Représailles après la mort de Karl Hotz

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Avis du général von Stülpnagel, Paris, 21 octobre 1941.

Le 20 octobre 1941, le responsable des troupes d'occupation en Loire-Inférieure[1], le lieutenant-colonel Karl Hotz, est abattu à Nantes par des résistants. En représailles, les autorités allemandes d'occupation fusillent, le 22 octobre 1941, 48 prisonniers pris comme otages à Châteaubriant, Nantes et Paris.

Deux jours après, le 24 octobre 1941, 50 autres otages sont fusillés au Camp de Souge à Martignas-sur-Jalle, près de Bordeaux après l'exécution d'un autre officier, Hans Reimers.

L'attentat du 20 octobre 1941[modifier | modifier le code]

Karl Hotz[modifier | modifier le code]

De 1929 à 1933, Karl Hotz a travaillé à Nantes comme ingénieur responsable du chantier de comblement de l'Erdre et du percement d'un tunnel Saint-Félix, dirigeant une équipe de travailleurs allemands mandatés par la société Brand, une entreprise de travaux publics de Düsseldorf, au titre des réparations de la Première Guerre mondiale. Karl Hotz est donc une personnalité connue à Nantes, au moins dans la haute société, lorsqu'en juin 1940, il est affecté dans cette ville comme Feldkommandant, c'est-à-dire responsable des troupes d'occupation du département de Loire-Inférieure. De juin 1940 à octobre 1941, il ne semble pas avoir suscité d'hostilité personnelle particulière au sein de la population.

L'attentat[modifier | modifier le code]

Le 20 octobre 1941[2], il est abattu rue du Roi-Albert, à Nantes, par un militant communiste, Gilbert Brustlein, membre d'un commando envoyé de Paris par l'OS (branche armée de la résistance communiste), dans lequel se trouvent aussi Spartaco Guisco, ancien officier des Brigades internationales et le très jeune Marcel Bourdarias.

Leur mission n'était pas d'abattre préférentiellement Karl Hotz, mais n'importe quel officier allemand, en fonction des circonstances[Note 1]. Les membres du commando se trouvent peu avant 8 heures place Saint-Pierre, devant la cathédrale de Nantes. Karl Hotz passe là à ce moment, sur le chemin de la Kommandantur (place Louis-XVI), accompagné de son aide de camp, le capitaine Sieger.

Tandis que l'arme de Spartaco Guisco, qui visait le capitaine[Note 2] Sieger, s'enraye au moment de tirer, Brustlein tire deux balles dans le dos de Karl Hotz. Les deux résistants[Note 3] réussissent à prendre la fuite, tandis que Sieger assiste à la mort rapide de Hotz.

Sur l'organisation et le déroulement de l'attentat : voir la page plus détaillée « Gilbert Brustlein ».

Réaction des autorités allemandes[modifier | modifier le code]

Avis de la Préfecture de la Loire-Inférieure, Nantes, 21 octobre 1941.

La nouvelle de l'attentat est transmise à Hitler par von Stülpnagel ; Hitler envisage l'exécution immédiate de 100 à 150 otages[2], chiffre que von Stülpnagel ramène le 21 octobre à 100, divisés en deux groupes : 50 dans l'immédiat, puis 50 autres, si les coupables n'ont pas été pris le 23 octobre[2].

Le 22 octobre 1941, 48 personnes (au lieu de 50)[2] sont exécutées à Châteaubriant, Nantes et Paris.

Entre temps, le 21 octobre, un autre militant de l'OS, Pierre Rebière a abattu à Bordeaux le conseiller d'administration militaire Hans Reimers[2]. Ce nouvel attentat entraîne l'exécution, le 24 octobre, de 50 otages[2] au camp de Souge en Gironde.

Malgré cela, les 50 otages envisagés en deuxième instance à Nantes vont bénéficier d'un report, puis d'une suspension de l'ultimatum[2],[3].

Constitution de la liste des otages[modifier | modifier le code]

La politique allemande des otages[modifier | modifier le code]

À partir du 19 juin 1940, les autorités allemandes d'occupation garantissent, à Nantes comme ailleurs, la sécurité des troupes d'occupation en désignant à tour de rôle comme otages des notables — élus, présidents d'association, etc. — consignés pour quelques heures en un lieu de regroupement ou simplement à leur domicile. Après novembre 1941, cette pratique tombera en désuétude sans qu'aucun de ces otages ait été passé par les armes[4].

Mais la vague d'attentats initiée le 21 août 1941 par Fabien à la station de métro Barbès-Rochechouart à Paris, a amené les Allemands à modifier leur politique des otages[5] en privilégiant, pour tout attentat, la piste « judéo-bolchevique », même en l'absence de toute revendication. Cette politique sera parfaitement formulée par l'ambassadeur allemand à Paris Otto Abetz en décembre 1941 :

« Même lorsqu'il est clairement prouvé que les auteurs d'attentats sont des Français, il est bon de ne pas mettre cette constatation en relief, mais de tenir compte de nos intérêts politiques et de prétendre qu'il s'agit exclusivement de Juifs et des agents à la solde des services de renseignements anglo-saxons et russes[6]. »

Du 22 juin (début de l'invasion allemande en URSS) au 22 octobre 1941, quatre Allemands seulement ont été tués par la Résistance, mais de nombreux attentats matériels, même de faible impact, montrent qu'il ne s'agit pas d'actes isolés, mais bien d'une vague d'attentats. Le commandant militaire de la Wehrmacht en France (Militärbefelshaber in Frankreich, MBF), Otto von Stülpnagel réagit en premier lieu en demandant au gouvernement de Vichy d'exercer lui-même la répression. Aussi, le nouveau ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu crée des tribunaux d'exception : les « Sections spéciales » qui envoient à la guillotine, après jugement sommaire, un certain nombre d'internés communistes ou apparentés.

Les Allemands prennent ensuite en charge eux-mêmes l'exécution d'otages : trois sont fusillés le 6 septembre, dix autres le 16 septembre. Cette répression apparait trop douce à Hitler qui trouve Stülpnagel trop mou et lui envoie la directive d'exécuter au moins cent otages pour chaque Allemand tué[7]. Stülpnagel, arguant que les troupes allemandes ne sont pas menacées, ne se hâte pas d'engager cette politique de représailles massives. Il ne tient pas à se mettre à dos une population qui travaille pour le plus grand bénéfice de la puissance occupante. Il ne veut pas non plus mettre en porte-à-faux le gouvernement de Vichy qui, de son point de vue, collabore de façon satisfaisante. « Des exécutions massives ne sont pas encore justifiées par la situation. Elles pourraient entraîner la résistance de toute la population française, ce qui pour des raisons politiques, militaires et économiques, pourraient conduire à d'importantes difficultés [...] » écrit-il le 11 septembre au haut-commandement de l'armée de terre[8].

Malgré tout, Stülpnagel doit tenir compte de la politique dictée par Berlin : le 28 septembre, il publie, à destination des chefs de régions militaires un « code des otages » dans lequel il demande l'établissement de listes constituées en fonctions des priorités suivantes[9],[10] :

« a) les anciens élus des organisations communistes et anarchistes, ainsi que les permanents ;
« b) les personnes qui se sont adonnées à la diffusion de l'idéologie communiste par la parole ou par les actes, par exemple par la rédaction de tracts (intellectuels) ;
« c) les personnes qui ont montré par leur comportement qu'elles étaient particulièrement dangereuses (par exemple, agresseurs de membres de la Wehrmacht, saboteurs, receleurs d'armes) ;
« d) les personnes arrêtées pour distribution de tracts ;
« e) les personnes arrêtées récemment à la suite d'actes de terreur ou de sabotage en raison de leurs relations avec l'entourage des auteurs supposés desdits actes. »

Le choix des otages de Loire-Inférieure en octobre 1941[modifier | modifier le code]

En vertu de ces directives, le 20 octobre, après la mort du Feldkommandant Hotz, les autorités militaires de la région militaire B, dont le chef-lieu est Angers, sont invitées à constituer une liste de 200 noms dans laquelle sera faite une sélection de 100 otages à exécuter. Mais tous les noms récupérés par les différents services allemands mis à contribution ne suffisent pas. Des officiers dépêchés au camp de Choisel à Châteaubriant se font remettre le registre des internés, ce qui leur permet d'établir cette liste de 200 noms.

Les directives d'Hitler relativement à l'attentat de Nantes, communiquées à Stülpnagel par l'intermédiaire de Wilhelm Keitel et de Walter Warlimont, sont d'exécuter immédiatement de 100 à 150 otages[2]. Stülpnagel applique la directive en publiant, le 21 octobre son AVIS prévoyant l'exécution immédiate de 50 otages et l'exécution conditionnelle de 50 autres, au cas où les coupables n'auraient pas été arrêtés le 23 octobre[2].

La liste des 50 otages[modifier | modifier le code]

Pierre Pucheu est chargé d'établir une première liste de 50 otages ; en fait, il va fournir une liste de 61 personnes (laissant aux Allemands le soin d'en retirer 11), des prisonniers communistes ou militants syndicalistes du camp de Châteaubriant. Il a tout fait pour que soient désignés des communistes plutôt que des « bons Français »[11].

Mais les Allemands amendent la structure de cette liste de façon à ce qu'elle soit plus « représentative » et que l'ensemble de la population française se sente concernée : elle devra comprendre 30 communistes (du camp de Châteaubriant) et 20 résistants de Nantes. Pierre Pucheu établit une seconde liste de 36 otages de Châteaubriant (curieusement, cette liste de 36 comprend de nouveaux noms par rapport à celle de 61, notamment Guy Môquet et Claude Lalet), dont les Allemands retiendront finalement 27 noms (dont les deux jeunes gens). En ce qui concerne les résistants de Nantes (dont cinq sont pris dans la prison du fort de Romainville), le mode d'établissement de la liste finale est moins bien connu.

Des 23 otages de Nantes, deux d'entre eux : l'avocat Fernand Ridel et un certain Dauguet, vont être finalement retirés de la liste sans être remplacés, grâce aux tensions qui existent entre l'armée (l'Abwehr) et les nazis (la Gestapo), de sorte qu'il n'y a eu « que » 48 fusillés le 22 octobre. En ce qui concerne Fernand Ridel, on sait qu'il a bénéficié de l'intervention de personnalités de la haute société nantaise, relations de Karl Hotz, notamment la marquise de Sesmaisons[12], qui ont signalé que Fernand Ridel était lui-même un ami de Hotz.

Suspension de l'ultimatum du 21 octobre[modifier | modifier le code]

Entre temps, le vice-président du Conseil Darlan avait déclaré qu'il ferait tout pour découvrir les coupables. Pétain et ses ministres avaient demandé un acte de grâce au Führer. Stülpnagel avait également fait valoir aux yeux d'Hitler la parfaite loyauté de Jacques Benoist-Méchin, secrétaire d'État à la présidence du Conseil et de Pucheu[13].

Le 24 octobre, l'ultimatum est repoussé de 3 jours, et, le 27, il est repoussé sine die, avec l'accord de Hitler. En dehors de l'aspect politique (la réaction hostile de la population, l'attitude du gouvernement de Vichy), sont intervenus des actions au niveau local : la dénonciation de suspects (qui se révèleront ultérieurement effectivement être des responsables : Gilbert Brustlein et Marcel Bourdarias) par une restauratrice de Nantes (voir la page « Gilbert Brustlein » pour les détails) ; une pétition lancée par le père d'un des fusillés du 22 octobre, M. Glou ; peut-être aussi une intervention du Kreiskommandant de Châteaubriant, Kristukat, qui, d'après le sous-préfet Lecornu, a été sidéré par le comportement héroïque des 27 fusillés de Châteaubriant. Tout cela permet aux autorités allemandes locales de justifier l'abandon de l'ultimatum.

Il y avait un caractère à double tranchant dans ces exécutions dont toutes les parties étaient conscientes. Elles avaient un effet de terreur sur la population, mais aussi renforçaient la haine contre l'occupant en montrant sa cruauté, malgré les efforts des Allemands et de Vichy pour souligner qu'ils se cantonnaient à tuer des Juifs et des communistes et non des « bons Français » au sens de Vichy. Cette politique conduisait donc à des dilemmes parmi la Résistance. Le Parti communiste menait en effet une campagne d'assassinats systématiques d'officiers allemands. Même au sein du Parti, ces actes étaient critiqués à cause des exécutions d'otages qu'ils provoquaient. Mais en contrepartie, ces représailles mobilisaient davantage la population contre l'occupant, amenant toujours plus de personnes à s'engager dans la Résistance[14].

Présentation des otages sélectionnés[modifier | modifier le code]

Les otages fusillés à Châteaubriant[modifier | modifier le code]

Ce sont des responsables communistes victimes de la rafle[15] d'octobre 1940, organisée sans doute sur ordre de Himmler, mais réalisée par la police française. Les militants arrêtés à ce moment se sont trouvés handicapés par l'absence de moyens sérieux pour passer dans la clandestinité. Cette erreur est liée à la ligne du Parti, qui se veut alors neutre par rapport à l'Allemagne. Ces responsables sont incarcérés à Paris, puis à Clairvaux ou Fontevrault et sont transférés au camp de Choisel en mai 1941. Il y a aussi des militants arrêtés par la police française sur dénonciation (Guy Môquet) ou pour collage de papillons ou à la suite de la manifestation du 13 août 1941. Tous ces otages vont former la troisième partie du camp (à côté des Romanichels et des droits communs).

Voir la liste des fusillés.

Les otages fusillés à Nantes[modifier | modifier le code]

Ils appartiennent à différents groupes de résistants :

Le groupe des anciens combattants
Il comprend[16] Paul Birien, Joseph Blot, Auguste Blouin, Alexandre Fourny, Léon Jost. Marin Poirier, exécuté le 31 août, et Fernand Ridel (retiré de la liste in extremis) appartenaient à ce groupe.
Il s'agit de membres d'associations d'anciens combattants (donc des gens relativement âgés). Au départ, ces associations se sont chargées durant l'été 1940 d'assister les 50 000 prisonniers de guerre détenus en Loire-Inférieure (colis, etc.). Mais plusieurs de leurs membres ont organisé un réseau d’évasion de prisonniers, qui une fois hors des camps sont acheminés soit vers l’Angleterre via la Bretagne, soit vers la zone libre. Le réseau opère à partir des bureaux de l’Association des mutilés et réformés, situés rue Saint-Léonard et dont le responsable est Auguste Bouvron ; une des activités est l'établissement des faux papiers nécessaires par la secrétaire, Mlle Litoux. De juillet à décembre 1940, le réseau réussit à faire évader 2 248 personnes.
Le réseau tombe en janvier 1941. Auguste Bouvron a réussi à passer en zone libre. La culpabilité des autres n’est pas claire et leur statut d'anciens combattants (parfois mutilés, comme Léon Jost) leur est favorable : le procès est plusieurs fois reporté. Il a finalement lieu le 16 juillet devant le tribunal militaire allemand (Feldgericht), situé rue Sully et présidé par un SS, Dormagen. Les accusés chargent Auguste Bouvron (avec son accord). Ils sont condamnés à des peines de forteresse : six mois (Mlle Litoux), quatre ans et demi (Marin Poirier), trois ans pour les autres. Deux d'entre eux vont faire appel ; l'appel est jugé le 27 août : Marin Poirier est condamné à mort et exécuté le 31 août ; Mlle Litoux voit sa peine portée de six mois à trois ans.
Les jeunes résistants
Michel Dabat, Frédéric Creusé, Jean-Pierre Glou, Jean Grolleau sont des jeunes gens qui ont participé à différents réseaux de résistance : le réseau « Vandernotte » pour les trois premiers, « Max Veper » pour le quatrième.
Ils sont jugés le 8 août 1941, ainsi que Christian de Mondragon[Note 4], 17 ans, et des gens plus âgés[17] : M. Glou père, Mme Dupuy de Guigueron, Mlles Le Lostec et Fonteneau. Faute de preuves catégoriques, seulement trois peines sont prononcées, inférieures à la durée de détention provisoire. Les prévenus devraient donc être relâchés, mais sont maintenus en détention, sur décision de la Gestapo, semble-t-il, alors qu'à l'époque Karl Hotz aurait voulu l'application de la décision du tribunal. Seul Christian de Mondragon sera libéré quelques semaines plus tard (probablement en raison de son jeune âge).
Jean Platiau.
Les communistes
René Carrel, Joseph Gil, Robert Grassineau, Léon Ignasiak.
Cas particuliers
Maurice Allano et André Le Moal sont inclus dans la liste pour s’être battus avec des soldats allemands.

Le 22 octobre, les otages de Nantes sont répartis dans deux prisons : 13 à la prison centrale (Lafayette), dans la section sous contrôle allemand (dirigée par le comte (Graf) von Zeppelin), 3 à la prison militaire des Rochettes (entièrement sous contrôle allemand).

Voir la liste des fusillés.

Les otages fusillés à Paris[modifier | modifier le code]

Marcel Hévin[18] est le responsable du réseau « Patt », dont fait partie Hubert Caldecott. Marcel Hévin est arrêté le 25 janvier et transféré à Paris le 1er octobre, comme Hubert Caldecott.
Philippe Labrousse a tenté d'aider Max Veper après l'arrestation de celui-ci. Il est arrêté le 12 avril et transféré à Paris le 1er octobre.
André Ribourdouille, Victor Saunier.

À Paris, ils sont tous détenus au fort de Romainville.

Voir la liste des fusillés.

Les exécutions (22 octobre 1941)[modifier | modifier le code]

À Châteaubriant et Nantes, dans chacun des trois lieux de détention, les otages sont regroupés au début de l’après-midi (sans connaître formellement le motif de ce regroupement). Ce ne sont pas les autorités qui les informent de leur sort, mais les prêtres catholiques français chargés de les assister moralement. D’après les récits laissés par ces prêtres, leur entrée dans la salle est suffisante pour que les otages comprennent ce qui va se passer. Les prêtres recueillent les lettres (qui seront relues par la censure) et les objets personnels à transmettre aux familles. Ils ne sont pas autorisés à accompagner les condamnés aux trois lieux d’exécution, où se trouvent cependant des aumôniers militaires allemands.

Les corps sont inhumés dans différents cimetières, dans des tombes anonymes. En dispersant les corps, les Allemands veulent éviter la formation d'un lieu de pèlerinage où pourraient s'exprimer des sentiments d'hostilité à leur encontre. Mais la dispersion n'a pas empêché que les tombes des otages soient fleuries dès les premiers jours et pendant toute la durée de la guerre.

À Paris, le déroulement des exécutions est plus expéditif.

Les familles des fusillés sont informées, non pas par les autorités, mais par la publication de la liste des 48 dans la presse, le matin du 23 octobre.

Avis paru dans L'Œuvre du 23 octobre 1941 : liste des 48 fusillés du 22 octobre 1941.

Châteaubriant, camp de Choisel[modifier | modifier le code]

Au camp de Choisel, les otages, regroupés dans la baraque 6, sont assistés par l'abbé Moyon, curé de Béré (un quartier populaire de Châteaubriant, le curé de Châteaubriant ayant refusé d'assister des communistes). À 14 h, trois camions allemands viennent les chercher. Ils sont emmenés à la carrière de la Sablière, située à la sortie de Châteaubriant. Ils sont fusillés en trois groupes de 9 à 15 h 50, 16 h et 16 h 10.

Parmi eux figure Guy Môquet. Il s'agit du plus jeune des fusillés (17 ans). Il refuse que ses camarades intercèdent en sa faveur. « Je suis communiste autant que toi » déclare-t-il au docteur Ténine. Tous refusent d'avoir les yeux bandés et les mains liées. Ils meurent en chantant la Marseillaise.

Parmi les autres fusillés de Châteaubriant, on peut citer Charles Michels, député communiste du 15e arrondissement de Paris et Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la fédération des métaux CGT de la région parisienne. Il y avait également deux trotskistes : Marc Bourhis et un communiste qui avait rompu avec le PCF à la suite du Pacte germano-soviétique, le maire de Concarneau Pierre Guéguin.

Le soir du 22, les corps sont amenés au château de la ville, où se trouve la sous-préfecture et placés en désordre dans une salle. Le soir du 23, ils sont placés dans des cercueils puis emmenés par groupe de trois dans les cimetières de neuf communes proches de Châteaubriant, notamment : Moisdon-la-Rivière (Raymond Laforge), Saint-Aubin-des-Châteaux, où René Guy Cadou est présent lors du passage du camion (Jean-Pierre Timbaud), Petit-Auverné (Guy Môquet), Villepot.

Nantes[modifier | modifier le code]

À la prison Lafayette, les otages sont dispersés dans des cellules et n'ont pas été mis au courant des événements ; lorsqu'ils sont appelés, ils ignorent pour quelle raison. Ils reçoivent l'assistance de l'abbé Fontaine, aumônier de la prison. Ils sont emmenés au champ de tir du Bèle et fusillés en 4 groupes de 3 ou 4 ; le délai de la première à la dernière fusillade est de 40 minutes.

À la prison des Rochettes, les otages sont assistés par l'abbé Théon, professeur au collège Saint-Stanislas. Ils sont amenés en dernier lieu au terrain du Bèle.

Les corps sont inhumés dans les cimetières de trois communes au sud-est de Nantes : Basse-Goulaine, Haute-Goulaine et Saint-Julien-de-Concelles[19].

Paris, fort de Romainville[modifier | modifier le code]

Ici les choses se passent dans la précipitation : appelés vers 14 h 30, les otages sont directement emmenés au fort du Mont-Valérien où ils sont assistés par l'abbé Stock, mais ils ont juste le temps d'écrire une lettre et sont fusillés ensemble vers 15 h 30.

Liste des fusillés du 22 octobre[modifier | modifier le code]

La liste des fusillés est publiée dans la presse le 23 octobre 1941 sous le titre « AVIS »[20] ; elle indique simplement le nom, le prénom, la localité d'origine et le motif de l’arrestation ou de la condamnation de l’otage. Les otages sont numérotés de 1 à 48 ; l'ordre est établi en fonction des motifs de condamnation, quoique de façon pas totalement cohérente.

Cinq motifs sont retenus :

  • député communiste (1 cas) ;
  • secrétaire de « Syndicat communiste » (4 cas) ;
  • communiste (26 cas) ;
  • violences contre des soldats allemands (2 cas) ;
  • action en faveur de l'ennemi (15 cas).

Les listes ci-dessous sont présentées dans l’ordre alphabétique, ensuite sont données quelques indications biographiques (âge, profession, fonctions, activités politiques, date d’arrestation ou de jugement).

Réactions[modifier | modifier le code]

Roosevelt french hostages.jpg

L'exécution de 48 otages le 22 octobre, suivie le 24 de celle de 50 otages à Martignas-sur-Jalle (Bordeaux), suscite une énorme émotion en France et dans le monde[2],[5].

Le 25 octobre le général de Gaulle déclare à la radio de Londres : « En fusillant nos martyrs, l'ennemi a cru qu'il allait faire peur à la France. La France va lui montrer qu'elle n'a pas peur de lui [...] J'invite tous les Français et toutes les Françaises à cesser toute activité et à demeurer immobiles, chacun où il se trouvera, le vendredi 31 octobre, de 4 heures à 4 heures 5 [...][26] ». Une grève symbolique de cinq minutes est organisée à travers toute la France. Le 11 novembre, de Gaulle décerne à la ville de Nantes le titre de Compagnon de la Libération.

Un tract daté du 25 octobre est largué entre le 30 octobre et le 4 novembre 1941 sur la France. Il comporte d'un côté la déclaration de Winston Churchill au sujet des otages, et de l'autre côté celle de Franklin Roosevelt[27], ce qui est d'autant plus important que les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre. À propos de l'exécution d'otages non combattants, Roosevelt déclare que « Les peuples civilisés ont depuis longtemps adopté le principe qu'aucun homme ne doit être puni pour les actes d'un autre homme. » Il déclare également qu'il pense lui-même que ces actions ne peuvent que renforcer l'opposition à l'Occupation : « Les nazis auraient pu apprendre de la dernière guerre l'impossibilité de briser le courage des hommes par la terreur. »

À la Libération[modifier | modifier le code]

Après la Libération, les otages auront des obsèques nationales et leurs familles pourront les inhumer où elles le souhaitent ; certaines n'ont pas procédé au transfert (c'est par exemple le cas de Jean-Pierre Timbaud à Saint-Aubin-des-Châteaux). Dès 1945, le nouveau boulevard créé par le comblement de l'Erdre prend le nom de Cours des 50-Otages et un monument aux Cinquante Otages est inauguré en 1952 à l'extrémité du cours.

La mémoire des exécutions[modifier | modifier le code]

Évocations littéraires[modifier | modifier le code]

Un poème de René Guy Cadou, intitulé Les fusillés de Châteaubriant, évoque les derniers moments des exécutés :

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus
[...]
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.


Il est plus difficile, sans la dédicace, de saisir que le poème La Rose et le Réséda[28] de Louis Aragon parle aussi de ces fusillés. Mais ce poème dit bien que leur sacrifice sera utile[29].

Article détaillé : La Rose et le Réséda.

à Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves
comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle[Note 6]
Prisonnière des soldats
[...]
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
[...]
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Le poème souligne par de nombreuses répétitions des deux premiers vers que dans la Résistance, l'union sacrée transcendait les clivages religieux.

Mémoire historique[modifier | modifier le code]

En France

On peut remarquer plusieurs faits :

  • à Nantes, la mémoire officielle a retenu le nombre de 50 otages (nom d'un cours, monument), qui est exact au sens littéral, mais qui nécessite des explications sur le nombre de 48 fusillés ;
  • les exécutions du 22 octobre sont beaucoup plus connues que celle du 24 octobre à Bordeaux, pourtant plus nombreuse. Cependant, en novembre 1941, la colonne Leclerc rendait hommage dans le désert du Sahara aux « 100 otages morts pour la France » ;
  • des exécutions du 22 octobre, l'exécution de Châteaubriant est la plus connue.

L'exécution de Châteaubriant est devenue, après la guerre, emblématique, pour différentes raisons (par exemple : le poème de René Guy Cadou ; il est d'ailleurs normal qu'il l'ait écrit sur les fusillés de Châteaubriant (ils sont une trentaine) puisqu'il avait presque eu contact avec eux, étant à Saint-Aubin-des-Châteaux à cette époque), mais qu'elle a un peu occulté les autres.

La reconnaissance tardive de la présence de militants trotskistes parmi les fusillés

Pendant longtemps, l'appartenance au courant trotskiste de Marc Bourhis fut occultée. En 1980, une polémique oppose un militant communiste, ancien interné de Châteaubriant, qui nie que Marc Bourrhis soit trotskiste[30], à Alain Krivine, dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire[31]. Pourtant, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Maîtron et Pennetier établit clairement cette appartenance. Leurs auteurs démentirent publiquement l'ancien interné de Châteaubriant.

La polémique porte aussi sur Pierre Guéguin, présenté comme « communiste » par le PCF, mais qui avait rompu avec ce parti lors du Pacte germano-soviétique de 1939 et était devenu sympathisant trotskiste. Ce n'est qu'en 2003 que L'Humanité reconnaît les sympathies trotskistes de l'ancien maire de Concarneau[32].

En Allemagne, une connaissance fragmentaire
Timbre est-allemand de 1974 portant la mention « Monument national à la mémoire des héros de la Résistance française à Châteaubriant, France. ».

L'historien allemand Eberhard Jäckel[2], fait mention de ces évènements dans son livre Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, paru en 1966 (traduction française : La France dans l'Europe de Hitler, 1968)[33].

Le livre de Louis Oury[34]. donne l’impression que les historiens allemands qui discutaient avec lui ne connaissaient pas le sujet, qu’ils le découvraient. Il est donc à l’honneur de la ville de Sarrebruck d’avoir essayé de combler cette lacune en publiant un livre sur un sujet difficile.

Le téléfilm La Mer à l'aube de Volker Schlöndorff est diffusé sur Arte en mars 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. De la même façon que, quelques mois plus tôt, Pierre Georges (le colonel Fabien) a abattu l'aspirant Moser au métro Barbès à Paris, parce qu'il se trouvait là.
  2. Sieger, bien que désigné comme Doktor Sieger ou Dr Sieger, n'est pas nécessairement médecin même militaire : en Allemagne, toute personne pourvue d'un doctorat est appelée docteur.
  3. Marcel Bourdarias n'était pas présent lors de l'attentat.
  4. Avec Michel Dabat, c'est lui qui a placé un drapeau français sur la cathédrale le 11 novembre 1940.
  5. Originaire d'Indochine française.
  6. L'expression : « la belle » désigne la France.
Références
  1. Loire-Atlantique depuis le 9 mars 1957
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe de Hitler (préface de Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier),  éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », 1968, 554 p., p. 275-277
  3. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Le Sang des communistes, les bataillons de la jeunesse dans la lutte armée – Automne 1941, Fayard, coll. « Documents », Paris, 2004, 415 p. (ISBN 2213614873 et 978-2213614878), p. 167-192.
  4. Berlière et Liaigre, op. cit., p. 53.
  5. a et b « Les fusillés de Châteaubriant – 22 octobre 1941, sur cheminsdememoire.gouv.fr, Ministère de la Défense (consulté le 9 octobre 2013).
  6. Ahlrich Meyer, L'occupation Allemande en France, 1940-44,  éd. Privat, Toulouse, 2002, p. 62.
  7. Berlière et Liaigre, op. cit., p. 62.
  8. Berlière et Liaigre, op. cit., p. 64.
  9. Berlière et Liaigre, op. cit., p. 65.
  10. Lucien Steinberg, Les Allemands en France – 1940-1944,  éd. Albin-Michel, Paris, 1980, p. 82.
  11. Pierre-Louis Basse, Guy Môquet – Une enfance Fusillée,  éd. Stock, Paris, 2000, édition 2007.VI (ISBN 978-2-234-05271-0), p. 162-164, dont cet extrait :
    « [...] une lettre découverte après la Libération, dans les archives de la Kommandatur de Châteaubriant, adressée aux autorités allemandes, le 20 octobre, par le sous-préfet [Bernard Le Cornu] : « comme suite à notre entretien de ce jour, j'ai l'honneur de vous confirmer que M. le ministre de l'Intérieur a pris contact avec le général von Stülpnagel afin de lui désigner les internés communistes les plus dangereux parmi ceux qui sont actuellement concentrés à Châteaubriant. Vous voudrez bien trouver ci-dessous la liste de soixante individus fournie à ce jour [...]. » »
  12. Yves de Sesmaisons, Une nantaise dans la Résistance – Yolaine de Sesmaisons, 1940-1945, Nantes, Coiffard, 2003 (ISBN 978-2910366445).
  13. Berlière et Liaigre, op. cit., p. 87-88.
  14. Vivre libre ou mourir, documentaire diffusé sur France 2 le lundi 18 février 2008 à 20 h 50.
  15. Gasche, op. cit., p. 39.
  16. Etienne Gasche, 50 Otages, mémoire sensible, Éditions du Petit Véhicule, Nantes, 1991, p. 30 et suivantes.
  17. Gasche, op. cit., p. 62.
  18. Gasche, op. cit., p. 54-55.
  19. Gasche, op. cit., p. 175 et La Résistance de l'Ouest, 21 octobre 1944, page 1, page reproduite dans Etienne Gasche :
    • Basse-Goulaine : Birien, Blot, Gil, Grolleau, Ignasiak, Platiau ;
    • Haute-Goulaine : Blouin, Carrel, Fourny, Grassineau, Jost, Le Moal ;
    • Saint-Julien-de-Concelles : Allano, Creusé, Dabat, Glou (aussi lieu d'inhumation de Marin Poirier).
  20. Par exemple dans Le Matin (photo dans Gasche, 1991), dans Le Phare, journal nantais (disponible sous forme de microfilm à la médiathèque Jacques Demy, Nantes, section Histoire locale). Les listes publiées comportent des fautes d'orthographe ou pire : dans Le Phare, on trouve « Moquet Yves », « Blatiau Jean » ; dans L'Œuvre  : « Guégin Pierre », « Bourghis Marc ».
  21. Voir aussi ce site : memorial-genweb.org.
  22. [PDF] « Huynh Khuong An », sur le site crdp.ac-creteil.fr, consulté le 29 janvier 2010 (archivé par wikiwix, 12 septembre 2013).
  23. Arrêté le 9 février 1941 pour avoir reproduit et diffusé l'appel du 10 juillet 1940 de Maurice Thorez et Jacques Duclos, voir ce site : apprendreenligne.net.
  24. Dominique Bloyet, « Joseph Blot, mon père ce héros fusillé », Presse-Océan, 17 octobre 2008, sur presseocean.fr, consulté le 20 janvier 2010.
  25. « Le lycée Saint-Stanislas rend hommage au résistant nantais Michel Dabat », sur maville.com.
  26. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'appel : 1940-1942 (tome I),  éd. Plon, Paris, 1954 ; rééd. Pocket, 1999 (nouvelle édition 2007) 440 p. (texte intégral), (ISBN 2266095269 et 978-2-266-09526-6), p. 282-283
  27. Collections du mémorial de Caen
  28. La rose et le réséda, texte intégral sur itinerairesdecitoyennete.org, [lire en ligne]
  29. bacdefrancais.net, La rose et le réséda, Aragon
  30. Dans Le Monde du 24 octobre 1980.
  31. Éléments de cette polémique sur le site consacré à René Guy Cadou : [1].
    Voir aussi l'article d'Inprecor, revue de la IVe Internationale : [2]
  32. Jean Morawski, « Châteaubriant. Sur les pas de Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau », L'Humanité, 18 octobre 2003, sur humanite.fr.
  33. Voir le chap. 11 « Volontaires et otages », p. 259-284 et en particulier les pages 275-277 sur les exécutions d'octobre 1941.
  34. Louis Oury, Le Cours des Cinquante Otages, Geschichtswerkstatt Saarbrücken, Sarrebruck, 1989

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Bloyet et Étienne Gasche, Nantes – Les 50 otages, Éditions CMD, coll. « Mémoire d'une ville », Montreuil-Bellay, 1999, 156 p.
  • Étienne Gasche, 50 Otages, mémoire sensible, éditions du Petit Véhicule, Nantes, 1991, 197 p. + XXII pages d'annexes.
    Cet ouvrage fournit de nombreux documents et étudie les problèmes posés par le déroulement de l'attentat de Nantes. L'auteur était professeur d'histoire-géographie à Nantes.
  • Louis Oury, Le Cours des Cinquante Otages, Geschichtswerkstatt Saarbrücken, Sarrebruck, 1989.
    Publication bilingue d'un entretien entre l'écrivain Louis Oury et des historiens de l'université de Sarrebruck (ville jumelée avec Nantes).
  • Fernand Grenier, Ceux de Châteaubriant, éditions sociales, 1961.
  • Les Fusillés de Châteaubriant, ministère de la Défense, collection « Mémoire et Citoyenneté ».
  • Alfred Gernoux, Châteaubriant et ses martyrs, 1971.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]