Grand débat national

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Grand débat national
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Logo du grand débat national.
Informations
Date Entre le et le
Localisation Drapeau de la France France
Caractéristiques
Organisateurs Site officielVoir et modifier les données sur Wikidata
Types de manifestations Débat national
Actions Réunions publiques

Le grand débat national est un débat public français lancé le par le président de la République, Emmanuel Macron, dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes.

Lancement et thématiques proposées[modifier | modifier le code]

Durant le mouvement des Gilets jaunes, Emmanuel Macron annonce le l'organisation d'un grand débat, sur tout le territoire et ouvert à tous les Français.

Jean-Christophe Fromantin lançant un débat à Neuilly-sur-Seine, le 18 février 2019.

Le gouvernement entend faire remonter les souhaits des Français autour de quatre thèmes[1] :

L’exécutif indique : « Cette concertation d'ampleur nationale a pour objectif de redonner la parole aux Français sur l'élaboration des politiques publiques qui les concernent »[2].

De nombreux élus, notamment Gérard Larcher, le président du Sénat (LR), le , s’étonnent de l’absence des thématiques du chômage, des relations sociales, de la dépendance, de l’immigration ou encore de la sécurité[3].

Déroulement et organisation[modifier | modifier le code]

Débat organisé en février 2019 à Reims.

Le 14 décembre 2018, le gouvernement demande, par la voix du Premier ministre, à être accompagné par la Commission nationale du débat public (CNDP), en faisant appel à sa présidente, Chantal Jouanno, pour qu'elle assure « personnellement » cette mission[4]. Celle-ci accepte la proposition en précisant dans un courrier publié au Journal officiel que cette acceptation « suppose un engagement du gouvernement à respecter pour ce débat public les principes fondamentaux de la Commission nationale du débat public »[5],[6]. Selon Mediapart, cet échange traduit un désaccord allant crescendo entre le gouvernement et la présidente de la CNDP au sujet des garanties d'indépendance, de neutralité et d’impartialité sur la tenue du débat[4]. En parallèle, éclate une polémique sur le salaire de Chantal Jouanno, presqu'équivalent à celui du président de la République[7], et elle finit par se retirer du grand débat national[8].

Le débat est finalement conduit par deux membres du gouvernement, Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu[9].

La consultation se déroule en plusieurs phases[10] :

  • remontée des cahiers de doléances et des échanges entre citoyens et maires (de mi- à mi-) ;
  • débats locaux organisés par les maires, les associations, les particuliers, etc., autour de questions suscitées par les quatre thèmes choisis par le gouvernement (de mi-janvier à mi-)[11],[12]
  • à partir du , chaque citoyen peut donner son avis et formuler des propositions sur un site dédié[13] ;
  • conférences nationales thématiques regroupant diverses associations et syndicats (du 11 au 14 mars 2019) ;
  • conférences régionales citoyennes regroupant des citoyens tirés au sort (les 15-16 mars et le 23-24 mars 2019)[10].

Le débat comporte cinq « garants » de son indépendance : Jean-Paul Bailly, Isabelle Falque-Pierrotin, Pascal Perrineau, Guy Canivet et Nadia Bellaoui[14].

Le , Emmanuel Macron publie une Lettre aux Français, un texte de cinq pages dans lequel il détaille les questions proposées au débat et sa propre appréciation du contexte[15],[16]. Deux jours plus tard, le , le président lance le débat à Grand Bourgtheroulde (Eure)[17].

Le grand débat se termine officiellement le 15 mars 2019, mais les participations en ligne restent possibles jusqu'au 18 mars[18]. Emmanuel Macron continue également de rencontrer des maires au-delà de cette date[19]. Le bilan global comptabilise plus de 10 000 réunions locales et près de 2 millions de contributions sur le site dédié[12]. Le , Emmanuel Macron conclut le débat par une conférence de presse à l'Élysée, au cours de laquelle il annonce notamment une baisse de l'impôt sur le revenu et la réindexation des petites retraites sur l'inflation[20].

Le gouvernement estime le coût de l’organisation du débat à douze millions d'euros[21].

Consultations parallèles[modifier | modifier le code]

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) décide en parallèle de mettre en place un site internet entre la mi-décembre 2018 et le pour recueillir les contributions des français. Ces avis consultatifs doivent faire l'objet de recommandation du CESE au gouvernement en mars 2019[22]. Selon Libération « le site a été victime d'une offensive coordonnée de militants de La Manif pour tous »[23].

Avec l'appui d'un groupe de personnalités, des référents Gilets jaunes lancent le la plateforme en ligne « le vrai débat » avec l’appui du prestataire de l'État, la société Cap Collectif[24],[25]. La consultation se fera avec la même plateforme numérique que celle utilisée par le gouvernement pour le grand débat national[26]. Au terme de cette consultation — qui se distingue du grand débat national en ce qu'elle ne repose ni sur des questions fermées, ni sur des thèmes limitativement énumérés, et qu'elle permet de recueillir des amendements et des votes en ligne —, l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier publie le un rapport indiquant que le référendum d'initiative citoyenne est la revendication principale des participants[27],[28].

Remontées[modifier | modifier le code]

Début , le gouvernement estime qu'entre 3 000 et 5 000 communes regroupées dans l'Association des maires ruraux de France (AMRF), soit une commune sur neuf, ont mis un cahier de doléances à disposition d'habitants[29]. Dans une note ministérielle, les préfets indiquent que les thèmes les plus récurrents sont les avantages des élus, la fiscalité et le pouvoir d'achat, la limitation à 80 km/h sur routes, l'abandon des territoires ruraux et l'immigration[29]. Des « propositions citoyennes » sont exprimées pour donner des idées nouvelles aux élus[30][source insuffisante].

Polémiques et critiques[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de critiques se sont élevées dès le lancement du grand débat concernant notamment la transparence du débat, sa neutralité ou son organisation[10]. En ce qui concerne dans la presse nationale, dans Le Parisien[31], Ouest-France[32] ou Mediapart[33].

Réactions des Gilets jaunes[modifier | modifier le code]

Gilets jaunes s'opposant au grand débat national.

Bien que salué par quelques manifestants, le grand débat national suscite le scepticisme ou la colère de nombreux Gilets jaunes[34].

Certains d'entre eux, accompagnés d'acteurs du domaine de l'écologie et des civic tech, lancent fin janvier une plateforme alternative, annoncée « plus ouverte », appelée « Le vrai débat », en réponse à celle lancée par Emmanuel Macron[10],[35],[36].

Proximité avec les élections européennes[modifier | modifier le code]

La tournée du président à quelques mois des élections européennes de 2019 fait débat et pose notamment la question si celle-ci n'est pas en infraction avec les lois régulant le financement public de la vie politique. Pour Régis de Castelnau, le coût des douze débats doit être réintégré aux comptes de campagne de la liste LREM, Emmanuel Macron courant le risque, comme Nicolas Sarkozy en 2012, de les voir rejetés. Selon l'avocat, le « Macron tour » pourrait également ouvrir la voie à des poursuites pénales concernant les dons interdits[37].

Le , le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) précise qu'« a priori, les propos tenus par le président de la République, en raison de leur contenu et de leur contexte, pourraient être considérés comme relevant du débat politique national, et à ce titre, être décomptés ». Elles ne devront pas excéder un tiers de toutes les prises de parole politiques sur les chaînes audiovisuelles. En revanche, les interventions du président n'entrent pas dans le cadre des élections européennes, la campagne officielle n’ayant pas débuté[38].

Représentativité[modifier | modifier le code]

Une polémique a lieu sur la représentativité de ce débat, des maires d'extrême droite n'étant pas invités lors des consultations du président de la République[39].

La représentativité des participants aux réunions d'initiatives locales est critiquée par l'Observatoire des débats, un collectif de chercheurs en sciences sociales[40].

Restitution de la consultation[modifier | modifier le code]

Les médias se font l’écho de plusieurs défaillances ou manipulations dans la tenue et la restitution du grand débat par le gouvernement. D’après eux, le nombre de participants a été artificiellement multiplié par deux, plus de la moitié des contributions (57 %) n’ont pas été prises en compte, des approximations ont été faites dans les résultats de façon à être présentés comme le souhaitait le gouvernement[41].

Médiatisation[modifier | modifier le code]

Intervention de personnalités[modifier | modifier le code]

Emmanuel Macron participe le à un débat à Grand Bourgtheroulde (Eure), où se réunissent les maires de Normandie[17]. Un deuxième débat est organisé le à Souillac (Lot) avec des maires de la région Occitanie. Neuf autres débats avec Emmanuel Macron seront médiatisés[42].

François Bayrou a également assisté à Pau à un débat d'une durée de 5 h 30[43].

Le Premier ministre Édouard Philippe s'est invité dans un débat citoyen à Sartrouville, dans les Yvelines, réunissant une centaine de personnes et organisé par la députée LREM Yaël Braun-Pivet[44].

Le 25 janvier, l'émission spéciale co-animée par Marlène Schiappa et Cyril Hanouna, offre un record à Balance ton post !, avec un taux médiamétrique historique pour le programme de 1,09 million de téléspectateurs, soit 6,1 % du public de 4 ans et plus[45].

Médiatisation numérique[modifier | modifier le code]

Le Grand débat est supporté par le logiciel de la société Cap collectif[46],[47], qui fournit sa plateforme simultanément aux deux « grands débats » : celui du gouvernement, ainsi qu'un débat alternatif dénommé « le vrai débat »[48], les deux s'adressant à l'ensemble de la population[49]. Cap Collectif dit agir pour la transparence. Le code de cet outil n'est toutefois pas ouvert[50].

Perception du débat[modifier | modifier le code]

Slogan inscrit sur une des boutiques vandalisées des Champs-Élysées au cours de la manifestation du 16 mars 2019 (acte XVIII).

Opinion publique[modifier | modifier le code]

Un sondage de l'institut Elabe montre que mi-mars, 70 % des sondés estiment que le grand débat national ne résoudra pas la crise politique et 63 % pensent que le gouvernement ne tiendra pas compte des points de vue exprimés lors de la consultation[51].

Popularité de l'exécutif[modifier | modifier le code]

La tenue des premiers grands débats avec le président de la République semble coïncider avec une remontée au moins temporaire de la popularité du couple exécutif[52]. Cependant, selon un sondage rendu public le 14 mars 2019, 82 % des Français estiment que l'organisation du grand débat n'a pas changé (55 %) ou même a dégradé (27 %) l'image qu'ils avaient d’Emmanuel Macron[51].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.gouvernement.fr/grand-debat-national-4-themes-retenus-pour-animer-la-concertation
  2. R. F., « « Grand débat national » voulu par Macron : à quoi faut-il s'attendre ? », sur L'Obs, (consulté le 28 décembre 2018).
  3. https://www.20minutes.fr/politique/2496063-20190413-gilets-jaunes-seconde-chance-avertissement-gerard-larcher-emmanuel-macron
  4. a et b Laurent Mauduit, « Grand débat: les secrets d’un hold-up », sur Mediapart (consulté le 29 janvier 2019)
  5. « 2018/121/GDN/1 », sur Légifrance, (consulté le 16 janvier 2019).
  6. Décision n° 2018/121/GDN/1 de la séance exceptionnelle du 17 décembre 2018 relative au grand débat national (lire en ligne)
  7. « Polémique sur le salaire de Chantal Jouanno, organisatrice du grand débat national », sur Capital.fr, (consulté le 7 avril 2019)
  8. « 2019/13/GDN/2 », sur Légifrance, (consulté le 16 janvier 2019).
  9. « Le duo de ministres Wargon et Lecornu chargé de l'animation du grand débat », sur FIGARO, (consulté le 4 février 2019)
  10. a b c et d Dimitri Courant, « Petit bilan du Grand Débat National », AOC,‎ (lire en ligne)
  11. « Gilets jaunes : dates, méthodologie, lieux... Ce que l'on sait sur le « grand débat national » », sur LCI, (consulté le 28 décembre 2018).
  12. a et b Valérie Mazuir, « Le grand débat national, mode d'emploi », sur lesechos.fr, (consulté le 4 février 2019)
  13. Fabien Dabert et Mis à jour le 14/01/19 09:55 Linternaute.com, « Grand débat national : comment participer ? Toutes les explications », sur www.linternaute.com (consulté le 14 janvier 2019).
  14. « "Grand débat" : Matignon choisit Jean-Paul Bailly et la cheffe de la CNIL comme garants », sur Europe 1 (consulté le 4 février 2019)
  15. « Le Grand Débat National », sur Le Grand Débat National (consulté le 19 mars 2019).
  16. William Audureau et Adrien Sénécat, « Ce qu’Emmanuel Macron concède et refuse aux « gilets jaunes » dans sa lettre aux Français », sur Les Décodeurs, (consulté le 14 janvier 2019).
  17. a et b « EN DIRECT. Suivez le lancement du grand débat national par Emmanuel Macron à Grand Bourgtheroulde », Paris Normandie (consulté le 15 janvier 2019)
  18. « Grand débat national : en quoi consiste la dernière étape ? », sur linternaute.com,
  19. « leparisien », sur leparisien.fr, leparisien, (consulté le 7 mars 2019)
  20. BFMTV, « Conférence de presse d'Emmanuel Macron: ce qu'il faut retenir des annonces », sur BFMTV (consulté le 26 avril 2019)
  21. https://www.20minutes.fr/politique/2489135-20190404-grand-debat-coute-12-millions-euros-annonce-sebastien-lecornu
  22. « "Gilets jaunes" : ce qui ressort des premières contributions au débat », sur L'Obs (consulté le 4 février 2019)
  23. « Gilets jaunes » : l'abrogation du mariage pour tous en tête des propositions lors de la consultation en ligne », Franceinfo, 4 janvier 2019.
  24. « Le Vrai Débat », sur Le Vrai Débat (consulté le 25 janvier 2019)
  25. « EN DIRECT - Gilets jaunes : entre 800 et 1200 manifestants restent mobilisés quotidiennement », sur LCI (consulté le 25 janvier 2019)
  26. « Face au grand débat, des « gilets jaunes » lancent leur propre plate-forme », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 25 janvier 2019)
  27. « "Vrai débat : sortir du débat pour négocier" (site du LERASS) »
  28. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/29/01016-20190329ARTFIG00097-le-vrai-debat-des-gilets-jaunes-le-ric-supplante-toutes-les-revendications.php
  29. a et b « Fiscalité, immigration, élites... découvrez les premières doléances du «grand débat» », sur FIGARO, (consulté le 4 février 2019)
  30. https://granddebat.fr/pages/consulter-les-propositions
  31. « C'est bien mal parti », sur leparisien.fr
  32. « Le grand débat faussé », sur ouest-france.fr
  33. « Grand débat: les secrets d'un hold-up », sur mediapart.fr
  34. « EN IMAGES - «Gilets jaunes» : les slogans du 26 janvier », sur FIGARO, (consulté le 26 janvier 2019)
  35. « Annonce sur le site de France Inter »
  36. « Annonce sur le site de BFM »
  37. Régis de Castelnau, Macron: sa grande campagne nationale est-elle légale?, causeur.fr, 22 janvier 2019
  38. Débat national : oui, les interventions de Macron comptent pour son temps de parole dans les médias, liberation.fr, 20 janvier 2019
  39. « Marine Le Pen accuse Emmanuel Macron d'exclure les maires RN du grand débat », sur FIGARO, (consulté le 4 février 2019)
  40. Simon Blin, « Un public éloigné des traits sociologiques des gilets jaunes », Libération,‎ (lire en ligne)
  41. https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/nombre-de-participants-gonfle-approximations-analyse-partielle-les-petits-arrangements-du-grand-debat_3312165.html.
  42. « Grand Débat National : intégralité des vidéos avec Emmanuel Macron – blog.troude.com », sur blog.troude.com (consulté le 19 mars 2019).
  43. Isabelle Ficek, « Grand débat : à Pau, Bayrou face au « volcan qui bouillonne » », sur lesechos.fr, (consulté le 4 février 2019).
  44. https://www.ouest-france.fr/politique/grand-debat-national/grand-debat-edouard-philippe-s-invite-son-tour-dans-une-reunion-locale-6195998.
  45. « "Grand débat" : l'émission spéciale co-animée par Marlène Schiappa offre un record à "Balance ton post" », sur Europe 1 (consulté le 4 février 2019).
  46. « Réalisations – Cap Collectif » (consulté le 4 février 2019)
  47. « CAP COLLECTIF à PARIS (803377571), CA, bilan, KBIS - Infogreffe », sur www.infogreffe.fr (consulté le 4 février 2019)
  48. Thibaut Déléaz, « Grand débat : qui se cache derrière la « civic tech » Cap collectif ? », sur Le Point, (consulté le 4 février 2019)
  49. "Notre objectif est de rassembler et de fédérer l'ensemble de la population autour de cet outil et de cette méthodologie inclusive ou chaque parole a le même poids." https://le-vrai-debat.fr/pages/processus
  50. "Chez nous, tous les outils et process sont transparents et légitimes. Les données seront partagées, tout le monde pourra s’en saisir. Sur la plate-forme du gouvernement, c’est le gouvernement qui sera propriétaire des données. » Contrairement à d’autres logiciels concurrents, le code de la plate-forme de Cap Collectif n’est, en revanche, pas ouvert." https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/01/21/face-au-grand-debat-des-gilets-jaunes-lancent-leur-propre-plateforme_5412451_4408996.html
  51. a et b BFMTV, « Sondage BFMTV - Plus de deux tiers des Français pensent que le « grand débat national » ne va pas résoudre la crise politique », sur BFMTV (consulté le 14 mars 2019)
  52. « D'après un sondage BVA-Orange pour RTL et La Tribune publié ce vendredi 22 février, la cote de popularité du couple exécutif marque le pas après une nette progression ces dernières semaines »,

Liens externes[modifier | modifier le code]