Hilaliens

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Les Banou Hilal ou Hilaliens (en arabe : بنو هلال) étaient une confédération de tribus d'Arabie des régions de Hejaz et Nadj ayant migré en Afrique du Nord entre la fin du Xe au XIIIe siècle.

Originaires de la péninsule arabique, avec le mouvement révolutionnaire des Qarmates à Bahreïn et à Oman, ils ont participé au pillage de La Mecque en 930 dans leur lutte contre le califat fatimide. Les Fatimides devenus maîtres d'Égypte et fondateurs du Caire en 969 se sont hâtés de confiner les bédouins hilaliens indisciplinés vers le sud, avant de les envoyer au Maghreb.

L'afflux des Hilaliens fut un facteur majeur dans l'arabisation linguistique, culturelle et ethnique du Maghreb et dans la propagation du nomadisme dans les domaines où l'agriculture avait précédemment dominé[1].

Généalogie[modifier | modifier le code]

Mouvement des tribus des Souleim et Hilal au xe siècle.
Arbre généalogique des Banou Souleim et Banou Hilal.

La tribu originelle des Banu Hilal est composée de trois fractions[2] :

  • Athbej : Doreid, Taouba, Bokhtor, Kerfa, Dahak, Aiadh, Latif
  • Riah : Mohammed, Sinber, Douaouida, Akhder
  • Zoghba : Sad, Khachna, Amer

Lors de leur migration vers le Maghreb, les Banu Hilal sont joints par trois autres groupes tribaux arabes :

  • Jochem : Corra, Acem, Mocaddem, Kholt, Safiane, Djaber
  • Maqil : Hedadj, Kharadj, Chebanat, Ghosl, Metarfa, Thaleba, Ahlaf
  • Sulaym : Zoghb, Heïb, Mirdas, Aouf, Kaoub, Hakim, Debab, Ouchah, Djouari

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Invasion hilalienne de l'Ifriqiya.

Les Hilaliens vivaient dans la partie du Hedjaz qui confine au Nejd. Circulant parfois vers l’Irak en quête de pâturages et de points d’eau, ils devinrent les alliés politiques des Qarmates, sectaires chiites qui désolèrent l'Arabie pendant plus d'un siècle. Ils les suivirent en Syrie et avec eux combattirent les Fatimides. Les Fatimides vainquirent les Qarmates et leurs alliés hilaliens qui furent installés dans les déserts de la rive droite du Nil. Ayant reçu l'ordre des Fatimides d'envahir l'Ifriqiya, |les Hilaliens ont d'abord migré vers le sud de l'Égypte avant de se diriger vers le Maghreb. Abu Zayd al-Hilali a dirigé des dizaines de milliers Bédouins vers l'Afrique du Nord qui se sont assimilés et mariés avec les peuples autochtones[3]. Les Fatimides ont utilisé la tribu, comme alliés et vassaux, après la conquête de l'Égypte et la fondation du Caire, afin de punir les Zirides qui avaient rompu leurs liens de vassalité[4]. Des Banou Hilal, suivis des Banou Sulaym – on a estimé à 50 000 le nombre des guerriers, et à 250 000 le nombre des Bédouins qui furent lancés sur l'Ifriqiya en 1051-1052[4].

Pour enrayer l'avancée des Hilaliens, Al-Mu'izz décida de se lancer contre eux avec son armée, mais il est battu à Haydaran, près de Gabès. Kairouan, sa capitale, pourtant fortifiée, résista pendant cinq ans, mais finit par être occupée. Les nomades continuaient à se répandre sur le pays.

L'Ifriqiya était livrée à l'anarchie, et les Hammadides qui avaient tenté un moment de se faire des alliés de ces tribus en furent pour leurs frais. En effet, à force d'incursions dévastatrices, les Hilaliens arrachèrent au sultan Al-Mansur ben al-Nasir (1089-1105) la moitié de ses récoltes, ce qui l'amena à déplacer sa capitale de la Qala'a à Bejaïa (1104), dans une région montagneuse, peu accessible aux nomades.

Ibn Khaldoun a noté que les terres ravagées par ces envahisseurs étaient devenues complètement désertiques[5]. Il écrit à leur sujet que : « en raison de leur nature sauvage, les Arabes sont des pillards et des destructeurs », affirmant que la sauvagerie est leur caractère, et leur nature[6].

Trouvant leur présence continue intolérable, les Almohades ont écrasé les Hilaliens lors de la bataille de Sétif en 1153, et obligé nombre d'entre eux à quitter la Tunisie, et à s'installer au Maroc.

Les Hilaliens furent déportés vers 1188 par le sultan almohade El Mansour dans la partie orientale de l'empire : le sultan se promettait d'utiliser leur activité et de consacrer leurs aptitudes à la guerre contre les chrétiens d'Espagne, selon les recommandations de son aïeul. Il les conduisit par les routes du Sud et les plaça dans le Hebet, au sud de Tétouane et dans le Tamesna, entre Salé et Marrakech.

Les Banou Hilal sont ensuite passés sous la domination de diverses dynasties berbères subséquentes.

Sous le règne du sultan Moulay Ismaël, les Banu Maqil, un groupe d'Arabes yéménites, qui avaient atteint au XIe siècle, en suivant leur voire propre, le Sud marocain et le Sahara occidental, pénétrèrent eux aussi dans le Maroc actuel par les contrées méridionales de l'empire à différentes époques et dans des circonstances diverses. Ce sultan, qui voulait opposer aux habitants irréductibles des montagnes du Maghreb des guerriers n'ayant aucune attache avec ces Berbères, créa d'une part, une armée noire dite des Abid Bokhari et, de l'autre, des corps ou guichs composés des Banu Hilal et Banu Maqil. Ils ont été cantonnés dans des pays d'eaux et de pâturages, de collines, de vallées et de plaines bien arrosées, où ils cultivent un sol varié et riche permettant toutes cultures et où ils élèvent du bétail[7].

Les Hilaliens, tribus arabes, ont contribué dans une large mesure à l'arabisation des population berbères du Maghreb[8].

Taghribat Bani Hilal[modifier | modifier le code]

Taghribat Bani Hilal ou L'Épopée hilalienne est répartie en trois cycles principaux. Les deux premiers rassemblent les événements qui se déroulent en Arabie et dans divers pays de l'Orient; la troisième, appelé Taghriba (marche vers ouest), relate la migration des Hilal vers l’Afrique du Nord. Les récits et les enregistrements que le poète folklorique Abdel Rahmane al-Abnoudi a recueillis auprès de bardes de la Haute-Égypte[9].

Il existe trois formes de récits :

– le poème classique entrecoupé de passages en prose rimée ;
– le mawwal chanté
– et enfin le récit poétique libre[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Geste hilalienne : Version de Bou Thadi (trad. Lucienne Saada, préf. Jean Grosjean), Gallimard, coll. « Blanche », , 400 p. (ISBN 2070701573)
  • « Les migrations arabes hilâliennes », dans Pascal Buresi, Mehdi Ghouirgate, Histoire du Maghreb médiéval (XIe-XVe siècle), Paris, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-28222-6), p. 81-92.
  • « Les Banû Hilâl et l'évolution du Maghreb », dans Gilbert Meynier, L'Algérie, cœur du Maghreb classique. De l'ouverture islamo-arabeau repli (698-1518), Paris, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5231-2), p. 52-72.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The Great Mosque of Tlemcen | Muslim Heritage », sur www.muslimheritage.com (consulté le 19 juillet 2017)
  2. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, Introduction XIII.
  3. (en) Idris El Hareir, Ravane Mbaye, The Spread of Islam Throughout the World, UNESCO, p. 409
  4. a et b François Decret, Les invasions hilaliennes en Ifrîqiya, Paris, Clio, (lire en ligne)
  5. Populations Crises and Population Cycles, Claire Russell, W. M. S. Russell.
  6. Claude Horrut, Ibn Khaldûn, un islam des "Lumières" ?, COMPLEXE (EDITIONS), , 227 p. (ISBN 2-87027-998-1, lire en ligne), p. 53
  7. Ismaël Hamet, « Notice sur les Arabes hilaliens », Revue d'histoire des colonies, vol. 20,‎ , p. 241–264 (DOI 10.3406/outre.1932.2836, lire en ligne)
  8. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.15). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [1]
  9. a et b Musique et spectacle : Le théâtre lyrique arabe - Esquisse d'un itinéraire... Par Mohamed Garfi, p. 38.