Saintes Maries
Sous le vocable de saintes Maries ou Trois Maries, la tradition catholique désigne trois femmes disciples de Jésus : Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobé, qui selon la Tradition chrétienne ou la légende, seraient venues s'établir en Camargue.
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La légende des Saintes Maries (Trois Maries) [modifier]
Les hagiographes, afin de relier le christianisme provençal à une présence des premiers disciples du Christ, ont popularisé un débarquement en Camargue des trois Marie, accompagnées d'un groupe comprenant Marthe, Lazare le ressuscité, Maximin, Sidoine l'aveugle qui deviendra saint Restitut et Joseph d'Arimathie, porteur du Saint Graal[1].
Chassés de Palestine et placés dans une barque sans voile ni rame, ils furent poussés par les courants vers le delta du Rhône où ils s'échouèrent en 48[Informations douteuses]. Là, ils furent accueillis par Sarah la noire, qui devint la servante des Maries[1].
Seules resteront sur place Marie Salomé, Marie Jacobé et Sarah. Elles y moururent, et l'endroit où elles furent ensevelies, traditionnellement situé aux Saintes-Maries-de-la-Mer, devint un important lieu de culte et de pèlerinage chrétien ainsi qu'une halte sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, fils de Marie Salomé[1].
Marie-Madeleine se retira dans le massif de la Sainte-Baume, Lazare devint le premier évêque de Marseille, Maximin, celui d'Aix et Sidoine, celui du Tricastin, tandis que Marthe s'en fut à Tarascon, où, d'après la légende, elle terrassa la terrible Tarasque[1].
Le culte des Trois Maries [modifier]
Marie Jacobé, Marie Salomé et Sarah furent inhumées ensemble et sur place près de leur oratoire qui fut transformé en église[1]. Le début du culte qui leur fut rendu est seulement assuré au cours du Moyen Âge où il fut développé par les croyances issues de la Légende dorée[2]. Benoît XII, au cours de son pontificat, approuva le culte qui leur était rendu, mais l'invention de leurs reliques ne date que de 1448 et est due au Roi René[3]. Par exemple, Pierre de Nantes, évêque de Léon vient en pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer et contribua à développer le culte des Trois Maries en Bretagne.
Un narrateur du XVIIIe siècle, écrit : « L'an 1447 il [ René d'Anjou ] envoya demander des Bulles au Pape Nicolas V pour procéder à l'inquisition de ces Corps Saints ; ce qui lui ayant été accordé, les Os des Maries furent mis dans de riches & superbes Châsses. Pour Sainte Sara, comme elle n'était pas de la qualité de ses Maîtresses, ses ossements ne furent renfermés que dans une simple caisse, qu'on plaça sous un Autel dans une Chapelle souterraine[4]. »
Lors des fouilles que le comte de Provence ordonna trois cippes furent exhumés, ils furent considérés comme les oreillers des saintes. Toujours visibles dans la crypte de l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, les deux premiers sont consacrés aux Junons et le troisième est un autel taurobolique ayant servi au culte de Mithra[3].
Jean-Paul Clébert suggère que le culte des trois Maries (les Tremaie) s'est substitué à un antique culte rendu aux trois Matres, divinités celtiques de la fécondité, et qui avait été romanisées sous le vocable des Junons[5].
Le rituel de la procession à la mer [modifier]
Fernand Benoit, qui fut le premier historien à décrypter ce folklore, souligne pour les trois Maries et pour Sarah, l'importance de la procession à la mer. Depuis 1936, l'immersion de la sainte noire, que font les Bohémiens, précède d'un jour celle des Maries en leur barque. La statue de Sarah est immergée jusqu'à mi-corps[6].
En Camargue, l'immersion rituelle dans la mer obéit à une tradition séculaire. Déjà au XVIIe siècle, les Camarguaises et Camarguais se rendaient à travers les bois et les vignes, sur la plage, alors éloignée de plusieurs kilomètres de l'église des Saintes, et se prosternaient à genoux dans la mer[6].
« Le rite de la navigation du « char naval », dépouillé de la légende du débarquement, apparaît comme une cérémonie complexe qui unit procession du char à travers la campagne et pratique de l'immersion des reliques, il se rattache aux processions agraires et purificatrices qui nous ont été conservées par les fêtes des Rogations et du Carnaval »
— Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin, Arts et traditions populaires[7]
Et l'historien de souligner que ces processions à la mer participent au caractère même de la civilisation provençale et à sa crainte respectueuse de la Méditerranée puisqu'elles se retrouvent tant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, qu'à Fréjus, Monaco, Saint-Tropez ou Collioure, liées à d'autres saints ou saintes[8].
Notes et références [modifier]
- Jean-Paul Clébert, op. cit., p. 422.
- Claudia Rabel, ""Des histoires de famille : la dévotion aux trois Maries en France du XIVe au XVe siècle : textes et images", Revista de historia da arte, 7, 2009, p. 121-136, consultable http://blog.pecia.fr/
- Jean-Paul Clébert, op. cit., p. 423.
- Jean de Labrune, Entretiens historiques et critiques de Theotyme et d'Aristarque sur diverses matières de littérature sacrée, vol. 2, Amsterdam, 1733, p. 217
- Jean-Paul Clébert, op. cit., p. 421.
- Fernand Benoit, op. cit., p. 253.
- Fernahd Benoit, op. cit., pp. 253-254
- Fernand Benoit, op. cit., pp. 250-252.
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Histoire de la Camargue
- Pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer
- Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume
- Marie de Magdala
- Marie de Béthanie
Bibliographie [modifier]
- Jean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972.

- Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin, Atrs et traditions populaires, Éd. Aubanel, Avignon, 1992, (ISBN 2700600614)

- Frédéric Simien, Camargue, fille du Rhône et de la mer, éditions Alan Sutton, 2010.