Je traverse la rue et je vous trouve un travail

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Emmanuel Macron en 2018.

« Je traverse la rue et je vous trouve un travail » est une petite phrase prononcée par Emmanuel Macron le . Elle fait partie des « macronades ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Le , lors des Journées européennes du patrimoine organisées au palais de l'Élysée, le président de la République française échange avec un homme de 25 ans expliquant qu'il ne trouve pas d'emploi dans le secteur de l'horticulture malgré ses efforts[1].

La réponse d'Emmanuel Macron est la suivante : « Vous faites une rue, vous allez à Montparnasse, vous faites la rue avec tous les cafés et les restaurants... Franchement, je suis sûr qu'il y en a un sur deux qui recrute en ce moment. Allez-y ! ». Il rajoute : « Il y a des métiers qui nécessitent des compétences particulières. Quand les gens ne les ont pas, on les forme. C'est pour ça qu'on investit. Mais après, il y a des tas de métiers. Il faut y aller ! Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier »[1].

L'horticulteur remercie le président et lui serre la main[2].

Réactions[modifier | modifier le code]

Audience[modifier | modifier le code]

La vidéo de la discussion a été visionnée plus de deux millions de fois sur Twitter[3].

Analyses universitaires[modifier | modifier le code]

Plusieurs universitaires soulignent que ce discours reporte la responsabilité du chômage sur les chômeurs, plutôt que sur la pénurie d'emplois. Le sociologue Vincent de Gaulejac voit là un paradoxe, car « d'un côté la société célèbre les motivations individuelles et de l'autre, on n'a pas le droit de faire de l'horticulture, de l'histoire de l'art ou d'autres métiers »[4]. Hadrien Clouet rappelle que seuls « 1 % des emplois ne sont pas pourvus » en France et que les pays qui promeuvent l'acceptation de « n’importe quel type d’emploi plutôt que le chômage » ont connu « une progression spectaculaire de la pauvreté laborieuse »[5].

L'historien Christian Delporte considère cette petite phrase comme une stratégie de communication, mais aussi comme exposant la vision du chômage du président, qui remet la responsabilité individuelle au centre du phénomène du chômage[3].

Réactions éditoriales[modifier | modifier le code]

Plusieurs médias pointent un certain « mépris » du président de la République dans sa réplique[6], en particulier lorsqu'il suggère à son interlocuteur de chercher un emploi dans les domaines de l'hôtellerie et de la restauration, alors que celui-ci lui avait préalablement indiqué sa formation d'horticulteur[7].

D'autres observent que des chefs d'entreprise recherchent du personnel qualifié tout en ne parvenant pas toujours à en trouver[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

Vérification journalistique[modifier | modifier le code]

Une enquête du Figaro dans les jours suivant la déclaration confirme que les restaurants du quartier du Montparnasse manquaient de personnel et cherchaient à embaucher, avec un ratio supérieur à une offre par restaurant[9].

Une enquête concomitante de France TV info indique que plus de la moitié des restaurants embauchaient en effet sur le boulevard du Montparnasse, mais que certaines des offres d'emploi étaient des contrats à durée courte[10].

L'enquête de L'Alsace indique que, sur dix restaurants visités, trois embauchaient boulevard du Montparnasse au moment de l'enquête[11]. Celle de LCI sur dix restaurants a conclu à quatre possibilités d'embauche sur dix restaurants[12].

Devenir de l'interlocuteur[modifier | modifier le code]

Interrogé sur Europe 1 un an après son échange avec Emmanuel Macron, Jonathan, horticulteur de profession, indique avoir travaillé quelques semaines dans un garage automobile près de chez lui, dans le Loiret, avoir occupé un emploi saisonnier dans la restauration en Bretagne durant l'été 2019, et prévoir d'en occuper un autre à la montagne en , en cherchant toujours un emploi à temps plein[13].

Justification a posteriori[modifier | modifier le code]

En février 2019, lors du grand débat national, Emmanuel Macron répond à un citoyen au sujet de sa petite phrase en la remettant dans le contexte géographique où elle a été prononcée : « Ça dépend où il habite ! […] J'ai dit, les cafés-restaurants de l'autre côté de la rue — ce qui est vrai — embauchent à Montparnasse, il y en a plein. […] Donc je n'ai pas dit pour toutes les rues de France et de Navarre, je connais suffisamment bien le pays pour que ça ne soit pas le cas »[14].

En 2020, Brigitte Macron explique que la phrase prononcée par son mari est inspirée de celle prononcée la veille par un restaurateur, qu'elle rapporte ainsi : « Le premier qui va traverser la rue, je lui donne un boulot, parce que j’ai besoin de travailleurs auprès de moi »[15]. Elle indique lui avoir reproché cette phrase, citée régulièrement depuis par ses détracteurs, tout en réfutant les accusations d’arrogance qui visent son époux[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Par Le Parisien avec AFPLe 15 septembre 2018 à 23h37 et Modifié Le 16 Septembre 2018 À 14h07, « Macron à un jeune chômeur : «Je traverse la rue et je vous trouve un emploi» », sur leparisien.fr, (consulté le 1er novembre 2020)
  2. Paris Match, « Du travail "je traverse la rue, je vous en trouve" : la phrase de Macron crée la polémique », sur parismatch.com (consulté le 1er novembre 2020).
  3. a et b « « Je traverse la rue, je vous en trouve » : en une petite phrase, Macron expose sa vision du travail », sur lemonde.fr, (consulté le 1er novembre 2020).
  4. « Dire qu'il suffit de "traverser la rue" pour trouver un job, c'est culpabiliser les chômeurs », sur nouvelobs.com (consulté le 19 août 2020).
  5. Hadrien Clouet, « « Il suffit de traverser la rue… » : la ritournelle des emplois non pourvus », sur theconversation.com (consulté le 19 août 2020).
  6. « «Je traverse la rue, je vous trouve un emploi» : le mépris du Président face à un jeune chômeur », sur liberation.fr, (consulté le 1er juin 2020).
  7. « Macron dit à un jardinier chômeur d’aller dégoter un job dans l’hôtellerie : "Je traverse la rue, je vous en trouve" », sur marianne.net, (consulté le 6 juin 2020).
  8. « POLITIQUE. "Je traverse la rue et je vous trouve un travail" : Macron a-t-il raison ? », sur dna.fr, (consulté le 1er juin 2020).
  9. Claudia Cohen, « «Traverser la rue» à Montparnasse permet-il vraiment de trouver un emploi ? », sur lefigaro.fr, (consulté le 1er novembre 2020).
  10. « "Je traverse la rue, je vous en trouve" du travail : on a testé le conseil donné par Emmanuel Macron à un chômeur », sur francetvinfo.fr, (consulté le 1er novembre 2020).
  11. « Emploi. À Montparnasse, il ne suffit pas de traverser la rue », sur lalsace.fr (consulté le 1er novembre 2020).
  12. « VIDÉO - Suffit-il vraiment de "traverser la rue" pour trouver du travail ? LCI a pris au mot Emmanuel Macron et a tenté l'expérience », sur lci.fr (consulté le 1er novembre 2020).
  13. « Macron lui avait dit de "traverser la rue pour trouver du travail" : un an après, qu'est-il devenu ? », sur europe1.fr, (consulté le 4 juin 2020).
  14. « "Je traverse la rue et je vous trouve" un emploi: Macron s'explique sur sa phrase polémique », sur huffingtonpost.fr, (consulté le 1er novembre 2020).
  15. a et b L'Obs avec AFP, « « Traverser la rue pour trouver du travail » : Brigitte Macron explique l’origine de la phrase », sur nouvelobs.com, (consulté le 3 juin 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • « Macron à un jeune chômeur : «Je traverse la rue, je vous trouve» du travail », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne). 
  • « “Je traverse la rue et je vous trouve” un emploi : Macron s'explique sur sa phrase polémique », Le HuffPost,‎ (lire en ligne).