Egas Moniz

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Egas Moniz

António Caetano de Abreu Freire Egas Moniz ( à Estarreja, Portugal à Lisbonne) est un neurologue, psychochirurgien, chercheur, professeur, écrivain et homme politique portugais. Il est connu notamment pour ses travaux sur l'angiographie cérébrale et aussi sur la leucotomie qui lui ont valu la moitié du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1949[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il aborde dans son ouvrage A vida sexual (1901) la question de l'homosexualité et, la considérant comme une maladie mentale et une perversion, « qui mérite d'être traitée comme n'importe quelle autre », il préconise alors la lobotomie comme moyen de guérison[3]. Cette opération pratiquée dans quelques pays, mais jamais généralisée, sera progressivement abandonnée dans les années 1960 en raison des séquelles neurologiques et cognitives induites, et parfois remplacée par des traitements médicamenteux.

Moniz représente le Portugal lors du Traité de Versailles en 1919.

La pratique de leucotomies frontales – l'une des idées principale de Moniz – semble trouver sa source dans des études précédemment menées sur les animaux dans le début des années 1930. En effet, lors du Congrès mondial de neurologie de 1935 à Londres, le scientifique C.F. Jacobsen présente les résultats d'études qu'il a menées en compagnie de J.F. Fulton sur des lésions de lobes frontaux chez le chimpanzé. Jacobsen décrit les transformations qui ont affecté les deux singes Becky et Lucy, notamment une indifférence comportementale profonde, là où dans une même situation les singes se seraient montrés aisément irrités[4]. À la suite de cette présentation, Moniz se serait levé pour demander si de telles lésions pouvaient être appliquées aux hommes atteints de troubles psychotiques et, ainsi, résoudre leurs problèmes. Fulton, inquiété par cette question, n'aurait pu y répondre[5].

En 1949, il partage le prix Nobel de physiologie ou médecine avec Walter Rudolf Hess ; il est récompensé « pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie pour certaines psychoses[1] ».

Aussi en 1949, un patient schizophrénique a tire sur Moniz qui, par la suite, était contraint a utiliser un fauteuil roulant[6]. Il a continué à pratiquer en privée jusqu’à sa mort en 1955, alors que sa procédure commençait a tomber dans le discrédit.

Controverse[modifier | modifier le code]

Les chirurgiens américains avaient observé que si l'on tailladait le lobe frontal du cerveau des chimpanzés, les primates ne sautaient plus dans leur cage[7]. Moniz, bien qu'il manquât complètement d'expertise en matière de chirurgie, opéra des prisonniers de l'asile de Lisbonne – non-consentants, et principalement des femmes. Comme pour les chimpanzés, les résultats furent dramatiques[7].

On a demandé à la Fondation Nobel de révoquer le prix qui a été remis à Moniz pour avoir développé la lobotomie, car ses résultats ont été obtenus au mépris de l'éthique et des droits de l'homme, un manque d'éthique que la psychiatrie ne doit pas glorifier. Cependant, la Fondation a refusé d'agir et a continué de publier des articles pour défendre les résultats de la procédure[7],[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « for his discovery of the therapeutic value of leucotomy in certain psychoses » in Personnel de rédaction, « The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1949 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 6 décembre 2010
  2. Charles de Brito, « À propos de... Les neurosciences, Egas Moniz, uma biografia de J. Lobo Antunes », dans l'Évolution psychiatrique, juillet-septembre 2014, vol. 79, n° 3, (ISBN 2840717751).
  3. http://culture-et-debats.over-blog.com/article-287249.html
  4. C.F. Jacobsen, « Functions of the Frontal Association Area in Primates », dans Archives of Neurology and Psychiatry, no 33, 1935, p. 558-569.
  5. Antonio Damasio, L'Erreur de Descartes. La Raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 105-106.
  6. (en) Peter Tyrer et Kenneth R. Silk, Cambridge Textbook of Effective Treatments in Psychiatry, Cambridge University Press,‎ (ISBN 9781139467575, lire en ligne)
  7. a, b et c J. Sutherland, « Should they de-Nobel Moniz? », dans The Guardian, 5 août 2004. Consulté le 18 février 2010
  8. (en) Kemsley, Sue, « Why Nobel Should Rescind the Prize », Psychosurgery (consulté le 22 décembre 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]