Jardin communautaire

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Le jardin communautaire du Poireau agile dans le 10e arrondissement de Paris.

Le jardin communautaire (communément appelé, à tort, jardin partagé[1]) est un jardin géré en commun par un groupe d’habitants. Ce type de jardin est né en Amérique du Nord et se développe en France.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Jefferson Market Garden, jardin communautaire de l'arrondissement de Manhattan à New York

Les jardins collectifs urbains sont nés à New York au début des années 1970, sous le nom de community gardens.

Liz Christy, une artiste qui vivait dans le Lower East Side à Manhattan, se désolait du nombre de terrains vagues dans son quartier. Avec quelques amis, elle tenta d’y remédier en lançant des « bombes de graines » (seed bombs) par-dessus les grilles de terrains laissés à l’abandon, pour les transformer en jardins. Les Green Guerillas (Guerilleros verts) étaient nés. Il existe aujourd’hui plus de 600 community gardens à New York, et des milliers de jardins communautaires à travers l’Amérique du Nord.

Les jardins communautaires sont aussi les héritiers des jardins ouvriers[2].

Ils s'inscrivent également dans un phénomène historique d'appropriation de friches pour leur transformation en jardins potagers pendant les périodes de crises économiques (ex. Potato Patches) ou les guerres (liberty gardens pendant la Première Guerre mondiale et victory gardens pendant la Seconde). On peut encore trouver une référence historique au phénomène des jardins communautaires dans le mouvement des diggers ou bêcheux qui pour protester notamment contre l'enclosure act ont développé un processus d'auto-appropriation des terres pour une gestion agraire en commun.

Ces jardins ont germé à travers l’Europe au tournant du XXe siècle. Appelés allotment gardens dans les pays anglophones, Kleingärten dans les pays germanophones, les jardins ouvriers permettent encore aujourd’hui à des familles, parfois aux revenus modestes, de se procurer légumes et fruits frais en les cultivant eux-mêmes.

On peut aussi rapprocher les jardins communautaires des terrains d’aventure créés sur des friches dans les années 1970. Il s’agissait d’espaces de liberté et d’expérimentation pour les enfants et les adolescents. Peu de terrains d’aventure subsistent aujourd’hui en milieu urbain en France, contrairement à l’Amérique du Nord, à l’Allemagne et la Scandinavie.

Les jardins communautaires fleurissent à travers la France depuis une dizaine d’années. Le réseau national « Le Jardin dans tous ses États » a joué un rôle important dans cette éclosion en permettant des échanges entre jardiniers, élus et techniciens de collectivités locales. Le réseau a organisé un premier forum national à Lille en 1997, à Nantes deux ans plus tard, puis à Paris en 2005[3].

À travers le monde francophone[modifier | modifier le code]

Le jardin communautaire de la rue des Thermopyles à Paris.

En France, le premier jardin communautaire a été créé à Lille en 1997. En janvier 2013 il y a 31 jardins communautaires installés ou en cours d'installation dans la région Nord-Pas-de-Calais. Ces jardins sont créés et gérés avec l'association Les AJONC (nom qui signifie « Amis des jardins ouverts et néanmoins clôturés » ou mis en place par des structures indépendantes ayant souhaité rejoindre le réseau régional AJONC.

En Suisse, la ville de Lausanne a été pionnière en permettant dès 1995 la création de jardins en pied d'immeubles, appelés plantages.

Souvent, pour soutenir les pays en voie de développement, les jardins communautaires deviennent plus en plus importants, comme en Afrique de l'Ouest (Mali) afin de combler le fossé entre l'offre et les besoins en oligo-éléments et en même temps afin de renforcer un développement inclusif[4].

En Pologne les jardins sont situés le plus souvent dans des zones de bas fonds près des villes et les utilisateurs sont des résidents d'appartements de proximité.

Au Québec, les jardins communautaires sont divisés en lots individuels cultivés par une personne ou une famille. Ce type de jardinage est très populaire dans les grandes villes depuis le milieu des années 1970[5]. On nomme « jardins collectifs » les jardins indivisibles où « sont décidées en commun et exploitées en commun » les différentes cultures. Cette tendance est plus récente. La ville de Montréal a créé un programme municipal de jardins communautaires et plus récemment elle a décidé de soutenir la végétalisation de l'espace public en soutenant les initiatives de « ruelles vertes ».

Quelques exemples d’objectifs des jardins[modifier | modifier le code]

  • la rencontre de gens de tout âge, de toute condition et classe sociale et ethnies différentes,
  • l’exercice et la détente en plein air
  • la mise en pratique des connaissances et des goûts,
  • le partage du savoir et l’entraide,
  • le développement de la fierté des jardiniers,
  • la récolte de fruits et légumes plus frais et meilleurs au goût,
  • la possibilité donnée à la tradition agricole de perdurer à travers les générations,
  • la contemplation de la beauté du site et de la nature.

Le jardinage collectif d’un terrain, parfois laissé à l’abandon, améliore le cadre de vie et permet des échanges entre personnes d’origine géographique, de milieux sociaux et d'âges différents. Les jardins communautaires, souvent créés en ville, existent aussi en milieu rural.

Le respect de l’environnement est une valeur forte des jardins communautaires : les jardiniers choisissent des végétaux adaptés au sol et au climat et évitent les produits phytotoxiques (engrais chimiques, pesticides de synthèse). Le compostage, la récupération de l’eau de pluie et la technique des cultures associées y sont très souvent pratiqués. Ce sont également des lieux d’éducation à l’environnement pour enfants et adultes, qui y apprennent la botanique, ou qui y observent la faune urbaine. Nombreux sont les jardins communautaires qui attribuent des parcelles aux écoles du voisinage, qui y mènent des projets pédagogiques.

Certains jardins communautaires ont une vocation d’insertion. Ils accueillent des personnes en situation de handicap, des bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI) ou des personnes victimes d’exclusion sociale.

Les jardins communautaires sont des lieux d'initiative citoyenne. Certains d'entre eux (comme le Jardin solidaire, dans le 20e arrondissement de Paris, qui a été fermé à l'automne 2005 pour laisser la place à un gymnase et des logements sociaux) sont créés par des habitants qui n'attendent pas d'avoir une autorisation pour y proposer des activités. Parfois, les habitants souhaitent ouvrir un jardin pendant quelques mois ou quelques années, en attendant qu'une autre affectation soit décidée. C'est le cas du jardin EcoBOX, dans le 18e arrondissement de Paris, qui a déjà existé sur deux emplacements[6].

Les associations qui ouvrent et cultivent un jardin y proposent des débats et des événements culturels qui sortent des sentiers battus. Il est fréquent d'y assister à des projections de films qui ne sont pas programmés à la télévision, d'y débattre de sujets peu traités par les médias, comme la biodiversité, la relocalisation de l'économie ou le droit au logement. La gratuité, ou des prix très modérés, permettent d'ouvrir le jardin à tous.

En utilisant les travaux d'Henri Lefebvre on peut aussi percevoir les jardins communautaires comme un lieu pour conquérir son droit à la ville, c'est-à-dire un droit à une qualité de vie urbaine, à ne pas être exclu de la centralité qu'offre la ville.

On peut rapprocher les jardins communautaires d'autres lieux autogérés comme les squats, les crèches parentales ou les bars et restaurants associatifs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Pigeat, Parcs et jardins contemporains, Maison rustique,‎ 1990 (ISBN 978-2706612220)
  • Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy, Pierre-Emmanuel Weck (photographe) et Gilles Clément (préface), Jardins partagés, Terre Vivante Éditions,‎ mai 2008 (ISBN 978-2914717427)
  • Michel Le Coz, Stéphane Nahmias, Yvan Le Goff et al., Le Jardin des Possibles : Guide méthodologique pour accompagner les projets de jardins partagés, éducatifs et écologiques, Réseau Ecole et Nature,‎ juillet 2005 (résumé, lire en ligne)
  • JP Géné « Partager la terre » dans Le Monde 2 du 22 septembre 2007
  • Proposition de loi relative aux jardins familiaux et aux jardins d'insertion, adoptée à l’unanimité au Sénat, mais qui n'a pas été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale[7].
  • Denhartigh Cyrielle, Jardins collectifs urbains, Parcours des innovations potagères et sociales, éditions Educagri, 2013.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon les diverses définitions que donne le dictionnaire Littré, par exemple, le mot « partagé » revêt six définitions dont aucune ne concourt à désigner précisément ce type de jardins : 1. Divisé en plusieurs parties 2. Qui a reçu sa part 3. Qui a reçu les dons de la nature ou de la fortune 4. Attirés tour à tour par divers soins ou sentiments 5. Qui est réciproque 6. Séparés en opinions contraires, en partis opposés. À propos du mot « partagé », les synonymes les plus employés sont les suivants : distribution, lot, répartition, division, fragmentation, partition, morcellement, démembrement, séparation. Ces synonymes ne conviennent guère pour caractériser ce type de jardins ; Certains sont même contraires à la définition de jardins communautaires.
  2. Les jardins ouvriers sont officiellement appelés jardins familiaux en France depuis la loi du 26 juillet 1952)
  3. Jardins partagés - Paris.fr
  4. Hans-Heinrich Bass, Klaus von Freyhold, Cordula Weisskoeppel: Récupération de l'eau, protection des arbres: la sécurité alimentaire dans le Sahel, Brême 2013
  5. La naissance du mouvement des jardins partagés, sur le réseau du "Jardin dans tous ses états"
  6. Un projet impulsé par l'Atelier d'architecture autogérée
  7. Proposition de loi relative aux jardins familiaux et aux jardins d'insertion

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]