras cassé par une balle, affaibli par la perte de sang, s'avança fièrement au devant de lui et lui demanda ce qu'il venait faire dans les rangs français. « Rendez vous, lui crie l'officier prussien, vous êtes cernés - Les règlements militaires, répond le général, ne permettent pas de parlementer sous le feu et mon honneur me défend de négocier tant qu'on tire. » Puis avec le plus grand calme et avec l'urbanité la plus exquise, il annonça à Thiel qu'il le retenait prisonnier, et, sans même écouter ses réclamations, le confia à deux de ses officiers qui, prenant son cheval par la bride, firent entrer le colonel dans le carré. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, page 287.
  2. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre II, chap I, page 114.
  3. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Livre LIII, Tome XVII, pages 509-512.
  4. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap II, page 210.
  5. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap III, page 235.
  6. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Livre LIII, Tome XVII, page 512 : « Napoléon avait voulu [...] voir s'il ne pourrait pas avant de s'éloigner tomber encore une fois tomber sur les arrières de l'une des deux armées envahissantes ».
  7. Ordre du major Général le Maréchal Berthier au Maréchal Marmont, 17 mars 1814, dans Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 326.
  8. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, pages 271-272.
  9. a et b Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, page 272.
  10. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Tome XVII, page 558.
  11. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 520.
  12. a et b Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, page 276.
  13. a, b, c et d Réponse du Duc de Raguse à la proclamation datée du Golfe-Juan le 1er mars 1815 du Maréchal Marmont, Gand, le 1er avril 1815 : « Après l'affaire de Reims, l'empereur Napoléon opérait avec toutes ses forces sur la Marne, et s'abandonnait à l'illusion que, ses mouvements menaçant les communications de l'ennemi, celui-ci effectuerait sa retraite, lorsqu'au contraire l'ennemi avait résolu, après avoir opéré la jonction de l'armée de Silésie avec la grande armée, de marcher sur Paris. Mon faible corps d'armée, composé de trois mille cinq cents hommes d'infanterie et de quinze cents chevaux, et celui du duc de Trévise, fort d'environ six à sept mille hommes, furent laissés sur l'Aisne pour contenir l'armée de Silésie, qui n'en était séparée que par cette rivière, et qui, depuis la jonction du corps de Bulow et de divers renforts, était forte de plus de quatre - vingt mille hommes.
    L'armée ennemie passa l'Aisne, et nous força à nous replier. Nos instructions étant de couvrir Paris, nous nous retirâmes sur Fismes, et nous adoptâmes, le duc de Trévise et moi, un système d'opérations qui, sans nous compromettre, devait retarder la marche de l'ennemi : c'était de prendre successivement de fortes positions que l'ennemi ne pût attaquer sans les avoir reconnues ou sans avoir manœuvré pour les tourner : ce qui nous préparait aussi les moyens de battre quelques-uns des détachements qu'il aurait faits.
    Des ordres vinrent, de nous diriger sur Châlons : nous les exécutâmes ; mais, arrivés à Vertus, nous fûmes informés que la plus grande partie de l'armée ennemie, occupait Châlons, tandis qu'une autre débouchait sur Epernay, que le comte de Kleist, qui nous avait suivis, passait la Marne à Château-Thierry. Apprenant en même temps que Napoléon était encore devant Vitry, et avait une arrière-garde à Sommepuis, nous marchâmes sans perdre un moment pour le rejoindre, et, le 24 mars, je pris position à Soudé. Je croyais encore l'armée française à portée ; car, qui eût pu croire en effet au passage de la Marne sans avoir un pont, et que l'empereur. Napoléon eût laissé entre Paris et lui des forces huit fois plus considérables que celles qu'il pouvait rassembler ?
    Le 25 au matin, à peine avais-je acquis la certitude de ce mouvement, que toute l'armée ennemie déboucha sur moi. Je me retirai en canonnant l'ennemi, et toute la retraite se fût-faite avec le même ordre, si quelques troupes, malheureusement restées à Bury-l'Estrée et à Vatry, ne s'étaient trouvées ainsi en arrière de nous. Il fallut les attendre pendant plus d'une heure à Sommesons, et nous soutenir contre des forces colossales dont le nombre croissait toujours. Le passage des défilés nous fit éprouver quelques pertes, et nous terminâmes la journée en prenant position sur les hauteurs d'Allement près Sézanne. Je ne parle pas de la division du général Pacthod, qui, d'après des ordres directs de l'empereur, manœuvrait pour son compte, donna dans l'ennemi, et fut prise sans que j'eusse connaissance de son existence. »
  14. Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 221.
  15. Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, pages 219-220.
  16. Ordre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le 20 mars 1814, dix heures du matin. Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 330.
  17. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 524.
  18. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Livre LIII, Tome XVII, pages 524-525.
  19. Ordre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le 20 mars 1814 : « Mais Sa Majesté croit que, dans la position actuelle des choses, il faudrait que Blücher fût fou pour tenter un mouvement sérieux ». Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 330.
  20. Lettre de Napoléon au Roi Joseph, Epernay, 17 mars 1814 au soir : « Je m'attends à de grands résultats de mon mouvement, qui va jeter un grand désordre et une grande confusion sur les derrières de l'ennemi ». Citée dans Correspondance de Napoléon, tome XXVIII, page 385.
  21. « L'absence de routes praticables empêchait de marcher du Fismes sur Epernay ». Citée par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 525.
  22. a et b Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, Général Guillaume de Vaudoncourt, tome premier, livre V, chap IV, page 277.
  23. a et b Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 497.
  24. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Tome XVII, page 559.
  25. Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, pages 229-230.
  26. Pons de l'Hérault, De la bataille et de la capitulation de Paris 1828, pages 28-29.
  27. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap III, page 243.
  28. a, b, c, d, e et f Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, Général Guillaume de Vaudoncourt, tome premier, livre V, chap IV, page 283.
  29. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Tome XVII, page 558 : « Alors ils [les maréchaux] ne purent plus marcher qu'en tâtonnant ».
  30. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, page 285.
  31. Pons de l'Hérault, De la bataille et de la capitulation de Paris 1828, page 27 : « Malheureusement, le maréchal Marmont fut incrédule ».
  32. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, pages 549-550.
  33. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, page 256.
  34. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Tome XVII, page 562.
  35. a et b Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 500.
  36. Billet de Talleyrand porté au Tsar par le baron de Vitrolles « Vous pouvez tout et vous n'osez rien. Osez donc une fois ». Cité par le général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap IV, page 256.
  37. a et b Lettre du prince de Scwarzenbrerg à l'empereur d'Autriche, du 23 mars, 17 heures. Cité par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 500.
  38. Ordre de Scwarzenbrerg au général Tettenborn, du 24 mars : « Je rassemble aujourd'hui mon armée à Vitry, à cheval sur la Marne, pour poursuivre l'ennemi demain ». Cité par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 547.
  39. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 556.
  40. Relation de la campagne de 1814, extraite de la lettre de Diebitsch, aide de camp du Tsar en 1814, à Jommini, le 9 mai 1817 : « [Le Tsar] dit là-dessus que la résolution des souverains était prise, et ce mot décida la question à l'approbation unanime. Tolly fut envoyé chez Schwarzenberg pour lui porter la résolution, de l'empereur [le Tsar] de marcher avec les armées réunies sur Paris, ne laissant que dix mille chevaux pour observer et gêner les mouvements de Napoléon ». Citée dans les Mémoires du Général Langeron, Société d'Histoire Contemporaine, 1902, page 491.
  41. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, pages 558-559.
  42. Ordre du Tsar au Général Wizingerode du 2 mars : « Votre opération a pour but essentiel de masquer notre mouvement et de nous renseigner exactement sur la direction prise par Napoléon ». Cité par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 561.
  43. Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, pages 232-233.
  44. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 4.
  45. a et b Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 278.
  46. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 5.
  47. a et b Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 6.
  48. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 279.
  49. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, pages 11-12.
  50. Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, Livre XX, page 234 : « Les intervalles de mes petits carrés furent, pendant longtemps, remplis par la cavalerie ennemie, et trois fois de suite, ayant voulu sortir d'un carré pour passer dans un autre, je fus obligé d'y rentrer précipitamment ».
  51. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 280.
  52. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 12.
  53. Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, Tome XVII, page 565.
  54. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, Chapitre XVIII, page 14.
  55. a et b Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 286.
  56. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, pages 281-282.
  57. a, b, c, d et e Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 282.
  58. L'incident est relaté par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, page 27.
  59. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, pages 27-28
  60. a et b Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 284.
  61. Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, page 29.
  62. François-Guy Hourtoulle, La campagne de France, page 91.
  63. a et b Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, pages 27-28.
  64. Général Guillaume de Vaudoncourt, Histoire des Campagnes de 1814 et 1815 en France, tome premier, livre V, chap V, page 292.
  65. a, b, c, d et e Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, Tome 4, pages 31-34.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Guillaume de Vaudoncourt (Général), Histoire des campagnes de 1814 et 1815, en France, éd. A. de Gastel/Ponthieu et Cie, Paris, 1826, 362p. vol.  1 et 3 en ligne
  • Weil (Commandant), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, éd. Librairie militaire de L. Baudoin, Paris, 1892.
  • Achille de Vaulabelle, Chute de L'Empire: Histoire Des Deux Restaurations Jusqu'à La Chute de Charles X, Volume 1, éd. Nabu Press, 2010 (rééd.), 482p.
  • Adolphe Thiers, Histoire du Consulat de de l'Empire, éd. Paulin, Lheureux & Cie, 1860, 17 volumes
  • Alphonse de Beauchamp, Histoire des campagnes de 1814 et 1815, éd. University of Michigan Library, 2009 (rééd.), 570p.
  • François-Guy Hourtoulle, La campagne de France, éd. Histoire et Collections, 2006, 175p.
  • Pierre Miquel, La Campagne de France de Napoléon, éd. de Bartillat, 1991, 244p.
  • P. F Giraud, Campagne de Paris en 1814, éd. Kessinger Publishing, 2010 (rééd.), 114p.
  • M. Molières, Le dossier du mois : 1814 - Napoléon abdique : la bataille de Paris, Revue Gloire & Empire, no 4 janvier - février 2008, p. 71 - 97.
  • Henry Houssaye, 1814, éd. Perrin et cie, Paris, 1921.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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