Anthropocène

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La Terre la nuit, une image simulée nocturne du monde durant l'anthropocène, ici en 1994-1995.

Anthropocène prononciation est un terme créé et utilisé par certains scientifiques pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, période à partir de laquelle l'influence de l'homme sur le système terrestre serait devenue prédominante. Le terme formalisé et popularisé par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie (1995), est aujourd’hui utilisé par une partie de la communauté scientifique.

Cette époque n'est toutefois pas officiellement reconnue ni ajoutée à l'Échelle des temps géologiques à l’occasion du 34e congrès international de géologie qui se réunit à Brisbane, en Australie, en août 2012, malgré une première tentative[1]. L'Anthropocène succèderait ainsi à l'Holocène.

Préludes[modifier | modifier le code]

L'idée que l'influence de l'homme sur le système terrestre serait devenue prédominante n'est pas nouvelle. En 1778, Buffon écrit dans Les Époques de la Nature : « la face entière de la Terre porte aujourd'hui l'empreinte de la puissance de l'homme »[2].

En 1864, l'écologiste américain George Perkins Marsh publie Man and Nature, Physical Geography as Modified by Human Action. En 1873, l'abbé Antonio Stoppani (en), professeur au Muséum de Milan, imagine dans son cours de géologie une ère géologique nouvelle, l'anthropozoïque[3].

En 1922, à Paris, Vladimir Vernadsky, Pierre Teilhard de Chardin et Édouard Le Roy développent le concept de noosphère, la « sphère de l'esprit humain » qui prend en compte l'influence grandissante de l'homme et de son pouvoir intellectuel et technologique sur la biosphère[4].

Définition[modifier | modifier le code]

L'Anthropocène est un néologisme construit à partir du grec ancien ἄνθρωπος (anthropos, « être humain ») et dont la première occurrence remonte à un ouvrage en 1992 du journaliste Andrew Revkin (en) qui reprend lui-même le terme inventé dans les années 1980 par le biologiste Eugene F. Stoermer (en)[5]. La définition de ce terme présuppose que les activités anthropiques seraient devenues la contrainte dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui jusque là avaient prévalu ; l'action de l'espèce humaine serait une véritable force géophysique agissant sur la planète.

Mine de cuivre à ciel ouvert de Chuquicamata au Chili (13 % des réserves mondiales connues).

Les activités humaines ayant la capacité de provoquer des modifications importantes de l'environnement terrestre, notamment via :

L'impact de ces modifications, des prélèvements et des rejets humains l'emporterait sur les facteurs et fluctuations naturels, en particulier au niveau du climat planétaire et des grands équilibres de la biosphère. Par exemple, le plastiglomérat peut être vu, comme l'écrit l'équipe qui l'a identifié, comme une preuve attestant de l'entrée de la planète dans ce nouvel étage géologique, l'Anthropocène[6].

Débat[modifier | modifier le code]

Quels espaces pour les espèces ?

Certains scientifiques partisans de cette définition, tels le prix Nobel de chimie Paul Crutzen, font débuter cette époque en 1784, date du brevet de la machine à vapeur par James Watt, prémices de la révolution industrielle.

Pour d'autres, le caractère récent des phénomènes invoqués est mis en doute par l'archéologie et l'histoire, qui retracent les modifications à grande échelle du paysage et du biotope par l'activité humaine dès le Paléolithique, lorsque la maîtrise du feu et la pratique répétée du brûlis pour chasser ont fait reculer les milieux forestiers (et les espèces qui y vivent) au profit des milieux ouverts (savane, prairie) et des humains qui y ont évolué. De son côté, Felisa Smith (de l'université du Nouveau-Mexique à Albuquerque) place le début de l'Anthropocène il y a 14 000 ans, lors de la colonisation de l'Amérique du Nord par les premiers chasseurs-cueilleurs, cette colonisation ayant entraîné la disparition de nombreuses espèces d'herbivores de grande taille. Ces animaux produisaient de grandes quantités de méthane libéré dans l'atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement climatique naturel ; la diminution du méthane atmosphérique aurait alors conduit au Dryas récent. Selon le paléoclimatologue William Ruddiman, l'anthropocène débuterait il y a 5 000 ans av. JC., période qui voit une augmentation des teneurs en méthane avec le développement de la riziculture et le défrichement des forêts[7].

Le chimiste Paul Josef Crutzen, le spécialiste de l'environnement Will Steffen et l'historien John McNeill considèrent que l'homme est entré depuis 1945 dans la phase II (1945 - 2015) de l'anthropocène ou « grande accélération » qui voit l'accélération de l'augmentation de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone et « atteint un stade critique car 60 % des services fournis par les écosystèmes terrestres sont déjà dégradés »[8].

Par ailleurs le professeur Maurice Fontaine de l'Académie des sciences de Paris (directeur du Muséum de Paris de 1966 à 1970) et, à sa suite, de nombreux autres biologistes, jugeant excessivement narcissique le nom d'« Anthropocène », proposèrent en 1993 d'appeler l'ère commencée en 1957 (débuts de la conquête spatiale) « Cosmozoïque » (« vie dans l'Espace », tant pour Laïka ou les cosmonautes que pour les micro-organismes extrémophiles involontairement implantés sur Mars[réf. nécessaire]) et la période actuelle « Molysmocène » (« âge de la pollution », parce que les paléontologues du futur, s'il y en a, découvriront peu de restes humains fossilisés, mais énormément de déchets, fait qui a aussi donné l’expression « Poubellien supérieur » proposée par certains géologues ou archéologues[9]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis-Gilles Francœur, « Environnement - L'Anthropocène, l'ère des déséquilibres », Le Devoir,‎ 9 janvier 2012
  2. Michel Lussault, L'Avènement du Monde. Essai sur l’habitation humaine de la Terre, Seuil,‎ 2013, p. 27
  3. (en) C.N. Waters, J.A. Zalasiewicz, M. Williams, M.A. Ellis, A.M. Snelling, A Stratigraphical Basis for the Anthropocene, Geological Society of London,‎ 2014, p. 111
  4. Claude Lorius, Laurent Carpentier, Voyage dans l'anthropocène. Cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, Éditions Actes Sud,‎ 2010, p. 47
  5. (en) Andrew Revkin, Global Warming : Understanding the Forecast, American Museum of Natural History, Environmental Defense Fund, New York, Abbeville Press,‎ 1992, 180 p.
  6. [PDF] (en) Patricia L. Corcoran, Charles J. Moore et Kelly Jazvac, « An anthropogenic marker horizon in the future rock record », GSA Today, vol. 24, no 6,‎ juin 2014, p. 4-8 (lire en ligne).
  7. (en) W. F. Ruddiman, « The anthropogenic greenhouse era began thousands of years ago », Climatic Change, vol. 61, no 3,‎ 2003, p. 261-293
  8. (en) P. J. Crutzen, Will Stephen, John Mc Neill, « The Anthropocene : Are Humans now Overwhelming the Great Forces of Nature? », Ambio, no 36,‎ décembre 2007, p. 614-621
  9. Patrick De Wever, Temps de la Terre, temps de l'Homme, Éditions Albin Michel,‎ 2012 (ISBN 2226209026), p. 240

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Lorius et Laurent Carpentier, « Voyage dans l'Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros ». Actes-Sud, 2011, 200 p. (ISBN 2742795340).
  • Andrew Revkin, Global Warming : Understanding the Forecast, American Museum of Natural History, Environmental Defense Fund, New York, Abbeville Press, 1992, 180 p.
  • Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer, « The “Anthropocene” », Global Change, NewsLetter, n° 41p. 17-18. IGBP, 2000.
  • Paul Crutzen, « Geology of Mankind », Nature, 3 janvier 2002, p. 23, traduction française dans Écologie & Politique, 34, p. 143-145.
  • Jacques Grinevald, La Biosphère de l'Anthropocène — Pétrole et climat, la double menace. Repère transdisciplinaire 1824-2007. Éditions Médecine & Hygiène, Genève, 2007, 292 p., ill. Collection « Stratégies énergétiques, Biosphère et Société ». (Seconde édition en préparation.)
  • Jacques Grinevald, « Le concept d’Anthropocène, son contexte historique et scientifique », dans Entropia, n° 12, printemps 2012, p. 22-38.
  • Catherine Larrère et Raphaël Larrère, Peut-on échapper au catastrophisme ? In Dominique Bourg, Pierre-Benoît Joly et Alain Kaufmann (dir [Quoi ?]), Du risque à la menace — Penser la catastrophe, Paris, PUF, 2013.
  • Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement Anthropocène — La Terre, l'Histoire et nous, Seuil, 2013.
  • Alain Gras, « Qu'est-ce que l'anthropocène ? », L'Écologiste n°43, avril-juin 2014, p. 45-48

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]