Cogénération

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La cogénération (ou « co-génération ») est la production simultanée de deux formes d’énergie différentes dans la même centrale. Le cas le plus fréquent est la production d'électricité et de chaleur utile, la chaleur étant issue de la production électrique[1]. Plus généralement, un cogénérateur valorise une forme d’énergie habituellement considérée comme un déchet et inexploitée.

La cogénération est une technique efficace d'utilisation des énergies fossiles et renouvelables, en valorisant une énergie rejetée généralement dans l'environnement, comme la chaleur[N 1].

Centrale locale de cogénération de Masnedø (Danemark), produisant de l'électricité et de la chaleur pour un réseau local, à partir de paille.
Pour le chauffage de bâtiments ou de serres, il est bien plus rentable de transporter de l'eau chaude ou de la vapeur dans un réseau de chaleur que de produire, transporter et reconvertir en chaleur de l'électricité, mais la cogénération a néanmoins aussi permis en amont de produire de l'électricité

Principe de la cogénération[modifier | modifier le code]

Unité de cogénération d'une usine de sucre de canne valorisant un déchet (la bagasse) comme combustible[N 2].
Cycle d'une machine thermique parfaite dans un diagramme entropie-température. TI, TII : Températures absolues des sources respectivement chaude et froide. La courbe 1-2-3-4-1 représente le cycle de la machine, parcouru dans le sens horaire pour un moteur. L'aire verte représente alors le travail fourni au cours d'un cycle ; l'aire bleue la chaleur nécessairement cédée à la source froide et généralement perdue. Le principe de la cogénération est de trouver un usage simultané à cette chaleur (la quantité de chaleur totale dépensée à la source chaude, somme des deux précédentes, est représentée par l'aire hachurée).

L'idée de cogénération repose sur le fait que la production électrique dégage une grande quantité de chaleur à température moyenne, habituellement dissipée dans l'environnement. En réponse à une demande thermique (chauffage, eau chaude sanitaire, processus industriel, etc.), elle propose de valoriser la chaleur du cycle de génération électrique comme source thermique.

Pour l'illustrer dans la pratique, dans un cas de besoin simultané d'électricité et de chaleur :

  • Une configuration classique pourrait être une turbine à gaz (productions d'électricité) et une chaudière à gaz naturel (production de chaleur) séparées.
  • Une configuration de cogénération serait une turbine à gaz couplée à un récupérateur de chaleur alimenté par les gaz d'échappement (productions d'électricité et de chaleur cogénérées).

Alors que dans une centrale électrique, c'est le rendement électrique maximum qui est recherché (rendement électrique de l'ordre de 40 % avec un cycle simple et atteignant 58 % avec un cycle combiné), dans la cogénération, on vise un rendement global accru par l'utilisation prioritaire de l'énergie thermique, soit dans un processus industriel soit dans une chaufferie ; la cogénération d'électricité (ou de force) n'est plus dans ce cas le but mais une conséquence, améliorant le bilan économique de l'équipement dont le rendement global peut alors atteindre en moyenne 85-90 %, voire plus de 95 % (du pouvoir calorifique inférieur du gaz), avec une micro-cogénération gaz utilisant un moteur Stirling couplé à un récupérateur de chaleur à condensation.

Dans un équipement de cogénération, l'énergie électrique est soit auto-consommée, soit réinjectée sur le réseau électrique public de transport (haute tension) ou de distribution (moyenne ou basse tensions) (en France RTE, ERDF ou les entreprises locales de distribution d'électricité), suivant des conditions économiques fixées par les pouvoirs publics (dans le cadre des tarifs d'achat) ou suivant les conditions de marché de l'électricité (prix spots).

L'énergie thermique sert le plus souvent au chauffage de bâtiments et/ou à la production d'eau chaude sanitaire ou à des procédés industriels (vapeur moyenne ou haute pressions, mettant en œuvre dans ce cas des turbines à gaz).

Intérêt[modifier | modifier le code]

La cogénération fonctionne au plus près de l’utilisateur de chaleur pour valoriser l’ensemble de la production d'énergie en limitant les pertes. Le stockage de chaleur permet un suivi de la charge électrique qui produit l’électricité au moment précis des besoins. L’appoint de pompes à chaleur, généralisé en trigénération voire en quadri-génération, permet en cogénération normale d’augmenter la production de chaleur tout en amenant le fluide caloporteur aux températures voulues. L’appoint de pompes à chaleur améliore le rendement comme celles qu’on intègre aux sèche-linges domestiques modernes beaucoup plus économes. On valorise les températures résiduelles issues de la combustion, la condensation de la vapeur d’eau contenue dans les fumées, les pertes par rayonnement du système thermique, et, en mode trigénération, un appoint en chaleur venant du milieu, typiquement géothermique, qu’on combine à la cogénération pour produire plus de chaleur utile. Le total de l’énergie utile produite avec la même quantité de gaz brûlé représente le double de celle d’une chaudière à condensation. On valorise ainsi d'un facteur 1,8 à 2,3 fois l’énergie correspondant au pouvoir calorifique inférieur (PCI) du combustible brûlé, suivant la disponibilité de l’appoint géothermique ou du milieu, parfois nul (site urbain) et parfois illimité (cours d’eau à gros débit). Cette efficience énergétique est très similaire à celle des piles à combustibles en développement[réf. souhaitée] mais avec un rapport électricité / chaleur inférieur pour la cogénération.

Interprétation du rendement[modifier | modifier le code]

Les hauts rendements affichés par les unités de cogénération sont calculés de la façon suivante :

\eta_{cogen} = \frac{P_{elec}+\dot{Q}_{chaleur.utile}}{\dot{Q}_{combustible}}

où :

  •  P_{elec} est la puissance électrique produite.
  •  \dot{Q}_{chaleur.utile} est la puissance thermique extraite des gaz d'échappement.
  •  \dot{Q}_{combustible} est la puissance thermique fournie par le combustible.

Scientifiquement, l'addition d'une grandeur électrique et thermique est licite car ce sont deux formes d'énergie, mesurées en joules. Avec les pompes à chaleur, le ratio de chaleur produite par l'électricité consommée atteint souvent 400 %, mais on parle dans ces cas de coefficient de performance (COP) et non de « rendement ». De même que le COP, le « rendement cogen » ainsi défini n'est pas limité à 100 %.

Une approche plus rigoureuse consiste à considérer deux rendements, respectivement électrique et thermique. Cela permet également de garder l'information concernant le ratio d'électricité et de chaleur.

\eta_{elec} = \frac{P_{elec}}{\dot{Q}_{combustible}} et \eta_{therm} = \frac{\dot{Q}_{chaleur.utile}}{\dot{Q}_{combustible}}

Le lecteur averti notera encore une fois que le « rendement thermique » ci-dessus n'est toujours pas limité à 100 % dans les cas de systèmes incluant une pompe à chaleur. Pour plus de détails, voir COP.

Technologies[modifier | modifier le code]

Énergie primaire[modifier | modifier le code]

L'énergie primaire est l'énergie contenue dans un combustible utilisable dans les moteurs et les turbines : essence, fioul, bois, gaz, biogaz, gaz "fatal" produit par certaines industries (souvent détruit, par exemple gaz des torchères industrielles chimiques et pétrolières), hydrogène, etc.

Génération électrique[modifier | modifier le code]

L'électricité est produite par la conversion de l'énergie mécanique du moteur ou de la turbine, au travers un alternateur, selon le principe du groupe électrogène. Elle peut également être directement produite par une pile à combustible. Selon la puissance concernée, l'électricité est produite à une tension allant de 220-230 V (application domestique en Europe), en passant par 400 V (réseau basse tension triphasé) jusqu'à 15 kV voire plus sur certaines très grosses unités à cycle combiné.

Suivant les besoins, la tension électrique sera éventuellement élevée au travers d'un transformateur.

Génération thermique[modifier | modifier le code]

Un moteur possède un rendement électrique d'environ 40 à 45 % ; une turbine, un rendement électrique d'environ 35 à 40 %, et celui d'une pile à combustible se situe aux alentours de 20 à 30 %[réf. nécessaire]. La quasi-totalité du solde de l'énergie consommée est transformée en chaleur.

La cogénération consiste à récupérer au mieux cette énergie, afin de la valoriser pour atteindre un rendement total pouvant aller jusqu'à 80-90 %. Ceci implique une production locale par de petites unités. En effet une production électrique de, par exemple 1 GW, implique la dissipation d'environ 2 GW de chaleur. C'est la puissance permettant théoriquement de chauffer, soit 57 000 logements de 100 m2 construits avant 1975, soit 100 000 logements plus récents, (toujours de 100 m2). En pratique, comme la chaleur se transporte beaucoup moins bien que l'électricité, elle est souvent considérée comme un déchet industriel. Lorsque, grâce à la cogénération, cette option peut être évitée, les principaux moyens d'utilisation de cette énergie sont la production d'air chaud, la production d'eau chaude et la production de vapeur.

Dans le cas de turbine à gaz comme de moteurs à combustion, il est possible de récupérer une partie de la chaleur en sortie sous forme de vapeur haute pression et température. L'utilisation de cette vapeur au travers d'une turbine à vapeur permet d'accroître fortement la production électrique de l'ensemble et atteindre un rendement électrique de l'ordre de 55 %. Cette technique de production électrique s'appelle le cycle combiné. Elle sert en France de référence pour le calcul des tarifs de revente à EDF de la production électrique des cogénérations. Ces tarifs de revente dépendent aussi de nombreux autres critères et sont définis en France par un arrêté régulièrement mis à jour.

Ces techniques de récupération sont valables s'il y a localement un besoin important de chaleur et d'électricité (à proximité de ville ou de grosse industrie).

Cogénération par moteur[modifier | modifier le code]

Les moteurs de cogénération sont disponibles dans une gamme de puissance allant de quelques dizaines de kW à environ 3 MW. Ce sont donc surtout les petites installations et les applications domestiques qui sont concernées par ce type de technologie. Leurs rendements électriques se situent généralement entre 30 et 40 %.

Un moteur produit en part à peu près égales 2 types d'énergie thermique :

  • une énergie "basse température" (environ 95 °C), récupérée sur les huiles et les eaux de refroidissement
  • une énergie "haute température" (environ 450 °C), sur les gaz d'échappement

L'utilisation pratique de cette chaleur n'est pas simple, du fait notamment des différents niveaux de température. En plus, la chaleur est disponible à des températures assez basses, avec comme conséquence que la chaleur est généralement produite sous forme d'eau chaude. La production de vapeur n'est cependant pas exclue pour des moteurs, mais limite la récupération de chaleur.

La forte proportion d'énergie basse température implique, pour obtenir un bon rendement, d'avoir à proximité une utilisation sous forme d'air ou d'eau chaude, tels que par exemple des réseaux de chauffage urbain ou industriel.

  • En cas de surplus de chaleur, celle-ci peut être évacuée par des tours de réfrigération, qui dissipent la chaleur directement dans l'atmosphère. Mais cette solution n'est pas très respectueuse de l'environnement. Une alternative consiste à stocker le surplus de chaleur pour pouvoir le redistribuer plus tard selon les besoins, par exemple par hydro-accumulation.

Les moteurs de petite puissance sont jusqu'à présent peu rentables (notamment pour un usage domestique ou dans les PME), leur coût d'achat et d'entretien ne permettant pas souvent de rentabiliser de tels investissements.[réf. nécessaire] La hausse continue du coût des énergies primaires pourrait changer les choses à moyen terme.

Cogénération par turbine à combustion[modifier | modifier le code]

Les turbines à combustion sont disponibles dans une gamme de puissance allant de quelques dizaines de kW à plusieurs dizaines de MW. Leur rendement électrique varie entre 25 et 40 % en fonction de la puissance. [réf. nécessaire]

Traditionnellement, le terme turbine à gaz n'indique pas uniquement la turbine d'expansion, mais l'ensemble compresseur - chambre de combustion - turbine.

Le processus thermodynamique d'une turbine à gaz est caractérisé par le cycle de Brayton. De l'air atmosphérique est aspiré et comprimé par un compresseur. Dans la chambre de combustion, un combustible est injecté dans de l'air comprimé et est brûlé. Les gaz de combustion chauds et à haute pression sont détendus dans une turbine qui fournit un travail mécanique. Ce travail est transformé en énergie électrique à l'aide d'un alternateur. À l'échappement, les gaz contiennent toujours beaucoup de chaleur. Ils sont donc dirigés vers une chaudière de récupération, où leur énergie thermique sera transmise à un fluide caloporteur (généralement de l'eau).

Les turbines produisent la plus grosse part de l'énergie thermique (hors pertes par rayonnement) sous forme d'un gaz d'échappement à environ 500 °C. Le gaz d'échappement peut être injecté directement dans une chaudière ou dans un four industriel, comme s'il s'agissait de gaz produit par un brûleur classique. Lorsque ce gaz vient en appoint d'un brûleur, le complément d'énergie apporté est entièrement consommé par le système utilisateur, le rendement de récupération sur l'échappement de la turbine est alors quasiment de 100 %.

Ce gaz contenant encore une forte proportion d'oxygène, il est possible selon les besoins de réaliser une "post-combustion" de ce gaz, en y injectant un supplément de combustible en aval de la turbine, afin d'élever sa température jusqu'à parfois 900 °C.

Les turbines permettent ainsi de produire de la vapeur à très haute température, qui peut être utilisée industriellement, ou dans l'optique d'un cycle combiné. L'utilisation de la post-combustion étant indépendante du fonctionnement de la turbine, cela permet d'assurer le plein régime à la turbine du point de vue électrique, et de moduler la post-combustion selon les besoins thermiques de l'utilisateur.

Les micro-turbines de quelques dizaines de kW, de même que pour les petits moteurs, ne trouveront leur plein essor qu'avec l'augmentation du coût des énergies primaires.

Cogénération par turbine à vapeur[modifier | modifier le code]

La cogénération par turbine à vapeur permet la production simultanée d'énergie électrique et d'énergie thermique, et permet d'atteindre des rendements globaux qui peuvent dépasser 90%. La production électrique est assurée par une turbine à vapeur alimentée par de la vapeur haute pression (jusqu'à 130 bar) et haute température (plus de 500°C), ladite vapeur étant détendue et refroidie dans la turbine jusqu'à des températures compatibles avec le besoin thermique d'un utilisateur de chaleur. Il peut s'agir d'une industrie, d'un réseau de chaleur, mais aussi de serres agricoles ou de toute autre application (ex : séchoir). Les puissances de ce type d'installation vont de 5 MW thermiques jusqu'à plus de 1000 MW, avec des rendements électriques moyens de 25%, mais qui peuvent dépasser 30% si la chaleur peut être livrée avec des températures inférieures à 50°C. La cogénération par turbine à vapeur est la solution la plus courante lorsque la biomasse est utilisée comme énergie primaire, permettant d'atteindre les rendements globaux les plus élevés.

La cogénération par turbine à vapeur permet d'utiliser des sources d'énergie primaires variées, dont entre autres les sources d'énergie diverses issues de la valorisation des déchets de l'industrie, tels que les déchets de bois dans les scieries, où les déchets végétaux de l'agriculture.

Le cycle thermodynamique des turbines à vapeur est basée sur le cycle de Rankine. À l'aide de la chaleur dégagée par la combustion d'un combustible, on produit de la vapeur à haute pression dans une chaudière. Cette vapeur est ensuite dirigée vers une turbine, où en se détendant, entraîne la turbine. Sortie de la turbine, la vapeur est condensée et ramenée à la chaudière, où ce cycle recommence. Dans ce cycle, la combustion est externe : c’est-à-dire qu'il n'y a pas de contact direct entre le fluide caloporteur (vapeur) et le foyer. Ainsi le combustible ne requiert pas de qualités spécifiques précises et donc tout combustible peut être employé.

Cycle combiné[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cycle combiné.

On peut aussi combiner turbine à vapeur et turbine à gaz. Comme indiqué précédemment, la turbine à gaz peut produire de la vapeur à travers une chaudière de récupération, avec ou sans cocombustion. Cette vapeur peut aussi entraîner une turbine à vapeur au lieu d'être employée directement avec un alternateur placé sur l'axe de la turbine à vapeur, on peut ainsi produire un complément d'électricité. La production de chaleur peut être issue de la vapeur générée à la sortie de la turbine. De telles configurations permettent un haut rendement électrique, ce qui se traduit par un rendement thermique plus faible.

Trigénération[modifier | modifier le code]

Article détaillé : trigénération.

La trigénération est une extension de la cogénération, avec production d'une troisième catégorie d'énergie, en général du froid[2]. Ce froid peut être produit mécaniquement, par utilisation directe de l'énergie mécanique du moteur ou de la turbine, il peut également être produit indirectement au travers par exemple d'un groupe à absorption.

Pile à combustible[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pile à combustible.

La cogénération par pile à combustible permet un rendement théorique meilleur que celui de la cogénération par moteur ou turbine et la pollution est moindre. [réf. nécessaire]

Les freins actuels au développement de la pile à combustible relèvent principalement du coût de fabrication des piles, de la fiabilité des équipements et de la maintenance des systèmes.

L'augmentation du coût des énergies primaires devrait fortement encourager l'utilisation de cette technologie[réf. souhaitée].

Avantages[modifier | modifier le code]

Le rendement d’une centrale de production électrique, qu'elle fonctionne au combustible nucléaire, au fioul ou au charbon, ne dépasse guère les 40 %[réf. nécessaire], le reste de l'énergie produite étant dispersé dans l'environnement (cours d'eau, atmosphère) sous forme de chaleur. La cogénération permet d’améliorer le rendement global de l'installation et donc une meilleur utilisation de l'énergie primaire contenue dans le combustible.

Les réserves de combustibles fossiles étant limitées, la cogénération amène des économies d'énergie fossile grâce à une meilleure utilisation de l'énergie primaire du combustible. D'autre part, la cogénération, lorsqu'elle se substitue à une production d'énergie à partir de pétrole ou de gaz, limite l’émission des polluants et des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Inconvénients[modifier | modifier le code]

Cependant, la cogénération n'apporte un gain réel en termes d'économie d'énergie et de réduction des gaz à effet de serre qu'à la condition de fonctionner de façon aussi constante que possible, en maintenant un équilibre optimal entre production de chaleur et production d'électricité, car les équipements de cogénération ne permettent généralement pas la modulation d’une production par rapport à l’autre[3].

  • Ces conditions sont souvent réunies dans le cas de cogénération insérée dans une usine, qui produit de la vapeur à destination du processus industriel de l'usine et de l'électricité pour les besoins de l'usine ; dans ce cas, le régime de fonctionnement est optimisé, et de plus on réduit à presque rien les pertes de transport. * Par contre, la cogénération alimentant un réseau de chauffage urbain souffre de pertes de transport importantes, et surtout de pertes de rendement dues aux fluctuations des besoins de chauffage causées par les variations de température ; au total, cette catégorie de cogénération n'a qu'un rendement à peine supérieur à celui d'une centrale classique, et même parfois inférieur à celui d'un CCG (cycle combiné gaz).

Le physicien David J. C. MacKay explique dans « L’énergie durable - pas que du vent ! » pourquoi la cogénération, qui avait déjà perdu une grande part de son attrait depuis l'apparition des chaudières à condensation pour le chauffage individuel et des centrales à cycle combiné pour la production électrique, est de toutes façons largement distancée par les pompes à chaleur comme moyen de chauffage économe en énergie primaire et en émissions de gaz à effet de serre[4].

Comparaison de rendements typiques[modifier | modifier le code]

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Une turbine à gaz équipée d'une chaudière de récupération peut produire environ 33 mégajoules d'électricité et 50 mégajoules de chaleur à partir de 100 MJ de carburant.

Si les mêmes quantités de chaleur et d'électricité étaient produites séparément, il faudrait consommer environ 100 MJ de carburant pour le groupe électrogène, (moteur diesel et alternateur, rendement typique de 33 %), plus 55 MJ pour la chaudière (avec un rendement typique de 90 %), soit 155 MJ au total.

Dans cet exemple simplifié, la cogénération permet d'économiser plus de 35 % de carburant par rapport à des productions séparées.

La cogénération en Europe[modifier | modifier le code]

La directive 2004/8/CE[5] du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 concernant la promotion de la cogénération sur la base de la demande de chaleur utile dans le marché intérieur de l'énergie, et l'envolée du coût des énergies fossiles, permettaient de supposer que la cogénération prendrait plus d'importance.

La Commission européenne a publié le 13 novembre 2008 une communication sur la mauvaise transposition de la directive sur la cogénération[6]. Tous les États étaient en retard et seuls 8[N 3] sur 22 avaient envoyé leurs rapports complets à la commission, qui, à cette occasion, a adopté des lignes directrices pour le calcul de l'électricité produite à partir de la production combinée de chaleur et d'électricité.

De fortes disparités demeurent en Europe : en 2010, la part de la cogénération dans la production d'électricité de l'Union européenne atteignait 11,7 % contre 10,5 % en 2004 ; les taux les plus élevés étaient ceux de la Lettonie : 42,6 %, du Danemark : 40,7 %, de la Finlande : 34,9 % et des Pays-Bas : 29,9 % ; la cogénération atteignait 12,5 % en Allemagne, et seulement 3,2 % en France[7].

En France, en 2007, un « rapport sur les installations de cogénération sous obligation d'achat » rédigé par l'Inspection Générale des Finances et le Conseil général des mines a été publié[3]: il montre que « les conditions pour tirer le meilleur parti de l'intérêt écologique et économique de la cogénération au gaz naturel ne sont actuellement pas réunies en France », conclut que le dispositif actuel est inadapté et recommande « le remplacement du régime d'obligation d'achat par un système d'aide aux investissements dans les modes de production électrique écologiques, au-delà de la seule cogénération au gaz naturel, ce qui pourrait permettre de mettre en concurrence cette technologie avec d’autres modes de production « propres » et notamment les technologies (chaudières et turbines à vapeur) utilisant la biomasse comme combustible. »

En septembre 2009, Le constructeur automobile Volkswagen et le fournisseur d'électricité Lichtblick ont signé avec la société Salzgitter AG un partenariat pour construire 100 000 mini-centrales de cogénération électricité-chauffage domestique[Où ?][N 4] d'une puissance électrique de 20 kW par unité, soit une puissance totale prévue de 2 GW[8].

Au Danemark, en 2011, 63,2 % de l'électricité thermique (soit près de 45 % de l'électricité totale) était produite conjointement avec de la chaleur ; le chauffage urbain était approvisionné à 76,3 % par ces centrales de cogénération ; ces dernières sont alimentées à hauteur de 38,2 % par des sources d'énergie renouvelables, surtout de la biomasse[9].

En Suède, les réseaux de chaleur fournissent plus de 50 % du chauffage[10]; en 2010, 40 % de cette énergie (ainsi que 10 % de l'électricité) était produite dans des centrales à cogénération, dont l'alimentation en 2011 provient à 83 % des énergies renouvelables : biomasse 47 % , déchets 20 %, pompes à chaleur 9 %, récupération de chaleur 6 %[11].

Aux Pays-Bas, la cogénération représente 51,8 % de la production d'électricité en 2011, mais après avoir connu une croissance rapide dans les années 1990, elle a stagné au cours des cinq dernières années, et même reculé récemment[12].

Le Royaume-Uni a construit une importante unité de cogénération à Tilbury.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Comme dans le cas des chaudières à condensation.
  2. Près de Saint-Louis (Île de la Réunion). Du gaz de méthanisation pourrait aussi être utilisé en produisant un résidu utile comme amendement. Ici la matière organique et les minéraux sont en grande partie perdus pour le sol. Le process permet de récupérer aussi ce qu'on nomme "l'écume" ou boue résiduelle qui, combinée avec la chaux utilisée pour clarifier le jus, permet de constituer un fertilisant approprié aux sols réunionnais. Cette écume est restituée aux planteurs qui viennent s'approvisionner à l'usine pour l'épandre dans leurs champs. La filière est à ce titre un modèle de cogénération quasi parfait.
  3. Allemagne, Belgique, Danemark, Estonie, Pologne, Royaume-Uni, Slovénie et Slovaquie.
  4. En fait des groupes électrogènes avec récupération de chaleur.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cogénération : production combinée de chaleur et d’électricité, sur le site clarke-energy.com
  2. Trigénération – Production combinée de chaleur, d’électricité et de froid (CHP), www.clarke-energy.com/fr
  3. a et b [PDF] Rapport sur les installations de cogénération sous obligation d'achat, site du Ministère de l'Écologie.
  4. [PDF] L’énergie durable - pas que du vent ! par David JC MacKay lire p.176 à 180, sur le site inference.phy.cam.ac.uk
  5. directive 2004/8/CE Sur le site eur-lex.europa.eu
  6. La cogénération Sur le site europa.eu
  7. Production combinée de chaleur et d'électricité, site Eurostat.
  8. (de) Erneuerbare Energien, Der Spiegel, 9 septembre 2009, consulté le 26 décembre 2011.
  9. (en)[PDF]Energy Statistics Report 2011, sur le site de l'Agence danoise de l'Énergie.
  10. (en) « Energy in Sweden 2009 », sur Energimyndigheten (consulté le 12 février 2011), p. 106
  11. (en)[PDF] « Energy in Sweden 2012 », sur Energimyndigheten (consulté le 17 avril 2013), p. 52
  12. (en)[PDF]European Cogeneration Review – The Netherlands, janvier 2013, site de l'association COGEN Europe.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]