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Mouvement des Gilets jaunes en France

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Mouvement des Gilets jaunes en France
Description de cette image, également commentée ci-après
Manifestants devant l'hôtel de ville de Belfort ().
Informations
Date Depuis le
Caractéristiques
Organisateurs Mouvement peu structuré
Participants Pic à 287 710 personnes le (selon le ministère de l'Intérieur)
Revendications Changement de politique fiscale, amélioration du niveau de vie des classes populaires et moyennes, référendum d'initiative citoyenne, démission d’Emmanuel Macron
Types de manifestations Port de gilet de haute visibilité, manifestations non-déclarées, blocages d'axes routiers, opérations péages gratuits
Répression
Arrestations 4 570 gardes à vue
(au 17/12/2018)
Bilan humain
Morts 10[a]
Blessés ~ 1 850 chez les manifestants
~ 1 050 chez les forces de l’ordre
(au 20/12/2018)

Le mouvement des Gilets jaunes en France est un mouvement social spontané apparu en et s'étant étendu dans de moindres proportions à d’autres pays. Il trouve son origine dans la diffusion sur les réseaux sociaux d’appels à manifester.

La mobilisation a pour motivation de départ le rejet de l'augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Elle s'élargit rapidement à d’autres revendications fiscales et sociales (hausse du pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires, maintien des services publics, taxation du kérosène et des fiouls maritimes, rétablissement de l'ISF…), ainsi que politiques (amélioration de la démocratie représentative, notamment par le référendum d'initiative citoyenne, démission du président de la République, Emmanuel Macron…).

À partir du , le mouvement s'organise autour de blocages de routes et ronds-points et de manifestations nationales chaque samedi. Majoritairement soutenues par l’opinion publique, les protestations trouvent un fort écho dans les zones rurales et périurbaines, mais s’étendent aussi aux grandes villes, où des violences lors des manifestations hebdomadaires provoquent d’importants dégâts matériels et donnent lieu à de nombreuses arrestations. À l'occasion de rassemblements locaux, dix personnes trouvent la mort et plusieurs centaines d'autres sont blessées, plus ou moins grièvement, notamment chez les manifestants.

Initialement hostile à toute revendication du mouvement, le pouvoir exécutif renonce finalement à la hausse de la TICPE et annonce des mesures, qui, jugées insuffisantes par les manifestants, ne mettent pas un terme à la contestation.

Sommaire

Contexte

Prix des carburants automobiles

Prix de l'essence à la pompe en France (en euros constants 2017).

De l'analyse de l'évolution des prix à la pompe de l'essence depuis 1960, il ressort que le prix fin 2017 se situe à la moyenne des prix depuis 1960[b],[c]. Cependant, la situation réelle est totalement différente compte tenu notamment du facteur de l'étalement urbain, qui incite les personnes habitant en zones périurbaines à prendre de plus en plus leurs voitures, a fortiori dans un couple où les deux travaillent et ont besoin chacun d'un véhicule[6].

Alors qu’une composante carbone est introduite pour les combustibles fossiles au sein de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) en 2014[d], le « prix à la pompe » des carburants augmente d'environ 23 % pour le gazole et de 15 % pour l'essence entre et [9]. La France se situe ainsi dans la moyenne haute de l’Union européenne, qui est la région du monde taxant le plus les carburants automobiles[10],[11].

En , le gouvernement Philippe annonce son intention d'augmenter la TICPE à hauteur de 11,5 %[12],[13]. D'après la direction générale de l'Énergie et du Climat, cette hausse — prévue pour entrer en application le et qui s'inscrit dans une lignée de décisions similaires — coûtera aux automobilistes entre 207 et 538 euros à l’horizon 2022 (en fonction des véhicules et des trajets)[12]. En outre, les taxes sur les carburants (TICPE et TVA), qui constituent 60 % du prix des carburants, ne profitent que très partiellement à la transition énergétique et la hausse des taxes annoncée par le gouvernement Philippe doit bénéficier quasi-exclusivement au budget général de l'État[14],[15],[16].

Jusqu'au mouvement des Gilets jaunes, le Gouvernement ignore les avertissements de la Commission nationale du débat public, consécutifs au débat public sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, sur l'acceptabilité de la hausse de la taxe carbone, qu’elle juge pénalisante pour « les plus dépendants et les plus captifs aux énergies fossiles » en l'absence de refonte de la fiscalité générale[17].

Niveau de vie et fiscalité

Articles connexes : Précarité et Paupérisation.

Depuis 2009, le niveau de vie médian par ménage est en stagnation, avec seuls les retraités et les professions supérieures étant au-dessus du revenu médian (1 700 euros)[18].

Les médias soulignent que le « ras-le-bol fiscal » est plus global que la simple question du prix des carburants[19],[20],[21]. Le poids des prélèvements obligatoires (impôts, taxes et cotisations) a cru de manière quasi continue depuis la crise de 2008 pour passer de 41 % du PIB en 2009 à plus de 45 % en 2017. Cette hausse est principalement ressentie par les classes moyennes[21]. Selon le cabinet EY, le gouvernement a mis en place huit impôts et taxes supplémentaires entre le début de la présidence d’Emmanuel Macron et fin 2018[19].

La forte médiatisation de l’arrestation du chef d'entreprise Carlos Ghosn pour raison fiscale au Japon, au tout du début du mouvement, a pu renforcer un sentiment d’iniquité[22],[23].

Sentiment de délaissement de certains territoires

Nombre de demandeurs d'emploi en France entre 2007 et 2017 selon Pôle emploi.

Une enquête publiée en par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie met en avant un sentiment de délaissement par les pouvoirs publics de certaines franges de la population. Trois personnes sur dix estiment vivre dans un territoire délaissé, un sentiment d’abandon qui est à la fois géographique et social. Les problèmes liés à l'emploi, aux transports et à l'accès aux soins sont centraux en la matière. Cette perception est plus forte dans les territoires situés en dehors des grandes aires urbaines[24],[25],[26]. Ainsi, la fronde contre la limite de vitesse à 80 km/heure pourrait être vue comme le premier avertissement adressé au gouvernement par les territoires ruraux[27].

Défiance vis-à-vis de la classe politique et des corps intermédiaires

À partir de la fin des années 2000, le taux d'abstention aux élections augmente de façon continue pour atteindre des niveaux records sous la Ve République[28],[29]. L'étude annuelle OpinionWay-CEVIPOF publiée pendant le mouvement des Gilets jaunes fait état d'un niveau de défiance historique des Français vis-à-vis des acteurs politiques, des institutions politiques, des syndicats et des médias[30],[31]. Le président de la République, Emmanuel Macron, élu en 2017, perd rapidement en popularité. Ses déclarations et les mesures économiques qu'il fait prendre par son gouvernement le font paraître éloigné de la plupart des Français (notamment ceux qui habitent en zones rurales)[32]. De leur côté, les syndicats professionnels connaissent une érosion continue de leurs adhérents[33],[34]. C'est ainsi que, fin 2018, certains Gilets jaunes ont la volonté de « renverser les élites », qu’elles soient politiques ou syndicales[35],[36],[37]. Certains analystes considèrent que le mouvement se situe dans le prolongement de la « disruption » opérée par Emmanuel Macron dans le champ politique français[38],[39].

Déroulement

Origines

À la différence des manifestations traditionnelles, coordonnées par des organisations syndicales, le mouvement des Gilets jaunes est lancé et se développe initialement uniquement via le web, au travers de médias sociaux (Facebook, Twitter, YouTube) ou de plateformes dédiées[40]. Les syndicats se disent sensibles au mouvement, mais n'y participent pas[41].

Manifestations

Les protestations s'organisent autour de blocages d’axes routiers et de ronds-points, notamment en régions, et de manifestations nationales organisées chaque samedi (appelées « actes ») et qui trouvent un plus grand écho médiatique que les autres actions.

Le samedi , le mouvement commence avec le blocage du boulevard périphérique de Paris[42]. Plusieurs dizaines de manifestants défilent sur l'avenue des Champs-Élysées et le ministère de l'Intérieur évoque plus de 2 000 sites occupés en France[43],[44],[45]. Un couvre-feu est ensuite instauré sur l'île de La Réunion[46]. À Paris, le samedi 1er décembre, des violences impliquant des casseurs ont lieu : l'arc de triomphe de l'Étoile est notamment vandalisé[47],[48]. Lors des manifestations du samedi , la situation est plus calme et des Gilets jaunes s’opposent aux casseurs[49],[50]. Cependant, des centaines de personnes sont blessées, y compris grièvement (perte d'œils ou de mains), à la suite de tirs des forces de l'ordre[51],[52],[53],[54],[55].

Dans un contexte de fêtes de Noël et de Nouvel An, la mobilisation fléchit significativement mais se poursuit, notamment en régions[56],[57],[58].

Le samedi , la mobilisation s’accroît nettement, ce qui constitue une première depuis le début du mouvement[59]. La destruction de la porte de la cour de l'hôtel de Rothelin-Charolais conduit à l’évacuation du secrétaire d’État et porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux[60],[61]. La contestation continue à croître le et se stabilise le [62],[63].

Nombre de participants

Chaque samedi, le ministère de l’Intérieur publie des chiffres du nombre de manifestants. Des élus, organisations syndicales et journalistes dénoncent régulièrement une sous évaluation volontaire de ces chiffres par le gouvernement[64],[65]. Thomas Ehrhard, maître de conférences à l'université Panthéon-Assas, souligne la fragilité des calculs, le gouvernement utilisant une « méthode de projection »[66].

Nombre de manifestants chaque samedi selon le ministère de l’Intérieur
17/11 24/11 1/12 8/12 15/12 22/12 29/12 5/01 12/01 19/01
287 710 166 000 136 000 136 000 66 000 33 600 32 000 50 000 84 000 84 000

À partir de l'acte VII, un collectif de Gilets Jaunes recense le nombre de manifestants en recoupant plusieurs sources. Le , il dénombre près de 150 000 participants, un chiffre d’après lui a minima en raison d’un « manque d’informations et de référents locaux »[67]. Le différentiel avec les chiffres du ministère de l’Intérieur est similaire à celui constaté lors des précédentes manifestations en France entre les chiffres donnés par le gouvernement et ceux des syndicats ou d’autres groupes[67].

Revendications

Le mouvement des Gilets jaunes n'étant ni structuré, ni centralisé, ses revendications traduisent des aspirations très diverses. Des slogans sont souvent inscrits au dos des gilets jaunes, mais aussi sur des pancartes ou tags[68].

Les revendications ne concernent pas uniquement le prix des carburants. Pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, « le mouvement des Gilets jaunes est la cristallisation d'un mécontentement massif des Français sur le pouvoir d'achat, dont le révélateur est le carburant »[69].

Prix des carburants

La protestation s'insurge contre une hausse jugée excessive des prix des carburants à la pompe, notamment en raison de l’augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui comprend depuis 2014 une composante carbone, et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui dépend de la TICPE[70],[71], afin d'amoindrir l'effet de la forte augmentation du prix du pétrole.

Ce mouvement protestataire à l'égard du prix des carburants concerne essentiellement des particuliers, car un certain nombre de professions et d'activités bénéficient d'exonérations partielles ou totales de la TICPE[72].

Démocratie directe et participative

Manifestation à Paris lors de l’« acte IX ».

Des membres du mouvement demandent sur Internet et lors des manifestations la mise en place d’une « démocratie directe »[73],[74].

Dans une tribune publiée le , un collectif nommé « Gilets jaunes libres » propose notamment au gouvernement l'ouverture d'États généraux de la fiscalité, l'organisation fréquente de référendums sur les grandes orientations sociales et sociétales et l'adoption du scrutin proportionnel pour les élections législatives[75].

Au mois de , l'instauration d'un référendum d'initiative citoyenne (RIC) apparaît comme la principale revendication du mouvement[76]. Un tel système vise à permettre de légiférer sans passer par le Parlement[77],[78]. Des Gilets jaunes citent le système de la Suisse en exemple[79]. L'historien Sylvain Boulouque indique que la revendication « apparaît timidement aux lendemains de la manifestation du 24 novembre » et devient « quasiment virale à partir du 2 décembre » sur les pages des réseaux sociaux des Gilets jaunes[80].

Autres revendications

Une revendication récurrente des manifestants est la démission du président de la République, Emmanuel Macron, une proposition qui est soutenue par la moitié des Français répondant à un sondage YouGov réalisé début décembre 2018[81],[82],[83].

Des revendications portent également sur des mesures défavorables aux automobilistes (prix des péages, du contrôle technique des véhicules, limitation de la vitesse à 80 km/h sur des routes secondaires, multiplication de radars sophistiqués), et parfois sur la hausse de la CSG, les retraites, l'éducation, la culture ou encore la santé[69],[84],[85],[86],[87].

Au fil des semaines, une partie du mouvement s’étend à la question de l’immigration[88],[89]. Une partie des Gilets jaunes s'oppose notamment au Pacte mondial sur les migrations, signé par l’exécutif français pendant le mouvement[90],[91].

Le , une délégation de huit Gilets jaunes, désignés dans l'urgence et à titre provisoire par des animateurs du mouvement, communique 42 revendications, dans plusieurs domaines (transports, pouvoir d'achat, impôts, retraites et aides sociales, travail, démocratie et institutions, services publics et de proximité, entreprises, santé, logement, immigration). Ils proposent notamment la mise en place d'une taxe sur le fioul maritime et le kérosène, l'augmentation du SMIC à 1 300 euros et l'abandon de l'impôt retenu à la source[92],[93],[94].

Réponses de l'exécutif

Mesures de maintien de l'ordre

Tirs de gaz lacrymogènes le au Mans (Sarthe).

Le 8 décembre 2018, alors que le gouvernement affiche publiquement sa crainte de voir la France « au bord de l'insurrection et de la guerre civile », 89 000 agents des forces de l'ordre sont mobilisés sur le territoire français. À Paris, 14 véhicules blindés de la Gendarmerie sont présents, une mesure exceptionnelle en France métropolitaine[95],[96],[97]. En vue des manifestations du , Édouard Philippe annonce 80 000 policiers et gendarmes et le retour des blindés à Paris[98]. Il annonce aussi une loi pour lutter contre les casseurs qui permettrait notamment de sanctionner les organisateurs de manifestations non déclarées et la mise en d'un fichier pour interdire la présence de manifestants radicaux dans les cortèges[98].

Opposition initiale à toute revendication

Dans un premier temps, le , le gouvernement réaffirme qu'il ne reviendra pas sur la hausse prévue des taxes sur les carburants, et annonce la revalorisation de la prime à la conversion[e] et l'augmentation du nombre de bénéficiaires du chèque énergie[f] et du système d’indemnités kilométriques[g],[99],[100],[101]. Le suivant, l'exécutif affirme qu’il renonce à une partie de ces mesures, puis annonce le même jour son souhait de toutes les maintenir[102],[103].

Emmanuel Macron s'exprime le , lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Il annonce plusieurs mesures s'inscrivant dans le cadre de la transition énergétique et ne fait pas de concession aux Gilets jaunes en matière de taxes[104]. Ce même jour, alors même que l'exécutif avait précédemment exprimé son refus d'entamer toute négociation, le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, reçoit deux représentants des Gilets jaunes ; à l'issue de la réunion, ces derniers ne se montrent pas convaincus et le ministre indique que les revendications exprimées « vont très au-delà des questions de la transition écologique »[105],[106]. Édouard Philippe convie huit des porte-paroles à Matignon le , mais seul un d’entre eux accepte finalement de s'entretenir avec le Premier ministre[107],[108].

Recul sur les taxes sur les carburants

Le Premier ministre, Édouard Philippe, et le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy.

Le , alors que le mouvement se poursuit et que les représentants des Gilets jaunes refusent de le rencontrer, Édouard Philippe revient sur la position du gouvernement, décrétant un moratoire de six mois sur la hausse annoncée des taxes sur les carburants[109]. Cette annonce est jugée insuffisante par les Gilets jaunes et l'opposition au gouvernement[110],[111],[112]. Le lendemain, la présidence de la République annonce que la hausse des taxes ne figurera pas dans le projet de loi de finances pour 2019[113].

Allocution d’Emmanuel Macron du 10 décembre 2018

Lors d'une allocution prononcée le et vue par 23 millions de personnes, Emmanuel Macron annonce l'augmentation du revenu[114] d'un travailleur au SMIC de 100 euros par mois dès 2019 « sans qu'il en coûte un euro de plus pour l'employeur », le retour à la défiscalisation des heures supplémentaires, l'annulation de la hausse de la CSG pour les retraites de moins de 2 000 euros par mois et une défiscalisation de la prime de fin d'année dans les entreprises[h],[118],[119]. Il s'oppose au rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), une demande de certains Gilets jaunes[120],[j].

Plusieurs médias relèvent que la hausse du revenu des travailleurs au SMIC reposera en grande partie (80 %) sur la mise en œuvre dès 2019 de sa promesse de hausse de la prime d'activité alors que celle-ci était prévue sur les trois années à venir[122],[123]. L'augmentation de la prime d'activité ne donne pas de droits supplémentaires, ni sur la retraite, ni sur l'assurance-chômage[124]. Par ailleurs, aucune annonce en faveur du pouvoir d'achat des agents de la fonction publique n’est faite[125].

Les annonces d'Emmanuel Macron sont traduites dans la loi du portant mesures d'urgence économiques et sociales. Évaluées à 10,3 milliards d'euros, ces mesures doivent être financées à hauteur de quatre milliards par un plan d’économies, avec notamment une taxe sur les « géants du Web », la diminution de dépenses publiques, une réduction de la baisse de l'impôt sur les sociétés et la limitation de la niche Copé[126]. Pour le reliquat de 6,3 milliards d'euros, il est décidé de laisser filer le déficit budgétaire de 2,8 % à 3,2 %, soit au-delà du seuil des 3 % prévus par les critères de convergence européens[127].

Grand débat national

Articles détaillés : Grand débat national et Lettre aux Français.

Face à la crise, l'exécutif lance un « grand débat national », qui doit se dérouler de la mi- à la mi-. Cette consultation entend faire remonter les souhaits des Français autour de quatre grands thèmes (transition écologique, fiscalité, services publics et débat démocratique), le gouvernement excluant notamment l’immigration, la peine de mort, l’interruption volontaire de grossesse et le mariage homosexuel de la consultation[128],[129]. Dans sa Lettre aux Français, Emmanuel Macron inclut cependant la question migratoire dans ce débat[130].

Profil des manifestants

Analyses générales

Manifestants le à Belfort.

Sa spontanéité, l'absence d'encadrement partisan, de structure et de revendications claires ont fait que le mouvement, en grande partie provincial et rural, a été analysé comme une jacquerie fiscale moderne, c'est-à-dire un mouvement de colère populaire dû à une fiscalité jugée injuste ou mal répartie[131],[132]. Les femmes sont en outre très présentes dans le mouvement[133].

Beaucoup de manifestants, qui représentent principalement les classes moyennes, expriment le sentiment de mépris dont ils estiment faire l’objet de la part des élites urbaines[134]. La Süddeutsche Zeitung y voit ainsi « la rébellion d’une classe moyenne qui se sent marginalisée socialement et géographiquement par les personnes les mieux rémunérées des grandes villes »[135].

Pour Vincent Tiberj, professeur à l’IEP de Bordeaux, les Gilets jaunes « incarnent ce que le sociologue Olivier Schwartz appelle les « petits moyens » : ils travaillent, paient des impôts et gagnent trop pour être aidés et pas assez pour bien vivre »[136].

En cartographiant ce mouvement, le démographe Hervé Le Bras fait apparaître une forte mobilisation dans la « diagonale du vide », qui va de la Meuse aux Landes[137]. En revanche, le mouvement rencontre un faible écho dans des territoires urbains comme la Seine-Saint-Denis[138].

Orientations politiques

Une enquête d'opinion réalisée par Elabe fin fait état d'une « sur-représentation des électeurs de Marine Le Pen chez les Français se définissant comme Gilets jaunes », 42 % de ses électeurs lors de l'élection présidentielle de 2017 se définissant comme tels (contre respectivement 20 % et 5 % chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et d'Emmanuel Macron)[139]. Les autres études confirment que les sympathisants RN et FI sont plus enclins à soutenir le mouvement que ceux des autres partis[140],[141].

Se référant aux programmes des candidats à la présidentielle de 2017, Les Décodeurs du quotidien Le Monde estiment que les revendications du mouvement — dont ils précisent qu’« [elles] ne sont pas officielles, le mouvement étant caractérisé par son horizontalité »[k] — sont « très proches de la gauche radicale »[l], « compatibles avec l’extrême droite »[m] et « très éloignées des programmes libéraux d’Emmanuel Macron ou de François Fillon »[142]. Sylvain Boulouque indique que le « nouveau serment du Jeu de paume », prononcé par des figures des Gilets jaunes le 13 décembre 2018, « représente un étonnant syncrétisme entre les programmes du Front national [FN, devenu aujourd'hui le Rassemblement national], de La France insoumise et de l'UPR »[80].

Rejet des médias

Gilets jaunes devant la maison de la Radio (Paris, ).

Si les manifestants ont des sensibilités politiques très variées, leurs discours comportent pour beaucoup une rhétorique anti-médias, ce qui les conduit à s'informer notamment sur les réseaux sociaux. Selon les journalistes, la défiance du mouvement vis-à-vis des médias atteint des proportions inédites.

Les Gilets jaunes estiment en particulier que la couverture médiatique de leur mouvement ne correspond pas à la réalité de la situation. Ils reprochent notamment aux médias de se montrer favorables au pouvoir en place et de projeter une image déformée du mouvement en mettant en avant les casseurs[143]. Arrêt sur images relève que « malgré un nombre de blessés considérablement plus important par les forces de l'ordre, la focale médiatique se fixe davantage sur les violences commises par les manifestants » à l'égard des journalistes[144].

Dans ce contexte, des manifestants agressent des journalistes ou bloquent les centres d'impression de journaux[145],[146],[147],[148]. Plusieurs rédactions prennent des mesures pour assurer la sécurité des journalistes, notamment avec la présence de gardes du corps pendant les reportages[149],[150]. En revanche, les Gilets jaunes se montrent souvent bienveillants à l'égard de RT France et de certains journalistes tels que Rémy Buisine, producteur de live pour Brut, et Vincent Lapierre, ex-vidéaste pour Égalité et Réconciliation[151].

Figures émergentes

Si le mouvement n'est pas structuré à l'image d'un mouvement politique, syndical ou d'une association, les groupes Facebook et leurs administrateurs constituent des succédanés de structures[n],[153].

Les principales personnalités médiatisées au début du mouvement sont Éric Drouet, qui a lancé sur Facebook l'appel au rassemblement du , Priscillia Ludosky, à l’origine de la pétition en ligne appelant à la baisse des prix du carburant, et Jacline Mouraud, dont la vidéo à l’adresse d’Emmanuel Macron est devenue virale[154],[155],[156]. Début décembre, après avoir appelé à « entrer » à l'Élysée, Éric Drouet fait l'objet d'une enquête pour « provocation à la commission d'un crime ou d'un délit » et « organisation d'une manifestation illicite »[157] ; le mois suivant, il est interpellé pour la troisième fois et placé en garde à vue[158],[159],[160],[161].

Le , un groupe de huit personnes issues de différentes régions où le mouvement est actif s'autoproclament « porte-paroles » afin de servir d'interlocuteur avec le gouvernement[162]. De nombreux Gilets jaunes s'inquiètent alors du risque de récupération politique et d’un manque de représentativité de ces « porte-paroles »[163]. Le , les huit représentants sont conviés pour une rencontre avec Édouard Philippe, mais seul un d’entre eux s’entretient avec le Premier ministre à Matignon ; la délégation des porte-paroles est alors considérée comme dissoute[164].

Utilisation du gilet jaune

Gilets jaunes.

À l'image du mouvement des Bonnets rouges, qui fut le signe de ralliement des opposants aux portiques écotaxe en 2013, le gilet de haute visibilité — dit « gilet jaune », bien que d'autres couleurs soient autorisées[165] — est utilisé comme symbole. Obligatoire en France dans tous les véhicules (y compris dans les véhicules à deux ou trois roues à moteur ou quadricycles à moteur non carrossés), ce gilet est placé pour les partisans du mouvement au-dessus du tableau de bord ou sur la plage arrière afin d'être visible de l'extérieur du véhicule[166],[167].

Perception du mouvement

Opinion publique

L’historien Stéphane Sirot indique, à la mi-décembre 2018 : « On a rarement mesuré un soutien aussi massif de l’opinion publique à un mouvement social. Souvent en France, il y a une certaine bienveillance, une courte majorité de soutien aux mouvements sociaux de salariés, mais qu’il frise les 75 %, c’est tout à fait singulier. C’est peut-être parce qu’on est face à un soutien qu’on pourrait qualifier d’identification. Alors que lors des mouvements sociaux on observe souvent un soutien de bienveillance, qui relève de ce que l’on appelle la « grève par procuration »[168].

Tableau récapitulatif des sondages sur la position des Français vis-à-vis du mouvement
2018 2019
Question Sondeur Avant le 17 nov. 17-23 nov. 24-30 nov. 1-7 déc. 8-14 déc. 15-31 déc. 1-11 jan. 12-18 jan.
Trouve le mouvement justifié Odoxa 78 %[169] ; 74 %[170] 77 %[171] 84 %[172] 77 %[173]
YouGov 83 %[174] 74 %[175]
Approuve le mouvement BVA 65 %[176] 71 %[176]
Soutien/sympathie à l'égard de la mobilisation Elabe 73 %[177] 70 %[178] 75 %[179] 72 %[180] 73 %[181] 70 %[182] 60 %[183] 67 %[184]
Ifop 71 %[185] ; 69 %[186] 66 %[187] 71 %[188] 72 %[189] 68 %[190]
YouGov 67 %[191] 70 %[174] 62 %[175]
Soutien au mouvement OpinionWay 65 %[192] 64 %[193] 66 %[194] 68 % ; 68 %[195] 66 %[196] ; 59 %[197] 64 %[198] 61 %[199]
Harris 72 %[200] 72 %[200]
Souhaite la poursuite du mouvement BVA 59 %[201]
Elabe 69 %[179] 63 %[180] 52 %[181] 54 %[182] 51 %[183] 54 %[184]
Odoxa 66 %[171] 54 %[202] 55 %[203] 51 %[204]
OpinionWay 45 %[196] 49 %[199]
Se reconnait dans le mode d'action BVA 46 %[201]
Approuve que certains recourent à la violence Harris 15 %[200]

Classe politique

En France, l'automobiliste possède un certain « poids électoral », qui est revendiqué par des mouvements associatifs[205].

Rapidement, le mouvement est soutenu par des dirigeants de partis politiques comme Marine Le Pen (Rassemblement national), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Laurent Wauquiez (Les Républicains)[206],[207],[208]. Libération évoque une tentative de récupération politique du mouvement par des partis politiques, tout en affirmant que l'initiative est partie de « l'Internet vrai » et non de la « fachosphère »[209].

Les Gilets jaunes divisent notamment à gauche[210]. Si certains d'entre eux affichent leur compréhension ou soutien au mouvement, la plupart ne cautionnent pas le blocage des routes[211]. Daniel Cohn-Bendit, ancien meneur de Mai 68, voit derrière la mobilisation une « tentation totalitaire », établissant un parallèle entre le port du gilet jaune et celui de l'étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale[212].

Le , en soutien au mouvement, le député non-inscrit Jean Lassalle porte un gilet jaune à l'Assemblée nationale, entraînant une suspension de la séance et une retenue sur ses indemnités parlementaires[213],[214]. Jean-Hugues Ratenon, élu FI pour La Réunion, brandit cinq jours plus tard un gilet jaune à la tribune ; sa prise de parole est arrêtée par une suspension de séance[215],[216]. Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire sous la présidence Macron, déclare le  : « Les gens savent que le kérosène des avions n'est pas taxé, que le fioul lourd des cargos n'est pas taxé. Pas besoin d'être un Gilet jaune pour s'en indigner »[217].

Pour dénouer la crise, fin novembre, le Rassemblement national et la France insoumise réclament la dissolution de l’Assemblée nationale, tandis que Les Républicains demandent à Emmanuel Macron de soumettre à référendum le plan de transition écologique qu'il a présenté le 27 novembre précédent[218]. La France insoumise, le Parti communiste français et le Parti socialiste déposent contre le gouvernement une motion de censure, qui est largement rejetée par l’Assemblée nationale le [219],[220].

Syndicats professionnels

Les principaux syndicats professionnels de salariés refusent de s'associer directement au mouvement. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, ne s’associe pas à l'acte du pour éviter toute récupération politique[221]. Cependant des initiatives locales de la part de responsables de la CGT sont en contradiction avec les directives confédérales, comme à la CGT des Pyrénées-Orientales[222]. Le 19 novembre 2018, plusieurs syndicats, dont le FNTR, appellent le gouvernement soit à entamer un processus de négociation avec les Gilets jaunes soit à faire respecter la liberté de circulation des opérateurs économiques. Ils ajoutent qu'ils interviendront pour préserver les intérêts des transporteurs et la sécurité de leurs personnels si le gouvernement n'agit pas[223]. Le 20 novembre 2018, FO Transport appelle à organiser des actions pour le pouvoir d'achat en solidarité avec les Gilets jaunes[224].

Dans le cadre de déclarations orales, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, le , sur France Info : « Ces blocages, tout le monde a compris qu’ils sont récupérés politiquement par l’extrême droite. »[225] ; quelques jours après Jean-Claude Zaparty, secrétaire départemental de la CGT des Pyrénées-Orientales, déclare aux journalistes de L'Indépendant : « Nous, on veut bien être « récupérés » par les Gilets jaunes »[222].

Actes antisémites et racistes

L'historien Vincent Duclert publie le une tribune dans Le Monde où il regrette le manque d'indignation quant aux premières violences antisémites au sein du mouvement et l'explique car « s’en inquiéter il y a quinze jours n’était guère raisonnable pour l’opinion. Il ne fallait pas que le mouvement des « gilets jaunes », populaire chez les Français, puisse pâtir d’une exposition de ce sujet »[226],[227].

Traitement médiatique

Le sujet est souvent le plus traité par les médias français[o],[228],[229]. De la mi- à la mi-, ce sont près de 645 000 mentions du mouvement que l'institut recense en tenant compte de la plupart des médias français[230],[231].

Le traitement médiatique du mouvement par certains médias est critiqué par l'association Acrimed. Elle relève le parti pris supposé du quotidien Le Parisien, avec ses nombreuses unes et articles jugés anti-Gilets jaunes[232]. La chaîne de télévision BFM TV est, elle, accusée de vouloir construire un « climat anxiogène » fait de « peur ». Beaucoup d'éditorialistes de différents médias (Yves Calvi sur RTL, Bernard-Henri Lévy au Point, Gérard Leclerc sur CNews) sont décrits comme partisans du gouvernement et de la police, qui « condamn[ent] par avance » les manifestations et attribuent « l'entière responsabilité des violences » aux Gilets jaunes[233],[234]. Selon Contrepoints, « de très nombreux médias ont relayé complaisamment le message gouvernemental, qui consiste à diviser pour mieux régner »[235]. Frédéric Lemaire, membre d'Acrimed, dénonce une « couverture médiatique quasi-nulle » d'un rapport d'Amnesty International sur la violence excessive de forces de l'ordre, contrairement aux violences commises par les manifestants, qui sont « scrutées, commentées, dénoncées à longueur de journées »[p],[237].

Théories autour du mouvement

Théories du complot

Le démographe Emmanuel Todd envisage que les actes de vandalisme commis le dans l'arc de triomphe de l'Étoile soient le fait d'« agents provocateurs » au service des autorités[238]. L'essayiste Jean-Claude Michéa affirme pour sa part que les Black bloc et les antifas sont au service de l'« État macronien » et visent à discréditer les Gilets jaunes par leurs violences[239].

Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, estime que « si l'on ne peut affirmer catégoriquement que le complotisme est réellement plus présent dans ce mouvement que dans d'autres, on ne connaît pas, en revanche, de figure marquante du complotisme francophone qui n'ait pas revêtu le gilet jaune »[240]. Samuel Laurent, responsable des Décodeurs, insiste sur l'extrême porosité des Gilets jaunes face « à des informations qui les confortent »[241].

Après la fusillade du 11 décembre 2018 à Strasbourg, plusieurs figures des Gilets jaunes déclarent sur Facebook que l'attentat a été organisé par le gouvernement pour « détourner l'attention »[242]. La rumeur prend rapidement de l'ampleur, plus rapidement que lors des précédents attentats selon la journaliste à France Inter Sonia Devillers[243],[244].

D'autres théories ont trait à l'organisation du mouvement des Gilets jaunes, comme celle de l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie, qui « pense depuis le début qu’il y a une organisation souterraine, cachée, [qu’]il y a des tireurs de ficelles »[245],[246].

Fausses informations

Le mouvement des Gilets jaunes s'accompagne de fausses informations (fake news), notamment concernant la présence supposée de « mercenaires » anti-Gilets jaunes sur le territoire, et la rumeur de la disparition de la Constitution française. Des vidéos et des clichés sont parfois détournés dans un but de propagande[247],[248]. Ces fausses informations sont surtout répandues sur des groupes de discussion rassemblant des Gilets jaunes[249],[250].

Des militants, élus et ministres LREM diffusent également des fausses informations, notamment celle qui voudrait que le mouvement des Gilets jaunes trouve son origine aux États-Unis peu après l’élection d'Emmanuel Macron. Cette fausse information a été relayée notamment par les députés Émilie Chalas, Aurore Bergé, Coralie Dubost et Naïma Moutchou, rapporteuse de la loi contre la manipulation de l’information[251],[252],[253],[254].

Soupçons d'ingérence

En Russie, même si le Kremlin déclare ne pas voir d'influence des États-Unis dans le mouvement des Gilets jaunes, plusieurs médias comparent ce mouvement aux Révolutions de couleur et affirment qu'il a été organisé par les États-Unis afin de punir Emmanuel Macron de s'être prononcé en faveur d'une armée européenne[255],[256],[239].

Le Times du publie des extraits de note des services de renseignements français concernant des comptes de réseaux sociaux qui auraient amplifié le mouvement[257]. Selon le journal, des centaines de comptes seraient alimentés par la Russie, qui dément[258],[259]. Le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi dénonce ainsi une ingérence de « forces étrangères » sur les réseaux sociaux[260]. Mais selon une déclaration d'un cadre des services de renseignement français rapportée par Le Journal du dimanche le 16 décembre 2018, l'implication de la Russie n'est pas établie, ni par la DGSE ni par la DGSI[261].

Conséquences

Bilan humain

Hommage aux Gilets jaunes morts ou blessés (fontaine des éléphants, Chambéry, ).

Dix personnes meurent lors des manifestations, dont neuf à la suite d'un choc avec un véhicule. Le , au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), une conductrice d'un 4x4, arrêtée à un barrage de manifestants à un rond-point, redémarre son véhicule et renverse une manifestante de 63 ans, qui est tuée[262] ; au vu des images d'une caméra de vidéosurveillance, le parquet déclare qu'il est « impossible de qualifier l’acte d’involontaire »[q],[263]. Entre le et le , cinq conducteurs meurent après avoir percuté des véhicules[r],[s],[t],[u],[v]. Le , à Marseille, une femme de 80 ans meurt à l'hôpital « d'un choc opératoire », après avoir reçu dans le visage des éléments d'une grenade lacrymogène alors qu'elle fermait les volets de son appartement[270],[271]. Les 13 et , deux Gilets jaunes trouvent la mort après avoir été renversés par un camion[272],[273]. Par ailleurs, plusieurs automobilistes forcent des barrages, renversant des manifestants ou des membres des forces de l'ordre[274],[275],[276].

Le , un bilan établi par le ministère de l'Intérieur fait état de 2 891 blessés, dont 1 843 civils et 1 048 chez les forces de l'ordre[277]. Le sociologue Fabien Jobard indique que le bilan humain « dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd’hui, tout simplement ridicule »[278].

Violences policières

Articles connexes : Violence policière et Kettling.
Manifestante invitant à lire le rapport d'Amnesty International (, place de la République, Paris).

Lors des rassemblements, de nombreux manifestants sont blessés en raison de l'utilisation d'armes proscrites ailleurs en Europe pour ce type d'intervention et parfois considérées comme des armes de guerre : lanceurs de balle de défense (Flash-Ball) ou des grenades de désencerclement (notamment des grenades GLI-F4)[279]. Plusieurs Gilets jaunes perdent ainsi un œil ou une main[280],[53],[281]. Des journalistes, pourtant clairement identifiés, se font également tirer dessus par des policiers[54]. Selon France 2, ces violences sont d’un niveau inédit en France[282]. La Gendarmerie mobile justifie l’utilisation de grenades GLI-F4 par la volonté de défendre l'intégrité physique des forces de l'ordre, mais regrette toute blessure d'un manifestant[282]. Des médias se font l'écho de tirs tendus systématiques à hauteur d'homme, alors que ceux-ci sont interdits[283],[284]. Au , Checknews de Libération compte 94 blessés graves parmi les Gilets jaunes et journalistes, dont 69 à la suite de tirs de lanceur de balle de défense, et estime qu'au moins 14 personnes ont perdu un œil[285].

Un rapport d'Amnesty International publié le critique un « usage excessif de la force » contre des manifestants pacifiques, des fouilles et arrestations abusives (notamment sur des street medics), ainsi que les conditions « inhumain[es] » de l'interpellation à Mantes-la-Jolie de 148 lycéens, agenouillés et menottés pendant plusieurs heures, le [286],[287],[288],[289]. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, considère que les lanceurs de balle de défense présentent « une dangerosité qui fait que l'intégrité des personnes qui manifestent peut être atteinte »[290].

Début , le directeur général de la police nationale indique que quelque 200 signalements pour des violences policières dans le cadre du mouvement ont été effectués auprès de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), qui est chargée de l’étude de 78 dossiers[291]. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, réfute réanmoins toute violence policère[292].

Poursuites judiciaires

Pour la période du au , le ministère de l’Intérieur mentionne le nombre de 4 570 gardes à vue (dont 1 567 à Paris), avec 823 classements sans suite et 216 incarcérations, dont 56 débouchent sur une peine de prison ferme[293]. Il s'agit d'un record pour un mouvement social en France[294]. Le sociologue Fabien Jobard indique que le nombre d'environ 1 500 gardes à vue en une journée, atteint le 8 décembre, constitue « un record, bien au-delà de ce que l’on a vu à l’occasion de sommets internationaux tels que, dernièrement, le G20 de Hambourg, pourtant marqué par des destructions et, plus rarement, des pillages »[278].

Impacts économiques

Façade d'une banque dans le 17e arrondissement de Paris.

Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, déclare le que le mouvement aura un impact négatif de 0,1 % sur la croissance française au dernier trimestre 2018, ce qui l’établirait à 0,3 %[295]. La Banque de France revoit quand elle la croissance du dernier trimestre 2018 à 0,2 % au lieu de 0,4 %[296]. Le 18 décembre, l'INSEE publie une note de conjoncture dans laquelle il fait « l’hypothèse que le mouvement des Gilets jaunes pourrait ôter 0,1 point à la croissance du PIB au quatrième trimestre 2018, via les secteurs d’activité sans doute principalement touchés : commerce, hébergement, restauration, transports »[297].

À la mi-décembre, le ministère de l’Économie mentionne une baisse de chiffre d'affaires de 40 % pour les « petits commerçants » et de 15 % pour la grande distribution[w]. Le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution évalue le manque à gagner total à un milliard d'euros[299]. Plusieurs enseignes et syndicats annoncent un fort report des ventes vers l'e-commerce, notamment vers Amazon et Rakuten France, qui a vu ses ventes bondir de 50 % le samedi et de 63 % le samedi suivant[299]. Le mouvement a également des conséquences sur l'industrie et l'agriculture[300].

Un grand nombre de radars automatiques de contrôle routier sont masqués, dégradés ou détruits, les estimations à la mi-décembre allant de 50 % à 66 % du parc des radars à l'échelle nationale[301],[302]. Selon le groupe Vinci Autoroutes, les dégâts s’élèvent à la mi- à « plusieurs dizaines de millions d'euros » sur l'ensemble du réseau français[303]. Lors des rassemblements à Paris, en particulier entre le et le , plusieurs enseignes, restaurants et automobiles sont la cible de violences. Du mobilier urbain est également dégradé et des barricades sont dressées[304]. Le préjudice est estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros[x],[307],[308].

Début , la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, indique avoir « débloqué » 32 millions d’euros pour payer les salaires des quelque 58 000 personnes ayant connu une période de chômage partiel depuis le début de la crise[309].

Aspects politiques

Baisse de popularité de l’exécutif

Emmanuel Macron en .

Lors du mouvement, qui reçoit l’appui d'une large majorité de l’opinion publique, les sondages indiquent une baisse à des niveaux records de la cote de popularité du président de la République, Emmanuel Macron, et du Premier ministre, Édouard Philippe[310],[311],[312],[313]. Le président Macron, qui cristallise les tensions des manifestants, voit son son image se dégrader, aussi bien en raison de sa politique et de sa gestion du conflit que de sa personnalité[314],[315]. Alors qu’il est perçu comme faisant partie d'une élite déconnectée du quotidien de beaucoup de Français, le président français voit sa capacité à réformer la France d’ici à la fin de son quinquennat remise en cause à l'international[316],[317],[318],[319],[320].

Réactions de dirigeants étrangers

La crise conduit plusieurs chefs d’État étrangers à s'exprimer. Aux États-Unis, le président Donald Trump indique dans un tweet que « les émeutes dans cette France socialiste sont provoquées par des taxes d'extrême gauche sur le carburant », se sert du mouvement pour maintenir la pression commerciale exercée sur l’Union européenne, et critique l'accord de Paris sur le climat[y],[323],[324],[325]. Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, explique le mouvement des Gilets jaunes en France de la sorte : « Les Français n'ont pas aimé de devoir payer de leur poche les changements dans la politique énergétique de leur pays »[326]. Le chef de l'Autorité judiciaire iranienne, Sadeq Larijani, déclare que « si ces manifestations n'avaient pas eu lieu en Occident, l'ONU et de nombreux autres ministères des Affaires étrangères s'en seraient déjà mêlés »[327]. Le , le gouvernement italien (M5S-Lega), conduit par Giuseppe Conte, annonce son soutien au mouvement français[328].

Projets électoraux

En , la possibilité d'une évolution du mouvement en une organisation politique susceptible de se présenter aux élections européennes de 2019 est envisagée[329]. Un membre déclaré du mouvement, Hayk Shahinyan, annonce ainsi son souhait de conduire une liste « Gilets jaunes » aux européennes[330]. Le chanteur Francis Lalanne dit vouloir se présenter sur une liste de ce scrutin[331]. De son côté, l’ancien ministre Bernard Tapie affirme vouloir aider les Gilets jaunes en leur offrant « un espace d'organisation et d'expression à travers La Provence », journal dont il est propriétaire, « pour leur permettre de proposer une offre politique alternative »[332].

Selon un sondage Ipsos, commandé par le parti de la majorité présidentielle et réalisé début , une liste liée au mouvement des Gilets jaunes arriverait en quatrième position des élections européennes de 2019, avec 12 % des voix[333]. Les sondeurs indiquent qu'une telle liste réduirait avant tout les intentions de vote en faveur du Rassemblement national et de La France insoumise, dont de nombreux sympathisants soutiennent les Gilets jaunes[334],[335]. Le Rassemblement national, la France insoumise, le Parti communiste français et Les Patriotes déclarent souhaiter la présence de Gilets jaunes sur leurs listes aux élections européennes[336],[337],[338],[339].

Débat sur le référendum d'initiative citoyenne

Une proposition de référendum d'initiative citoyenne relayée en 2018[340],[341].

Le , alors que le référendum d'initiative citoyenne (RIC) émerge comme la principale revendication du mouvement, le Premier ministre, Édouard Philippe, déclare : « Le référendum peut être un bon instrument dans une démocratie, mais pas sur n'importe quel sujet ni dans n'importe quelles conditions. C'est un bon sujet du débat que nous allons organiser partout en France[342]. » Peu après, le groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale annonce son souhait de déposer en une proposition de loi visant à instaurer le RIC[343].

Manifestations similaires

Dans le reste du monde

Les contestations contre les taxes sur les carburants et contre la vie chère gagnent d’autres pays, en Europe et dans le reste du monde[344].

En réaction aux Gilets jaunes

Sur les réseaux sociaux, plusieurs mouvements sont critiques envers le mode d’action de Gilets jaunes, notamment les « Foulards rouges » — qui appellent à une manifestation à Paris le  —, les « Gilets bleus » et les « Gilets rouges »[345],[346],[347]. À l'inverse, les « Gilets orange » regroupent des militants dont les revendications se rapprochent de celles du mouvement des Gilets jaunes, en particulier au niveau des prix du carburant[348]. Le mouvement des « Stylos rouges » rassemble des membres de l'Éducation nationale française[349]. Les « Gyros bleus » (policiers) appellent à un mouvement non déclaré pour dénoncer la fatigue engendrée par leur métier[350].

Dans le passé

La France a connu d'autres manifestations et révoltes spontanées qui sont parfois comparées au mouvement des Gilets jaunes. La Révolution française est régulièrement évoquée[351],[352],[353]. Les révoltes viticoles, comme celle de 1907, sont aussi mentionnées[354]. Le mouvement des Gilets jaunes est également parfois comparé à celui des Bonnets rouges, qui conduit en 2013 à la suppression des portiques écotaxe. Toutefois, selon la géopolitologue Béatrice Giblin, cette comparaison avec les Bonnets rouges est peu pertinente dans la mesure où ce mouvement « avait été pris en main par des vrais leaders, comme le maire de Carhaix, ou les grands patrons de Bretagne »[355].

En s’opposant à l'augmentation des taxes et impôts, le mouvement des Gilets jaunes peut également évoquer les jacqueries de l'Ancien Régime et le poujadisme des années 1950[z],[356],[357]. Sont également cités les mouvements de protestation massifs étant intervenus à partir du deuxième choc pétrolier contre la hausse des prix à la pompe et plus généralement contre le coût de la vie, et ayant entraîné un blocage du pays ou de certains secteurs d'activité[358],[359].

Dans le monde arabe, un parallèle est parfois établi entre le mouvement des Gilets jaunes et le printemps arabe[360]. Samir Aita, ancien directeur du Monde diplomatique, indique ainsi que les deux révoltes trouvent leur origine dans le fait que les campagnes ont été délaissées au profit des centres urbains[361]. Des éditorialistes sont toutefois plus sceptiques : dans le quotidien L'Orient-Le Jour, Anthony Samrani affirme qu'il n'y a ici « pas de dictateur à faire tomber, pas non plus d'État policier ou de moukhabarate [services secrets] prompts à vous faire disparaître à la moindre critique »[360]. Des parallèles sont également faits avec la révolution ukrainienne de 2014[362].

Activités artistiques autour du mouvement

Détournement de l'œuvre La Liberté guidant le peuple[363],[364].

Films et documentaires

En , le réalisateur et député François Ruffin annonce la réalisation d'un film documentaire sur le mouvement, J'veux du soleil, coréalisé avec Gilles Perret. Sa sortie est prévue pour [365].

Humour

Une vidéo de l'humoriste Anne-Sophie Bajon, connue sous le pseudonyme Labajon, dans le rôle de l'avocate d'Emmanuel Macron portant un gilet jaune, est vue plusieurs millions de fois sur les réseaux sociaux, ce qui fait d’elle une des coqueluches du mouvement[366],[367]. La danseuse Nadia Vadori-Gauthier improvise une chorégraphie en pleine rue lors des manifestations avec pour fond les fumées des différents gaz et feux de voitures[368]. Le , en marge de la manifestation sur les Champs-Élysées, Deborah De Robertis organise un happening lors duquel cinq femmes se présentent seins nus face aux gendarmes, avec un costume évoquant Marianne[369]. Enfin, Les Gentils, Les Méchants, une reprise de Michel Fugain sur un rond point obtient une grande popularité[370],[371],[372].

Graffitis

À Paris, rue d’Aubervilliers (19e arrondissement), début , l’artiste urbain Pascal Boyart peint une fresque inspirée de La Liberté guidant le peuple de Delacroix représentant une Marianne guidant des Gilets jaunes[373].

Notes et références

Notes

  1. Neuf d'entre eux sont morts dans des accidents de la route liés aux manifestations. Une personne est morte après avoir été blessée dans son appartement, touchée par un éclat de grenade lacrymogène alors qu’elle fermait ses volets[1].
  2. En effet, en euros constants 2017, le prix de l'essence à la pompe, qui était de l'ordre d'1,60 € en 1960, est descendu puis monté jusqu'à près d'1,80 € en 1979-1980, puis redescendu avant de remonter assez régulièrement jusqu'au-dessus d'1,60 € au début des années 2010, avant de redescendre jusque vers 1,40 € en 2017[2],[3],[4].
  3. Concernant l'évolution des prix en salaire horaire courant, il était possible pour une heure de SMIC en 1973 d'acheter trois litres d'essence, contre six litres en 2018[5].
  4. De 7  pour la valeur de la tonne de CO2 en 2014, celle-ci passe à 30,5  en 2017[7],[8].
  5. Jusqu'alors d'un montant de 1 000 € pour les ménages imposables et 2 000 € pour les ménages non imposables, elle devrait passer à 4 000 € pour les 20 % de Français les plus modestes et pour les ménages non-imposables qui habitent à une distance supérieure à 30 km de leur lieu de travail.
  6. Le chèque énergie s'est substitué en 2018 aux tarifs sociaux de l'énergie. Il devrait bénéficier à 2,2 millions de personnes supplémentaires.
  7. Le système d’indemnités kilométriques serait élargi aux gros rouleurs, à partir de soixante kilomètres par jour, pour les petites cylindrées (4 CV), qui « consomment peu ou ne polluent pas ». L’État laisserait ces aides à la charge des collectivités et des entreprises.
  8. À la suite de l’appel présidentiel à un « effort national de solidarité », la Fédération bancaire française s'engage à ce que les banques n’augmentent pas leurs tarifs en 2019[115] et plusieurs grandes entreprises annoncent leur intention de verser une prime volontaire de fin d'année[116],[117].
  9. Le comité se penchera également sur le prélèvement forfaitaire unique (PFU) au taux de 30 % sur les revenus du capital, plus connu sous le nom de flat tax
  10. Un comité d'évaluation des réformes sur la fiscalité du capital, dont celle de l'ISF, est toutefois installé le . Ce comité doit remettre un rapport en septembre 2019, avant le dépôt du projet de loi de finances 2020[i],[121].
  11. L'article prend en compte les revendications communiquées par la délégation de huit Gilets jaunes le , ainsi qu'une autre liste de doléances assez similaire, établie la semaine précédente selon la même méthode de consultation en ligne, et « d’autres demandes entendues lors des manifestations et des publications partagées sur les réseaux sociaux ».
  12. « […] les deux tiers sont compatibles avec le programme de Jean-Luc Mélenchon. Elles se rapprochent aussi du candidat socialiste Benoît Hamon, désormais chef de file de Génération.s. Les plus sociales, sur le smic et les retraites par exemple, sont directement inspirées des idées de Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud »
  13. « près de la moitié des propositions sont partagées par Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, en particulier sur la défense des services de proximité (commerces, poste, école) ou la renationalisation des infrastructures (autoroutes, aéroports) »
  14. Le groupe Facebook comptant le plus de membres est celui créé par Éric Drouet et longtemps administré, entre autres, par Priscillia Ludosky[152].
  15. Exception faite notamment de l'attaque du marché de Noël de Strasbourg et des fêtes de Noël. Voir [1].
  16. Cédric Mathiot de Libération reconnaît que le rapport « a été peu mentionné dans la presse », tout en affirmant que son journal a déjà écrit « largement » sur les violences policières[236]. Pour Lemaire, les différents articles de Libération ne semblent pas être à la « hauteur de l'ampleur nouvelle de la brutalité de la répression policière »[237].
  17. Elle est mise en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner [avec arme par destination] ».
  18. Le , dans la Drôme (sur la N7), un motard remontant une file de voitures bloquées par un barrage percute une camionnette et meurt le lendemain[264].
  19. Le , un artisan conduisant une fourgonnette meurt après avoir percuté un camion sur la RN 113 à Arles[265],[266]
  20. Le , à Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente), une voiture percute un camion à l'arrêt au niveau d'un barrage des Gilets jaunes : la conductrice de la voiture, âgée de 25 ans, meurt sur le coup[267].
  21. Le 14 décembre, une femme est tuée dans un accident de la route près d'un barrage de Gilets jaunes dans l'Aisne[268]. Le 14 décembre également, un homme meurt dans la collision de son véhicule avec un camion, à la frontière franco-belge, bloquée par un barrage de Gilets jaunes[269].
  22. Le 21 décembre, un automobiliste meurt après avoir percuté un camion bloqué à un barrage à Perpignan.
  23. du fait de magasins fermés, de ruptures de stocks ou du blocage d'accès routiers vers des zones commerciales[298]
  24. Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux, estime que la remise en état de l'arc de triomphe, vandalisé le , ne devrait pas dépasser le million d’euros tout en indiquant que certaines œuvres d’art dégradées ne pourront être restaurées[305],[306].
  25. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, demande alors à Donald Trump de ne pas prendre parti dans la politique intérieure française[321],[322].
  26. Cependant, selon Alexis Spire, sociologue au CNRS, le mouvement se distingue du poujadisme : « Les Gilets jaunes n’appellent pas à attaquer les dépôts de carburant pour faire le plein gratuitement. C’est plutôt le constat que l’argent public est mal utilisé. Que l’argent ne va pas là où il devrait aller : dans le maintien de la petite gare, du centre de Trésor public, du bureau de poste, de la gendarmerie »[136].

Références

  1. Pauline Moullot, « Y a-t-il vraiment eu dix morts depuis le début du mouvement des gilets jaunes ? », sur Libération, .
  2. Évolution du prix de l'essence en France (1960-2007).
  3. Voir sur fiches-auto.fr.
  4. Érosion monétaire.
  5. « Carburants : paye-t-on vraiment plus cher qu'il y a 40 ans ? », sur le site de la chaîne de télévision France Info, (consulté le 29 novembre 2018).
  6. « Prix du carburant: l'essence plus chère en 2018 ou en 1980 ? », sur le site du quotidien France-Soir, (consulté le 29 novembre 2018).
  7. Certaines entreprises suivent le mouvement ; La transition écologique pousse les entreprises à des alliances inédites, La tribune, 2013-02-12.
  8. Cabinet Lamy Environnement, « La taxe carbone : une taxe qui va enfin compter! », sur apc-climat.fr, (consulté le 22 novembre 2018).
  9. dépêche AFP, « Prix à la pompe : la part du brut, la part des taxes », sur le site du magazine Le Point, (consulté le 23 novembre 2018).
  10. « Structuration des prix de l'essence et du gazole en France », sur le site de la fondation d’entreprise Alcen pour la connaissance des énergies, (consulté le 27 novembre 2018).
  11. Adrien Sénécat, « Prix du carburant : la France n’est pas championne d’Europe des taxes », Les décodeurs, sur le site du quotidien Le Monde, (consulté le 1er décembre 2018).
  12. a et b « Carburants : les taxes ne sont presque pas affectées à la transition énergétique », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 3 décembre 2018).
  13. Feuerstein, « Budget 2019 : le prix du gazole va quasiment rejoindre celui de l'essence », sur lesechos.fr, (consulté le 11 décembre 2018).
  14. « Structuration des prix de l'essence et du gazole en France », sur le site de la fondation d’entreprise Alcen pour la connaissance des énergies, (consulté le 27 novembre 2018).
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Voir aussi

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Bibliographie

Articles connexes