Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya
معاوية ولد سيد أحمد الطايع
Illustration.
Le colonel Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya.
Fonctions
Président de la
République islamique de Mauritanie
[N 1]

(20 ans, 7 mois et 22 jours)
Élection
Réélection
Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar
Cheikh El Avia Ould Mohamed Khouna
Mohamed Lemine Ould Guig
Cheikh El Avia Ould Mohamed Khouna
Sghair Ould M'Bareck
Prédécesseur Mohamed Khouna Ould Haidalla
(président du Comité militaire de salut national de la République islamique de Mauritanie, de facto)
Successeur Ely Ould Mohamed Vall
(président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, de facto)
Premier ministre de Mauritanie

(7 ans, 4 mois et 6 jours)
Président Lui-même
(président du Comité militaire de salut national)
Prédécesseur Mohamed Khouna Ould Haidalla
Successeur Sidi Mohamed Ould Boubacar

(2 ans, 10 mois et 12 jours)
Président Mohamed Khouna Ould Haidalla
Prédécesseur Sid’Ahmed Ould Bneijara
Successeur Mohamed Khouna Ould Haidalla
Biographie
Date de naissance (80 ans)
Lieu de naissance Atar (Mauritanie)
Nationalité mauritanienne
Conjoint Aisha Mint Ahmed-Tolba
Profession Militaire
Religion Islam

Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya
Premiers ministres de Mauritanie
Présidents de la République islamique de Mauritanie

Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya (en arabe : معاوية ولد سيد أحمد الطايع), né le à Atar[1], est un officier militaire et homme d'État mauritanien. Il a notamment exercé les fonctions de Premier ministre de 1981 à 1992 et de président de la République de 1984 à 2005. Son régime est marqué par plusieurs évènements violents, en particulier les massacres et expulsions à l'encontre les Mauritaniens noirs qui sont parfois décrits comme un génocide.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et carrière militaire[modifier | modifier le code]

Né dans la ville d'Atar (région de l'Adrar), Ould Taya a fréquenté une école primaire franco-mauritanienne de 1949 à 1955. Il a ensuite fréquenté le lycée de Rosso, dans le sud de la Mauritanie.

Issu de la tribu maraboutique maure des Smasside[2], Ould Taya a été engagé après ses études secondaires au sein de l'armée nationale mauritanienne, avant d'être nommé au grade de sous-lieutenant en 1961.

Promu capitaine en 1967, il remplit différentes missions et responsabilités, notamment au ministère de la Défense et à l'état-major national.

En 1974-1975, il effectue un stage de formation à l'École supérieure de guerre de Paris avant d'occuper la fonction de chef des opérations militaires. En 1977, il devient préfet et commandant du secteur 1 de Bir Moghreïn (nord de la Mauritanie), avant de revenir à l'état-major national comme adjoint chargé des opérations et d'être promu au grade de lieutenant-colonel[1].

Le 10 juillet 1978, Ould Taya fait partie des officiers qui renversent le président Moktar Ould Daddah[3]. Après ce coup d'État, il est ministre de la Défense nationale entre 1978-1979[4].

En 1980, il occupe le poste de chef d'État-Major des armées pour la première fois, du 26 mars jusqu'au 15 juillet[5]. Ould Taya devient chef d'État-Major des armées pour une seconde fois en 1984, du 8 mars au 12 décembre[5].

Prise de pouvoir politique[modifier | modifier le code]

Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya commande la Gendarmerie nationale avant de devenir chef d'état-major puis Premier ministre (1981-1984) et ministre de la Défense. En mars 1984, le président Mohamed Khouna Ould Haidalla se nomme Premier ministre en remplacement d'Ould Taya[3].

Maaouiya Ould Taya préside le Comité militaire de salut national (CMSN) qui renverse le président Ould Haidalla lors du coup d'État du , un coup d'État qui se déroule sans effusion de sang[6]. Ould Taya déclare vouloir moraliser la vie politique et redonner de la crédibilité à l'État[3].

En 1991, il proclame une nouvelle Constitution approuvée lors d'un référendum[7], instaure le multipartisme et la liberté d'expression, et créé le Parti républicain démocratique et social (PRDS). En 1992, il est élu président de la République dans une élection à la régularité contestée par l'opposition[8],[9].

En 1994, la Confédération générale des travailleurs de Mauritanie (CGTM) est la première centrale syndicale indépendante à être officiellement reconnue[9].

À partir de 1995, Maaouiya Ould Taya instaure des relations étroites et diplomatiques avec Israël, ce qui l'isole politiquement au sein de la Ligue arabe ainsi que dans son propre pays. La Mauritanie est en effet l'un des trois seuls pays de la Ligue arabe avec l'Égypte et la Jordanie à avoir des liens diplomatiques avec Israël[10],[11].

Avec l'émergence du terrorisme djihadiste dans le monde, Ould Taya lutte contre les groupements salafistes qui profitent du vaste désert mauritanien pour se réfugier et repartir ensuite en Algérie. Puisque les groupements salafistes algériens sont liés à Al-Qaïda, Ould Taya bénéficie du soutien militaire des États-Unis dans sa lutte contre les terroristes[10].

Ould Taya est réélu président en 1997 avec plus de 90 % des voix dans une élection boycottée par l'opposition[9].

Plusieurs coups d'État tentent de renverser le président Ould Taya dont celui des Cavaliers du changement en juin 2003[11]. Le verdict du procès de ces putschistes est inattendu puisque les condamnés évitent tous la peine de mort[10].

En 2002, des Mauritaniens portent plainte en Belgique contre Ould Taya pour « génocide et crime contre l'humanité ». Il est accusé d'avoir épuré l'appareil d'État et l'armée des noirs en déportant et exécutant des mauritaniens noirs en 1989[12],[13].

Entre 2000 et 2002, Ould Taya dissous les deux principaux partis de l'opposition, l'Union des Forces démocratiques (en) d'Ahmed Ould Daddah et l'Action pour changement de Messaoud Ould Boulkheir. Les deux hommes se portent toutefois candidats à l'élection présidentielle de  (en) en tant qu'indépendants[14]. Le troisième candidat important, Mohamed Khouna Ould Haidalla, est lui arrêté avant et après le scrutin. Maaouiya Ould Taya est réélu président de la République au premier tour avec 67 % des voix, dans un scrutin dont la légitimité est contestée par l'opposition[15],[10].

En 2001, d'importants gisements pétroliers sont découverts au large de la côte mauritanienne par la compagnie Woodside[16],[17]. La production du gisement est estimée 180 millions de barrils par an avant d'être rapidement réduite à 65 millions[14].

Génocide de 1987-1991[modifier | modifier le code]

Le régime d'Ould Taya a été marqué par de violents évènements que plusieurs témoins qualifient d'épuration ethnique à l'encontre de la population noire de Mauritanie, les peuls notamment. En 1987, des militaires originaires de la communauté peule sont arrêtés et accusés d'être en préparation d'un coup-d'État. Un jugement sommaire a été rendu condamnant plusieurs d'entre eux à de lourdes peines de prison. Les trois suspectés être les têtes pensantes du coup-d'État, les lieutenants Ba Seydi, Sy Saidou et Sarr Amadou sont condamnés à mort. Ils seront exécutés le 6 décembre 1987. Parallèlement à ces évènements, une large campagne d'arrestations a visé les intellectuels et fonctionnaires issus de la communauté noire. Des centaines parmi eux sont arrêtés et emprisonnés à la célèbre prison de Oualata dans le sud-est du pays. Certains y laisseront leurs vies: on peut citer Prof. Tène Youssouf Guèye (écrivain), Lieutenant Ba Alassane Oumar, Djigo Tafsir (ancien ministre). D'autres intellectuels comme Prof. Saidou Kane, Samba Thiam, Ibrahima Moctar Sarr, Djibril Hamet Ly et plusieurs autres y seront torturés pendant 4 ans. [18]

En 1989, Ould Taya profite d'un conflit qui l'oppose au Sénégal, voisin du sud, pour y déporter des dizaines de milliers de Mauritaniens noirs. Il entreprend une occupation militaire du sud, peuplé essentiellement par la communauté noire, où différentes exactions seront commises pendant deux ans, des arrestations, des meurtres et des fosses communes comme celles de Sori-Malee et de Wothie dans le Brakna, des déportations vers le Senegal et le Mali y sont menées. Les biens des déportés (habitations, terres, bétail) sont automatiquement récupérés par les éléments qui mènent la campagne d'épuration. D'ailleurs, même après le retour d'une partie des déportés organisé en 2008 par le HCR et le régime du président Ould Abdallahi, les rapatriés peinent toujours à récupérer leur bien ou à recevoir compensation.

En 1990, le système d'Ould Taya entreprend l'épuration au sein de l'armée où une arrestation systématique des officiers noirs est opérée. Ils seront torturés et certains assassinés en prison. Les camps d'Inal et de Jreida sont réputés pour avoir été des camps de concentration et de torture[19]. Un évènement qui est devenu l'emblème de cette épuration est le sacrifice du 28 novembre 1990: pour célébrer les 30 ans d'indépendance du pays -obtenue le 28 novembre 1960- le régime a pris 28 des militaires en captivité à Inal et a organisé leur pendaison dans une ambiance festive devant les autres prisonniers.[19]

Le génocide mené par Ould Taya et son régime n'a encore été jugé par aucune cour de justice. À l'intérieur du pays, une loi d'amnistie qu'il a lui-même promulguée en 1993[20] reste en vigueur et protège les éléments actifs du régime qui survivent encore au sommet de l'état[21]. De plus, le Qatar, pays d'accueil d'Ould Taya depuis sa chute en 2005, ne répond pas à de nombreuses dispositions de la juridiction internationale: ce qui fait que les tentatives menées par différentes organisations œuvrant dans ce but, en Europe et en Amérique, peinent toujours à aboutir.

La chute[modifier | modifier le code]

Le , l'Armée, au travers du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) présidé par le colonel Ely Ould Mohamed Vall, prend le pouvoir pour officiellement « mettre fin aux pratiques totalitaires du régime » du président Ould Taya et « créer les conditions favorables d'un jeu démocratique ouvert et transparent sur lequel la société civile et les acteurs politiques auront à se prononcer librement ». Le putsch se déroule alors que le président revient de Riyad où il a assisté la veille aux funérailles du roi Fahd d'Arabie saoudite. Son avion se pose à Niamey (Niger) avant qu'il ne se rende en Gambie puis au Qatar où il obtient finalement l'asile politique[22],[23].

Exil au Qatar[modifier | modifier le code]

Depuis sa chute, Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya vit en exil au Qatar où l'ancien émir, Hamad ben Khalifa Al Thani, lui a accordé l'asile politique (ainsi qu'à son épouse et à ses quatre enfants). Depuis lors, il vit dans une luxueuse et confortable résidence à Doha[23].

Depuis son renversement par une partie de l'armée en 2005, il n'a donné aucune interview et a été rarement aperçu dans les nombreux centres commerciaux et hôtels de la ville de Doha, les autorités qatariennes refusant qu'il s'exprime publiquement. Il n'a plus de contact avec la classe politique mauritanienne[24],[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Président du Comité militaire de salut national du au .

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b [PDF] Biographie du président déchu Maaouiya Ould Sid' Ahmed Taya.
  2. Ibrahima Dia, « Mauritanie : le président Mohamed Abdel Aziz et les deux tribus », sur www.financialafrik.com, (consulté le ).
  3. a b et c (en) The New York Times, « Mauritania coup ousts president », sur www.nytimes.com, (consulté le )
  4. Armée nationale mauritanienne, « Ministres de la défense », sur www.armee.mr, (consulté le )
  5. a et b Armée nationale mauritanienne, « Les Chefs d'Etat-major », sur www.armee.mr (consulté le )
  6. « Coup d’État de Maaouiya Ould Taya », sur JeuneAfrique.com (consulté le )
  7. Ahmed Salem Ould Bouboutt, « La révision constitutionnelle du 20 mars 2012 en Mauritanie », L’Année du Maghreb, no 10, 2014, mis en ligne le 21 octobre 2013, consulté le 15 décembre 2015, lire en ligne.
  8. (en) africanelections.tripod, « Mauritania 24 January 1992 Presidential Election », (consulté le )
  9. a b et c « Mauritanie : les grandes dates de l’histoire politique », sur RFI, (consulté le )
  10. a b c et d Philippe Bernard, « Un coup d'Etat militaire renverse le président Ould Taya en Mauritanie », Le Monde,
  11. a et b Mahmoud Ould Mohamedou, « La Mauritanie est-elle une cible islamiste ? », Le Monde,
  12. « Belgique : plainte contre le président mauritanien », Libération,
  13. Olivia Marsaud, « Ould Taya m'a tuer », Afrik,
  14. a et b Diallo Bios, « Mauritanie », dans L'État du monde 2003, La Découverte, , 107-109 p.
  15. Marie-Pierre Olphand, « Mauritanie - Ould Taya gagne en un seul tour, Haidalla arrêté », sur www1.rfi.fr (consulté le )
  16. « Mauritanie - Découverte de pétrole « de bonne qualité », - selon les sociétés de prospection », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  17. « Mauritanie - Découverte pétrolière prometteuse », sur www1.rfi.fr (consulté le )
  18. « J'ÉTAIS À OUALATA - Le racisme d'État en Mauritanie, Harouna Boye Alassane, Alassane Harouna Boye - livre, ebook, epub », sur www.editions-harmattan.fr (consulté le )
  19. a et b « L'ENFER D'INAL - "Mauritanie : l'horreur des camps", Mahamadou Sy - livre, ebook, epub », sur www.editions-harmattan.fr (consulté le )
  20. « Loi d’Amnistie 1993 : à quand un déverrouillage? », sur Radiodiffusion Mauritanie Internationale, (consulté le )
  21. « Invité Afrique - Déportations de 1989 en Mauritanie: «Pas de pardon sans coupable» », sur RFI, (consulté le )
  22. « Coup d'Etat militaire en Mauritanie », AFP et Le Monde,
  23. a b et c « Mauritanie : jours tranquilles à Doha pour Ould Taya », Jeune Afrique,
  24. « Mauritanie : Maaouiya Ould Taya a coupé tout lien avec ses ex-fidèles », Jeune Afrique,

Sur les autres projets Wikimedia :