Élections législatives françaises de 1945

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Élections législatives françaises de 1945
Corps électoral et résultats
Votants 19 152 716
77,8 %  −6,5
USSR stamp M.Thorez 1965 6k.jpg PCF – Maurice Thorez
Voix 5 024 174
26,23 %
 +11
Députés élus 159  +87
Maurice Schumann (1969).jpg Mouvement républicain populaire – Maurice Schumann
Voix 4 580 222
23,91 %
Députés élus 150  +150
Guy Mollet Archief.PNG SFIO – Guy Mollet
Voix 4 491 152
23,45 %
 +3,6
Députés élus 146  −3
Clemenceau, Michel (cropped).jpg Parti républicain de la liberté – Michel Clemenceau
Voix 3 001 063
15,67 %
 −27
Députés élus 53  −169
Édouard Herriot 01.jpg Parti radical – Édouard Herriot
Voix 2 018 665
10,54 %
 −3,9
Députés élus 71  −42
Représentation de l'assemblée
Diagramme
Gouvernement
Sortant Élu
De Gaulle I
Aucune (gouvernement d'unité nationale sans parlement élu)
De Gaulle II
Tripartisme (MRP, PCF, SFIO)
Législature élue
Ire Assemblée constituante de la IVe République
Reportage télé sur les élections.

Les élections législatives se déroulent le et ont pour but l'élection d'une Assemblée constituante.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les dernières élections remontent à 1936, et se tenant tous les quatre ans, les suivantes devaient avoir lieu en 1940, mais à cause de la Seconde Guerre mondiale, un décret du 29 juillet 1939 a prolongé l’investiture des députés de deux ans supplémentaires jusqu'en 1942. Ayant voté les pleins pouvoir à Pétain, l'Assemblée nationale dut attendre la chute du Régime Pétainiste pour pouvoir à nouveau se reformer.

Le 21 octobre 1945 constitue une date capitale dans l'histoire politique de la France pour trois raisons :

  • Le suffrage universel, jusque-là réservé aux hommes, est étendu aux femmes (une ordonnance 1944 leur donne le droit de vote).
  • Les Français sont invités à se prononcer par référendum sur leur choix quant au maintien ou à la répudiation des institutions de la IIIème République, ainsi que sur l'organisation des pouvoirs provisoires.
  • Pour la première fois depuis la guerre, une élection nationale permet de connaître l'audience respective des forces politiques.

Le référendum proposé aux Français par le GPRF comporte deux questions. La première leur propose la rédaction d'une nouvelle Constitution et, par conséquent, l'abandon des institutions de la IIIème République. Une réponse positive est préconisée par le Général De Gaulle et tous les partis politiques, sauf les radicaux, fidèles à la IIIème République. Le 21 octobre 1945, 96% des Français se prononcent pour le changement des institutions en votant « oui » à la première question du référendum : l'Assemblée élue ce jour sera donc constituante.

La deuxième question porte sur les pouvoirs de cette Assemblée constituante. Redoutant une prépondérance des communistes sur celle-ci, qui leur permettrait d'installer légalement un pouvoir de leur choix, le Général De Gaulle a prévu un texte limitant strictement ses prérogatives : sa durée est restreinte à 7 mois, le projet constitutionnel qu'elle élabore sera soumis au référendum populaire, enfin elle ne peut renverser le gouvernement que par une motion de censure votée par la majorité absolue de ses membres. Si de Gaulle, le MRP, les socialistes, les modérés demandent aux citoyens de voter « oui », les communistes se joignent aux radicaux pour préconiser le « non ». Néanmoins, 66% des Français approuvent la limitation des pouvoirs de l'Assemblée en votant « oui » au référendum.[1]

L'élection de l'Assemblée nationale a lieu le même jour que le référendum.

Résultats[modifier | modifier le code]

Les élections, qui ont lieu le même jour, les premières depuis celles de 1936, bouleversent profondément l'équilibre des forces politiques en France. Quatre faits méritent d’être mis en relief.

  • En premier lieu, la forte poussée de la gauche marxiste. Socialistes et communistes qui, en 1936, représentaient moins de 35% des suffrages progressent d’environ 15 points et frôlent la majorité absolue des voix (49,6%). Ils l'obtiennent en sièges en faisant élire 302 députés sur 586 : ils sont, s’ils se coalisent, maîtres du jeu à la Constituante. Cette percée de la gauche est avant tout celle du parti communiste qui double son poids politique d'avant-guerre et devient le premier parti de France.
  • Cette poussée s'accompagne d'un effondrement du centre gauche (qui atteint particulièrement le Parti radical, clé de voûte de IIIème République) et des forces politiques assimilées. Encore a-t-on pris en compte dans cette rubrique les suffrages de la jeune UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) qui, à l'époque, est liée aux socialistes et apparaît comme une force neuve, fort éloignée du passéisme radical.
  • Le cas de la droite et du centre droit est d'analyse plus délicate. Passant de 42,5% à 15,6% des suffrages, les modérés connaissent en apparence un effondrement, conséquence du discrédit qui les frappe en raison de leur assimilation au régime de Vichy. Toutefois, cette constatation doit être corrigée par le fait qu'une bonne partie de l'électorat traditionnel de la droite s'est, pour des raisons d'efficacité, rangée derrière le MRP (Mouvement républicain populaire). Même avec ce correctif, l'érosion de la droite est évidente.
  • Enfin, et c'est probablement là l'essentiel, les élections de 1945 apportent une simplification considérable du paysage politique français. Près des ¾ des électeurs (73,5%) ont regroupé leur vote sur les trois grands partis politiques, communistes, socialiste, MRP (Mouvement républicain populaire), renforcés par leur rôle dans la Résistance. De fait, ces trois partis dominent l'Assemblée de manière écrasante. Or, ce sont trois formations très différentes des groupements aux structures lâches, formés de clans luttant les uns contre les autres qu’étaient les partis de gouvernement de la IIIème République, radicaux et modérés. Tous trois sont des partis fortement structurés, disciplinés, imposant à leurs élus un contrôle qui les contraint à voter en bloc.

Entre ces trois grandes forces, légitimées désormais par le suffrage universel, et le Général De Gaulle, fort de sa mission historique et de sa certitude d'incarner le destin national, le conflit ne va guère tarder à s’ouvrir.[2]

Il y a 5,6 % de femmes députées[3], soit 33 sièges occupés par les premières femmes élues à l'Assemblée nationale[4],[Note 1].

Chiffres[modifier | modifier le code]

Participation Nombre de personnes  % des inscrits +/-
Inscrits 24 622 862 100 % -
Votants 19 657 603 79,8 % -
Abstentions 4 965 259 20,1 % -
Suffrages exprimés 19 152 716 77,8 % -
  • Résultats :
Partis Sièges +/-  % des sièges suffrages exprimés  % des votes
PCF et apparentés 159 +87 en augmentation 27,1 % 5 024 174 26,2 %
MRP 150 +150 en augmentation 25,6 % 4 580 222 23,9 %
SFIO 146 -1 en stagnation 24,9 % 4 491 152 23,4 %
Modérés (droite) 53 -169 en diminution 9,1 % 3 001 063 15,6 %
Radicaux & UDSR 71 -42 en diminution 12,1 % 2 018 665 10,5 %
Divers 7 +7 en augmentation 1,2 % 37 440 0,7 %

Groupes parlementaires[modifier | modifier le code]

Parti Sièges
Parti communiste français 159
Mouvement républicain populaire 150
Section française de l'Internationale ouvrière 146
Union démocratique et socialiste de la Résistance 42
Parti républicain de la liberté 39
Parti républicain, radical et radical-socialiste 29
Républicains indépendants 14
Non-inscrits 7
Total 586

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les trois principaux partis, PCF, SFIO et MRP, forment la nouvelle majorité parlementaire chargée de rédiger la nouvelle constitution dans le cadre du tripartisme. Mais ils tentent en vain de s'entendre sur les institutions : si les communistes et les socialistes sont favorables à l'instauration d'un régime parlementaire monocaméral, le MRP exige qu'une seconde assemblée et un président de la République disposant de réels pouvoirs soient inclus dans le projet constitutionnel. Le projet des seuls PCF et SFIO, non soutenu par le MRP et le général De Gaulle, est rejeté par référendum à 53 % des voix le 5 mai 1946. L'Assemblée est dissoute.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Depuis 2016, un odonyme local (« Rond-pont du 21-Octobre-1945 ») rappelle cet événement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, Bruxelles, Editions Complexe, p. 662-663.
  2. Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, Bruxelles, Editions Complexe, p. 663-664.
  3. Magazine Le Monde 2 des 18-19 avril 2004, page 89.
  4. Mathieu Mazza, « Inauguration du rond point du 21 octobre 1945 », sur Ouest-Var.net,‎ (consulté le 21 octobre 2016).