Anthropocène

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La Terre la nuit, une image simulée nocturne du monde durant l'anthropocène, ici en 1994-1995.

Anthropocène prononciation est un terme créé et utilisé par certains scientifiques pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, période à partir de laquelle l'influence de l'homme sur le système terrestre serait devenue prédominante. Le terme popularisé par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie (1995), est aujourd’hui utilisé par une partie de la communauté scientifique.

Cette époque n'est toutefois pas officiellement reconnue ni ajoutée à l'Échelle des temps géologiques à l’occasion du 34e congrès international de géologie qui se réunit à Brisbane, en Australie, en août 2012, malgré une première tentative[1]. L'Anthropocène succèderait ainsi à l'Holocène.

Définition[modifier | modifier le code]

La définition de l'Anthropocène, néologisme construit à partir du grec ancien ἄνθρωπος (anthropos, « être humain »), et dont la première occurrence remonte à un ouvrage du journaliste Andrew Revkin (en) en 1992[2], présuppose que les activités anthropiques seraient devenues la contrainte dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui jusque là avaient prévalu ; l'action de l'espèce humaine serait une véritable force géophysique agissant sur la planète.

Mine de cuivre à ciel ouvert de Chuquicamata au Chili (13 % des réserves mondiales connues).

Les activités humaines ayant la capacité de provoquer des modifications importantes de l'environnement terrestre, notamment via :

L'impact de ces modifications, des prélèvements et des rejets humains l'emporterait sur les facteurs et fluctuations naturels, en particulier au niveau du climat planétaire et des grands équilibres de la biosphère.

Débat[modifier | modifier le code]

Quels espaces pour les espèces ?

Certains scientifiques partisans de cette définition, tels le prix Nobel de chimie Paul Crutzen, font débuter cette époque en 1784, date du brevet de la machine à vapeur par James Watt, prémices de la révolution industrielle.

Pour d'autres, le caractère récent des phénomènes invoqués est mis en doute par l'archéologie et l'histoire, qui retracent les modifications à grande échelle du paysage et du biotope par l'activité humaine dès le Paléolithique, lorsque la maîtrise du feu et la pratique répétée du brûlis pour chasser ont fait reculer les milieux forestiers (et les espèces qui y vivent) au profit des milieux ouverts (savane, prairie) et des humains qui y ont évolué. De son côté, Felisa Smith (de l'université du Nouveau-Mexique à Albuquerque) place le début de l'Anthropocène il y a 14 000 ans, lors de la colonisation de l'Amérique du Nord par les premiers chasseurs-cueilleurs, cette colonisation ayant entraîné la disparition de nombreuses espèces d'herbivores de grande taille. Ces animaux produisaient de grandes quantités de méthane libéré dans l'atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement climatique naturel ; la diminution du méthane atmosphérique aurait alors conduit au Dryas récent.

Par ailleurs le professeur Maurice Fontaine de l'Académie des sciences de Paris (directeur du Muséum de Paris de 1966 à 1970) et, à sa suite, de nombreux autres biologistes, jugeant excessivement narcissique le nom d'« Anthropocène », proposèrent en 1993 d'appeler l'ère commencée en 1957 (débuts de la conquête spatiale) « Cosmozoïque » (« vie dans l'Espace », tant pour Laïka ou les cosmonautes que pour les micro-organismes extrémophiles involontairement implantés sur Mars) et la période actuelle « Molysmocène » (« âge de la pollution », parce que les paléontologues du futur, s'il y en a, découvriront peu de restes humains fossilisés, mais énormément de déchets, fait qui a aussi donné l’expression « Poubellien supérieur » proposée par certains géologues ou archéologues[3]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis-Gilles Francœur, « Environnement - L'Anthropocène, l'ère des déséquilibres », Le Devoir,‎ 9 janvier 2012
  2. Andrew Revkin, Global Warming : Understanding the Forecast, American Museum of Natural History, Environmental Defense Fund, New York, Abbeville Press,‎ 1992, 180 p.
  3. Patrick De Wever, Temps de la Terre, temps de l'Homme, Éditions Albin Michel,‎ 2012 (ISBN 2226209026), p. 240

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Lorius et Laurent Carpentier, « Voyage dans l'Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros ». Actes-Sud, 2011, 200 p. (ISBN 2742795340).
  • Andrew Revkin, Global Warming : Understanding the Forecast, American Museum of Natural History, Environmental Defense Fund, New York, Abbeville Press, 1992, 180 p.
  • Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer, « The “Anthropocene” », Global Change, NewsLetter, n° 41p. 17-18. IGBP, 2000.
  • Paul Crutzen, « Geology of Mankind », Nature, 3 janvier 2002, p. 23, traduction française dans Écologie & Politique, 34, p. 143-145.
  • Jacques Grinevald, La Biosphère de l'Anthropocène — Pétrole et climat, la double menace. Repère transdisciplinaire 1824-2007. Éditions Médecine & Hygiène, Genève, 2007, 292 p., ill. Collection « Stratégies énergétiques, Biosphère et Société ». (Seconde édition en préparation.)
  • Jacques Grinevald, « Le concept d’Anthropocène, son contexte historique et scientifique », dans Entropia, n° 12, printemps 2012, p. 22-38.
  • Catherine Larrère et Raphaël Larrère, Peut-on échapper au catastrophisme ? In Dominique Bourg, Pierre-Benoît Joly et Alain Kaufmann (dir [Quoi ?]), Du risque à la menace — Penser la catastrophe, Paris, PUF, 2013.
  • Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement Anthropocène — La Terre, l'Histoire et nous, Seuil, 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]