Élections législatives françaises de 1968

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Élections législatives françaises de 1968
487 sièges de l'Assemblée nationale
(Majorité absolue : 244 sièges)
et
Corps électoral et résultats
Votants au 1er tour 23 751 213
79,96 %  −2
Votants au 2d tour 14 577 512
77,83 %
Georges Pompidou - Bundesarchiv B 145 Bild-F020538-0006.jpg Union pour la défense de la République – Georges Pompidou
Voix au 1er tour 10 585 290
47,79 %
 +5
Voix au 2e tour 7 258 633
49,79 %
Députés élus 363  +119
Waldeck Rochet 1968.jpg Gauche parlementaire – Waldeck Rochet
Voix au 1er tour 9 132 145
40,84 %
 −2,8
Voix au 2e tour 6 177 474
42,38 %
Députés élus 91  −102
Jean Lecanuet.jpg Progrès et démocratie moderne – Jean Lecanuet
Voix au 1er tour 2 289 849
12,54 %
 0
Voix au 2e tour 1 141 305
6,96 %
Députés élus 33  −8
Représentation de l'assemblée
Diagramme
Gouvernement
Sortant Élu
Pompidou IV
Majorité présidentielle (UDR, RI, DVD)
Couve de Murville
Majorité présidentielle (UDR, RI, DVD)
Législature élue
IVe de la Ve République

Les élections législatives françaises de 1968 ont eu lieu les et , après la dissolution de l'Assemblée nationale par le président de la République Charles de Gaulle pour répondre à la crise de mai 68 (IVe législature). Les partis de gauche, alors considérés comme partiellement responsables de ladite crise, ont subi une cuisante défaite au profit de la majorité sortante, qui avait pourtant éprouvé de sérieuses difficultés à l'emporter lors des précédentes élections, un an auparavant.

Contexte[modifier | modifier le code]

Pour ces élections consécutives à la crise de Mai 68, les gaullistes forment l'Union pour la défense de la République (UDR). Leur thème de campagne est simple et efficace : la défense de l'ordre et la dénonciation de la menace subversive et totalitaire (associée au Parti communiste)[1],[2]. Aux côtés de l'UDR, on retrouve également les Républicains indépendants et divers centristes (comme René Pleven) et modérés.

Dans l'opposition, pour les communistes comme pour la FGDS, on ne sait trop comment réagir à Mai 68 : il faut préserver les conquis des Accords de Grenelle, mais sans paraître approuver le désordre. Les socialistes, après le putsch manqué de Mitterrand le 28 mai[3], se retrouvent isolés entre le PSU qu'a rallié Mendès-France d'une part, les mouvements d'extrême-gauche étudiants, et le Parti communiste qui a refusé de suivre les tentatives personnelles illustrées par le rassemblement de Charléty[4].

Les communistes entendent donc représenter lors de cette élection l’exceptionnelle mobilisation qu’a constitué le mouvement de grèves de mai-juin 1968[5]. Voulant s’appuyer sur la classe ouvrière et les organisations de masse avec lesquelles les communistes ont combattu, le Parti communiste tente cependant de se démarquer du désordre provoqué par les mouvances étudiantes parisiennes[6].

Seul le Parti socialiste unifié (PSU), qui présente désormais 300 candidats, revendique l'héritage des thèmes de la crise des étudiants de Mai.

Pour les Français, les thèmes importants restent la peur devant le désordre et la crainte de la remise en question des acquis de Grenelle et des bénéfices de la croissance[7].

Résultats[modifier | modifier le code]

Partis ou coalitions Sigle 1er tour 2e tour
Voix % Sièges
Union pour la défense de la République UDR 8 442 413 38,1 294
Progrès et démocratie moderne PDM 2 289 849 10,3 27
Républicains indépendants RI 1 225 119 5,5 64
Divers droite DVD 917 753 4,1 9
Majorité présidentielle & PDM 12 875 134 58,1 394
Parti communiste français PCF 4 434 832 20,0 34
Fédération de la gauche démocrate et socialiste FGDS 3 660 250 16,5 57
Parti socialiste unifié PSU 873 581 3,9 -
Gauche parlementaire 9 132 145 41,2 91
 
Divers et sans étiquette 111 200 0,5 -
Alliance républicaine pour le progrès et les libertés ARPL 28 736 0,1 -
 
Total 22 147 215 100 485
Abstention : 20 %, puis 22,2 %

Composition de l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Groupe Membres Apparentés Total  %
UDR 270 23 293 60,16
RI 57 4 61 12,52
FGDS 57 0 57 11,70
Communiste 33 1 34 6,98
PDM 30 3 33 6,78
Non inscrits 9 - 9 1,85
Total 456 31 487 100,0

(4) le Groupe socialiste se reconstitue en octobre 1969

Analyse[modifier | modifier le code]

La majorité présidentielle remporte très largement ces élections. Elle recueille 46 % des suffrages et dispose de 144 élus dès le 1er tour. Au second tour, elle obtient 354 sièges, dont 293 pour la seule UDR. C'est la première fois dans l'histoire de la République qu'un parti conquiert la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les Républicains-indépendants doublent leur nombre d'élus avec 61 députés.

L'opposition enregistre un recul significatif. Le Parti communiste perd 39 députés et la FGDS 64.

Dans ces résultats, les Français semblent sanctionner le désordre lié à la crise de Mai 68.

Il y a 1,6 % de femmes députées, soit 8 pour 479 hommes[8], alors qu'elles constituent 3,3 % des candidats[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Berstein, La France de l’expansion. Tome 1 : La république gaullienne, 1958-1969, Paris, Le Seuil, 1989, p. 319.
  2. Philippe Bénéton et Jean Touchard, « Les interprétations de la crise de Mai-Juin 1968 », Revue française de science politique,‎ , pp. 503-544 (lire en ligne) :

    « En juin 1968, M. Georges Pompidou, qui n'avait pas encore eu le loisir d'analyser la crise de la jeunesse comme il devait le faire à San Francisco en février 1970, souligne la responsabilité d'« un parti totalitaire » : « Au début, vous vous en souvenez, des groupes de subversion professionnels, des enragés, des exaltés, des anarchistes entraînent sous le couvert de la solidarité des jeunes et des étudiants. Et puis l'appareil d'un parti totalitaire est entré dans le jeu, cherchant à son tour à s'emparer de la rue, arrêtant l'activité économique, paralysant la vie à payer et, pour finir, réclamant ouvertement le pouvoir. » »

  3. Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, « Conférence de presse Mitterrand », sur Ina.fr, (consulté le 6 février 2017)
  4. Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, « Meeting au stade Charlety en mai 68 », sur Ina.fr, (consulté le 6 février 2017)
  5. F. De Massot, La Grève Générale : Mai-Juin 1968 - Supplément au numéro 437 de Informations Ouvrières, Paris, Informations Ouvrières, , 311 p.
  6. Waldeck Rochet, Les Enseignements De Mai-Juin 1968, Paris, Éditions Sociales, , 95 p.
  7. Serge Berstein, La France de l’expansion. Tome 1 : La république gaullienne, 1958-1969, Paris, Le Seuil, 1989, p. 321.
  8. « Assemblée nationale : élections législatives - Femmes élues députées depuis 1945 », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le 29 mars 2017)
  9. « La représentation des femmes à l’Assemblée et au Sénat », sur www.inegalites.fr (consulté le 29 mars 2017)

Articles connexes[modifier | modifier le code]