Généalogie de Jésus

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Généalogie de Jésus dans l’évangile de Luc - manuscrit du livre de Kells, Irlande, vers 800 de l'ère chrétienne.

La généalogie de Jésus concerne l'ascendance de Jésus de Nazareth décrite dans deux passages du Nouveau Testament. Les généalogies par Joseph sont données dans les évangiles canoniques de Matthieu (Mt 1,1-17) et de Luc (Lc 3,23-38). Les deux font remonter la lignée de Jésus au roi David et de là jusqu’à Abraham ; Matthieu s'arrête à l'ancêtre hébreu Abraham tandis que Luc trace la lignée jusqu’à Adam. Les deux généalogies privilégient le lien agnatique et sont identiques entre Abraham et David, mais diffèrent radicalement après.

Sous la forme de l’arbre de Jessé du nom du père du roi David, la généalogie de Jésus est un motif fréquent dans l'art chrétien entre les XIIe et XIVe siècles.

Généalogies[modifier | modifier le code]

D’Adam à Abraham[modifier | modifier le code]

Luc fait remonter la lignée à Adam, et même à Dieu :

Adam - Seth - Enosh - Kénan - Mahalalel - Yared - Hénoch - Mathusalem - Lamech - Noé - Sem - Arpakshad - Qaïnam - Shélah - Eber - Péleg - Réou - Seroug - Nahor - Terah - Abraham

Cette généalogie est celle des patriarches de la Genèse (Gn 10:12-31 et Gn 11:12-13), avec cependant un nom supplémentaire, Qaïnam, entre Arpakshad et Shélah.

D’Abraham à David[modifier | modifier le code]

Les deux généalogies, Matthieu (Mt 1,1-6) et Luc (Lc 3,32-34) sont en accord entre Abraham et le roi David.

Abraham - Isaac - Jacob - Juda - Pharès - Esrom - Aram - Amminadab ou Aminadab - Nachschon ou Naasson - Salmôn - Booz - Obed - Jessé - David

En plus de Marie et de Bethsabée (la femme d'Urie) nommées dans la suite, Matthieu nomme ici trois femmes : Juda engendra de Thamar Pharès et Zara ; (...) Salmon engendra Boaz de Rahab ; Boaz engendra Obed de Ruth ; Luc ne nomme aucune femme. De Pharès (Perets) à David, la généalogie est extraite du dernier chapitre du Livre de Ruth (Rt 4,18-22).

De David à Jésus[modifier | modifier le code]

L'arbre de Jessé - vitrail de la cathédrale de Chartres (1145).

Entre David et Joseph, le père de Jésus, les généalogies de Matthieu et de Luc diffèrent radicalement, passant par deux fils différents de David : le roi Salomon ou Nathan.

Selon Matthieu Mt 1,7-16 :

Selon Luc Lc 3,23-31 :

  • David - Nathan - Mattata - Menna - Méléa - Eliaqim - Yonam - Joseph - Juda - Simeon - Lévi - Matthath - Yorim - Eliézer - Jésus - Er - Elmadam - Kosam - Addi - Melki - Néri - Salathiel - Zorobabel - Rhésa - Yoanan - Yoda - Yoseh - Sémeïn - Mattathias - Maath - Naggaï - Esli - Nahoun - Amos - Mattathias - Joseph - Yannaï - Melki - Lévi - Matthath - Heli - Joseph - Jésus

La généalogie selon Matthieu commence avec Salomon et se poursuit avec les rois de Juda jusqu’à Jeconiah, en suivant la généalogie du Premier livre des Chroniques 1Ch 3:10-24. Quelques-uns des rois de Juda sont laissés de côté cependant. Osias est ainsi donné comme le fils de Joram, en sautant ainsi quatre générations 1Ch 3:11-12. Cette ascendance fait de Jésus l’héritier légitime du royaume d'Israël. La lignée des rois s’arrête avec Jeconiah et la conquête d’Israël par les Babyloniens. La généalogie continue avec le fils de Jeconiah et son petit-fils Zorobabel, qui est une figure notable du livre d'Esdras. Les noms de Zorobabel à Joseph n’apparaissent nulle part dans l’Ancien Testament ou d’autres textes (avec quelques exceptions).

La généalogie selon Luc passe par Nathan, un autre fils de David, par ailleurs peu connu (1Ch 3:5). Elle recoupe cependant celle de Matthieu sur deux noms : Salathiel et Zorobabel.

Tentative de conciliation[modifier | modifier le code]

Deux types d'argumentation ont été mis en avant pour expliquer la divergence des deux généalogies.

Filiations légale et naturelle[modifier | modifier le code]

La double filiation en usage chez les Hébreux a été ainsi mise en avant. Si un homme marié était mort sans enfant, son plus proche parent devait épouser sa veuve et les enfants nés de ce mariage devaient porter le nom du défunt. Joseph, fils de Jacob selon la nature d'après Matthieu, aurait été grâce à l'adoption légale fils d'Héli d'après l'évangile de Luc[1].

La plus ancienne tentative de ce type pour concilier les deux généalogies est le fait de Julius Africanus au IIIe siècle[2], qui suggère que la grand-mère de Joseph (Estha[3]) aurait épousé d'abord Matthan, le descendant de Salomon (selon Matthieu), dont elle aurait eu Jacob ; devenue veuve, elle aurait épousé Matthat, le descendant de Nathan (selon Luc) dont elle aurait eu Heli. Heli se serait marié et serait mort sans enfant. Sa veuve aurait épousé Jacob son frère utérin, selon la règle du lévirat. Joseph serait alors le fils légal de Heli selon Luc et le fils biologique de Jacob selon Matthieu[4].

La généalogie de Luc est-elle celle de Marie ?[modifier | modifier le code]

Le dominicain Annius de Viterbe suggéra en 1502[5], que la généalogie dans Luc serait celle de Marie et non de Joseph[6]. On peut noter ainsi que :

  • Saint Irénée a affirmé à plusieurs reprises que Marie était elle-même descendante de David et que « C’est de Marie encore vierge qu’à juste titre il (Jésus) a reçu cette génération qui est la récapitulation d’Adam. »[6]. Dans le récit de l’Annonciation, l’ange dit à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père »[7] ; ce ne serait que par Marie qu’il pourrait être dit le véritable « fils de David », puisque quelques instants plus tard nous apprenions qu’il serait conçu du Saint-Esprit. Saint Irénée devait répéter que Marie était ce « sein de David », prédit par le psaume pour porter le Fils de Dieu[8].
  • Dans le Talmud de Jérusalem, Marie, mère de Jésus, pourrait être « Maryam fille d’Héli » mentionnée en Hagigah 77, 4[9],[10],[11]. Héli est le diminutif d’Eliachim (« El (Dieu) élève »). Joachim (« YHWH élève ») a le même sens. Héli pourrait donc être le diminutif du nom du père de Marie, appelée Joachim dans la tradition chrétienne et dans de nombreuses sources dont la plus ancienne est le protévangile de Jacques. Toutefois, l'identification de « Marie fille d'Héli » citée dans le Talmud avec la mère de Jésus est débattue[12].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Destination[modifier | modifier le code]

La généalogie de Matthieu serait destinée aux juifs afin de les convaincre que Jésus était bien le Messie attendu, le « fils de David », c’est-à-dire l’héritier légitime des rois de Juda. La généalogie de Matthieu implique le titre de Christ de Jésus, en tant que roi Oint du Seigneur. Jésus est identifié à un nouveau roi appelé Christ. Matthieu place sa généalogie au début de son évangile, plaçant les naissances les unes après les autres comme dans les actes publics, établissant ainsi que Jésus est héritier de David.

La généalogie de Luc partant du fait baptismal serait davantage orientée vers les chrétiens, les « Théophiles »[13], sur l’origine réelle et charnelle de Jésus, Fils de Dieu, « concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair »[14].

Rédemption[modifier | modifier le code]

D'après saint Augustin, Matthieu montre que Jésus est le fils de l'homme. Dans sa généalogie descendante, Jésus se charge des péchés des hommes, condition de leur rédemption. Selon le même, Luc montre que Jésus est fils de Dieu et le sauveur des hommes. Dans sa généalogie ascendante, Jésus purifie les hommes de leurs péchés après son baptême. La généalogie de Luc, comme l’enseignait saint Irénée, père de l’Église, serait la « récapitulation d’Adam »[15] ; elle insisterait sur sa fonction sacerdotale et ferait apparaître que Jésus est en quelque sorte l’ancêtre d’Adam et par lui de tous les hommes. La généalogie de Luc implique de le titre de fils de Dieu pour Jésus, en ce qu'il est appliqué à Adam le premier de la lignée. Elle commence avec la voix divine disant au baptême de Jésus : « Tu es mon fils ».

Finalité[modifier | modifier le code]

Ces deux généalogies n'ont pas un objectif historique mais théologique qui demeure commun et réside dans l'affirmation de la foi en la messianité de Jésus : étant de la descendance de David, il peut devenir « Roi des Juifs »[16]. Leur divergence viendrait des différences entre les communautés chrétiennes au sein desquelles les deux évangiles ont été composés et pour lesquelles ils ont été écrits[17].

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

Le Coran évoque la famille d’Imrân qui est mentionné de manière indirecte, présenté comme le « père de Maryam » et correspond donc à Joachim, époux d'Anne, de la tradition chrétienne. Tant les traditions musulmanes que chrétiennes sont confuses et peu claires au sujet de cette famille et des liens qui unissent ses membres. La présentation de Maryam comme sœur d'Aaron semble témoigner de l'influence de l'exégèse typologique chrétienne qui recherche dans l'Ancien Testament une préfiguration du Nouveau, dessinant une Marie archétypale appartenant aux deux récits qui se trouvent confondus dans le Coran[18].

Article détaillé : 'Îmran.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. T. M. Thiriet, L'Évangile médité avec les pères, Tome 1, Librairie Victor Lecoffre, Paris, 1905, p.  80.
  2. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, i. 7 ; vi. 31, lettre à Aristide.
  3. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, VII, 8.
  4. (en) Catholic Encyclopaedia
  5. (en)Ante-Nicene Fathers/Volume VI/Julius Africanus/Elucidations
  6. a et b Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, 2011, p. 88.
  7. Luc 1,32
  8. Psaumes 132,11.
  9. (en) E. W. Bullinger, Number in Scripture, 2005, éd. Cosimo, New-York, p. 160.
  10. (en) H. A. Ironside, Luke, Kregel Publication, Grand Rapids (USA), p. 72.
  11. Frédéric Godet, Commentaire sur l'évangile de Luc, Tome I.
  12. (en) James Tabor (en), The Jesus Dynasty: The Hidden History of Jesus, His Royal Family, and the Birth of Christianity, Simon & Schusters Paperbacks, 2006, New-York, p. 342.
  13. Luc 1,3
  14. Paul, Romains, 1,3.
  15. Saint Irénée, Adv. Hae., III, 21,10.
  16. Voir par exemple : le Jésus de l'histoire par Christian Amphoux ([1]) ou Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah (Doubleday, 1977), p. 93-94.
  17. Simon Legasse, Notes et critiques : les généalogies de Jésus
  18. Mohamad Ali Amir-Moezzi Dir., Dictionnaire du Coran, art. « 'Imrân et sa famille », Laffont, Paris, 2007, p. 417-418.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]