Franz Stock

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L'abbé Franz Stock

L'abbé Franz Stock, né le à Neheim (de) (Arnsberg) en Allemagne, mort à Paris le , est un prêtre catholique allemand.

Il est notamment aumônier dans les prisons parisiennes durant la Seconde Guerre mondiale (il assiste les condamnés à mort) puis supérieur du « séminaire des barbelés » de Chartres.

Son procès en béatification est ouvert par l'Église catholique en 2009.

Biographie[modifier | modifier le code]

Franz Stock est l’aîné de neuf enfants dans une famille ouvrière de Neheim. Il est élève de l’école primaire catholique et à l'âge de douze ans, il formule pour la première fois le vœu de prendre la soutane. En 1917, âgé de 13 ans, il est admis au lycée de Neheim où il obtient son baccalauréat en 1926.

Il débute alors des études théologiques à l’académie philosophico-théologique de Paderborn. En 1926, il participe à Bierville, près de Paris, au sixième Congrès démocratique international pour la Paix, organisé par Marc Sangnier avec la devise « La Paix par la jeunesse ». C'est là qu'il rencontre Joseph Folliet qui a ensuite une grande influence sur lui. À Pâques 1928, il retourne à Paris pour y suivre des études pendant trois semestres à l’Institut catholique de Paris. Il est le premier étudiant allemand à y être admis depuis le Moyen Âge. Il devient Compagnon de Saint François, mouvement qui aspire à réaliser l’idéal de la vie simple et de la paix. Par la suite, il participe à plusieurs rencontres internationales, notamment sur le Borberg près de Brilon en 1931.

Il reçoit le sous-diaconat le . Avant sa retraite de préparation, il écrit à ses parents : « [...] Ces jours-ci, je fais le pas décisif vers le sacerdoce. Je suis conscient de toute ma faiblesse et pourtant j’ai grande confiance en Celui qui nous fortifie et autant que je pourrai, je me montrerai digne de Lui. Car tout au long de ma formation, à n’en pas douter, la Providence de Dieu m’a conduit, depuis le jour où pour la première fois, j’ai songé à devenir prêtre, jusqu’aujourd’hui. »

Le , il est ordonné prêtre par l’archevêque de Paderborn, Kaspar Klein. Sur les images de sa première messe Franz Stock fait imprimer un extrait de la Première lettre de saint Pierre : « Obéissant à la vérité, sanctifiez vos âmes, pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, engendrés de nouveau d’un germe non point corruptible, mais incorruptible, la Parole du Dieu vivant et éternel. »

En 1934, il est nommé recteur de la Mission catholique allemande de Paris. Il habite au 21-23 de la rue Lhomond, près du quartier Latin.

En août 1939, quelques jours avant le déclenchement de la guerre, il doit, sur l’ordre de l’ambassade, regagner précipitamment l’Allemagne. Il exerce les fonctions de vicaire d'abord à Dortmund-Bodelschwingh et ensuite à Wanzleben (de).

Aumônier pendant l'Occupation[modifier | modifier le code]

Le , il est nommé à nouveau à la Mission catholique allemande de Paris où il arrive en octobre.

Début 1941, il commence à visiter les prisons parisiennes : Fresnes, La Santé et le Cherche Midi.

Le , il est nommé aumônier à titre de fonction secondaire par les autorités militaires allemandes. Il est chargé de prendre soin des détenus dans les prisons[1] et de préparer et accompagner les condamnés à mort jusqu’au lieu de leur supplice. De 1941 à 1944, il y a environ 11 000 captifs dans les prisons de Paris. Les exécutions ont lieu au fort du Mont-Valérien. Il écrit dans son journal que le nombre des exécutions auxquelles il a assisté devait être « un nombre à quatre chiffres, et pas le plus petit »[2].

Le 25 août 1944, lorsque le général de Gaulle entre dans Paris, l'abbé Stock se trouve à l’hôpital de la Pitié avec plus de 600 soldats Allemands blessés et intransportables. Quand les Américains prennent en charge l'hôpital, l'abbé Stock devient prisonnier de guerre, enregistré sous le matricule: US/PWIB/31 G/820274.

Le séminaire des Barbelés[modifier | modifier le code]

Fresque peinte par l'abbé Stock, dans la chapelle du Séminaire des barbelés. Inscrit MH (1995)
La chapelle rénovée le jour de son inauguration. Inscrit MH (1995)

Les abbés Rodhain et Le Meur de l'Aumônerie générale de Paris entrent en contact avec l'abbé Stock qui est alors retenu dans le grand camp de prisonniers de guerre de Cherbourg. On envisage la fondation d’un séminaire pour des théologiens allemands prisonniers. On veut en les amenant au sacerdoce en faire les éléments de renouveau pour le catholicisme en Allemagne. Peu après, l’abbé Stock se voit demander de diriger la formation spirituelle des séminaristes allemands prisonniers. Il est prévu d'installer le séminaire dans le camp Dépôt 51 situé à Orléans.

Le , l’abbé Le Meur accompagne l’abbé Stock à Orléans où ils trouvent déjà vingt-huit théologiens. Le , le « séminaire des Barbelés » est transféré d’Orléans vers le camp 501 au Coudray près de Chartres[3]. Le Colonel Gourut « confie » alors les 160 séminaristes à Notre-Dame de Chartres. Deux jours plus tard, le 19 août, l’évêque de Chartres, Mgr Raoul Harscouët, accompagné de son secrétaire l’abbé Pierre André, rend déjà visite au séminaire. Plus tard, il se rend fréquemment dans le camp, s’adressant aux séminaristes par « Mes chers enfants ».

De 1945 à 1947, l'abbé Stock est le supérieur du séminaire des prisonniers de Chartres.

Le , le nonce apostolique Roncalli, futur Pape Jean XXIII, rend une assez longue visite au camp. Il la renouvelle l'année suivante, le . Le premier dimanche après Noël 1946, il visite de nouveau le camp pour transmettre les vœux du pape. À cette occasion, il souligne que le séminaire de Chartres fait honneur aussi bien à la France qu'à l’Allemagne et qu'il est bien apte à devenir un symbole de l'entente et de la réconciliation. Le , lors du Samedi Saint, Mgr Roncalli célèbre l’office avec les séminaristes et ordonne prêtre deux diacres du diocèse de Rottenburg.

Le , Franz Stock adresse aux séminaristes prisonniers de Chartres un message que plus tard, lors du vingtième anniversaire de sa mort, l’abbé Jean Pihan qualifiera de prophétique : « Un nombre de Saints voulus par la Providence suffira à sauver notre époque [...] C’est la Providence qui nous lance cet appel à la sainteté à travers la voix même de l’histoire et il nous faut l’entendre pour porter au monde le message de liberté, de paix, de salut et d’amour [...] »

Le Séminaire des Barbelés est fermé le . Il aura été fréquenté par 949 enseignants, prêtres, frères et séminaristes. À sa fermeture, ils sont encore 369.

Le , l'abbé Stock apprend sa nomination en tant que docteur honoris causa par l'université de Fribourg-en-Brisgau.

Il meurt subitement le à l'hôpital Cochin à Paris, il n'avait pas encore 44 ans.

Ses obsèques ont lieu en l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas à Paris. Le nonce apostolique Mgr Roncalli donne lui-même l’absoute, l’absolutio ad tumbam. L'abbé Stock est enterré simplement au cimetière parisien de Thiais.

Une cérémonie commémorative publique se déroule au Dôme des Invalides le 3 juillet 1949.

Le 13 juin 1963, la veille de la ratification du traité d'amitié franco-allemand par l'Assemblée nationale, son corps est exhumé du cimetière de Thiais. Son cercueil reste d’abord exposé et est finalement inhumé deux jours plus tard en l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres à Chartres. Un message signé du Pape Jean XXIII y est lu. La bénédiction apostolique porte la signature d’un défunt – comme un legs.

En 1995, le bâtiment abritant l'ancienne chapelle du séminaire est inscrit au titre de monument historique[4].

Mémoire et hommages[modifier | modifier le code]

Mémoire[modifier | modifier le code]

En sa qualité d’aumônier des prisons parisiennes et du Mont-Valérien, lieu d’exécutions pendant l’Occupation allemande, il est entré dans l’Histoire. En France, on l’appelle « l’aumônier de l’enfer » et «  l’archange des prisons »[5].

Mgr Roncalli, nonce apostolique en France et futur Pape Jean XXIII le 28 février 1948 lors de la bénédiction de sa dépouille mortelle, déclare « L’abbé Franz Stock « ce n’est pas un nom – c’est un programme ! » [6]

En , devenu pape, il répète cette phrase devant un groupe international de pèlerins :

« [...] le prêtre Franz Stock – Nous le disions le jour de son inhumation lors de l’absoute après la messe de Requiem – ce n’est pas seulement un nom, c’est un programme. Aujourd’hui, après 14 années, Nous voudrions répéter ces mêmes mots. »

Joseph Folliet, une des grandes figures de la spiritualité française des années 1950 et 1960, dit de lui :

« Je crois qu’il n’existe que de rares destinées chrétiennes qui témoignent de l’universalité de l’Église et de la Paix du Christ d’une façon aussi directe, permanente et durable que celle de Franz Stock. »

Le pape Jean-Paul II, lors de sa visite à Fulda en Allemagne, le , cite son nom en même temps que ceux des autres grands saints de l’histoire allemande.

Une demande de béatification est adressée au Vatican, le , trente ans après l´inhumation définitive de Franz Stock dans l’église Saint Jean-Baptiste ; cette demande est formulée en français et en allemand.

Pour le cinquantième anniversaire de sa mort, des cérémonies ont lieu à Paris du 22 au 28 février 1998. Le , le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, Mgr Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande et Mgr Degenhardt, archevêque de Paderborn, célèbrent un office pontifical dans la cathédrale de Chartres entouré d’évêques français et allemands et en présence de René Monory, président du Sénat français et du chancelier Kohl, qui avait déposé auparavant une couronne sur la tombe de Franz Stock.

« Allemands et Francais, nous sommes ensemble responsables de notre avenir commun, devant les hommes et devant Dieu »

— Extrait de l´homélie du cardinal Lustiger, 1er mars 1998.

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Franz Stock, figure de la réconciliation franco-allemande
  2. Le chanoine de la cathédrale de Chartres, Pierre André, cita[Quand ?] un nombre au-dessus de 3 000. La plaque commémorative au Mont Valérien en mentionne plus de 4 500, chiffre critiqué en 1995 par Serge Klarsfeld et Léon Tsevery dans leur livre : Les 1007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 Juifs édité par l'Association les Fils et filles des déportés juifs de France, 1995
  3. Le séminaire des barbelés
  4. « Notice no PA00135288 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. René Closset, Franz Stock, aumônier de l'enfer, éd. Fayard, coll. « le Sarment », 1998, 300 p. (ISBN 2866791088 et 2866791088) [présentation en ligne]
  6. http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/speeches/1962/documents/hf_j-xxiii_spe_19620720_san-mattia_it.html
  7. Site du diocèse de Chartres, « Ouverture du procès en béatification de l’abbé Franz Stock ».

Sources[modifier | modifier le code]

Écrit[modifier | modifier le code]

  • Franz Stock, Die Bretagne. Ein Erlebnis, Alsatia, 1943.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Erich Kock, L'Abbé Franz Stock, Casterman, Tournai, 1966, 249 pages (traduit de (de) Zwischen den Fronten, der Priester Franz Stock).
  • Marie-André Rousseau, Franz Stock, Fleurus, Paris, 1969.
  • Raymond Loonbeek, Franz Stock (1904-1948) : La fraternité universelle, Desclée de Brouwer, Paris, 1989, 345 pages ; réédité Salvator, 2007 (ISBN 2706704845 et 9782706704840).
  • René Closset, Franz Stock, aumônier de l'enfer, éd. Fayard, coll. « le Sarment », 1998 (ISBN 2866791088 et 2866791088), 300 pages [présentation en ligne].
  • Jacques Perrier, L'abbé Stock (1904-1948). Heureux les doux, éd. du Cerf, Paris, 1998.
  • Ludovic Lécuru, L'abbé Franz Stock : Sentinelle de la paix, Téqui, 2003 (ISBN 2740310145 et 9782740310144), 157 pages.
  • Jean-Pierre Guérend, Prier 15 jours avec l'abbé Franz Stock, apôtre de la réconciliation, Nouvelle cité, 2013.

Autres sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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