Projet de loi d'orientation des mobilités

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Le projet de loi d'orientation des mobilités (LOM) est un projet de loi français de 50 articles déposé en novembre 2018 et annoncé pour être une loi structurante comme l'est la Loi d'orientation des transports intérieurs (LOTI) votée en 1982[1].

Projet de loi[modifier | modifier le code]

Faisant suite aux Assises nationales de la mobilité organisées à l’automne 2017, le projet de loi a été présenté par le ministre de l’Écologie François de Rugy et la ministre des Transports Élisabeth Borne au Conseil des ministres le [2],[3], dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes protestant notamment contre le coût des transports[4],[1].

Selon les attendus du Gouvernement, ce projet doit répondre à quatre grands défis et bouleversements[2] :

  • « le manque de solutions dans de nombreux territoires, qui entretient un sentiment d’assignation à résidence » ;
  • « l'urgence environnementale et climatique, qui appelle à changer nos comportements » ;
  • « les impasses d’une politique d’infrastructures tournée vers les grands projets et non financée depuis des décennies » ;
  • « une révolution de l'innovation et des pratiques, qui constitue une formidable opportunité ».
  1. Apporter partout des solutions pour sortir de la dépendance à la voiture individuelle en se donnant pour objectif de lui donner des alternatives. La loi doit simplifier l’exercice de la compétence mobilité par les collectivités territoriales, qui pourront mettre en place des solutions plus simples et mieux adaptées : covoiturage, autopartage, transport à la demande, etc. Elle renforcera la coordination entre autorités organisatrices de transports pour faciliter le parcours des voyageurs, ainsi que l’implication des employeurs et des usagers, avec la création de comités des partenaires. La loi doit favoriser les déplacements des personnes handicapées en améliorant leur information sur les parcours accessibles et en garantissant des tarifs réduits à leurs accompagnateurs[2].
  2. Pour accélérer le développement des nouvelles solutions de mobilités, la loi doit favoriser l'open data des offres de mobilité afin que l'usager soit informé des différentes solutions de mobilité pour son trajet, y compris les véhicules autonomes. La loi précisera les règles relatives aux nouveaux services de mobilités (trottinettes en libre-service, vélos ou scooters en free floating), en dotant les autorités organisatrices de créer des cahiers des charges pour leurs opérateurs[2].
  3. Pour réussir la transition écologique, le projet de loi doit contribuer aux objectifs de réduction des gaz à effets de serre que la France s'est fixée dans le cadre de l'Accord de Paris sur le climat. Pour encourager les mobilités actives et partagées, un « forfait mobilité durable » sera créé, permettant aux employeurs de verser annuellement jusqu’à 400 euros exonérés de charges et d'impôts, aux salariés ayant recours au vélo ou au covoiturage pour leurs déplacements domicile-travail et inscrira dans la loi dispositions du plan vélo présenté par le Gouvernement en septembre 2018. La loi doit favoriser le développement des ventes de voitures électriques d’ici 2022 et se fixe pour objectif de stopper la vente de voitures émettant des gaz à effet de serre en 2040, en fixant un cadre pour la création de nouvelles infrastructures de recharge. Le déploiement de zones à faibles émissions doit être amplifié pour lutter contre la pollution de l'air dans les métropoles[2].
  4. Loi entend revoir la programmation des infrastructures, en revenant sur certains projets. L'augmentation des investissements de l’État annoncés de 13,4 milliards d’euros sur cinq ans, soit une augmentation revendiquée de 40 % par rapport au quinquennat précédent, doit reprendre les programmes prioritaires élaborés sur la base des propositions du conseil d’orientation des infrastructures : l’entretien et la modernisation des réseaux routiers, ferroviaires et fluviaux ; la désaturation des grands nœuds ferroviaires ; le désenclavement routier des villes moyennes et des territoires ruraux et le développement des mobilités propres et partagées au quotidien ; et enfin le report modal dans le transport de marchandises[2].

Enfin, ce projet de loi portera une réforme du permis de conduire, pour en réduire le coût et le délai d’obtention[2].

Les péages urbains évoqués dans l'avant-projet de loi sont abandonnés[5]. Initialement prévu pour mai 2018[6] avec 200 articles[7], le projet de loi n'est déposé en conseil des ministres que le avec une cinquantaine d'articles[8].

L'État s’engage à investir 13,4 milliards d’euros dans les mobilités de 2018 à 2022, dont 51 % sont dévolus au ferroviaire, à quoi il faut ajouter 3,6 milliards investis chaque année par la SNCF dans son réseau. Aucune grande infrastructure ferroviaire majeure n'étant prévue hormis des amorces de lignes nouvelles comme Bordeaux-Toulouse ou Montpellier-Perpignan, l'essentiel des financements ira à la modernisation du réseau existant[1].

Le , au salon Autonomy à Paris, la ministre des transports et le secrétaire d’État chargé du numérique Mounir Mahjoubi précisent le calendrier de l'open data des opérateurs de transport. Avant le début d'année 2019, il s'agira d'ouvrir les données théoriques des services d'information multimodales (SIM) « qui sont déjà riches grâce au travail de collecte des régions et métropoles, ainsi que d'ouvrir les données des grands opérateurs non intégrés dans tous les SIM ». Les données en temps réel devront être ouvertes dans un second temps au cours de l'année 2019. La collecte des données d'accessibilité doit être renforcée[9].

Avec la nouvelle loi, les autorités organisatrices de mobilités (ex-AOT) seront dotées de nouvelles prérogatives. La loi imposera la couverture totale du territoire par ces AOM alors que les AOT concernent essentiellement les grandes agglomérations. Toutes les collectivités locales, quelle que soit leur taille, pourront alors se saisir de cette compétence et mettre en place une taxe sur les entreprises (« versement transport ») pour financer cette mission. À défaut de prise en charge par les villes ou EPCI, cette compétence échouera aux conseils régionaux[1]. Les AOM doivent désormais veiller dans un délai de deux ans à l'existence de services d'information multimodale sur les services de transport et de mobilité permettant de se renseigner sur les offres et d'acheter un accès aux transports en commun, mais aussi de réserver des VTC, covoiturages et autopartages, ou encore de trouver des places de stationnement[10]. Le « forfait mobilité durable » permettant aux employeurs de verser annuellement jusqu’à 400 euros aux salariés pourra favoriser le développement du vélo, mais est également autorisé pour le covoiturage, répondant ainsi au lobbying des sociétés de ce secteur, qui pourront également nouer des partenariats plus étroits avec les collectivités pour diminuer l'usage individuel de la voiture[10]. La loi autorise les autorités organisatrices de mobilités à réserver des voies de circulation et des places de stationnement attitrées au covoiturage (véhicules transportant au moins deux personnes)[10]. Enfin, l'ensemble des taxis pourraient être référencés sur la plateforme d’État afin d'indiquer en temps réel sur une carte leur localisation aux clients potentiels[10].

Débats[modifier | modifier le code]

De manière inédite, le Gouvernement lance en janvier 2018 un appel d’offres, remporté par le cabinet d'avocats international Dentons, visant à sous-traiter à une entreprise privée la rédaction de « l'exposé des motifs » du projet de loi et l'étude d'impact de la loi[4].

Régulation du secteur aérien[modifier | modifier le code]

Dans un communiqué, l'association Agir pour l'environnement (APE) demande au gouvernement et aux députés des mesures fortes dans le cadre du projet de loi LOM, notamment par la promotion de transports moins polluants comme le train[11].

Le Conseil de défense écologique annonce le de nouvelles « contributions » pour financer des infrastructures éco-compatibles : les vols au départ de la France seront taxés de 1,50 euros en classe économique sur les vols intérieurs et intra-européens (9 euros pour la classe affaires) et de 3 euros pour les vols en classe économique hors Union européenne (18 euros pour la classe affaires), soit de 3 % à 10 % du prix moyen d'un billet en France ; seuls les vols vers la Corse, vers l'Outre-Mer et les vols en correspondance seront exemptés[12]. Selon la ministre des transports Élisabeth Borne, cette contribution devrait rapporter 180 millions d’euros à partir 2020, entièrement consacrés aux investissements dans des infrastructures de transports « plus écologiques » dans le ferroviaire et la route. Par ailleurs, le remboursement partiel dont bénéficie le transport routier de marchandises sur le gasoil sera réduit de deux centimes par litre, soit une contribution de 140 millions d’euros en année pleine[13]. Ces montants contribueront à fiancer la loi d'orientation des mobilités.

Application de la loi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Éric Béziat, « Le projet de loi qui veut désenclaver la France périphérique », sur lemonde.fr, (consulté le 1er décembre 2018)
  2. a b c d e f et g « Transports : loi d'orientation des mobilités », sur Assemblée nationale (France) (consulté le 1er décembre 2018).
  3. Rémi Amalvy, « Les quatre axes du projet de Loi d'orientation des Mobilités », sur Usine Nouvelle, (consulté le 1er décembre 2018).
  4. a et b Laure Cometti, « Blocage du 17 novembre: « La hausse du prix du carburant a été un déclencheur pour cette France qui souffre de déclassement » », sur 20minutes.fr, (consulté le 1er décembre 2018).
  5. Anne Michel, « Quand l’Etat décide de sous-traiter la rédaction de « l’exposé des motifs » de la loi « mobilités » », sur lemonde.fr, (consulté le 1er décembre 2018)
  6. « Briefing Transports - Réforme ferroviaire, fret, émissions maritimes et automobiles, politique industrielle », sur www.contexte.com (consulté le 15 juin 2019).
  7. « Briefing Transports - Données, LOM, dette SNCF, financements, passagers ferroviaires, émissions des voitures, climat », sur www.contexte.com (consulté le 15 juin 2019)
  8. « Transports : loi d'orientation des mobilités », sur Assemblée nationale (consulté le 15 juin 2019).
  9. Rachida Boughriet, « Loi "mobilités" : la ministre des Transports accélère l'ouverture des données », sur actu-environnement.com, (consulté le 1er décembre 2018).
  10. a b c et d Jamal El Hassani, « Qui sont les gagnants et les perdants de la loi mobilités ? », sur Le Journal du Net, (consulté le 1er décembre 2018).
  11. Joseph Martin, « L'avion nuit-il gravement au climat ? », sur RSE Magazine (consulté le 21 juin 2019).
  12. « Le gouvernement va taxer les billets d'avion pour financer le train et la route », Les Échos, 9 juillet 2019.
  13. « Pollution : Macron taxe l'aérien et le transport routier », Libération, 9 juillet 2019.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]